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Le renseignement et l'intelligence, A. Jean-Mairet
09/04/2005

01.04.2005

[url]http://www.ajm.ch/#intelligence[/url]


Hier, le président Bush a reçu un rapport accablant sur la qualité de ses services de renseignement. Et une certaine presse en profite pour insister lourdement sur l'erreur des États-Unis quant à «la présence d'armes de destruction massive» [ADM] en Irak, laquelle présence aurait été la «principale raison» de George Bush pour «lancer une guerre, en mars 2003, contre ce pays et renverser Saddam Hussein».

S'il est vrai que le gouvernement américain a consacré beaucoup trop de temps et de sève à tenter de démontrer que Saddam Hussein disposait bien de telles armes, il faut rappeler que cet effort lui avait été imposé par les Nations Unies et par l'attitude lâche et mercantile de pays comme la France.

Mais la décision de faire cette guerre était alors déjà prise en Amérique, y compris par les démocrates, et l'éventualité de la présence d'ADM en Irak, à ce moment précis, n'en avait constitué qu'un aspect tout à fait périphérique.

Les renseignements objectifs sur la présence d'ADM dans le pays étaient corrects, quoique lacunaires et non concluants. Et la décision d'intervenir en Irak était intelligente. Mais le lien entre les deux – artificiel et basé sur des renseignements d'origine humaine – n'a été construit qu'après-coup.

La raison de la guerre était la menace de guerre elle-même: ne pas intervenir face aux provocations répétées de Saddam Hussein équivalait à encourager des comportements tels que le sien – agressifs, répressifs, réellement dangereux.

Mais pour les «anti-guerre» saturés d'idéologie, seule une menace extrêmement concrète et immédiate pouvait motiver une action militaire. Ainsi, pour la bonne cause, des services de renseignement ont été transformés en services de consultation. On a dénaturé l'intelligence pour satisfaire des esprits pervertis d'angélisme et d'influences malsaines.

De fait, il a toujours été extrêmement hasardeux de baser des décisions sur des renseignements issus de l'espionnage, où le mensonge est la règle. Et c'est pourquoi la CIA préfère tabler sur des satellites et des logiciels pour se fournir en informations.

Dès qu'interviennent des sources humaines, seule une intelligence très élevée permet d'y voir clair. Or, cette intelligence ne s'acquiert pas comme des satellites ou autres savoir-faire techniques; elle exige une grande indépendance d'esprit, l'intervention de multiples spécialistes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas forcément partager le même espace, les mêmes habitudes, les mêmes langues.

Aujourd'hui, de plus en plus, l'intelligence est dispersée – sur différents sites, dans différentes disciplines – et sa gestion consiste à en reconnaître les manifestations et à les interconnecter. C'est le travail auquel se consacrent les think tanks, ou laboratoires d'idées. L'un d'entre eux est le Middle East Forum, qui publie aujourd'hui deux articles éclairants sur la problématique de l'énergie en Chine, et celle de la fourniture d'armes au Moyen-Orient.

La Chine a d'énormes besoins énergétiques, et ceux-ci croissent beaucoup plus rapidement que ses capacités de production. On estime que la Chine pourra produire 3,65 millions de barils de pétrole par jour d'ici 2020, alors qu'elle aura besoin de plus du double. Par ailleurs, les pays arabes et l'Iran, en maudissant le "Grand Satan" américain, sont naturellement portés à se tourner vers son rival tout désigné. D'où une intensification des relations entre la Chine et le Moyen-Orient, basées essentiellement sur un échange de pétrole et d'armement.

D'une part, la Chine soutient les efforts anti-terroristes des États-Unis, notamment en Afghanistan, et craint elle-même la poussée de l'islamisme – sa communauté musulmane en fait d'ailleurs les frais depuis de longues années. De plus, la Chine a des intérêts communs avec les États-Unis et l'Occident: la sécurité, la disponibilité de l'énergie, la paix au Moyen-Orient.

Mais, d'un autre côté, sa dépendance croissante par rapport aux États producteurs de pétrole peut inciter la Chine à faire des compromis dangereux en matière de livraisons d'armement et de technologies, notamment nucléaires. La Chine peut considérer les États-Unis comme un adversaire – ce que la croissance constante de son effort d'armement semble indiquer – et être ainsi tentée de contrer les tentatives de démocratisation du Moyen-Orient, lesquelles renforceraient, à ses yeux, l'influence américaine sur une région de plus en plus stratégique pour elle.

Ensuite, l'action américaine actuelle au Moyen-Orient, si elle a pour effet positif d'en déstabiliser les dictateurs incompétents, peut fort bien conduire à la formation de gouvernements islamistes élus par une majorité du type «un homme, une voix, une seule fois», et dont on doit s'attendre à ce qu'ils soient très mal inspirés.

Le danger, aujourd'hui, n'est pas tant les grands affrontements de titans, tels la Chine et les États-Unis. Certes, leurs rapports seront souvent tendus, mais, de part et d'autre, on tient à survivre, et cela permet à la diplomatie de fonctionner.

Mais un mouvement dont le narratif central justifie tous les sacrifices pour imposer un régime idéal n'est pas accessible à la négociation. Du tout.

Il faut le comprendre. Puis, il faut le neutraliser. Intelligemment.


Alain Jean-Mairet


© www.ajm.ch


Mis en ligne le 09 avril 2005 sur le site www.debriefing.org.