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Antisémitisme arabo-musulman

Kedar pas de culture de compromis chez les arabes
01/01/1970

 

La notion de compromis est étrangère

à la culture politique du Moyen-Orient

 

par Moti Kedar de l’Université de Bar Ilan (Israël), janvier 2001

De nombreuxIsraéliens s'interrogent ces jours-ci : « Les Palestiniens ne voient-ilsdonc pas qu'ils vont encore perdre une occasion ? Ne comprennent-ils pas qu'ilsse nuisent à eux-mêmes ? Pourquoi ne se hâtent-ils pas de clore l’affaire avecBarak avant l'arrivée de Sharon ? » 

Mêmed'importants porte-parole de la Gauche, comme Yossi Sarid, leur expliquentqu' « il n'est pas question de discuter du droit au retour » carce serait la fin du sionisme pour notre génération ; et pourtant [lesPalestiniens] en parlent sans arrêt comme d'une revendication« minimum » à laquelle ils n'accepteront jamais de renoncer. Alors,qu'est-ce qui les pousse ? Pourquoi n'acceptent-ils pas le compromis quileur est proposé, par exemple Jérusalem et le mont du Temple en échange de larenonciation au droit au retour ?

La réponse estclaire pour quiconque connaît de l'intérieur la culture politique duMoyen-Orient : la notion de compromis ne fait pas partie de cette culturepolitique. Nous l’avons rapportée d'Europe et c’est sur elle que se fondent desconcepts politiques et sociaux comme le pluralisme et la démocratie. Lecompromis est à la base même du régime démocratique. Il est la conséquence dusentiment qu’a un groupe de renoncer à quelque chose qu'il estime luiappartenir ou lui « revenir de droit », parce que l'autre partierenonce, elle aussi, à quelque chose qui lui appartient ou qui lui« revient de droit ». Le compromis est donc le mécanisme qui permet àdivers groupes de tendances opposées de vivre ensemble dans une  mêmestructure sociale et politique, et il constitue un élément important également dansla mise en œuvre de la politique extérieure de cette structure commune.

La culture politique en Orient est construite sur unautre principe : celui de l’absolutisme. L'islam, qui caractérise laculture dominante du Moyen-Orient, est de tendance totalisante, et de natureabsolue, car le Dieu unique, éternel et tout-puissant donne à l'homme un ordreabsolu, inconditionnel et immuable, et l'homme a l’obligation d’obéir à Dieuaveuglément, sans compromis. Le sens du mot « islam » est‘dédication’ [ou ‘consécration à une oeuvre ou à une personne’]. Les dirigeantsde l'islam furent durant 1400 ans des souverains absolus, ou à tout le moinsils aspiraient à l'être, et en général ils ont essayé de gouverner au nom deDieu. Le slogan « din allah bi’lsaïf » ( la religion d'Allah à[la pointe de] l’épée ) exprime cette tendance de façon concrète etnaturelle, et chaque enfant apprend à l'école la harangue de Alhadjadjben Yossef quand il fut nommé gouverneur de la population de Oumia, à Koufa enIrak (traduction de Asher Goren) : « Eh bien, habitants de Koufa ! Jevois des têtes qui ont mûri (comme des fruits) et l’heure est venue pour ellesd'être cueillies, et c’est moi qui en suis le maître. »

Quand on examine la ligne directrice des relationsde l'islam avec des entités extérieures, on s'aperçoit que les états islamiquesont vécu en paix avec d'autres états surtout quand ils n'avaient pas d'autrechoix. Le régime ottoman, qui a modelé la région jusqu'à la première guerremondiale, n'a pas non plus transmis aux arabes de l'Orient une culturepolitique de compromis.

Dans les états arabes modernes, aucun mécanisme decompromis ne s'est développé et, en dehors du Liban, le régime de tous lesétats arabes est celui d’un pouvoir exercé sur la population du pays par unefaction (militaire, tribale ou familiale). Dans aucun état arabe n’existe unsystème légitime de remplacement de la faction au pouvoir par une factionalternative, car aucune faction dominante n’est disposée à renoncer au pouvoirqui est le sien sur sa population. Des idéologues nationalistes dans le mondearabe ont surtout parlé de l'unité (locale, commune aux arabes ou aux musulmans )sur la base de l'unanimité, existante ou souhaitée, et ainsi la notion de compromisest devenue superflue. En effet quand tous sont unis et unanimes dans ledomaine intérieur, il n'y a personne avec qui il faille transiger : il n’ya donc pas  besoin de parvenir à des compromis.

Et si l’on ajoute à cela la question de l'honneur, àpropos duquel ni l'individu ni le groupe ne peuvent transiger, on s’aperçoitque toute question liée aux droits du groupe est présentée, à un stade ou à unautre, comme « une affaire d'honneur », et par conséquent le groupes'interdit tout compromis.

L'histoire de l'Etat d'Israël est pavée desconséquences de cette situation : la proposition de partage de 1947 n'apas été acceptée par les Arabes. La ligne verte d’avant 1967 n'était pas uneligne de compromis entre pays, mais une ligne de cessez-le-feu imposée aux paysarabes du fait de leur impuissance à faire céder Israël. Sadate n'a pastransigé sur un seul pouce du territoire du Sinaï, et la chose a été présentéeau public égyptien comme « une affaire d'honneur ». Hafez El Hasadn'a pas accepté de compromis sur le retrait complet d'Israël ( « jusqu'audernier millimètre ») aux frontières du 4 juin 67, et même la frontièreinternationale, pourtant très proche de la ligne du 4 juin, ne lui a pas donnésatisfaction. Hussein a obtenu la souveraineté sur tout ce qu'il estimait luiappartenir, y compris sur des territoires de la Arava, et ces jours-ci lesPalestiniens prouvent qu'ils n'ont pas l'intention de faire des compromis surce qui leur paraît être leur droit, y compris Jérusalem et le droit au retour.L'interview de Hussein Alshihi, vice-président des « Tanzim »,par Esti Perez sur Reshet beth [la seconde chaîne], le 25 décembre 2000,en est une bonne illustration. Quand Madame Perez lui a demandé pourquoi lesPalestiniens ne renonçaient pas au droit au retour, en contre-partie durenoncement israélien à Jérusalem, Alshihi a répondu :« Êtes-vous prête à vous laisser couper la main droite en échange de cequ'on vous laisse la main gauche ? » Une réponse comme celle-là montrequ'un compromis avec un Israël où les Juifs ont la majorité ne figure pas dansle dictionnaire des notions politiques de Hussein Alshihi. Les chants etles discours diffusés sans interruption dans les stations de radiopalestiniennes ( l'officielle et les pirates ) lient entre ellesJérusalem et Jaffa, Hébron et Haïfa, Sichem et Ashkélon, Jénine et Saint Jeand'Acre, Bethléem et Nazareth. Les manuels d’enseignement et les plaques desrues présentent la carte de la Palestine : de la mer jusqu'aufleuve ; et quiconque n’est pas d’accord, qu'il boive les eaux de la plagede Gaza !

Faute d’autre choix, la rue palestinienne préférerala poursuite de la situation d'occupation à tout compromis sur le droit au retour,car la situation d'occupation lui permet de combattre à la fois contrel'occupation et pour le retour. Du fait qu'il n'y a aucune chance que lesPalestiniens acceptent un compromis sur le droit au retour, à quoi bon toutesles tentatives de parvenir à un accord avec eux sur les autres problèmes, cartout accord sera brisé après que nous en aurons payé le prix. C’est pourquoi,si nous sommes soucieux de sécurité ( car il est difficile d'espérerobtenir plus que cela ), nous n'avons qu’un seul choix : nous séparerdes Palestiniens sur une ligne qui reflètera les intérêts sécuritairesd'Israël, et ce sans relation avec la ligne verte. De toutes façons, même quandnous nous étions derrière cette ligne, avant 67, ils n’aimaient vraiment nielle ni nous, et l'époque des feddayin est encore gravée dans nos mémoires. Iln'y a aucune raison que nous transigions sur ce qui est important pour nous dupoint de vue national, historique et sécuritaire, quand de l'autre côté règneune culture politique du « tout est à moi » dont le compromis n'estpas une composante. Des générations passeront avant que le monde arabe acceptede considérer un Israël à majorité juive comme un Etat légitime ; et d’icilà nous attendent – comme disait Churchill : « du sang, de la sueuret des larmes ».


Traduit de l’hébreu pour CJE  par Marie-France Bruneau et Menahem Macina