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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Tauran_Palestine_Conférence
01/01/1970



Le Saint-Siège et la Terre Sainte : justice et charité

 

Discours de Mgr Jean-Louis Tauran sur laPalestine

 

Mgr Jean-Louis Tauran, Secrétaire pour les relations avec les États, est intervenu le 25 octobre 1999 à New York lors d’un symposium commémorant le cinquantième anniversaire de la Mission pontificale pour la Palestine. Voici le texte de son intervention *:

 

 

Introduction. 1

La Terre Sainte dans lesinterventions des Papes. 1

1. Auspicia Quaedam... 3

2. Redemptoris nostri3

3. Laetamur Admodum... 4

Diplomatie et charité. 7

 

Introduction

 

En nous penchant sur l’histoire récente de ce que nousappelons la Terre Sainte, du 2 avril 1947 (la fin de la juridictionbritannique) à aujourd’hui, nous ne pouvons manquer d’être frappés par le faitque cette partie du monde a constamment été en état de guerre.

La Résolution n. 181 de 1947 de l’Assemblée générale desNations Unies (qui décida l’établissement de deux États, un pour les Arabes etun pour les Juifs - et qui n’a pas encore été totalement mise en pratique), ladéfaite des armées arabes en 1948 et la modification du territoire par lesforces armées qui s’ensuivit, conduisirent à des transferts importants depopulations, provoquant des situations de grave injustice et donc, de conflit.

C’est dans ce contexte que les Papes et le Saint-Siègedurent accomplir leur service de promotion de la paix parmi les peuples et derassemblement des différentes traditions religieuses, tout en gardant toujoursen mémoire la Ville de Jérusalem et les Lieux Saints, qui faisaient déjàl’objet d’une confusion politique.

En effet, la Terre Sainte a représenté une questioncentrale à laquelle les Papes ont été confrontés depuis le Moyen Âge. Étantdonné les limites de temps, je ne présenterai ce que les Pontifes Romains ontdit et fait que depuis la fin du siècle dernier jusqu’à aujourd’hui, et jem’efforcerai de faire apparaître clairement la continuité des effortsinlassables du Saint-Siège en vue de réconcilier la justice et la charité.

 

La Terre Sainte dans lesinterventions des Papes

 

J’ai pensé qu’il était approprié de prendre comme point dedépart de nos réflexions le Motu Propriode Léon XIII Domini et Salvatoris,datant de 1887, non pas parce qu’il constitue le premier document, mais parceque, avec deux autres brèves interventions de Benoît XV et de Pie XI, ilreprésente une sorte de pont entre les deux différentes situations politiquesprésentes dans cette région.

L’analyse des documents consultés à cet égard nous permetd’identifier trois périodes de l’activité du Saint-Siège en ce qui concerne laTerre Sainte, chacune ayant des caractéristiques spécifiques correspondant auxévénements historiques qui se sont succédé dans la région.

1) De 1887 à 1947, c’est-à-dire jusqu’à la Première guerreentre Arabes et Israéliens,

2) De 1947 à 1964, avec la visite historique de Paul VI,

3) De 1964 à nos jours.

- Les documents relatifs à la Terre Sainte en général,avec une référence particulière à Jérusalem, appartiennent à la premièrepériode. À cette époque, les Papes s’adressaient fréquemment aux catholiques,leur rappelant la nécessité de conserver l’intégrité matérielle des LieuxSaints et l’attention qu’ils devraient porter aux besoins des catholiques qui yvivent. À cet égard, Léon XIII recommanda que les prêtres organisent « unecollecte pour les Lieux Saints » au moins une fois par an.

Au cours de son bref pontificat, Benoît XV prononça deux interventionsrelatives aux Lieux Saints et aux droits que les chrétiens avaient à leurégard. Lors du Consistoire secret de 1919, à la fin de la Première Guerremondiale, le Pape exprima sa préoccupation à l’égard de la Palestine et rappelales sacrifices des chrétiens de l’Orient, au cours des siècles, pour défendreet maintenir la custodie des Lieux Saints (DC1919, n. 8, p. 226-228) [1].Par la suite, en 1921, à l’occasion de son discours au Sacré Collège descardinaux, le Pape fit référence à la Palestine, réclamant « pour tous leschrétiens les droits inaliénables qu’ils y possédaient » (DC 1921, n. 114, p. 2-3) [2]et sur lesquels aucun autre droit ne pouvait ni ne devrait prévaloir.

Pie XI ne prononça qu’une intervention sur cette question,quelques jours avant Noël 1922. S’adressant aux cardinaux, le Pape parla de l’« angoisse dans laquelle la situation en Palestine, cette terre bénie, leplongeait », et il lança un appel aux États membres de la Société des Nationsafin que les « droits de tous les chrétiens en Palestine soient préservés dansleur totalité » (DC 1922, n. 179, p.1275) [3].

- Au cours de la seconde période, les préoccupations desPapes et l’activité du Saint-Siège se concentrèrent principalement surl’assistance et l’aide que le monde catholique avait l’obligation moraled’apporter aux Lieux Saints et aux communautés présentes là-bas. Cespréoccupations étaient dictées par les conditions de pauvreté et d’incertitude,notamment de nature physique, dans lesquelles ces communautés vivaient.

Pie XII, qui consacra une attention particulière à laTerre Sainte au cours des années de son long pontificat, introduisit un nouvelélément, à la fois pastoral et politique, dans la question du Moyen-Orient :bien qu’assurant l’impartialité du Saint-Siège et condamnant la violence, «quelle qu’en soit l’origine », il souligna fermement qu’en aucun cas, cetteimpartialité n’était synonyme d’ « indifférence » [4].

Au cours des années du conflit qui opposa Arabes etIsraéliens, Pie XII ne fit pas moins de sept interventions dans desEncycliques, des discours et des messages sur la question de Jérusalem,soulignant que les Lieux Saints devaient être préservés, que les fidèles destrois religions devaient y avoir libre accès sans danger, et que les troisreligions monothéistes avaient le droit d’exercer un contrôle absolu sur leurspropres lieux de prière.

À la veille de la Première guerre entre Arabes etIsraéliens, Pie XII, s’adressant aux délégués du Comité arabe pour laPalestine, rappela que « la paix ne peut être atteinte que dans la vérité et lajustice » [5].Cette idée, qui devait devenir une constante dans ses documents ainsi que dansceux de ses successeurs, fut répétée dans les Encycliques de 1948, 1949 et1956, établissant également les conditions qui pourraient rendre la paixpossible.

 

1. Auspicia Quaedam

 

Dans Auspicia Quaedam, datant du 1er mai 1948, lePape demanda des prières afin que dans le monde, tourmenté par les événementsde la Seconde Guerre mondiale, « puisse enfin briller, comme un don du ciel, lapaix mutuelle, fraternelle et complète entre toutes les nations et l’harmonietant désirée entre toutes les classes sociales » (DC 1948, n. 1018, col.705-708) [6].Le Saint-Père continua : « Mettons un terme aux désaccords qui ne profitent àpersonne. Faisons en sorte que ce soit la justice qui dicte la solution deconflits qui sèment souvent les germes d’autres malheurs. Faisons en sorte queles relations internationales, publiques et privées, s’accroissent et serenforcent. Faisons en sorte que la religion, défenseur de toutes les vertus,puisse jouir de la liberté qui lui est due. Et faisons en sorte que le travailpacifique des hommes - placé sous les auspices de la justice et de l’élan divinde la charité - produise d’abondants fruits pour le bien de tous » [7].

Puis, en faisant référence en particulier aux LieuxSaints, le Pape appela à prier afin que « la situation en Palestine puisseenfin être résolue dans la justice, et que la paix et la concorde puissentenfin triompher » [8].

 

2. Redemptoris nostri

 

Par la suite, dans son Encyclique Redemptoris nostri, en date du 15 avril 1949, le Pape Pie XIIinvita chacun, et en premier lieu les catholiques du monde, à s’engager à «persuader les gouvernants des nations, et ceux dont le devoir est de régler cetteimportante question, à garantir à la Ville Sainte et à la région environnanteun statut juridique approprié, dont la stabilité ne peut être assurée que parun accord commun entre les nations qui aiment la paix et respectent les droitsdes autres » (DC 1949, n. 1043, col.641-644) [9].

 

3. Laetamur Admodum

 

Enfin, dans la Lettre Encylique Laetamur Admodum (DC1956, n. 1239, col. 1477-1480), en date du 1er novembre 1956, avec la menace duconflit à propos du Canal de Suez, le Pape exhorta les gouvernants des nationsà considérer la nécessité de « choisir la voie de la justice et non celle de laviolence », sans négliger les « droits sacrosaints de l’Église qui lui sontgarantis par son Divin Fondateur » [10].

- Avec le Concile Vatican II, l’Église a une fois de plusplacé la Ville Sainte au centre de ses intérêts, et ses trois dimensions -terrestre, humaine et spirituelle - ont représenté un thème constant dans lesdéclarations pontificales.

Au cours de cette période, l’attitude du Saint-Siège, touten demeurant ferme et spécifique dans ses appels en vue de garantiesinternationales, tentait, en demandant une solution juste et honorable, delancer un appel en vue de mettre un terme aux difficultés et aux « antagonismesd’ordre militaire et politique » [11],dans le but de rechercher une solution « digne du lieu de naissance de Dieufait homme » [12].L’accord international souhaité n’a pas été considéré purement comme uneintervention statique et temporaire, mais comme une action constante, capabled’enseigner les principes de la paix, des droits et de la dignité, comme undébut d’unité ou encore, comme une étape « sur la voie vers la réconciliationmutuelle » [13].

Le Pape Paul VI, au cours de sa visite historique en TerreSainte en tant que pèlerin de la paix, ayant à l’esprit les problèmes de cetterégion, ne manqua pas d’implorer « le don de la réconciliation de l’humanitéavec Dieu et celui de la concorde profonde et sincère entre tous les peuples »(DC 1964, n. 1417, col. 173) [14].Ainsi, il continua également « le grand mouvement d’unification de la racehumaine » [15], quicommençait à prendre deux directions : l’unité des chrétiens et l’unité dumonde.

L’intérêt démontré pour la Terre Sainte au cours desannées que nous avons analysées devient de plus en plus urgent et dans le mêmetemps l’une des préoccupations principales du pontificat de Jean-Paul II. Lesinterventions prononcées par le Pape actuel en ce qui concerne les problèmes etles situations liés à la Terre Sainte sont très nombreuses ; ces déclarationsont non seulement prouvé l’importance attribuée à cette région, mais par-dessustout les efforts sincères et inlassables en vue de rechercher une paix qui,prenant origine dans ces lieux, deviendrait également un exemple et une sourced’inspiration pour tant d’autres situations semblables dans le monde.

Avec Jean-Paul II, l’activité du Saint-Siège, fondéeessentiellement sur le droit et la justice, va au-delà des circonstancesprésentes et se tourne vers l’avenir, vers l’échange entre nations, religionset toute la race humaine.

Dès ses toutes premières interventions, le Pape Jean-PaulII a voulu indiquer l’activité future du Saint-Siège dans le conflitpalestinien : une activité fondée sur la justice en tant que pivot et fondementde toute paix possible et souhaitée.

Au cours de l’Angélus du 11 mars 1979, soulignantl’attention avec laquelle il suivait le développement de la crise auMoyen-Orient, le Pontife, poussé par l’amour « que le Pape porte pour la paix», exprima son désir et son fervent espoir que la paix soit garantie partout,en portant la considération qui leur est due aux droits et aux aspirationslégitimes de tous les peuples concernés. Cette aspiration à une juste solutionde la crise fut soulignée ultérieurement dans le discours historique à l’Assembléegénérale des Nations Unies, le 2 octobre 1979 (DC 1979, n. 1772, p. 872-879). En exprimant son appréciation pourles efforts concrets en vue de parvenir à une solution, le Pape déclara queceux-ci n’auraient aucune valeur s’ils ne représentaient pas « une premièrepierre » vers l’établissement d’une paix qui, « étant nécessairement fondée surla reconnaissance équitable des droits de tous, ne pouvait manquer d’inclure laconsidération et la juste solution de la question palestinienne ».

Dans son homélie à l’occasion de la célébration desmartyrs d’Otrante, le 5 octobre 1980, le Saint-Père s’arrêta sur différentsfacteurs liés au drame du Moyen-Orient : sur le peuple juif, qui, suite auxtragiques expériences et préoccupé par sa sécurité, établit l’Etat d’Israël ;et sur le peuple palestinien, qui a été largement exclu de sa terre. À cetteoccasion, il appela à accomplir des efforts pour faire prévaloir l’espritd’unité, de respect mutuel et de compréhension sur tout ce qui divise ou opposeles peuples et les nations.

En conclusion de la première rencontre du Saint-Père avecle Président Arafat, le 15 septembre 1982, le Bureau de Presse du Saint-Siègepublia le communiqué suivant :

« Le Saint-Père, poussé par sa préoccupation constante depromouvoir le processus de paix au Moyen-Orient, a reçu M. Yasser Arafat [...]Au cours de la rencontre, le Souverain Pontife a manifesté sa bonne volontéenvers le peuple palestinien et sa solidarité pour ses longues souffrances, enexprimant l’espoir qu’une solution juste et durable au conflit du Moyen-Orientsoit trouvée au plus tôt, une solution qui, en excluant le recours aux armes età la violence, - de toute forme, en particulier celle du terrorisme et desreprésailles - conduirait à la reconnaissance du droit de tous les peuples, eten particulier du peuple palestinien, à posséder une terre propre, et à celledu peuple israélien à garantir sa propre sécurité » (DC 1982, n. 1838, p. 921).

Ce communiqué montre clairement les principes inspirantl’intérêt du Saint-Père dans le conflit israélo-palestinien. En accord avecl’attitude maintenue depuis le début des hostilités, son opposition sanséquivoque à la violence est réaffirmée avec force, que celle-ci soit le fruitd’actes de terrorisme ou d’actes de répression. Le droit du peuple palestinienà posséder une patrie est reconnu, de même que celui d’être reconnu nonseulement en tant que réfugiés, mais en tant que peuple possédant des droitsspécifiques et légitimes. Enfin, l’existence de l’État d’Israël est exprimée de facto, ainsi que son droit à établiret à garantir des frontières.

Ce même jour, en revenant sur la questionisraélo-palestinienne, le Saint-Père réaffirma sa ferme conviction selonlaquelle il ne peut y avoir de véritable paix sans justice, et que la pleinejustice ne peut exister sans la reconnaissance et l’acceptation, de façonstable, équitable et adéquate, des droits de tous les peuples impliqués dans letriste conflit (cf. DC 1982, n. 1838,p. 921-922) [16].

Cette mention claire et explicite de la justice commecondition préalable pour l’établissement de la paix reflétait la cohérence del’enseignement du Pape dans ce domaine et, dans le même temps, incluait dans laliste des différents droits des deux peuples, le droit à l’existence, à lasécurité et au maintien de leurs identités respectives.

Le thème de la justice comme solution préalable à la paixrevient avec force dans la Lettre apostolique Redemptionis Anno du 20 avril 1984 (DC 1984, n. 1875, p. 551-552). Rappelant le fait que, depuis desdécennies, au Moyen-Orient, deux peuples, israélien et palestinien, «s’opposent l’un à l’autre dans un antagonisme dont rien ne semble pouvoir venirà bout », le Pape invoquait la paix et la réconciliation pour les peuples dupays qui était également celui du Christ. Pour le peuple juif vivant dansl’Etat d’Israël, et qui conserve sur cette terre des signes si précieux de sonhistoire et de sa foi, le Saint-Père encouragea des prières pour la sécuritétant souhaitée et la juste tranquillité qui est la prérogative de chaque nationet la condition de vie et de progrès pour toute société. Le peuple palestinien,qui tire ses racines historiques de cette terre qui a été dispersée depuis desannées, « a le droit naturel, en toute justice, de retrouver une patrie et devivre en paix et en harmonie avec les autres peuples de cette région ».

À Vienne, le 24 juin 1988, le Pape s’adressa à lacommunauté juive locale (DC 1988, n.1967, p. 869-871) et réaffirma ce concept de justice, comme il l’avait faitégalement précédemment en septembre avec la communauté juive des États-Unis. Endéclarant que le peuple juif avait droit à une patrie, comme toute autrenation, en accord avec le droit international, il souligna que cela étaitégalement vrai pour le peuple palestinien, qui compte de si nombreux réfugiéssans patrie.

Très nombreuses sont les interventions dans lesquelles leSaint-Père, faisant référence à la situation du peuple palestinien, a soulignéla nécessité pour celui-ci - comme pour tout autre peuple dans le monde -d’avoir une patrie. Il s’agit d’une exigence qui découle non seulement d’undroit, mais qui correspond essentiellement et principalement à un sens de lajustice.

Au fil des années, ce qui semblait au début être un appeldestiné à être ignoré commença à recueillir un consensus croissant, enparticulier au sein de la Communauté internationale, qui, soucieuse de cequ’elle-même avait établi en 1947, intensifia ses efforts à l’égard de la paixau Moyen-Orient et des droits de tous les peuples dans la région.

À la veille de la Conférence de Madrid sur le processus depaix, le Saint-Père écrivit aux co-présidents de la Conférence, les présidentsBush et Gorbatchev, leur rappelant cela (cf. DC 1991, n. 2039, p. 1020-1021). Dans sa Lettre au Président Bush,le Pape reconnaissait les difficultés qui s’annonçaient et exprima saconviction personnelle qu’un accord « est possible s’il est recherché avecpersévérance et s’il est poursuivi par tous ceux qui sont concernés, avec unesensibilité constante pour les droits fondamentaux des autres et dans la fermeconviction que la véritable paix, la paix durable, ne peut être réalisée que siles demandes de justice sont satisfaites ».

Le Saint-Père assura au Président Gorbatchev qu’ilsuivrait de près les progrès du processus et rappela que le Saint-Siège, depuisde nombreuses années, « a souhaité la paix pour la région du Moyen-Orient,demandant que l’on mette fin au plus vite à des situations d’injustice grave,en tenant compte des aspirations légitimes de toutes les parties ».

Puis, à Madrid, un nouvel espoir vit le jour, un espoirqui s’était parfois affaibli, mais qui n’avait jamais été totalement perdu :l’espoir qu’à travers le dialogue et au nom de la justice et du droit, le coursde l’histoire changerait et que les peuples du Moyen-Orient, en particulier lesIsraéliens et les Palestiniens, vivraient dans la paix, selon les aspirationslégitimes de chacun.

Nous pouvons témoigner nous-mêmes de ce que le processusde paix semble d’une façon ou d’une autre aller dans la bonne direction. Depuisquelques mois, il semble y avoir une espérance renouvelée d’aller de l’avantdans le processus de paix au Moyen-Orient.

À cet égard, les paroles du Saint-Père au Corpsdiplomatique, le 9 janvier 1995, semblent prophétiques (cf. DC 1995, n. 2109, p. 104-107). « Deshommes courageux », dit le Saint-Père, « acceptant de se regarder et des’écouter, ne manqueront jamais. Ceux-là seront capables de trouver desinstruments appropriés pour construire des sociétés où chaque personne estindispensable aux autres, où la diversité est avant tout reconnue comme unerichesse. On n’écrit pas la paix avec des lettres de sang, mais avecl’intelligence et avec le coeur ! ».

Nous nous réjouissions tous de la reprise du processus depaix et des résultats obtenus à Sharm-el-Sheik ; notre espoir est que cemillénaire puisse se conclure par un geste courageux qui servira d’inspirationpour entamer des processus de paix semblables ou pour mettre un terme à dessituations qui, malheureusement, attendent toujours une solution.

 

Diplomatie et charité

 

Cette brève vue d’ensemble fait apparaître clairement queparmi les préoccupations du Saint-Siège, la Terre Sainte a toujours occupé etcontinue d’occuper une priorité centrale, dictée non seulement par un intérêt àaider et à protéger les communautés catholiques de cette région, mais égalementpar un désir de promouvoir une coexistence pacifique parmi les différentspeuples qui y vivent, ainsi que par le besoin de faire reconnaître et de fairerespecter les droits humains des juifs, des chrétiens et des musulmans de lamême façon.

Cette préoccupation a trouvé une expression concrètedans des actions qui ont toujours souligné l’indépendance de l’activité duSaint-Siège à l’égard de facteurs qui, dans de nombreux autres cas, sont différentsde ceux qui sont sans doute à la base des divers intérêts, mêmes légitimes. Deplus, l’activité visant à préserver la foi, promouvoir la paix et consolider lajustice et le respect des droits humains fait partie de la mission spécifiquede l’Église, qui est universellement reconnue comme un guide moral capable decontribuer à l’édification d’un monde meilleur.

De plus, et en référence particulièrement à la TerreSainte, l’activité du Saint-Siège a également poursuivi inlassablementl’objectif de garantir la coexistence pacifique entre les fidèles desdifférentes religions, comme moyen de montrer que la foi en Dieu qui les unitpeut et doit devenir une source d’harmonie plutôt que de division ou, pireencore, de conflit. C’est la raison pour laquelle la Secrétairerie d’État estparticulièrement préoccupée par la situation actuelle à Nazareth. Construireune mosquée à quelques mètres de la Basilique de l’Annonciation n’estcertainement pas le meilleur moyen de renforcer le respect et la coexistence entremusulmans et chrétiens. S’il y a besoin d’une mosquée, pourquoi ne pas laconstruire ailleurs ?

Chacun sait que la préoccupation du Saint-Siège et desPontifes romains pour la Terre Sainte n’a pas seulement été démontrée dans ledomaine de la diplomatie, mais a également tenté de rechercher une expressionconcrète dans les efforts visant à démontrer une préoccupation concrète dansles domaines de l’assistance sociale et de la culture.

Ma présence ici parmi vous aujourd’hui est liée àl’établissement, il y a cinquante ans, d’un Bureau qui tira son origine de lapréoccupation du Pape Pie XII pour les peuples de Terre Sainte et, enparticulier, des Palestiniens. Je veux parler de la Mission pontificale pour laPalestine.

Fondée en 1949, la Mission pontificale avait pour tâcheoriginale d’aider les réfugiés palestiniens, en fournissant des aides et desservices afin de répondre à leurs besoins humanitaires, religieux, culturels etéducatifs. Son bureau central se trouve dans cette ville, mais elle possède égalementdes ramifications à Beyrouth, à Jérusalem, à Amman et un Bureau de coordinationà Rome. La Mission travaille en étroite collaboration avec l’Associationd’Assistance catholique du Proche-Orient (CatholicNear East Welfare Association - CNEWA), une organisation missionnaire duSaint-Siège pour les Églises orientales fondée en 1924.

Tout en demeurant fidèle à son objectif original, laMission pontificale, avec la CNEWA, a étendu ses activités et est devenue uneorganisation d’assistance pour tous les peuples de Terre Sainte. Moi-même, parexemple, je peux témoigner de l’engagement et du dévouement avec lesquels laMission a oeuvré pour soulager les souffrances des peuples du Liban. Lorsquej’étais en fonction à la Nonciature apostolique de Beyrouth, les Libanais,chrétiens et musulmans, ont souvent exprimé leur gratitude pour les activitéshumanitaires accomplies par la Mission pontificale et la CNEWA.

En l’heureuse occasion du 50e anniversaire de la Missionpontificale, je voudrais exprimer sincèrement aux membres, ainsi qu’à tousleurs associés au niveau local, les remerciements profonds et sincères duSaint-Siège et du Saint-Père lui-même pour leurs efforts généreux etinlassables en vue de servir les besoins des peuples de Terre Sainte.

L’appel à la paix dans le monde, qui fut proclamé pour lapremière fois dans la modeste étable à Bethléem, résonne encore avec la mêmeferveur, et de nombreux peuples attendent encore d’atteindre ce noble objectif.

Aujourd’hui, répétant les paroles du Saint-Père dans son discours au Corps diplomatique en janvier 1992 (DC 1992, n. 2044, p. 152-157), je voudrais dire à tous ceux qui, en Terre Sainte, sont motivés par un désir sincère de paix : « Quelle bénédiction si cette Terre Sainte [...] pouvait devenir le lieu privilégié de la rencontre et de la prière des peuples, si la Ville Sainte de Jérusalem pouvait être signe et instrument de paix et de réconciliation ! ».

 



*Texte originalanglais publié dans l’Osservatore Romanodu 28 octobre 1999. Traduction française publiée dans l’ORLF du 9 novembre 1999. Références de la DC. La documentation catholique N°2216 du 19/12/1999 -Actes du Saint-Siège- page 1080.

[1]Cf. L’Osservatore Romano (OR), du 11 mars1919 ; AAS 11 (1919), 97.

[2]Cf. OR, 13-14 juin 1921 ; AAS 13 (1921), 281.

[3]Cf. OR, 11-12 décembre 1922 ; AAS 14 (1922), 609.

[4]Cf. OR, 15 août 1946 ; AAS 38 (1946), 322-323.

[5]Ibid.

[6]Cf. OR, 3-4 mai 1948 ; AAS 40 (1948), 169-172.

[7]Ibid.

[8]Ibid.

[9]Cf. OR, 17 avril 1949 ; AAS 41 (1949), 161-164.

[10]Cf. OR, 2-3 novembre 1956 ; AAS 48 (1956), 745-748.

[11]Cf. OR, 29-30 septembre 1969 ; AAS LXI (1969), 669-670.

[12]Cf. OR, 21 avril 1968.

[13]Cf. OR, 24-25 juin 1968 ; AAS LX (1968), 456-457.

[14]Cf. OR, 7-8 janvier 1964 ; AAS LVI (1964), 170-171.

[15]Cf. OR, 26 janvier 1964 ; AAS LVI (1964), 199-202.

[16]Cf. OR, 17 septembre 1982.