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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Problème_Jérusalem_Secrétairerie_d'Etat
01/01/1970



Le problème de Jérusalem


Réflexions publiées par la Secrétairerie d'État *

( Rome,mai 1996)

 

 

[Avant-Propos]1

I. Examen de la question. 1

II. Précisions sur certainsconcepts. 3

III. La situation depuis lesAccords d'Oslo. 4

 

[Avant-Propos]

 

1. A l’art. 11, § 2 de l’Accord fondamental entre le Saint‑Siègeet I'É­tat d'Israël, signé le 30 décembre 1993, il a été repris, si ce n'est demaniè­re tout à fait littérale, certainement en substance, ce qui avait étédéclaré dans l’art. 24 du Traité du Latran entre l’État italien et le Saint‑Siège,signé le 11 février 1929. Dans l’article 11, § 2, mentionné ci‑dessus, del’Accord fondamental, on lit, en particulier, que « Le Saint‑Siège( ...) juge oppor­tun de rappeler (..) son engagement solennel à demeurer àl'écart de tous les conflits uniquement temporels, ce principe s'appliquant enparticulier aux conflits territoriaux et aux frontières disputées ».

Cette condition a soulevé de nombreuses réserves, surtouten réfé­rence à la situation de Jérusalem. Ces réserves sont probablement duesau fait que peu de gens ont accordé de l’importance à la première partie dumême paragraphe de l’article en question, où l’on peut lire: « Tout enpré­servant en chaque occasion le droit d'exercer son enseignement moral etspirituel ».

2. Le jour méme de la signature de l’Accord, la Salie depresse du Saint‑Siège rendait publique une déclaration officielledétaillée, dans laquelle on expliquait, entre autres, le sens de l’article 11,§ 2: le Saint­-Siège demeure extérieur aux problèmes territoriaux, en ce quiconcerne les aspects strictement techniques, mais il ne renonce pas pour autantà sa mis­sion et à son droit d'exprimer un jugement sur la dimension morale quechacun de ces problèmes revêt nécessairement.

3. La même déclaration se référait explicitement auproblème de Jérusalem, en affirmant

‑ Les questions relatives à la Ville de Jérusalemsont depuis long­temps objet de préoccupation de la part du Saint‑Siège;

Eiles ne sont pas mentionnées dans l’Accord en vertu deleur carac­tère international et multilatéral, qui ne permet pas de lesrésoudre par un Accord qui est, de par sa nature, bilatéral entre les deuxparties signataires;

- Ces questions demeurent importantes pour le Saint-Siège,dont la position n'a pas changé... (position, que cette Déclaration exposaitpar la suite de manière synthétique) [1].

I. Examen de la question

 

1. Il existe un problème territorial de Jérusalem, devenuplus évident et plus intense à partir de 1967, lorsqu'une partie de la Ville,comprenant aussi la zone où se trouve regroupée la majeure partie des Lieuxsaints des trois religions monothéistes, a été conquise militairement et puisannexée.

 

Le Saint-Siège a toujours demandé que cette questionterritoriale soit résolue de manière équitable et par des négociations. LeSaint-Siège, comme le dit l’article mentionné, ne considère pas la question desmètres carrés ou des kilomètres carrés qui sont l’objet du conflit, mais il ale droit - et il l’exerce – d’exprimer son jugement moral sur la situation.

 

Il est évident que tout conflit territorial contient desaspects éthiques, comme par exemple le droit des communautés nationales àl’autodétermination, le droit des communautés à préserver leur propre culture,le droit de tous à l’égalité devant la loi et dans la distribution desressources, le droit de ne pas être l’objet de discrimination pour des raisonsethniques ou religieuses, etc.

 

En ce qui concerne la situation territoriale de Jérusalem,l'attitude du Saint-Siège correspond nécessairement à celle de la communautéinternationale. Elle pourrait être résumée comme suit : la partie de la Villeoccupée militairement en 1967 et, par la suite, annexée et déclarée capitaled'Israël, est un territoire occupé et toutes les mesures israéliennes quioutrepassent le pouvoir d'un belligérant occupant, selon la loi internationale,sont par conséquent nulles et non avenues. En particulier, cette position a étéexprimée et est encore exprimée par la résolution du Conseil de Sécurité desNations Unies n. 478 du 20 août 1980, qui déclare la loi fondamentaleisraélienne sur Jérusalem « nulle et non avenue », et qui invite lespays ayant leur ambassade dans la Ville à la transférer. II est notoire que,lorsque le Saint-Siège a ouvert sa nonciature près de l’État d'Israël, il l’aouverte à Tel Aviv, où se trouve actuellement la plus grande majorité desambassades. Il est aussi notoire que la Délégation apostolique de Jérusalem etde Palestine (ouverte le 11 février 1948, avant la constitution de l’Étatd'Israël) est maintenue.

2. Il existe cependant un autre aspect de Jérusalem qui,dans la perspective du Saint-Siège, va bien au-delà de la simple questionterritoriale : il s'agit de la « dimension religieuse » de laVille, de la valeur particulière qu'elle revêt pour les croyants, juifs,chrétiens et musulmans qui y résident, et pour les croyants, juifs, chrétienset musulmans du monde entier.

 

Il s'agit d'une valeur que l'on doit considérer commeayant un caractère mondial et universel : Jérusalem est un « bien del’humanité tout entière » .

 

Depuis des décennies, bien avant l’occupation de 1967, leSaint-Siège a toujours été très attentif à cet aspect et n'a pas manquéd'intervenir, en insistant sur la nécessité de le sauver, par une protectionappropriée de l’identité de la Ville sainte. Le contenu de cette protection etle caractère qu'elle doit revêtir pour pouvoir répondre correctement à sesobjectifs seront exposés ci-dessous au numéro II. 2.

 

a) Dans cette perspective, visant à sauvegarder le caractèreuniversel d'une ville déjà, à cette époque, revendiquée par deux peuples (lespeuples arabe et juif) et considérée comme sacrée par trois religions, leSaint-Siège a adhéré à la proposition de son internationalisation territoriale,du « corpus separatum », demandé par l’Assemblée générale desNations-Unies, dans la Résolution 181 (II) du 29 novembre 1947. Le « corpusseparatum » était considéré par le Saint-Siège comme une forme alorsappropriée, un instrument juridique utile, en vue d'éviter que Jérusalem nedevienne objet et zone de conflit et ne puisse perdre une partie de sonidentité (comme de fait cela s'est ensuite produit et continue de se produire).

 

b) Au cours des années suivantes, l'internationalisationse révélant de fait irréalisable, le Saint- Siège, spécialement mais passeulement par les interventions publiques des papes, a continué à demander laprotection de l’identité de la Ville Sainte, faisant toujours remarquer lanécessité d'un engagement international. Il a donc demandé régulièrement àcette fin un instrument juridique international approprié: c’est le sens del’expression « statut spécial internationalement garanti ».

 

c) Avec les événements bien connus de 1967 et avec ce quien est résulté, la sollicitude du Saint-Siège ne s'est jamais démentie, maiselle s'est faite toujours plus insistante: on peut trouver les textes à proposde ces affirmations dans le recueil de documents réalisé par Monseigneur EdmondFarhat, Jérusalem dans les documents pontificaux, de 1887 à 1984, publié à Romeen 1987. Ce précieux recueil de documents a dtî être traduit en langue arabe etpublié au Liban [2].

 

II. Précisions sur certains concepts

 

1. Il est important de faire remarquer que, dans laprésentation de ses requêtes, le Saint-Siège a toujours insisté également surune autre question qui, dans les conditions particulières de Jérusalem, estjugée d'une importante fondamentale, précisément en relation avec la sauvegardede l’identité de la Ville sainte: Jérusalem est sacrée pour les trois religions- le judaïsme, le christianisme et l’islam -, à parité; en d'autres termes,certaines revendications unilatérales, au nom de l’une ou l’autre religion, ouau nom d'antériorités historiques ou de prépondérances numériques, ne sont pasacceptables. Jérusalem est une réalité unique, universelle parce que sacrée,dans son ensemble et pour les trois religions.

 

Cela a été fortement souligné dans la Lettre apostoliquede Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, Redemptionis anno, du 20 avril1984. Dans celle-ci, on lit:

« Depuis l'époque de David, qui en avait fait sacapitale, et de Salomon qui y avait construit le Temple, elle est I'objet del’amour ardent des juifs qui, en tous temps, en ont cultivé le souvenir. Depuistoujours peut-on dire, ils ont dirigé leur cœur vers elle chaque jour et y onttoujours vu le symbole de leur nation ».

 « Leschrétiens la regardent avec un attachement religieux et plein de sollicitudecar c’est là que tant de fois la parole de Dieu s'est fait entendre, c'est làqu'ont eu lieu les grands événements de la Rédemption, à savoir la Passion, lamort et la résurrection du Seigneur. C'est à Jérusalem qu'est née la premièrecommunauté chrétienne et que s'y est maintenue, au long des siècles, au prix debien des difficultés, une continuelle présence ecclésiale ».

« Les musulmans aussi nomment Jérusalem « laSainte »; ils lui vouent un amour profond qui remonte aux origines del’islam et qui s'enracine dans les lieux privilégiés de pèlerinage et dans uneprésence plus que millénaire et presque ininterrompue ».

 

2. Il semble aussi important et fondamental d'expliquer ceque le Saint-Siège entend par l’expression « sauvegarder l’identité »de Jérusalem, ou ce qu'il entend par « garanties ». Selon leSaint-Siège,

- doivent être préservées les caractéristiqueshistoriques, matérielles de la Ville, ses caractéristiques religieuses etculturelles - et peut-être aujourd'hui devrait-on dire remises en vigueur oudéfendues celles qui existent encore;

- doit être préservée la parité des droits et detraitement pour les membres appartenant aux trois communautés religieuses qui yvivent, dans la liberté des activités spirituelles, culturelles, civiles etéconomiques ;

- doivent être préservés les Lieux saints qui s'ytrouvent, avec la protection des droits de la liberté de religion, de culte etd'accès, pour les habitants et pour les pèlerins, de Terre sainte et du mondeentier.

 

Il s'agit, en substance, de préserver et de mettre envaleur l’identité de la Ville sainte, de manière globale et dans tous sesaspects : on ne considère pas comme suffisante, par exemple, la simple« extra-territorialité » des Lieux saints, avec l’assurance que lespèlerins puissent y accéder librement; l’identité de la Ville comporte unedimension sacrée qui n’est pas simplement celle de lieux ou de monuments prisindividuellement, ni sans lien avec leurs communautés respectives. C'est unedimension sacrée qui englobe l’ensemble des lieux et des communautés.

 

III. La situation depuis les Accords d'Oslo

 

Les Accords d'Oslo prévoient que, dans le cadre de ladeuxième étape, c’est-à-dire de la négociation sur le statut permanent, ondoive aborder certains problèmes particulièrement délicats et difficiles, parmilesquels celui de Jérusalem. Dans cette perspective, le Saint-Siège, maintenantfermement sa position, en même temps que les requêtes qui en découlent, estimequ'il peut formuler certaines considérations

 

1. On prévoit que l’on négociera ; cette promesse et cetteprévision constituent déjà un fait en soi positif, même si c'est le minimum;face à cela, le Saint-Siège ne peut que souhaiter que la volonté exprimée parles parties politiques les plus directement intéressées devienne réalité.

Le Saint-Siège est disposé à offrir son soutien dans cesens, selon ses moyens et ses caractéristiques propres.

2. Comme cela est prévu, les négociations devraient déjàadmettre la participation des sponsors du processus de paix et, selon lesdéclarations recueillies au cours des derniers mois, d'autres pourraient êtreinvités à offrir leur concours. Pour le Saint-Siège, il est important que latable des négociations soit élargie, de manière à obtenir une négociationelle-même équitable et qui ne néglige aucun aspect du problème.

3. Il est essentiel que les parties concernées par lanégociation tiennent compte de manière correcte et juste de la dimension sacréeet universelle de la Ville : cela exige que toute solution possible se fasseavec la participation des trois religions, au niveau local et non seulementlocal, et que la communauté internationale soit en quelque manière partieprenante.

4. En réalité, les deux dimensions, territoriale etreligieuse, méthodologiquement séparées pour pouvoir en parler de façonappropriée et complète, s'entrecroisent et mettent clairement en évidencequ'une solution politique ne pourra être valable si elle ne tient pas compte demanière profonde et juste des besoins religieux existant dans la Ville, ainsique le Saint-Siège l’a souvent souligné. Ce sont des nécessités de caractèrehistorique, mais surtout actuelles, et elles concernent, avant tout, le respectintégral du plus fondamental des droits humains, le droit à la liberté dereligion et de conscience.

 

Les patriarches et les autres chefs religieux chrétiens deJérusalem ont rendu publique, le 14 novembre 1994, une Déclaration [3]à la fin de laquelle ils ont écrit : «... Donner à Jérusalem un statutspécial est nécessaire, afin que Jérusalem ne soit pas victime de lois imposéescomme conséquences d'hostilités ou de guerres, et afin qu'elle reste une citéouverte qui transcende les troubles locaux, régionaux ou mondiaux... Ce statut,établi par les autorités politiques et religieuses locales, devrait êtregaranti aussi par la communauté internationale ».

 

Cette requête des chefs religieux chrétiens de Jérusalemreflète en substance ce que le Saint-Siège demande depuis des années et qui aété repris, même si c'est dans un langage un peu différent, par Sa Sainteté lepape Jean-Paul II, le 13 janvier dernier, dans son discours au Corpsdiplomatique accrédité près le Saint- Siège.

1. Après avoir dit : « Veuille Dieu aider Israélienset Palestiniens à vivre désormais les uns à côté des autres, les uns avec lesautres, en paix, dans l’estime réciproque et dans une collaborationsincère! », le Saint-Père continuait : «... Laissez-moi vous confierque cette espérance pourrait se révéler éphémère s'il n'était pas donné aussiune solution équitable et adéquate au problème particulier de Jérusalem »(le problème global - politique, territorial, religieux, démographique, etc. - deJérusalem existe et est fondamental).

2. Le pape poursuivait : « La dimensionreligieuse et universelle de la Ville sainte réclame un engagement de toute lacommunauté internationale pour qu'elle conserve sa spécificité et qu'elledemeure une réalité vivante» (le pape demande un engagement de caractèreinternational pour sauvegarder l’identité de Jérusalem du point de vue surtout« religieux », « culturel », qui en font un « biend'intérêt mondial ») et il précise que « les Lieux saints, chers auxtrois religions monothéistes, sont certes importants pour les croyants, maisils perdraient beaucoup de leur signification s'ils n'étaient entourés demanière permanente par des communautés actives de juifs, de chrétiens et demusulmans, jouissant d'une authentique liberté de conscience et de religion etdéveloppant leurs propres activités de caractère religieux, éducatif etsocial ».

3. Et, se référant aux négociations prévues, qui devraienttenir compte de la question globale, le pape déclarait: « Je souhaite quela communauté internationale offre aux partenaires politiques plus directementconcernés par ce problème des instruments juridiques et diplomatiquessusceptibles d'assurer que Jérusalem, unique et sainte, soit vraiment un« carrefour de paix » (le pape demande un instrument international etune aide internationale pour sauvegarder la vraie valeur que constitueJérusalem, en même temps pour les Israéliens et les Palestiniens. pour lesjuifs, les chrétiens et les musulmans).

C'est certainement un appel que le pape adresse à la bonnevolonté et au sens de la justice des hommes politiques de la région et dumonde; eest un appel qu'il adresse aux croyants et c'est une prière qu'iladresse au Dieu des trois religions, qui a voulu honorer cette région de saprésence, de manière particulière, afin que les hommes accueillent, comprennentson message de fraternité et de paix, et y apportent leur soutien.

Ce sont des concepts contenus dans deux paragraphes de laLettre apostolique Redemptionis anno, déjà citée: « Jérusalem abritedes communautés vivantes de croyants, dont la présence est un signe et unesource d'espérance pour tous les habitants de la terre qui se tournent verselle comme vers la Cité sainte, comme vers leur héritage spirituel et vers lesymbole de la paix et de la concorde ».

 « De fait, entant que patrie de cœur de tous les descendants spirituels d'Abraham qui lachérissent tout particulièrement, et en tant que lieu de rencontre, dans lafoi, entre la transcendance infinie de Dieu et tout le créé, Jérusalem apparaîtcomme un symbole de rassemblement, d'union et de paix pour toute la famillehumaine ».

 



* Textecommuniqué à l'ouverture de la conférence de Beyrouth ( 14‑17 juin 1996)réunie à l'initiative du Conseil des Eglises chrétiennes du Moyen Orient, à laquelledes observateurs religieux musulmans étaient invités.

[1] 1. Cf. LaDocumentation catholique 1995, n° 2108, pp. 85-87.

[2] Parmi cesdocuments, à titre d'exemple, on pourrait signaler, en raison de leur caractèreexhaustif et de leur clarté :

- l'allocution du pape Paul VI aux cardinaux etprélats de la Curie romaine, le 22 décembre 1967;

- la Déclaration distribuée aux Nations-Unies parl'observateur permanent du Saint-Siège, le 3 décembre 1979;

- l'article paru dans l’Osservatore Romanodes 30 juin - Ier juillet 1980.

[3] Cf. La Documentation catholique, 1995, n° 2108, pp. 85-87.