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Menahem Macina

Le pape Adolf II : ne pas confondre humour et insulte, M. Macina
26/04/2005

26/04/05


Comme beaucoup, je pense, j'ai été profondément choqué par l'idiotie, la grossièreté et le caractère insultant du sketch des "Guignols de l'info de mercredi dernier", qui prenait pour cible le nouveau pape, et dont j'ai transcrit *, ci-dessous, les passages les plus odieux, d'après la vidéo accessible sur le site du Nouvel Observateur. Y sont tournés en dérision : la germanité de Benoît XVI, une particularité malheureuse de son enfance, sa fonction antérieure, ses convictions morales et théologiques, et même un rite sacré de sa confession de foi. J'ai pris la peine d'assortir les assertions les plus désobligeantes, de notes explicatives, dont certaines constituent un commentaire de quelques propos de ce sketch.


«  PPDA : L'événement de ce mercredi 20 avril, pour les plus jeunes d'entre nous, c'est cette image du nouveau pape.  »


[La marionnette du pape apparaît sur la scène du Guignol]

Benoit XVI Adolf II

«  Benoît XVI : Ponchour, Che zuis le noufeau pape. [1]  »


«  PPDA : Eh oui, les enfants viennent de découvrir qu'un pape, ça parle, ça marche et que ça ne bave pas forcément [2]. Nous sommes en 2005, habemus Papa Schultz [3]. Bonsoir. Aujourd'hui, un journal un peu spécial, évidemment, consacré à Beu-beu, enfin Benoît XVI, un pape déjà très controversé.  »


(Apparition, sous la scène du petit théâtre des Guignols, d'un bandeau portant l'inscription : "Adolf II" [4]).

«  PPDA : Allemand, le cardinal Ratzinger est le gardien du dogme catholique. Il est le grand inquisiteur donc contre l'homosexualité et le mariage des prêtres. Refusant la communion aux couples divorcés [5]. Violemment anticommuniste, contre la Turquie dans l'Europe. Traumatisé par mai 1968 et la libération des mœurs, le féminisme, la contraception et le préservatif. Pour couronner le tout, il a été longtemps dans les Jeunesses hitlériennes [6]. Hum. Celui que ses proches surnomment le "panzer-kardinal" [7] fera tout pour se faire aimer des fidèles.  »



«  Benoît XVI : Je fous bénis, au nom du Père, du Fils et du IIIe Reich [8], Amen !  »

……

C'est l'honneur du CRIF que d'avoir réagi avec indignation à "la façon dont a été représentée... l'appartenance du pape Benoît XVI aux Jeunesses hitlériennes". Et le communiqué de cette organisation juive majeure d'ajouter : "dans toute son activité ultérieure, Joseph Ratzinger a largement montré son refus de l'antisémitisme, et nous sommes convaincus que son expérience de jeunesse aura contribué à le fortifier dans le rejet de tout racisme".

Je crois qu'une large majorité de Juifs et de Juives souscriront à cette mise au point. En ce qui me concerne, tout au moins, je m'y associe sans réserve.

Menahem Macina


© upjf.org

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Notes

[1] On notera le lourd accent, qui se veut germanique, que certains Français prêtent aux Allemands quand ils veulent les ridiculiser.
[2] Allusion, aussi cruelle que malséante et vulgaire, aux conséquences visibles de la dégradation de l'état de santé du pape Jean Paul II, dans les derniers mois de sa vie.
[3] Référence à une célèbre série comique américaine des années 70, adaptée en français. Elle traitait, sur un mode satirique et burlesque, de la situation des prisonniers pendant la seconde guerre mondiale. L'un des personnages-clé de cette sitcom était le sergent allemand Hans Schultz.
[4] Inutile d'insister sur l'ignominie de cette comparaison avec Adolf Hitler.
[5] Inexact. La communion n'est pas refusée aux divorcé(e)s, mais à celles et ceux d'entre eux qui se sont remarié(e)s. Rappelons que, selon la doctrine catholique, le mariage est indissoluble.
[6] Sans rapport avec ce sketch, le cardinal Jean-Marie Lustiger qualifiait déjà d'"ignominie", mercredi soir, la polémique autour de l'embrigadement de Benoît XVI dans les Jeunesses hitlériennes. Le Nouvel Observateur rapporte les propos de Lustiger, selon qui, "le jeune Joseph Ratzinger" avait 11 ans, à l'époque" et avait, "jusqu'à 15 ans, connu la fin de cette période, dans un milieu catholique et anti-nazi". Et le cardinal d'évoquer un souvenir personnel : "Quand j'avais 11 ans, j'ai passé un mois en Allemagne, en 1936, j'[y] étais sous un faux prénom, j'ai joué avec des jeunes qui étaient aux Jeunesses hitlériennes, leurs parents étaient des anti-nazis. Ils étaient tous obligés de mettre leurs enfants aux Jeunesses hitlériennes, comme ensuite dans la République démocratique d'Allemagne la jeunesse était embrigadée dans les jeunesses communistes".
[7] Littéralement le cardinal 'blindé'. 'Panzer' est le terme allemand pour désigner un char. Quand on connaît la personne de Joseph Ratzinger, le qualificatif apparaît comme ridicule. En effet, selon ses proches et ceux qui le connaissent, l'homme est plutôt doux, accueillant, et très respectueux, ce qui n'exclut pas la fermeté de caractère.
[8] "Au nom... du IIIe Reich" : lourd enfoncement du clou de l'insulte dans la réputation du nouveau pape, surnommé, plus avant, "Adolf II". Sans parler de l'insulte faite à l'un des rites religieux les plus familiers et les plus chers aux chrétiens : le "signe de la croix".

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Mis en ligne le 27 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.