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Judaïsme

De la question de Dieu à la promesse de Jérusalem
25/04/2005

Dans la Haggadah de Pesah

Extrait de L'Arche n° 563-564, mars-avril 2005
L'Arche, le mensuel du judaïsme français
39, rue Broca, 75005 Paris

Numéro spécimen sur demande à info@arche-mag.com
www.col.fr/arche/article.php3?id_article=102

Texte reproduit du site Communauté Online (Col).


La première partie du Seder touche à sa fin. Les parents ont poussé les enfants, même les plus petits, à poser des questions. Tous ont chanté les Psaumes du Hallel, et voilà qu'on l'interrompt, afin que les enfants, héros de la veillée - c'est à eux que les anciens transmettent l'Histoire -, puissent goûter la matsa avant que le sommeil ne les gagne. On reprendra le Hallel après le repas, après la troisième coupe qui le clôture, et l'énoncé des «versets de la colère» qu'on a rajoutés au Moyen-Âge, au lendemain des exactions et des massacres de la première Croisade.

C'est ainsi que, dans l'intérêt des enfants, on coupe en deux le Hallel. Bien que le Psaume 114, récité avant le dîner, soit inséparable du suivant. La terre et la mer, disait le premier, se sont ouvertes aux Hébreux qui marchaient vers le Sinaï et vers Canaan. Cet événement spectaculaire souligne, en continuant, le Psaume 115, n'a pas seulement sauvé les Bené Israël, il témoigne aussi de la grandeur de Dieu : «Pas à nous... mais à ton Nom donne gloire», c'est ton honneur qui était et qui est toujours en jeu, s'écrie le Psalmiste.

Rhétorique audacieuse, qui frise l'insolence. Et que nous retrouvons dans le Livre d'Ézéchiel (20, 9 ; 36, 22), où Dieu lui-même invoque son honneur pour expliquer le pardon accordé à Israël. Moïse avait usé, par deux fois, du même argument (Ex 32, 12 et Nb 14, 16) : «Pourquoi», osa-t-il s'écrier, «les nations diraient-elles : Où donc est leur Dieu ?» Le Psalmiste reprend la formule, ici même, ainsi que dans le Psaume 79, qui, lui aussi, interroge : «Où donc est le Dieu d'Israël ?»

Terrible question qui, depuis les Croisades, s'unit aux «versets de la colère» et donne à l'interruption du Hallel une signification nouvelle, qui n'a plus de rapport avec le souci de maintenir les enfants éveillés. Terrible question qui fut aussi, en Égypte, celle des esclaves hébreux, et qui, 4 ans avant l'ère chrétienne, fut celle des insurgés de Jérusalem, massacrés et crucifiés par Quintilien Varus. C'est la question qu'en 1903, criaient les martyrs de Kichinev et que reprirent, à la veille de Pessah, en 1943, les combattants du Ghetto de Varsovie lorsque les troupes du général Stroop lancèrent l'assaut final. Terrible question que, chaque jour, chaque nuit, ont criée les cohortes des martyrs de la foi.

La Haggadah - le texte que nous lisons ensemble, le soir de Pessah - ne répond pas à l'infinitude des questions qui ont jalonné la difficile route d'Israël, jusqu'aux six millions de «Pourquoi ?», jusqu'aux six millions de «Où ?» Elle ne répond pas davantage à l'infinité des «Où ?» et des «Pourquoi ?», criés, sous tous les méridiens, par les battus, les égorgés, les pendus, les troués, les brûlés, les fusillés, les gazés et les napalmés.

Il y a 35 siècles, quand, massacrant et pillant, Amaleq s'en prit aux plus faibles, aux plus démunis des Hébreux qui venaient d'être les témoins de l'exemplaire sanction de Dieu en Égypte, ces Hébreux du Miracle crièrent, eux aussi : «Pourquoi ?» Où était donc ce Dieu mystérieux qui, la veille, les avait sauvés ? Pourquoi, maintenant, permettait-Il à Amaleq de les tailler en pièces ?


  • Pouvaient-ils deviner l'enseignement de la Haggadah, selon lequel, à «chaque génération, l'homme doit se considérer comme s'il était lui-même sorti d'Égypte» ? Dieu a cassé l'Histoire pour apprendre aux hommes que, s'ils ont le courage et la volonté de l'entreprendre, la guerre contre le mal peut être victorieuse. C'est ainsi que le Psaume 115, comme la fin du Hallel, unit à la «Maison d'Israël», les Craignant-Dieu, les foules de Gentils qui, sans se convertir au judaïsme, en acceptaient l'exigence morale et monothéiste.

    Israël fut libéré d'Égypte mais dut combattre Amalek, parce que c'est aux hommes et non à Dieu qu'incombe la lutte contre le mal et les malfaisants. Quand le jour finit, Amalek avait perdu la bataille. Se considérer comme étant soi-même sorti d'Égypte, comme ayant soi-même combattu Amaleq, c'est dire et croire qu'Amaleq peut perdre la guerre en chaque génération.

    Quand les hordes de pogromistes massacraient et violaient, quand les bottes d'Amalek martelèrent le sol d'Allemagne, puis de l'Europe entière, la Haggadah faisait entendre d'autres pas : ceux des esclaves libérés d'Égypte marchant vers la Terre promise. Les Haggadot le proclamaient en leur dernière page : «L'an prochain à Jérusalem».

    La renaissance de l'État d'Israël n'est pas la réponse au «Pourquoi ?». La question demeure inchangée. Mais ce que l'État d'Israël proclame, c'est l'échec d'Amaleq.


    © L'Arche

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    Note de la Rédaction d'upjf.org

  • Sur le motif d'Amaleq, voir mon article "Zakhor, lo tishkah! Israël, Peuple de la mémoire"

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    Mis en ligne le 25 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.