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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

Barbara Amiel conflit P-O desinformation

Tant que le monde condamne Israël, cette tragédie ne finira jamais.

Que le premier ministre israélien soit colombe ou faucon, cela ne fait guère de différence : il n'y a jamais eu la moindre chance de paix au Proche-Orient. Au mieux, dit Barbara Amiel, on peut espérer un armistice et prier pour que, dans les générations à venir, les circonstances changent.

Voir version originale anglaise

Par Barbara Amiel

Traduction de M.R. Macina - CJE

Les Juifs sont à nouveau passés de mode. Et rien ne traduit mieux cette réalité que l'attitude des Juifs envers eux-mêmes. Le cadre est celui d'un dîner-réception à Londres. À ma table se trouvaient un aristocrate de second plan, un universitaire, un couple appartenant au gratin de la société, un auteur ou deux et un membre éminent de la Communauté juive d'Angleterre, qui est un sioniste engagé.

La problématique du Proche-Orient était venue sur le tapis et, avec elle, toutes les calomnies habituelles à l'égard Israël – qui ne venaient pas de l'ancien fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères britannique, assis à côté de moi, mais du Juif. Selon lui, pratiquement tous les problèmes actuels du Proche-Orient étaient la faute – pêle-mêle – de la visite d'Ariel Sharon sur le Mont du Temple, de la menace du retour à la politique de Benjamin Netanyahu, et des colons juifs. « Cette fois », déclara mon ami juif, « les Israéliens sont vraiment allés trop loin. »

Plus tard, j'ai lu les propos du Grand Rabbin Jonathan Sachs dans le Times. Je précise que suis une admiratrice inconditionnelle de l'intelligence et de la spiritualité du Grand Rabbin. Voici ce qu'il écrivait à propos du Proche-Orient : « Pour faire la paix, les Juifs et les Arabes doivent, les uns et les autres, se départir des sentiments profondément enracinés de vulnérabilité et de souffrance. C'est difficile, mais il n'y a pas d'autre moyen. Les Juifs d'Israël cherchent la sécurité. Les Palestiniens veulent la dignité, un endroit où établir un territoire qui leur appartienne en propre. Ce ne sont pas des objectifs incompatibles. Ils peuvent être atteints par voie de négociation. Ils ne peuvent pas se réaliser par la violence réciproque. » Ces propos ont été cités avec admiration par William Rees-Mogg.

Assise à mon bureau cette nuit, j'ai revu tout cela tout comme une caricature du New Yorker. On y verrait un chat et une souris, face à face, devant l'entrée d'un trou de souris. Le Grand Rabbin s'adresserait à l'un et à l'autre et leur dirait qu'ils pourraient faire la paix si seulement tous les deux se libéraient de leurs sentiments profondément enracinés de vulnérabilité et de souffrance.

J'ai relu l'article du Grand Rabbin. Il expliquait comment son arrière grand-père, rabbin lui aussi, était venu en Terre Sainte en 1872. Il avait travaillé dur comme agriculteur dans un petit village, persuadé que les efforts de sa communauté pour travailler la terre seraient bénéfiques à tout un chacun. « Il n'avait pas tort », écrit le Grand Rabbin, « mais, en 1894, le village fut attaqué et il eut tout juste la vie sauve. Il décida qu'il n'était plus prudent de rester là, c'est pourquoi il est venu en Angleterre et que j'y suis né. »

Si le Grand Rabbin avait écrit qu'il estimait raisonnable aujourd'hui que les Juifs d'Israël, viennent en Angleterre, comme l'avait fait son grand-père, ou peut-être en Amérique, ou en Australie et en Europe, là où leur vie ne serait pas en danger, j'aurais perçu la logique de son argumentation, que je sois d'accord avec lui ou non. Mais il doit savoir que l'on ne peut inculquer à deux peuples qui combattent pour la même portion de terre l'idée qu'ils doivent mettre de côté leurs différences – et à quelle fin ? Il faut être tout à fait ignorant de la situation actuelle de l'Islam, du nationalisme arabe et des positions du monde – sans parler d'une bonne partie de la population israélienne – pour écrire une telle hypocrisie. Quel étrange virus, me suis-je demandé, affecte la communauté juive ?

Des Juifs qui ont longtemps soutenu Israël sont troublés. Ils voient des images d'enfants arabes tués. Ils ont lu ce qui s'écrit à propos de la « provocation » d'Ariel Sharon. Chaque jour, la télévision et les journaux leur disent qu'ils sont les agresseurs dans cette confrontation entre pierres et fusils. Des sentiments de culpabilité et d'inquiétude s'insinuent dans la communauté juive. Ce qui est curieux, dans cette affaire, c'est qu'absolument rien de fondamental n'a changé au Proche-Orient durant ces 50 dernières années. Les mêmes gens se combattent et se tuent, sauf que maintenant ce sont les Juifs qui sont envahis par le doute et l'inquiétude à leur propre égard. Pourquoi ?

En premier lieu, je pense, parce que la majorité des Juifs ont réellement cru qu'ils pourraient créer un état national d'Israël, qui serait fondé durant le mandat britannique sur la Palestine, sans causer de tort à quiconque. Ce fut le mythe fondamental du Sionisme. Seule une minorité parmi les premiers sionistes, tel Vladimir Jabotinsky, comprit que l'édification d'une nation cause inévitablement du tort à certains. Dans le meilleur des cas, un nouvel Etat national est responsable de ce que nombre de gens sont déracinés ou sont dépossédés de leur culture.

Que vous quittiez votre terre et votre maison de votre plein gré ou non, que ce soit parce que vous vous sentez mal à l'aise parmi des étrangers ou à la pointe du fusil, il s'agit d'une dépossession psychologique ou physique. Mais les Juifs n'avaient pas eu de patrie depuis l'an 135 de l'ère chrétienne, et ils s'adonnaient largement à des activités pacifiques. Ils étaient lettrés ou scientifiques, hommes d'affaires, musiciens, prêteurs sur gages, et avaient peu de connaissance de ce qu'impliquait un Etat national.

Le second mythe auquel les anciens sionistes croyaient était l'idée que la Palestine était une « terre sans peuple pour un peuple sans terre ». C'était une absurdité, que d'habiles propagandistes arabes, telle Hanan Ashrawi, ont tout à fait le droit de citer avec ironie aujourd'hui. Les Juifs n'avaient d'ailleurs pas l'apanage de ce défaut. Vers la fin du XIXe siècle, la majeure partie du monde était ‘eurocentrée', et les Arabes, qui habitaient déjà la Palestine, étaient considérés tout au plus comme des tribus nomades. Ils étaient sous la coupe des Turcs ou sous autorité britannique. Les Palestiniens n'avaient pas un statut de peuple distinct. Il faut ajouter à ces deux puissants mythes, une troisième conception des sionistes, à laquelle ont réellement cru des hommes et des femmes tels que les arrière-grands-parents du Grand Rabbin. Cette conception consistait à croire que, même s'il y avait un peuple autochtone en Palestine, les Juifs apporteraient la médecine et l'agriculture à ces pauvres diables écrasés. Il feraient refleurir le désert, et les Arabes feraient bon accueil à l'Etat juif.

Au début, cela a semblé être le cas. Les Arabes étaient raisonnablement heureux de vendre aux Juifs leur terre pratiquement non-cultivable. Ils en sont revenus, lorsqu'ils ont vu qu'au prix d'un dur labeur, la terre, retournée à la pelle, produisait nourriture et arbres. Mais au lieu de l'acceptation du succès grandissant des nouveaux venus, cela n'a réussi qu'à semer un ressentiment croissant. Ce n'était pas une surprise pour les Anglais, qui ne manquaient pas d'expérience concernant les aspect maléfiques de l'édification d'une nation, et qui ne partageaient pas l'illusion qu'il s'agissait d'une terre sans peuple, ni que l'irrigation abreuverait la bienveillance.

 

De fait, l'intifada des années 30, en Palestine, ne fut pas davantage une surprise pour les Anglais, que ne le fut, pour le Grand Rabbin, l'expérience de ses arrière-grands-parents. Mais les Juifs ont eu toutes ces illusions concernant le bien qu'ils feraient, peut-être parce qu'ils étaient meilleurs – ou plus naïfs – que les Anglais. Quoi qu'il en soit, pour Dieu sait quelle raison, il n'est jamais venu à l'esprit de ces premiers sionistes que le même nationalisme qui les avait motivés pourrait un jour motiver les Palestiniens.

Tous les Juifs européens n'étaient pas des sionistes. Beaucoup de Juifs du XIXe siècle estimaient que la meilleure manière de progresser n'était pas de créer un Etat national qui leur fût propre, mais plutôt de développer le climat de libéralisme et de tolérance dans les pays d'accueil où ils vivaient. Ç'aurait probablement été ma position à cette époque, mais tout cela est devenu une question académique avec l'avènement de l'Holocauste. Aucun Juif ne pouvait désormais plaider pour le libéralisme, mais bien plutôt pour une patrie, après le génocide qui s'était produit au cœur même de l'Europe civilisée.

Aujourd'hui, les arguments concernant la nécessité d'Israël sont discutables. Aucun Etat ne doit justifier sa réalité après 50 années d'existence. Il est comme une personne. Que sa naissance soit légitime ou illégitime, c'est un fait accompli et il serait immoral de l'éliminer. Il existe.

L'Holocauste fut un événement sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Même si l'on se reporte à l'Antiquité, des armées, certes, massacraient des villes entières, mais ces « villes »  comptaient plus ou moins 5.000 habitants. Quand, il y a 50 ans à peine, six millions de Juifs ont été assassinés, tous les doutes au sujet de la nécessité d'une patrie ont été balayés par l'horreur et, en 1947, les Nations Unies ont voté en faveur de l'existence Israël. En raison de ce vote mondial, on peut soutenir qu'Israël est devenu l'état national le plus légitime des temps modernes, ayant été créé par voie de vote et non par la force des armes.

Dans les cinq heures qui suivirent la proclamation officielle de l'Etat d'Israël, en 1948, les Etats arabes attaquaient Israël. Mais les Juifs n'avaient nulle part où aller et certains d'entre eux étaient des soldats expérimentés de la Seconde Guerre mondiale, alors que les seules forces arabes qualifiées étaient constituées par la petite légion arabe de Transjordanie, entraînée et formée par les Anglais. Une fois encore, le fait que le « peuple du Livre » ait vaincu cinq nations arabes a créé un nouveau mythe – celui de l'invincibilité d'Israël.

Ce mythe a conquis les Juifs eux-mêmes. Il s'est renforcé à la faveur de la campagne du Sinaï, en 1956, et a atteint son apogée lors de la guerre de 1967. Durant cette période, la juiverie mondiale ne s'est posé aucune question sur ce qui se passait en Israël. Pratiquement personne ne l'a fait. Certes, Ben Gourion avait dit, dans les années 40, que l'Etat d'Israël ne méritait pas d'être créé s'il touchait à un seul cheveu arabe, mais qui comptait les cheveux ? Après tout, Israël absorbait et reclassait des centaines et des centaines de milliers de réfugiés juifs, y compris ceux qui provenaient des pays arabes voisins, expulsés sans leurs biens, à partir de 1948 et au-delà. Si les Arabes, qui regorgeaient de terres et d'argent du pétrole à ne savoir qu'en faire, ne pouvaient absorber ni reclasser les quelque 600.000 Arabes qui, soit avaient fui, soit avaient choisi de quitter Israël durant la guerre de 1948, ce n'était pas le problème d'Israël. Quant à un Etat palestinien, la politique officielle d'Israël, à cette époque, était qu'il y avait déjà un Etat palestinien. Il s'appelait la Jordanie et était gouverné par les Hachémites.

Mais les pays arabes ont, de la vie sur cette terre, une conception quelque peu différente de celle des nations occidentales. La culture arabe témoigne de ce qu'elle met la gloire de la tribu ou celle d'Allah au-dessus de la douleur ou du bonheur de l'individu. Après la création de l'Etat juif, en 1948, le monde arabe a refusé d'absorber ou de reclasser les Palestiniens qui avaient fui Israël. Avec le recul du temps, cette insensibilité humanitaire s'est avérée un coup de maître.

Cette condamnation des réfugiés à des générations de vie dans des conditions épouvantables à l'intérieur des camps, est devenue une épine permanente dans la situation politique du Proche-Orient. La culture occidentale n'aurait jamais permis une telle souffrance. L'Allemagne a intégré trois millions d'Allemands des Sudètes, expulsés de Tchécoslovaquie après la Seconde Guerre mondiale (ainsi que plusieurs millions d'autres Allemands d'Europe orientale et centrale, victimes d'épuration ethnique). Pour rien au monde Israël n'aurait abandonné les Juifs européens expulsés, ni ceux qui avaient été chassés de Palestine par les Anglais vers les camps de Chypre. Il n'aurait pas davantage négligé les Juifs séfarades expulsés d'Irak ou du Yémen – témoignage, à la face du monde, de l'antisémitisme arabe. Mais les 600.000 réfugiés palestiniens ont été ignorés par les Arabes et relégués dans des camps administrés par l'ONU, tandis que leur nombre s'accroissait et que leur misère devenait une formidable source de haine.

Au moment où le mythe de l'invincibilité israélienne était à son apogée, les Juifs acquirent une nouvelle aura, alimentée par l'évidente justesse de leur cause et leurs victoires militaires. Ni les non-Juifs ni les médias occidentaux n'ont en général remis cela en question. De fait, la presse était laudative. Je me rappelle avoir été mystifiée. Durant des siècles, les Juifs n'avaient guère fait autre chose qu'écrire des livres, jouer du violon, être des financiers, des professionnels instruits, des universitaires, des prêteurs sur gages, des tailleurs, des commerçants ; et pour cela, à diverses périodes, on nous avait chassés de nos maisons et de nos pays, on nous avait dénié le droit de vote, nous avions été emmenés dans des camps d'extermination, ou bien, en signe d'une désapprobation plus bénigne, nous nous étions vu refuser l'accès aux meilleurs clubs. Dorénavant, dans des tanks et des avions de combat, nous tirions sur des gens et les bombardions, et soudain le monde nous a aimés. Ajoutez à cela le fait que c'était l'époque de la guerre froide et qu'Israël était un allié de l'Occident. La petite patrie des Juifs bénéficiait maintenant d'un soutien gouvernemental et public, du fait qu'elle était  considérée comme une alliée dans la lutte à mort entre le bien et le mal.

Puis un changement a commencé à se dessiner. Ces choses peuvent rarement être datées avec précision, mais, par commodité, je dirais que le changement s'est produit le 6 septembre 1970, lorsque les Palestiniens ont réussi à détourner un avion de la compagnie Swissair et l'ont fait exploser en même temps que deux autres avions – vidés de leurs passagers – sur une piste d'atterrissage en dehors d'Amman. Depuis ce moment et jusqu'à ce jour, imperceptiblement d'abord, puis plus rapidement lorsque l'ONU eut adopté la résolution selon laquelle « Sionisme = racisme », et après la chute brutale de l'Union soviétique, le ‘Zeitgeist' [goût du jour] a changé.

Il y a eu beaucoup de raisons à ce changement, mais les faits sur le terrain – comme on dit – étaient les mêmes que ce qu'ils avaient toujours été. Les Palestiniens étaient dans leurs camps ; ils avaient refusé l'Etat qui leur avait d'abord été offert par la Commission Peel, en 1937, puis le Plan de partage de l'ONU, en 1947 (tous deux acceptés par les sionistes, et qui auraient accordé moins de territoires à Israël, et auraient donné aux Arabes davantage que ce qu'ils possédaient avant 1967), et ils avaient attaqué Israël à plusieurs reprises. Ariel Sharon était un héros lorsqu'il combattait le Fatah, dans les années 60, et dorénavant, c'était un monstre.

Quand le ‘Zeitgeist' [goût du jour] change, les médias suivent. Il en est de même, je le crains, d'un dîner de réception de Juifs comme de non-Juifs [voir au début de cet article]. La plupart des gens qui suivent l'opinion courante ont été aveugles ou ont fermé les yeux sur ce qui avait toujours existé là-bas – les camps de réfugiés, les déplacements de populations, la frustration et la souffrance qui avaient inévitablement accompagné la création de l'Etat d'Israël. Comme c'est compréhensible, les Juifs s'étaient entièrement focalisés sur ce qui avait été souligné par tous : le succès économique et politique d'Israël, l'argent que les sionistes avaient donné pour créer des bourses, des centres communautaires et des programmes interreligieux pour les Arabes d'Israël, et le fait indéniable que, d'un point de vue matériel et politique, les Palestiniens d'Israël étaient bien mieux lotis que les Palestiniens vivant dans les pays arabes. Mais maintenant, du fait du changement d'optique générale, ils découvraient d'autres choses, et la névrose bien connue de la culpabilité juive a réagi à cette nouvelle optique.

La cause de la grande propension des Juifs à se « culpabiliser » est matière à débat. Une explication généreuse peut consister à y voir la réaction à des centaines d'années de vie passée aux marges de la société à écouter le monde nous dire que nous sommes inférieurs ou étrangers. Peut-être cette propension a-t-elle été alimentée par l'étude de la Torah et du Talmud, qui place la « justice » parmi les plus hautes vertus, et par le fait que nous nous sommes sentis très en dessous de ce niveau d'excellence. Peut-être est-elle due au fait que nous avons vu émerger, en Israël, des systèmes de valeurs gênants, qui tenaient plus de Sparte que d'Athènes. Peut-être, pour être plus pragmatique, que lorsqu'un peuple est dispersé de par le monde, avec une religion étrange et sans pouvoir politique ni patrie, le seul espoir de survie, pour un individu comme pour un peuple, est-il d'encourager la tolérance et la justice. Le développement de ces qualités est devenu notre fonds de commerce. C'est pourquoi tant d'entre nous se retrouvent dans des mouvements sociaux variés dont nous croyons – souvent à tort – qu'ils favoriseront la justice et la tolérance. Mais voici que soudain, après 5.000 ans de cette attitude, les Juifs se sont réveillés et ont réalisé qu'ils étaient confrontés à un enchaînement totalement différent de circonstances : pour créer et préserver leur Etat national, ils ont dû faire un certain nombre de choses antipathiques, voire injustes et intolérantes. Et d'autres aussi, telles que verser le sang…

Peut-être est pour ces raisons que les voix juives ont été relativement silencieuses lorsque les médias et le monde ont jeté l'opprobre sur Israël. Le fait même que le gouvernement du Royaume Uni ait voté « oui », à propos des deux résolutions de l'ONU condamnant Israël, est un acte de faillite morale qui aurait dû être considéré comme un outrage par tout Juif de Grande-Bretagne. A cet outrage se sont ajoutées les photos du ministre des Affaires Etrangères, Robin Cook, marchant main dans la main avec Yasser Arafat. Les Juifs britanniques auraient dû organiser des protestations énormes.

A l'évidence, ce vote attire l'attention sur deux autres facteurs dont l'examen nécessiterait un livre : la résurgence de l'idéologie antisioniste – qui fut celle de la Nouvelle Gauche des années 60 – dans la politique étrangère de notre Gouvernement, et le rôle de plus en plus important joué par une immigration non traditionnelle dans des pays tels que la Grande-Bretagne et le Canada. Il y a actuellement environ 300.000 juifs en Grande-Bretagne. Le nombre de musulmans augmente rapidement, de même que leur poids économique et politique. Je suis favorable à l'immigration non traditionnelle, mais c'est un fait d'expérience qu'il faut à de tels groupes un temps considérablement plus long pour s'assimiler, et qu'ils restent souvent à l'écart de la culture de leur population d'accueil.

C'est particulièrement vrai si le pays-hôte finance, comme le fait la Grande-Bretagne, une approche multiculturelle plutôt qu'une politique de « melting pot » [brassage et assimilation]. Les Arabes ont toujours eu le même but et ils ne l'ont jamais dissimulé, ni dans leurs publications, ni dans leurs discours. Ils ne veulent pas d'un Etat juif au Proche-Orient. Un point c'est tout. Ils veulent Jérusalem comme capitale, un retour d'Israël aux frontières antérieures à 1967, et un droit de retour pour tous les réfugiés palestiniens sur le territoire d'Israël proprement dit. Ce « droit de retour » est un euphémisme pour « la fin de l'Etat juif en Israël ».

Le nombre de réfugiés palestiniens est actuellement estimé par l'Autorité Palestinienne à 3 ou 4 millions (à partir des 600.000 réfugiés initiaux). C'est l'Autorité Palestinienne qui décidera, en fin de compte, ceux qui bénéficieront du droit au retour. Les Arabes ne tiennent aucun compte du fait qu'ils ont déclenché et perdu la guerre de 1967. Leurs exigences ne font aucune distinction entre le rôle de l'agresseur et celui de l'agressé, ni entre celui du vainqueurs et celui du vaincu. C'est comme si, en 1918 ou en 1945 [après ses deux défaites], l'Allemagne avait invoqué son droit moral à conserver l'Alsace-Lorraine et une bonne partie de la Pologne.

Voilà où nous en sommes. Il n'y a jamais eu une chance de paix au Moyen-Orient. Tout ce qui est signé aujourd'hui ne constituera rien de plus qu'un pansement temporaire. Au mieux, on peut espérer une sorte d'armistice et prier pour que, dans les générations à venir, les circonstances changent. Le seul fait de parler de « paix » éveille les espérances des gens du peuple de l'un et l'autre bords et les déçoit amèrement. C'est pourquoi, cela ne fait pratiquement aucune différence que le Premier Ministre d'Israël soit du Likoud ou du Parti Travailliste, colombe ou faucon.

Quand, il y a un certain nombre d'années, j'ai dit à Hanan Ashrawi, que les Arabes avaient eu tort de rejeter la Commission Peel (qui n'aurait accordé à Israël que 20 pour cent de la terre, au lieu du Plan de Partage qui a été approuvé par l'ONU, en 1947) et que les Palestiniens devraient faire leur la position de Ben Gourion : « ne jamais dire ‘non' », elle m'a répondu: « Nous ne sommes pas comme les Juifs. Nous sommes le peuple du tout ou rien ». Je n'avais pas tout à fait compris ce qu'elle avait à gagner à cela, mais aujourd'hui, je le sais. 

Comment les Arabes comptent-ils réaliser ces objectifs ? – Par une combinaison de violence et de négociations. L'Autorité Palestinienne a violé ou refusé de mettre en application presque chaque point essentiel de l'accord d'Oslo, cependant l'ONU et l'Occident en général restent sourds et silencieux à ce propos. L'Autorité Palestinienne a toujours souligné que la négociation ne signifiait pas le renoncement à la violence et que les deux allaient de pair, la violence prenant le relais si les négociations n'obtenaient pas tout. En sa qualité de directeur général du ministère de l'information de l'Autorité Palestinienne, Hassan Al-Kashef, écrivait, dans sa rubrique quotidienne de Al-Ayyam, à l'issue du sommet de Camp David : « La seule manière d'imposer nos conditions, c'est inéluctablement avec notre sang. S'il n'y avait pas eu ce sang, le monde ne se serait jamais intéressé à nous ; notre devoir national est de poursuivre la confrontation, continuer l'intifada, continuer à sacrifier nos martyrs ».

Chaque membre important de l'Autorité Palestinienne a souligné, depuis que le Président Arafat a rejeté l'offre du Premier Ministre Barak de partager la souveraineté sur Jérusalem et le Mont du Temple, que les Palestiniens combattraient par les armes et jusqu'au sang pour atteindre leurs buts. Le mot régulièrement ressassé est « internationalisation » : il signifie essentiellement évincer l'Amérique et Israël des négociations et remettre Jérusalem aux Nations Unies. Ceci étant considéré, bien entendu, comme une « étape » en attendant que la ville soit remise aux Palestiniens. À la télévision palestinienne le 1er novembre [dernier], le ministre de la planification et de la coopération internationale de l'Autorité Palestinienne, Nabil Sha'ath, a déclaré : « L'Intifada n'a jamais été une réaction à l'intrusion de la bête sauvage Sharon sur le Mont du Temple. »

Pourquoi les Palestiniens ne veulent-ils pas la paix avec Israël ? [On devrait plutôt se demander :] pourquoi la voudraient-ils ? Imaginez que quelqu'un vienne chez vous et vous déclare: « Ecoutez, je suis  sans logis. Vous avez 10 pièces, je veux seulement une pièce et demie, car de toute façon mes ancêtres ont possédé tout cela il y a un millénaire. » Et imaginez que les tribunaux vous disent alors que cette personne et sa famille ont droit à cette pièce et demie ! Même si c'est entièrement vrai, que la personne est sans logis, et que ses ancêtres ont réellement possédé ces pièces jadis, apprécieriez-vous que ces gens entrent dans votre maison ? Auriez-vous besoin d'une raison pour vouloir qu'ils partent ? – Un Etat juif est une épine et une insulte pour le monde arabe, et il en serait de même s'il s'agissait d'un Etat chrétien non-arabe.

Mais qui fera du droit si l'on a quelque raison de croire que les tribunaux ne font pas respecter leur décision ? Cet ONU qui a créé Israël le condamne maintenant de manière régulière. De 1999 à aujourd'hui, il y a déjà eu 104 résolutions onusiennes condamnant Israël et pas une seule critiquant les Palestiniens. Le monde arabe se considère aujourd'hui comme lésé et plus fort. Ils ne peuvent pas être plus forts qu'Israël militairement, mais ils sont plus forts en nombre, avec un facteur si grand qu'il ne s'agit pas simplement d'un changement quantitatif, mais qualitatif. Ils sont plus forts non seulement du fait qu'ils sont Arabes, mais du fait qu'ils font partie d'un monde musulman qui a repris vigueur et qui compte un grand nombre de non-Arabes depuis l'Iran jusqu'au Pakistan.

On demande constamment aux Juifs pourquoi les Israéliens ripostent aux pierres avec des balles qui tuent des enfants et des civils. Quand la question est posée en ces termes, on sait qu'elle émane de gens qui se sont déjà fait une opinion selon laquelle les Israéliens ont tort. Elle ressortit plutôt au genre des articles que l'on peut lire dans les journaux, depuis le Times jusqu'à USA Today, qui tancent les troupes israéliennes parce que en tirant sur les foules en état d'émeute elle ne visent pas uniquement en-dessous des genoux. Seuls peuvent écrire de telles choses des gens qui n'ont jamais été confrontés à des foules qui lancent des pierres et des cocktails Molotov, avec, au milieu d'elles, des tireurs isolés. Si leur vie est en danger, des soldats de toute nationalité, en particulier des jeunes appelés et des réservistes, tireront sur tout ce qui offre la plus large cible.

L'utilisation d'enfants et de civils parmi des foules d'émeutiers armés est une tactique éprouvée des Palestiniens et des Arabes – outre que les jeunes garçons de n'importe quelle nationalité ou religion défieront leurs parents en allant là où se déroule l'action pour lancer des bombes, des pierres et tout ce qui leur tombe sous la main. Sam Kiley, chef de service du Times au Proche-Orient, l'un des critiques les plus sévères à l'égard d'Israël, a lui-même cité la mère de Mohammed al-Durra, l'enfant de 13 ans, tué et photographié dans les bras de son père, et devenu depuis une figure emblématique.

La mère a dit à Kiley qu'elle avait proposé à son fils quelque chose à manger avant qu'il s'en aille, un jour où l'on savait que l'émeute s'amplifiait ; et d'affirmer : « Je suis heureuse qu'il ait été martyrisé ». Je suppose qu'elle doit faire partie de ces fidèles qui croient réellement qu'Allah accordera sept récompenses à ceux qui se suicident en faisant sauter la bombe qu'ils portent, ou aux adolescents tués, dès lors que leur sang est versé pour combattre les Juifs, outre qu'ils pourront choisir 40 membres de leur famille ou de leurs amis pour les rejoindre au Paradis, ainsi que 72 femmes aux yeux noirs.

En dehors des dommages, inévitables et irréparables, causés par l'établissement de l'Etat d'Israël, il y a naturellement un certain nombre des choses que les défenseurs d'Israël eussent souhaité qu'il n'ait pas fait. La politique d'Israël en matière d'implantations n'a pas été correctement pensée, bien qu'il faille être très attentif à distinguer les différentes sortes d'implantations. Essentiellement, il y a trois catégories: d'abord, celles qui sont quasiment en dehors des frontières d'Israël, et que l'on nomme, de manière caractéristique, implantations « cinq-minutes », parce qu'elles sont à cinq minutes de la bande territoriale qui constitue le centre d'Israël. Elles ont été construites à des fins de qualité de vie, pour donner à des Israéliens des habitations de meilleur standing et bon marché, et elles ne causent que des problèmes de propagande. Il y a ensuite les implantations de la Vallée du Jourdain, initialement créées dans un but sécuritaire. Elles ont commencé sous le Gouvernement Travailliste, qui croyait que des parties de la Samarie et de la Judée formeraient une fédération avec la Jordanie.

La troisième catégorie est une extension des implantations défensives, et cette politique malheureuse peut être mise strictement sur le compte du Likoud. Le Parti Travailliste n'a jamais autorisé des implantations au milieu des territoires occupés, en Samarie, précisément au sommet des montagnes, où ces implantations seraient difficiles à défendre.

Le Likoud a colonisé ces zones pour des raisons idéologiques et non à des fins défensives, et en définitive, les Juifs qui y résident devront choisir soit de se défendre par leurs propres moyens, soit d'être réinstallés en Israël. Mais d'ici à ce que la chose soit décidée, ils ne méritent pas d'être massacrés. Dans l'accord de Camp David, qu'Arafat a rejeté, bien que des chiffres précis n'aient pas été publiés, entre 88,5 et 95 pour cent du territoire occupé devaient être rendus aux Palestiniens : ils incluaient probablement la plupart de ces implantations.

Le nom d'Ariel Sharon hérisse le poil de beaucoup, dans l'un et l'autre camps, et il éveille un énorme sentiment de culpabilité. En effet, ce fut sa politique qui brisa mentalement Menachem Begin. Ce dernier démissionna de son poste de Premier Ministre, après les massacres qui eurent lieu dans les camps de réfugiés et l'invasion du Liban, et il vécut ensuite dans la solitude jusqu'à sa mort. Toutefois, appeler Sharon un « boucher », comme le font les médias – alors que l'on s'adresse avec respect aux membres de l'Autorité Palestinienne, depuis Arafat jusqu'au bas de sa hiérarchie, alors même qu'ils encouragent l'intifada et exigent qu'on la poursuive et que le sang juif soit versé –, c'est un exemple flagrant du procédé, désormais courant, qui consiste à noircir un camp pour blanchir l'autre.

La vérité est que la promenade de Sharon sur le Mont du Temple est complètement en dehors du sujet – qu'elle ait été le fruit d'une initiative avisée ou stupide, motivée par des raisons politiques ou par la détermination farouche à ce que les Juifs soient libres de pratiquer leur culte dans leurs lieux saints, comme les musulmans sont libres de le faire dans les leurs. Nous en serons toujours au même point qu'aujourd'hui – sans paix et avec l'intifada, parce que les Arabes ont déclaré qu'à moins d'obtenir « tout ou rien », ils feront la guerre.

Les « troubles » dans Jérusalem ont en fait commencé la veille de la promenade de Sharon, par le meurtre d'un réserviste israélien tombé dans un guet-apens près de Gaza. La réaction à la visite de Sharon sur le Mont du Temple, visite qui a consisté en une marche d'environ 20 mètres à partir de l'entrée principale – et absolument pas aux abords de la mosquée d'Al-Aqsa –, fut beaucoup plus calme que prévu, du fait qu'elle avait été scrupuleusement annoncée à l'avance, tant aux Musulmans qu'à l'Autorité Palestinienne. Les vraies émeutes n'ont commencé que 24 heures plus tard.

Le mobile des émeutes était simple. Depuis qu'Arafat avait repoussé l'acceptation, par le Premier Ministre Barak, d'une souveraineté partagée sur Jérusalem et les lieux saints, il donnait l'impression avoir perdu la bataille des relations publiques et – ce qui est beaucoup plus important – le soutien international pour une proclamation unilatérale de l'État palestinien. Arafat avait besoin de détourner l'attention de son intransigeance et d'inverser en sa faveur la bienveillance que la souplesse israélienne était en train de gagner.

Il suffit de se tourner vers ceux que les journalistes occidentaux considèrent comme des Palestiniens soi-disant modérés, pour constater que les négociations palestiniennes n'ont jamais été menées avec bonne foi. Edward Saïd, dont la réputation, maintenant toujours si légèrement ternie après qu'il ait été filmé en train de jeter lui-même des pierres, n'a jamais eu la moindre foi dans les accords d'Oslo, qu'il considère comme vides de sens, ou, comme il le dit, « irrémédiablement défectueux dès l'origine ».

Le site Web de Hanan Ashrawi – dont le personnage est toujours le choix favori de toute chaîne occidentale de télévision à la recherche d'un éloquent représentant des Palestiniens – a une série de documents là-dessus, dont l'un justifie la brutalité des deux lynchages des réservistes israéliens à Ramallah. (C'est une question en soi, que n'importe quel étudiant bien informé des questions du Proche-Orient peut facilement saisir au vol les déformations [infligées par Ashrawi] aux diverses résolutions de l'ONU et à ce qu'elle appelle le « droit international ». Mais du fait que la plupart des reporters de la télévision ne sont pas au courant de la teneur de ces résolutions et tendent à préférer l'interprétation « créative », que donne Ashrawi, des lois internationales, alors…)

Dans une émission qu'Ashrawi appelle « Nouvelles Questions », elle répète, depuis avril dernier, que les conditions préalables à des négociations avec les Israéliens doivent inclure le droit au retour pour tous les Palestiniens. Ce droit au retour – dont Yossi Beilin, un politicien israélien de Centre-Gauche, a dit qu'il s'agissait d'un concept que même « la ‘colombe' la plus folle ne pouvait pas accepter » – ce droit au retour donc signifierait l'élimination de l'Etat juif. L'expression a une connotation plus respectable que « jetez les Juifs à la mer ! » mais le résultat serait identique. Cinq mois avant qu'Ariel Sharon ait marché sur le Mont du Temple, Ashrawi écrivait qu'avant même que toute négociation de « paix » puisse débuter, Israël devrait se mettre dans la même situation que les Palestiniens, en revenant aux frontières d'avant 1967, abandonner le contrôle des  lieux saints et mettre Jérusalem sous contrôle non israélien.

En substance, ce que les Israéliens ont cru négocier dans le cadre d'Oslo c'étaient des territoires en échange de la paix. Mais l'Autorité Palestinienne et des Palestiniens aussi éminents qu'Ashrawi n'ont jamais cessé d'insister sur le fait que la souveraineté palestinienne sur Jérusalem, les frontières d'Israël et le droit au retour n'étaient pas négociables. Les Palestiniens ont compris que le nombre d'habitants, la géographie, la démographie, le militantisme de l'Islam, et également l'effondrement de l'Union soviétique – qui rend Israël moins important pour les Etats-Unis –, sont autant de facteurs qui jouent en leur faveur.

Mais à supposer que toutes leurs exigences soient satisfaites, qu'arrivera-il ? Selon leur conception des « étapes », ou bien ils attendront qu'Israël s'effondre démographiquement, ou continueront malgré tout à fomenter des émeutes.

Curieusement, je trouve la position arabe plus honnête et plus logique que celle de l'Occident sous la conduite du Président Clinton et de la Secrétaire d'Etat, Madeleine Albright, qui écartent les exigences de l'Autorité Palestinienne et ses menaces à glacer le sang, comme relevant de la pure « rhétorique », proférée pour satisfaire la consommation interne. Ce que Clinton et Albright semblent ne pas avoir voulu prendre en considération, c'est que si telle est l'attitude du peuple qu'Arafat doit se concilier, alors il n'est même pas nécessaire d'essayer de négocier la paix.

Quelle sorte de paix peut être envisagée quand le monde arabe remet en course des calomnies telles que celle que l'on pouvait lire dans le quotidien égyptien Al-Ahram, du 26 Octobre [dernier] ? Ce journal, qui fait autorité en Egypte et dans le monde arabe, publie un long article expliquant comment les « féroces » Juifs assassinent les enfants arabes et les vident de leur sang pour confectionner les matsot [pains azymes] de Pâques. « Il est interdit à tout Juif pieux », explique l'auteur, Adel Hamooda, « de vivre dans les villes saintes des Juifs à moins de manger l'une des matsot de sang ».

Le dossier des Israéliens n'est pas parfait. Deux exemples sont venus à ma connaissance selon lesquels des juifs ont attaqué et brûlé des lieux saints islamiques. La police israélienne a procédé à des arrestations dans un des incidents. Mais je pense qu'il est honnête d'affirmer que les Israéliens n'auraient toléré aucune des attaques contre des lieux saints islamiques qui fussent comparables à la profanation des tombes juives, des synagogues et des lieux saints, dont nous avons été témoins pendant l'occupation de Jérusalem par les Jordaniens et durant ces dernières semaines. Nous avons souffert de voir les vestiges de la plus ancienne synagogue de l'histoire juive brûlés jusqu'au fondement à Jéricho. Quand, le mois dernier, le contrôle du Mont du Temple a été remis aux Musulmans, des Juifs qui priaient au Mur des Lamentations ont été lapidés.

Cette tragédie ne se terminera pas sur une condamnation d'Israël par le monde pour avoir pris les mesures fondamentales nécessaires à sa survie. Pas un des pays qui ont voté contre Israël lors de la sanction infâme qui l'a frappé le mois dernier, et spécialement le Royaume Uni, n'aurait toléré les émeutes quotidiennes, les menaces et les populaces auxquelles Israël a dû faire face. Ce qui est tout à fait extraordinaire s'agissant d'Israël, c'est la retenue dont il a fait preuve face à cet assaut incessant contre la loi et l'ordre. Les Anglais peuvent quitter l'Irlande du Nord, mais tant que ce problème n'est pas réglé, peuvent-ils abandonner des enclaves de loyalistes entourés par des foules armées de cocktails Molotov, de fusils et de pierres ? Toléreraient-ils que leurs sujets, leurs soldats, ou leurs policiers soient lynchés, attaqués et assassinés dans les rues de l'Irlande du Nord et à Londres même ?

Le spectacle de l'hypocrisie du monde et celui des « deux poids deux mesures » pour justifier la condamnation des Israéliens et excuser les Palestiniens peut valoir à Robin Cook les voix des communautés musulmanes, ou celles de sa circonscription électorale d'extrême-Gauche, mais ils ne contribueront pas à l'honneur de ce gouvernement ni à l'idée qu'on se fait de la justice britannique. En attendant, les Juifs britanniques ne devraient pas avoir honte de nos frères Israéliens à cause de leurs actes. C'est un peuple qui assume ses responsabilités morales et même ses défauts avec autant d'honneur que tout autre peuple au cours de l'histoire.

La mosaïque de la synagogue incendiée à Jéricho portait l'inscription « Paix sur Israël ». Les hypocrites occidentaux peuvent continuer impunément à psalmodier ce slogan à la télévision et dans les salles des Nations Unies, sans tenir compte des réalités du lynchage par la foule, ni de la profanation inhumaine de cadavres. Les conséquences de leur ignorance, de leur lâcheté et de leur cynisme seront payées et par le sang des Juifs et par celui des Palestiniens, après que ces derniers aient été traités comme des animaux par leur propre peuple, durant les 50 dernières années, et que maintenant, hélas, certains d'entre eux se comportent de la même manière.

© Barbara Amiel, The Daily Telegraph, 2001.


Célèbre éditorialiste et directrice canadienne de journaux, Barbara Amiel s'est installée en Angleterre depuis une douzaine d'années, après son mariage avec Conrad Black. Elle dénonce ici la vogue anti-israélienne