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Christianisme

Pie XI victime de la censure pontificale, Eric Jozsef
13/07/2007

Le pape Pie XI avait écrit un discours très dur contre le fascisme. Le texte a été détruit par son successeur, Pie XII. Un livre fait l’effet d’une bombe. Ces révélations interviennent quelques jours après l’avis favorable à la béatification de Pie XII. ("Le Temps").

31 mai 07

 

Le Temps, Genève

 

Texte repris du site Humanrights-geneva.info.

 

  Pie XI en 1928

Le texte devait être lu en présence de Benito Mussolini, le 11 février 1939, à l’occasion du 10e anniversaire du Concordat entre l’Italie et le Vatican. Devant les évêques, le pape Pie XI avait ainsi prévu de tenir, urbi et orbi, un discours très dur contre le fascisme et le nazisme, s’en prenant notamment à une « presse qui agit contre nous » et qui va jusqu’à « nier obstinément toute persécution en Allemagne », mais encore en invitant les prêtres à se méfier des « délateurs » et des « espions » qui « vous écoutent pour vous dénoncer ».

Décédé durant la nuit du 10 février, le pape Achille Ratti, élu en 1922, ne prononcera jamais ce texte de rupture avec le fascisme, que l’historienne Emma Fattorini vient de mettre intégralement en lumière, provoquant une sérieuse polémique dans les milieux catholiques. Car, en fouillant dans les archives du Vatican (ouvertes depuis septembre dernier pour la période allant jusqu’à 1939), cette universitaire reconnue, spécialiste de l’entre-deux-guerres, a non seulement retrouvé des passages inédits (les plus critiques) de ce discours de février 1939, mais acquis la preuve que le très controversé Eugenio Pacelli aurait fait ensuite disparaître le texte.

A l’ombre de Saint-Pierre, la nouvelle fait l’effet d’une petite bombe. Secrétaire d’Etat d’Achille Ratti, Eugenio Pacelli, qui sera son successeur sous le nom de Pie XII, est critiqué, depuis les années 1960, pour ses « silences » durant la guerre, mais ardemment défendu par une partie de l’Eglise, qui a entrepris son procès en béatification. Cette perspective indigne depuis des années les communautés juives, Israël et les mouvements progressistes catholiques.

Dans son ouvrage, intitulé Pie XI, Hitler et Mussolini, la solitude d’un pape (Ed. Einaudi), Emma Fattorini affirme « qu’à partir des nouveaux documents des archives secrètes du Vatican, il existe une preuve certaine que c’est Pacelli qui a empêché la diffusion du dernier discours de Pie XI [...] Le pape à peine mort, il ordonne la destruction immédiate de toutes les copies du texte. »

 

 

Le livre n’est sorti que mercredi matin [30 mai] en Italie, mais il fait déjà l’objet d’un tir nourri d’attaques et de critiques, venues principalement de partisans déclarés de Pie XII. La Catholic Anti-Defamation League dénonce « une tentative de tordre le cou à la vérité à l’aide d’arguments captieux ». L’Avvenire, le journal de l’épiscopat italien, parle de « confrontation forcée » entre Pie XI et son successeur et nie toute « solitude » du pape Ratti. "Pie XI et Pacelli, il n’y a pas eu de censure", titre le quotidien conservateur, Il Giornale.

Pour Emma Fattorini, il ne s’agit pas d’opposer de manière radicale les deux papes, mais de constater que, aujourd’hui comme hier, « il existe deux conceptions différentes de l’Eglise. Il y a, d’un côté, une idée de l’institution où c’est la dimension spirituelle qui prime, et une autre conception qui pense davantage à l’aspect politique des choses. » Diplomatique, fervent anticommuniste et partisan d’un certain apaisement avec Hitler et Mussolini, sans être philo-nazi, Pie XII aurait ainsi suivi cette seconde voie. A l’inverse, raconte l’universitaire, à partir de 1936, « Pie XI estime que le totalitarisme est incompatible avec la foi. Il demeure un grand conservateur, mais, dès cette période, il perçoit - et c’est l’un des seuls -, que Hitler est l’ennemi principal. »

L’ouvrage raconte ainsi comment Achille Ratti, vieux et malade, se retrouvera progressivement esseulé au Vatican, son entourage craignant notamment les représailles du régime fasciste. Ces révélations interviennent quelques jours seulement après l’avis favorable à la béatification d’Eugenio Pacelli émis par la Congrégation pour la cause des saints. Elles risquent de rouvrir la controverse avec les communautés juives, qui demandent au Vatican de bloquer la procédure tant que tous les documents concernant le pontificat de Pie XII n’auront pas été rendus accessibles aux historiens. Seuls ceux allant jusqu’à Pie XI sont désormais publics. Mais personne n’a encore pensé à béatifier ce dernier.

 

Eric Jozsef


© Le Temps

 

[Texte aimablement signalé par Sr M. Kraentzel. Photos ajoutées par la Rédaction d’upjf.org.] 


Mis en ligne le 13 juillet 2007, par M.
Macina, sur le site upjf.org