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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Sabbah_avenir_Jérusalem
01/01/1970



Congrès du Conseil des Eglises du Moyen Orient sur la question de Jérusalem


Déclarationde Mgr Michel Sabbah,

patriarchede Jérusalem des Latins,

surI'avenir de Jérusalem


(Beyrouth, 16 juin 1996)

 

 

[Préambule]1

L'avenir de Jérusalem.. 1

Église de Jérusalem et Égliseuniverselle. 2

La position des musulmans et deschrétiens arabes. 2

L'avenir de la Ville sainte. 2

 

[Préambule]

 

En novembre 1994, les patriarches et les chefs des Communautés chrétiennes de Jérusalem publièrent leur Memorandum sur « La signification de Jérusalem pour les chrétiens »  [1] . Leur position peut se résumer dans les points suivants :

1. Jérusalem est une ville sainte pour les troisreligions, judaïsme, christianisme et islam; et sa souveraineté revient à sesdeux peuples, pales­tinien et israélien.

2. Pour les chrétiens, Jérusalem est la ville desorigines. En elle est né le christianisme et en elle eut lieu le mystère dusalut de l’humanité.

3. La présence chrétienne y est restée continue pendantdeux mille ans, depuis les origines du christianisme et jusqu'à aujourd'hui.

4. Les différentes Eglises y ont acquis, le long dessiècles, des droits spécifiques. Certains sont contenus dans le règlement connupar le nom de « Statu quo ». Tous ces droits, respectés parles pouvoirs et les gouverne­ments successifs, doivent être respectés par lespouvoirs politiques actuels.

5. Les Eglises de Jérusalem ont des responsabilités et desdevoirs à l’égard des Eglises du monde : accueil et aide à tous ceux quiviennent comme pèlerins ou résidents, pour l’étude ou la prière. Les pouvoirspoli­tiques qui régissent la ville doivent leur assurer la possibilitéd'exercer ce service.

6. Pour les Palestiniens chrétiens, comme d'ailleurs pourles musul­mans et les juifs, Jérusalem est, à la fois, une ville sainte et uneville de la vie quotidienne. Entre tous les citoyens, chrétiens, musulmans etjuifs, doit régner l’égalité des droits et des devoirs. Aucun supérieur àl’autre, aucun soumis à l’autre; chacun doit se sentir chez lui, dans sa villeet dans sa capitale, libre et souverain.

 

L'avenir de Jérusalem

 

Jérusalem est une ville particulière. C'est pourquoi, ellea besoin d'un statut particulier qui réponde à ses cinq composantes: deuxpeuples et trois religions. L'exclusion ou la préférence d'un peuple surl’autre ou d'une religion sur l’autre, est contraire à sa nature et démolit sapaix. Il revient à ses propres citoyens de définir et de régir ce statutparticulier, sans l’intervention des nations. Mais ce statut a besoin d'êtreconsolidé par des garanties internationales.

Aujourd'hui, le Conseil des Eglises du Moyen Orient aconvoqué ce congrès sur la question de Jérusalem, afin de définir et d'exprimerpremièrement une position commune des Eglises du monde arabe et deuxièmementune position arabe commune, chrétienne et musulmane.

 

Église de Jérusalem et Église universelle

 

Ce Conseil adopte et confirme la position de l’Église deJérusalem, telle que manifestée dans le memorandum cité plus haut.

D'autre part, nous chrétiens et Eglises de Jérusalem,orthodoxes, catholiques et protestants, nous avons pleine conscience queJérusalem n'est pas exclusivement à nous ; elle est la capitale spirituelle etle cœur de tout chrétien. C'est pourquoi, toutes les Eglises du monde arabe etdu monde entier sont intéressées à son sort. Nous, sur les lieux, nous avons ledroit et le devoir d'accueillir, de servir et de répondre à toutes lesexigences de tous les croyants auprès de l’Église-mère. C'est pourquoi, lesrapports entre chacune de nos Eglises de Jérusalem et la famille d'Eglises àlaquelle elle appartient, mais aussi avec toutes les autres familles d'Eglises,protestante, catholique ou orthodoxe, doivent être des rapports d'amitié, deconfiance et de réconciliation permanente, des rapports qui respectent lesdroits, les juridictions et les devoirs fraternels à l’égard de toutes lesÉglises.

En tant que représentant de la famille catholique, dans leConseil des Églises du Moyen-Orient, et étant le patriarche de l’une desEglises de Jérusalem, je voudrais dire que la position de l’Église catholiqueuniverselle, définie par le Saint-Siège de Rome, suit cette même ligne desEglises locales, à savoir le respect des droits, des juridictions et desdevoirs de tous. C'est pourquoi toute initiative catholique n'a été et ne seraprise qu'en coordination avec les autres Eglises présentes à Jérusalem. Quant àla position du Saint-Siège vis-à-vis de Jérusalem, elle est précisée dans undocument officiel, envoyé par la Secrétairerie d'État, à la demande de ceConseil. Ce document est distribué à tous les participants.

 

La position des musulmans et des chrétiens arabes

 

La position arabe commune, chrétienne et musulmane, àJérusalem comme dans tout le monde arabe, se base sur le fait que tous,chrétiens et musulmans, sont citoyens dans une même patrie et forment une seuleréalité politique dans cette région du monde. Tous participent aussi à unelongue histoire commune, sur la base de deux religions différentes. La force dela position arabe dépend de la mesure de la coordination et de la compréhensionmutuelle. Elle dépend surtout de la capacité musulmane à comprendre et àaccueillir la position chrétienne. C'est à la mesure de cette ouverture que laposition arabe et musulmane, sera renforcée. La position arabe dépend donc dedeux choses : 1) la vision et la définition de ses propres droits, et, 2) lacapacité à voir les droits du frère chrétien et la capacité à y répondre et àinspirer dans les cœurs confiance et tranquillité.

Du point de vue religieux, nous avons tous pleineconscience du caractère pluraliste de notre ville, sainte pour les chrétiens,les musulmans et les juifs. Tous nous respectons en elle ce caractère.

Du point de vue politique, Jérusalem est palestinienne etisraélienne. A cet égard, nous espérons que nos chefs politiques pourrontarriver à une position commune. Nous demandons à Dieu d'unir les cœurs desArabes autour de leurs Lieux saints. Pour cette unité nous prions, afin que tousles pays arabes, unis, puissent assurer la stabilité et la tranquillité àeux-mêmes et à tous leurs voisins.

 

L'avenir de la Ville sainte

 

L'avenir de Jérusalem ne peut se décider qu'en prenant enconsidération les points suivants

1. A Jérusalem, il y a cinq composantes: deux peuples,palestinien et israélien, et trois religions, islam, judaïsme et christianisme.

2. Les rapports entre ses deux peuples et ses troisreligions doivent se baser sur le principe de l’égalité des citoyens et non surcelui de la protection d'un peuple ou d'une religion à l’égard de l’autre.

3. Jérusalem, ville particulière, a besoin d'un statutparticulier.

4. Jérusalem est capitale pour chacun de ses deux peuples,palestinien et israélien, et pour les deux Etats, israélien et palestinien.

Le statut particulier est requis afin que Jérusalem ait unstatut qui la mette au-dessus des guerres et des hostilités; afin qu'elle resteouverte, en tout temps, en temps de guerre et de paix, à tous les croyants, detout pays et de tout peuple.

L'expérience de l’histoire montre qu'aucun gouvernement aumonde ne peut garantir cette ouverture absolue de la Ville sainte. Toutgouvernement, en effet, soumettra l’ouverture ou la fermeture de Jérusalem àses propres exigences de sécurité: il l’ouvrira à tous les amis et la fermera àtous les ennemis. Ce qui est le cas actuellement et jusqu'à ce moment.Jérusalem est ouverte à tous les peuples de la terre, mais elle est fermée,pour des raisons de sécurité, à tous les Palestiniens, qui en sont les plusproches.

Ce fait impose à ses deux peuples de lui donner un statutparticulier qui corresponde à sa sainteté, qui la différencie de toutes lesvilles du monde, la mette au dessus de toute hostilité, et en fasse une oasiset une ville de paix définitive et stable, pour la paix et le bien de la régionet du monde. Ce statut particulier, une fois trouvé, devra être consolidé pardes garanties internationales .

Nous demandons à Dieu de guider tous les responsables,afin de trouver pour la Ville sainte de Jérusalem le statut qui lui convientdans la justice et I'amour à la fois, capable d'en faire la ville de laréconciliation et du salut de tous les peuples.



[1] Cf. La Documentation catholique, 1995, n° 2108, pp. 85‑87.