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Christianisme

Les ambivalences du Pape Pie XII, recension de "Pie XII - Diplomate et pasteur"
11/07/2007

Rappel: cet article, comme d’autres qui ont été ou seront mis en ligne sur ce site, constituent les documents de référence d’un dossier en cours d’élaboration, qui sera consacré à la difficile problématique des "silences" – réels ou supposés – de Pie XII, et, en tout état de cause, à la polémique concernant la réserve extraordinaire qu’a cru devoir observer ce pape à l’égard des persécutions, déportations et exterminations des Juifs, qui eurent lieu durant plusieurs années, au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui étaient bien connues du Vatican au moins depuis 1941. (Menahem Macina)

 

 

Philippe Chenaux   Pie XII - Diplomate et pasteur
Cerf
 2003 /  28 € - 183.4 ffr. / 462 pages
ISBN : 2-204-07197-8
FORMAT : 15x24 cm

17/11/2003


Texte repris du site Parutions.com 
 

 

 

L’ouvrage de Philippe Chenaux ne constitue pas une biographie de plus sur un pape très controversé en ce qui concerne son silence sous l’occupation, alors que le plus grand drame humain de l’histoire se jouait dans l’Europe de Hitler. Bien au contraire, ce spécialiste d’histoire de l’Eglise (Université du Latran à Rome) a rendu un ouvrage très intelligent et d’une grande rigueur intellectuelle et scientifique. Evoquer Pie XII n’est pas aisé, car nombre de documentaires filmés et d’ouvrages lui ont déjà été consacrés. La polémique, née cinq années après la mort du pape, sous le pontificat de Jean XXIII, ne retient que les années de la guerre, mais oublie ce qui constitue l’ensemble du personnage d’Eugenio Pacelli. Elle a surgi lorsque le dramaturge allemand, Rolf Hochhut, a décidé de produire sur scène Le Vicaire. Le dramaturge occulte les années de formation. Or, comment comprendre les silences de l’Eglise entre 1939 et 1945, si l’historien ne rappelle pas les années allemandes de Pacelli comme nonce à Munich, puis à Berlin ?


Le livre de Philippe Chenaux ne fait pas cette omission ; il pose des questions de premier ordre sur le parcours du futur Pie XII. Il est le premier qui s’appuie sur les archives du Vatican, longtemps fermées pour la période de la Seconde Guerre mondiale. A l’évidence, les éléments de réponse qu’il apporte sont très probants. Pie XII face à la Shoah est le thème central de la recherche. Toutefois, le comportement du pape, et plus globalement la politique vaticane, sont envisagés dans une séquence chronologique qui embrasse l’ensemble de la première moitié du XXe siècle. Pie XII face à la Shoah ne peut pas être un thème traité pour lui-même en occultant le contexte plus général d’une Eglise qui tenait encore à ses vieux thèmes antijudaïques.


Pie XII a été considéré par les diplomates occidentaux comme «le meilleur diplomate», du moins jusqu’à son élection au mois de mars 1939. Après une introduction historiographique et problématique remarquable, Philippe Chenaux retrace en deux grandes parties la vie du pontife, d’abord celle du diplomate jusqu’en 1939, puis celle du «pasteur», entre 1939 et 1958. Dès le début, on comprend facilement que Monseigneur Pacelli est un personnage ambigu, souvent aveuglé par un antijudaïsme, fréquent à l’époque dans les milieux catholiques. Parfait élève de la Curie romaine, Pacelli a passé de nombreuses années en Allemagne où il a vécu avec une très grande angoisse la montée en puissance spartakiste avant son écrasement. Cela a renforcé, sans conteste, son anticommunisme. Un monde athée était inconcevable pour lui ; le compromis avec les communistes était donc impossible. D’ailleurs, il fit reproche à Roosevelt de l’alliance occidentale avec Staline, à partir de 1941. Mgr Pacelli a aussi contribué à la condamnation du nazisme lorsqu’il était secrétaire d’État de Pie XI, au moment de la promulgation de l’encyclique Mit brennender Sorge, le 14 mars 1937. Le Vatican était très occupé par ses relations avec l’Allemagne nazie, qu’il condamnait comme État totalitaire. En fait, la question est posée dans tout le livre : Pie XII était-il suffisamment armé pour faire face aux défis des totalitarismes et de la guerre ? Obsédé par le sort qu’Hitler pouvait réserver aux millions de catholiques allemands, tributaire d’une défiance antijuive bien ancrée, il a préféré se murer dans le silence, alors que, de toute l’Europe, des dépêches alarmistes le tenaient au courant du génocide en cours. Sa «compassion» a posteriori pour les victimes du génocide hitlérien ne doit pas être rangée au rang des actes d’engagement courageux.


Au total, bien des mystères demeurent autour de la personne d’un pape désarçonnant. Mais l’historien démonte, derrière ce parcours, toutes les intrigues, les discours pontificaux, leur sens implicite et les mécanismes parfois déroutants de la diplomatie vaticane. Philippe Chenaux a écrit une recherche très équilibrée sans jamais prendre parti ni vouloir réhabiliter un pape, parmi les plus ambigus du XXe siècle.



Eric Alary *

 

© Parutions.com

 

* Agrégé d’histoire, Docteur ès Lettres de l’IEP de Paris – thèse sur la ligne de démarcation, publiée en 2003 chez Perrin -, professeur en Lettres Supérieures et en Première Supérieure au lycée Camille Guérin de Poitiers, E. Alary est chercheur associé au CHEVS/ FNSP.

 

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Recension reprise du site des Editions du Cerf.

 

L’Église sous Pie XII s’est trouvée confrontée à un double et redoutable défi : celui de la guerre et des totalitarismes. La question des « silences » du pape face à la mise en œuvre de la Solution finale du peuple juif (Shoah) de la part des nazis à partir de 1942 ne peut être isolée de ce double contexte. L’une des erreurs de l’historiographie récente, pléthorique mais de qualité très inégale, est précisément d’avoir séparé l’examen de la question juive de l’ensemble des autres problèmes de la politique vaticane de cette période. La réponse que le Saint-Siège choisit d’y apporter ne trouve sens, selon l’auteur, qu’à partir du moment où l’on se refuse de la traiter comme un problème à part, indépendant de tous les autres. Le but de cette enquête biographique, la première conduite de manière rigoureusement scientifique sur la base des archives du Vatican récemment ouvertes aux chercheurs, est de replacer l’attitude de Pie XII face à la Shoah dans la plus longue durée de la politique vaticane du premier XXe siècle. Philippe Chenaux suit, en amont, les étapes de la carrière de celui qu’on avait coutume de considérer dans les chancelleries occidentales jusqu’à son élection au souverain pontificat en mars 1939 comme le « meilleur diplomate » du Saint-Siège, et retrace, en aval, les grandes lignes de son action comme pasteur de l’Église universelle après 1945, dans le contexte nouveau d’un monde divisé idéologiquement et unifié par la terreur d’une menace commune.

 

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Mis en ligne le 10 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org