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Christianisme

La persécution des chrétiens dans le monde (Deuxième Partie)
01/08/2007

Nous publions, ci-dessous, la deuxième partie de l’entretien qu’Andrea Morigi, coordinateur depuis 1998 du Rapport de l’AED (Aide à l’Eglise en Détresse) sur la liberté religieuse dans le monde, a accordé à Zenit. Dans cette deuxième partie, Andrea Morigi évoque la situation en Inde, au Bhoutan, au Népal, en Chine.

La première partie de cette interview a été mise en ligne sur notre site, sous le titre : "L’indifférence générale face aux persécutions religieuses est un scandale".

 

26 juillet 2007

 

Texte repris du site Zenit.

Entretien avec Andrea Morigi, coordinateur du Rapport de l’AED

 

Zenit - Existe-t-il des lois anti-conversion très dures dans des pays comme l’Inde, le Bhoutan et le Népal ?

A. Morigi - Les Etats indiens qui sanctionnent la conversion de l’hindouisme à une autre religion sont le Rajasthan, le Gujarat, le Madhya Pradesh et le Chattisgarh, tous gouvernés par des hindous du Parti Bhâratîya Janatâ (BJP). Le dernier Etat à avoir introduit la loi anti-conversion est l’Himachal Pradesh (janvier 2007), gouverné cette fois par le Parti du Congrès. Il semblerait donc que le laïcisme des héritiers d’Indira Gandhi et le fondamentalisme hindou coïncident sur l’objectif de dénier la liberté [religieuse] aux minorités.

Mais quand il s’agit de territoires hors de leur juridiction, les Indiens interviennent, comme au Bhoutan, où le bouddhisme mahayana est religion d’Etat. Ainsi New Dehli a exercé des pressions, il y a un an, pour obtenir la libération de deux chrétiens pentecôtistes, Benjamin Budhu Mani Dungana et John Purna Bahadur Tamang, accusés de prosélytisme, et qui avaient été condamnés respectivement à trois ans et trois ans et demi de prison pour avoir montré à des Bhoutanais bouddhistes, un film sur la vie de Jésus.

On a du mal à y croire, mais c’est considéré comme un grave délit dans un pays où les chrétiens ont l’interdiction d’entrer depuis 1965, et où ils ne peuvent ni construire d’église ni se réunir. Mais l’Inde ne se dérange certes pas pour le Népal qui, pendant 238 ans, jusqu’en 2006, a été une théocratie hindoue. Le roi Gyanendra a été déposé et les maoïstes ont pris le pouvoir, mais cela n’a pas beaucoup amélioré la situation car, si les nouveaux gouvernants ont offert dix sièges au parlement à un dalit, à des représentants tribaux, des femmes, un moine bouddhiste et à un représentant de l’islam, les chrétiens, eux, ont été exclus, sans tenir compte de l’assistance précieuse apportée par eux à la population durant les longues années de guerre entre les rebelles maoïstes et l’armée.

Zenit - En Amérique latine, la situation à Cuba et au Venezuela paraît très grave. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

A. Morigi -
Seulement que l’alliance entre Hugo Chavez et Fidel Castro passe par les accords nucléaires et pétroliers entre Caracas et Téhéran. Et que, dans tous les pays, les opposants, chrétiens ou pas, sont sacrifiés sur l’autel d’une révolution dont l’objectif principal, semble-t-il, est de faire disparaître le christianisme de la Terre.

Zenit - La Chine qui, l’année prochaine, accueillera les jeux olympiques et qui enregistre une croissance vertigineuse, cache en fait de très graves violations qui portent atteinte à la liberté religieuse, mais aussi à tant d’autres droits de l’homme. Quelle est la situation ?

A. Morigi -
Ma première réaction, instinctive, est de faire la comparaison avec les dictatures et les totalitarismes du siècle dernier. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin, les régimes autoritaires étaient sanctionnés, boycottés. Aujourd’hui, on ne voit plus rien de tel. On se rend compte également que les mécanismes de la par condicio (l’équité) fonctionnent toujours à sens unique, et on a l’impression que la barbarie communiste jouit d’une immunité qui la protège de toute condamnation. Mais à côté de cette constatation amère, il y a la certitude que les souffrances des croyants chinois portent des fruits, aux yeux de Dieu. Ces 16 évêques fidèles au Saint-Siège qui ont aujourd’hui disparu ou sont en prison, et cette vingtaine de prêtres actuellement incarcérés, constituent un échec politique pour le Parti Communiste, qui voit échouer sa tentative d’éliminer l’Eglise. Un processus qu’il a entamé en 1957, en créant l’Eglise patriotique chinoise, fidèle au régime.

Cette « sainte terreur » que les autorités de Pékin ont, de la prière, et contre laquelle elles ne savent quelle stratégie adopter, si ce n’est de l’interdire, mais inutilement, en est la preuve manifeste. De fait, le 16 juillet les 40 à 50 mille fidèles de l’Henan, qui avaient, depuis des décennies, l’habitude de se rassembler pour un pèlerinage au sanctuaire Notre-Dame-du-Carmel de Tianjiajing, n’ont pu le faire, le gouvernement de la province du Henan ayant ordonné la destruction de ce lieu de culte. Ils l’ont fait exploser, tout comme ils ont fait exploser une statue de la Vierge, vieille d’un siècle, et les 14 stations du Chemin de Croix qui jalonnent la route. Les athées les plus militants et les plus agressifs, ceux qui menacent les prêtres pour les convaincre d’abandonner le pèlerinage, comprennent, eux aussi, que la chute du communisme soit due à la Vierge de Fatima, mais ils ne peuvent que reconnaître leur impuissance.

Zenit - Dans les pays occidentaux, le relativisme moral prend une large place et semble, lui aussi, vouloir bouleverser la logique sur laquelle se fondent les droits de l’homme. On a le cas des Etats-Unis, où les parents ne peuvent s’opposer à l’enseignement obligatoire qui prône aux enfants d’accepter l’homosexualité. Dans un cas comme celui-ci, la religion catholique a été accusée d’intolérance et de fondamentalisme, et la liberté religieuse des parents et de leurs enfants s’est vu imposer des limites. Comment tout ceci peut-il arriver ?

A. Morigi -
Cela arrive, parce qu’aux Etats-Unis, la distinction entre la sphère religieuse et la sphère civile s’est transformée en contradiction qui alimente une conception privative de la liberté religieuse. Il y a ceux qui estiment que la foi est un facteur de civilisation et qui luttent contre ces interprétations. Mais ils sont accusés de fondamentalisme et de fanatisme. Par conséquent, dans le reste de l’Occident aussi, la séparation tend à devenir une invasion, comme en Espagne où, en juin dernier, a été introduit l’enseignement « Education à la citoyenneté et aux droits de l’homme », qui, dès la prochaine rentrée scolaire, insérera dans la liste des matières obligatoires l’éducation à l’acceptation de divers types de famille et d’affectivité, dont les homosexuels.

Curieusement, le gouvernement totalitaire de Cuba pense en ce moment, lui aussi, à réformer son Code de la famille pour accorder aux couples homosexuels la reconnaissance juridique de leur union, l’adoption d’enfants mineurs et l’accès à la fécondation assistée. Ainsi, la convergence dans la lutte contre les principes moraux semble être l’unique dénominateur commun entre les pays démocratiques et ceux qui ne le sont pas.

Zenit - Même si le rapport de l’AED sur la liberté religieuse ne peut être publié cette année, vous nous avez au moins donné ici un aperçu de la situation dans le monde. Pensez-vous que ce rapport sera à nouveau publié ?

A. Morigi -
En réalité, cette synthèse ne suffit pas à donner une image générale de la menace qui empêche l’Eglise d’exercer sa mission. Mais elle pose sans aucun doute les jalons pour une éventuelle reprise, après un an de pause. Il faudra peut-être penser à renouveler notre méthode de recherche et à donner un nouvel élan au développement des analyses. Mais l’espérance liée aux hommes de bonne volonté, qui ne voudront pas laisser seuls, devant leurs bourreaux, les chrétiens et les fidèles d’autres religions qui témoignent quotidiennement et de façon héroïque, de leur courage de croire... Je rappelle que le rapport de l’AED en italien est normalement traduit en plusieurs langues et qu’il est le seul document produit d’une organisation indépendante, qui dénonce les violations de la liberté religieuse.

Bien sûr, les gouvernements n’aiment pas être mis en accusation. Ils érigent alors des obstacles, en adoptant, par exemple, une attitude d’indifférence face aux œuvres de miséricorde spirituelle comme celle de l’AED. Mais ceux qui veulent s’opposer à cette tendance peuvent s’adresser à l’Aide à l’Eglise en détresse (AED), oeuvre de droit pontifical, qui exerce ses activités depuis 1947 en faveur de l’évangélisation dans les pays où l’Eglise est persécutée. Quand l’opinion publique n’a pas suffisamment conscience des nécessités de ses frères, la solidarité ralentit aussi. Aussi, tous ceux qui estiment que la prière est fondamentale, mais qui pensent également qu’il faudrait sacrifier un peu de son temps et de ses ressources, peuvent visiter le site Internet de l’AED.

 

 

© Andrea Morigi et Zenit

 

Mis en ligne le 26 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org