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Christianisme

La fondation de la Custodie de Terre Sainte (2ème partie)
06/03/2006

03/03/06

Dossier réalisé par Jean-Marie Allafort
 
Texte repris du site de Un écho d’Israël.
 
[Voir la Première Partie de ce dossier]
 
Les gardiens des Lieux Saints
 
 
1. Recrues franciscaines
 
Dès 1229, une partie du clergé ainsi que divers ordres religieux s’installent de nouveau à Jérusalem. Rien ne permet d’établir avec certitude si les franciscains font partie de ceux qui s’installent à cette époque dans la Ville Sainte. Cependant, nous savons qu’à partir du moment où ils furent présents, ils s’occupèrent de l’accueil des pèlerins venus de toute la chrétienté.
 
Les recrues ne cesseront pas d’affluer vers les frères mineurs. Elles sont issues des bénédictins de la Montagne Noire, près d’Antioche, mais aussi du clergé régulier et séculier de St Jean d’Acre.
 
Vers 1237, Jean de Brienne lui-même reçoit l’habit franciscain, des mains de son ami, Benoît d’Arezzo, et renonce au monde et à ses honneurs. Il est sans doute, de tous les souverains qui ont régné sur Jérusalem, la figure la plus sympathique. Ses restes mortels reposent, jusqu’à ce jour, à Assise, dans la basilique St François.
 
 
2. Les franciscains recueillent l’héritage des Croisés
 
En 1244, le sultan d’Egypte, Ayoub, appelle à son aide les hordes farouches des Kharesmiens ainsi que les troupes mameluk Bibars. Les Croisés subissent alors une sanglante défaite dans la bande de Gaza. Les musulmans s’emparent de nouveau de Jérusalem, massacrant les chrétiens et saccageant les églises. Face aux protestations de l’Occident, le sultan s’excuse auprès du Pape Innocent IV. Les dévastations ont été commises à son insu par des soldats irresponsables. Il indique au Souverain Pontife que les dommages sont déjà réparés. Cette année-là, les clefs du Sépulcre sont confiées à deux familles musulmanes, chargées d’ouvrir la basilique à l’arrivée des pèlerins. Malgré cette tourmente, le nombre de frères mineurs établis dans tout le pays augmente.
 
Ils essaiment en 1252 à Jaffa, port dont saint Louis avait fait relever les murailles, l’année précédente. Ils en seront chassés, en 1267, par le sultan d’Egypte, Bibars El-Ben-Koukdar, et n’y reviendront qu’en 1650.
 
En 1255, les frères mineurs fondent de nouvelles maisons à Tyr et à Sidon, en Phénicie.
 
En 1257, Saint Bonaventure devient ministre général des franciscains.
 
En 1263, il divise la province de Terre Sainte, qui ne comprend plus que la Syrie, Chypre et l’Egypte, et forme une nouvelle province, dite de Romagne ou de Grèce, qui s’étend à toutes les régions de l’empire byzantin.
 
Le 18 mai 1291, l’heure fatale sonne pour les Croisés en Palestine. La chute de St Jean d’Acre force les Francs à rentrer définitivement en Occident. Les franciscains restent sur place auprès de la population locale. Ils prennent, à leur façon, la suite de la croisade, qui devient alors pacifique. Cette même année, ils fondent deux nouvelles maisons : une première à Tripoli et une seconde à Beyrouth.
 
Un an après la chute d’Acre, l’Arménie est rattachée à la province de Terre Sainte. Au chapitre général de la Pentecôte, qui se tient à Assise en 1295, des statuts généraux sont approuvés pour la Terre Sainte.
 
En 1296, les frères mineurs achètent une maison à Ramlé ; située à mi-chemin entre le port de Jaffa et la ville de Jérusalem, elle est destinée à accueillir les pèlerins. Plus tard, la tradition en viendra à considérer cet endroit comme la maison de Nicodème.
 
Les franciscains ne s’installent pas tout de suite à Jérusalem, mais ils sont très nombreux à y passer et à y accompagner les pèlerins et les pénitents dans leur démarche spirituelle. Ils ont laissé des itinéraires et des carnets de voyage qui nous sont, aujourd’hui encore, très précieux.
 
 
3. Les premiers Lieux Saints
 
A partir de 1303, on assiste à une affluence continuelle de frères mineurs, qui se rendent en Palestine pour y visiter les Lieux Saints et fournir aux prisonniers un soutien spirituel. Pour l’historien, cette période est assez floue. On sait, toutefois, que la préoccupation des franciscains fut de permettre aux chrétiens de venir prier sur les Lieux Saints. C’est ainsi, qu’à partir de 1309, il y eut des tentatives répétées d’occuper la basilique de la Nativité à Bethléem. Toutefois, elles furent infructueuses.
 
De 1303 à 1327, les rois d’Aragon envoient des ambassades auprès du sultan d’Egypte afin de le prier de bien vouloir concéder aux frères mineurs un endroit dans l’Eglise du St Sépulcre, pour qu’ils puissent se consacrer au service de Dieu et confirmer dans la foi les pèlerins chrétiens. II est établi avec certitude qu’entre 1323 et 1327 il y eut une présence temporaire de quelques frères auprès du St Sépulcre. Un privilège pontifical est accordé, en 1328, au ministre provincial de Terre Sainte. Ce privilège lui permet d’envoyer chaque année à Jérusalem deux religieux ainsi qu’un familier pour l’assistance spirituelle des chrétiens.
 
 
4. Abandon du projet de reconquérir Jérusalem
 
Durant la première moitié du XIVe siècle, les puissances catholiques se rendent peu à peu à l’évidence : tout espoir est à jamais perdu de reconquérir Jérusalem. Elles se mettent donc à chercher comment sauver les Lieux Saints. La présence des franciscains apparaît comme providentielle, aussi bien pour le pape que pour certains souverains. Les communautés chrétiennes qui résident à Jérusalem cherchent à obtenir du sultan d’Egypte le droit de pouvoir établir une demeure stable près de la basilique du St Sépulcre.
 
En 1327, Charles IV le Bel envoie des messagers au Caire pour obtenir du sultan, Malek-El-Nazer, (qui régnera de 1310 à 1341) la liberté d’accéder aux Lieux Saints. La même année, Jacques II d’Aragon entreprend une démarche identique, mais sans résultat immédiat.
 
Gérard d’Odon, franciscain d’Aquitaine et pèlerin de Terre Sainte, est promu ministre général des franciscains en 1331. Il envoie en Orient, entre 1332 et 1333, Roger Guérin, lui aussi franciscain d’Aquitaine, à la tête d’un groupe de missionnaires. Ce dernier obtient du sultan d’Egypte le lieu du Cénacle sur le Mont Sion, près duquel il fonde un couvent pour ses compagnons. A partir de cette époque, les frères mineurs s’établissent également dans la basilique du St Sépulcre, et ce, de façon définitive.
 
Les actes officiels du traité entre Roger Guérin et le sultan Malek-El-Nazer n’existent plus aujourd’hui. Ils se trouvaient encore, en 1427, dans les archives du Mont Sion. Un franciscain allemand, dont le témoignage se trouve dans un manuscrit conservé à la bibliothèque vaticane (codex fol. 558), affirme les avoir vus.
 
A défaut d’actes officiels, nous avons plusieurs témoignages, dont celui du continuateur des Flores temporum, du frère Hermann (1346) compatriote de frère Roger, le négociateur du traité. Nous avons aussi la chronique du frère Winterthur qui, dans sa Chronica a Frederico II imperatore ad annum 1348 procedens, nous montre les frères mineurs installés à l’intérieur du St Sépulcre (habitantes apud Sepulchrum Christi) et dans le couvent du Cénacle. Tous les documents relèvent que ces acquisitions sont dues à la générosité et à la médiation de Robert, roi de Naples et de Jérusalem, comte d’Anjou et de Provence. Ce dernier épousa, en secondes noces, Sanche, fille de Jacques, roi de Majorque. Robert et Sanche de Naples étaient très attachés aux frères mineurs et mirent leurs richesses au service des Lieux Saints. Ils donnèrent trente-deux mille ducats d’or pour les acquisitions du St Sépulcre, du Cénacle, de la basilique de Bethléem avec ses trois couvents annexes, ainsi que pour celle du tombeau de la Vierge.
 
 
5. Bulles de Clément VI
 
Le 12 juillet 1342, Elie de Nabineaux, franciscain d’Aquitaine, est nommé patriarche latin de Jérusalem par le Pape Clément VI. C’est la consécration de la présence franciscaine en Terre Sainte.
 
Quelques mois plus tard, le 21 novembre 1342, Clément VI publie deux bulles, qui sont considérées comme l’acte de la naissance officielle de la custodie de Terre Sainte : Gratias agimus et Nuper carissimae. Voici la traduction française de la première, qui nous intéresse tout particulièrement :
"Clément, pape, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos fils bien-aimés, le ministre général de l’Ordre des Frères Mineurs et le ministre provincial de la Terre de Labour [? sic], salut et bénédiction apostolique.
 
Nous rendons grâces au dispensateur de tous les bienfaits et nous lui adressons des louanges méritées. II a enflammé le zèle de la dévotion et de la foi de nos très chers fils dans le Christ, les illustres Robert, roi, et Sanche, reine de Sicile, pour le culte de notre Seigneur Jésus-Christ, rédempteur. Aussi, avec une infatigable application ne cessent-ils pas d’accomplir ce qui favorise la louange et la gloire de Dieu, le respect et I’honneur du Saint Sépulcre du Seigneur et des autres lieux d’outre-mer.
 
En effet, dernièrement, une agréable communication des mêmes roi et reine a révélé ce qui suit. Non sans de considérables dépenses et de pénibles travaux, ils ont obtenu du sultan de Babylone la permission, pour les frères de votre Ordre, de demeurer continuellement près de l’Eglise du dit Sépulcre, d’y célébrer solennellement la messe ainsi que les autres offices divins. Déjà, certains frères du dit Ordre sont actuellement en ce même endroit. De plus, le même sultan n’a rien moins que cédé aux mêmes roi et reine le Cénacle du Seigneur, la chapelle où le Saint Esprit est apparu aux Apôtres, et une autre chapelle où le Christ, en présence de saint Thomas, s’est fait voir aux apôtres après la résurrection. La reine elle-même, il y a déjà longtemps, a construit, pour les dits frères, au mont Sion, un couvent près duquel on sait que le Cénacle et les dites chapelles seront placés ; elle a l’intention d’y tenir continuellement, à ses propres frais, douze frères du dit Ordre, pour se vouer au culte divin dans le Sépulcre et les autres Lieux Saints nommés plus haut, ainsi que trois personnes séculières qui servent les frères et pourvoient à leurs nécessités.
 
C’est pourquoi, la reine ci-dessus nommée nous a humblement supplié d’ordonner par autorité apostolique que, pour exécuter sur ce point la pieuse intention du même roi et la sienne, les mêmes Lieux Saints soient pourvus de frères pieux et de serviteurs aptes jusqu’au nombre mentionné. En conséquence, par des éloges mérités, nous recommandons, dans le Seigneur, le projet pieux et louable des dits roi et reine, ainsi que leur intention dévouée. Voulant, sur ce point, accueillir favorablement leurs voeux et leurs désirs, en lettres [? sic], nous vous conférons à vous deux et à chacun de vous le plein et libre pouvoir d’appeler, maintenant et dans la suite, en votre présence, selon la requête des dits roi et reine ou des anciens du dit Ordre, des frères aptes et pieux de tout l’Ordre, jusqu’au nombre mentionné, à qui la nature du travail semblera convenir, de les attacher au service divin, tant dans l’église du dit Sépulcre du Seigneur qu’au saint Cénacle et dans les chapelles susdites, après vous être informés de la condition des frères eux-mêmes auprès des ministres provinciaux du dit Ordre, d’où les frères eux-mêmes seront pris pour un temps ; de les destiner même à ces fonctions, de les remplacer eux-mêmes par d’autres, chaque fois que cela sera opportun, si quelques-uns viennent à manquer ; de leur accorder la permission de demeurer en ce même lieu ; de réprimer aussi, sans tenir compte de l’appel, les contradicteurs, par censure ecclésiastique.
 
Nous voulons que les frères eux-mêmes qui recevront cette destination, soient, après leur arrivée outre-mer, en ce qui concerne leur tâche, sous l’obédience et le gouvernement du gardien des frères du dit Ordre, au mont Sion, et du ministre de la province de Terre Sainte.
 
Donné à Avignon, la 1ère année de notre pontificat, jour des Calendes de décembre, la 1ère année de notre pontificat."
La bulle nous informe que les frères mineurs ont obtenu, grâce à l’accord entre Robert et Sanche, [d’une part,] et le sultan Malek-El-Nazer (appelé ici "de Babylone"), [d’autre part], les faveurs suivantes :
 
1. Qu’ils peuvent demeurer continuellement au St Sépulcre.
2. Qu’ils possèdent le Cénacle et deux chapelles annexes.
3. Qu’ils ont la permission de construire un monastère au mont Sion.
 
Le deuxième point important de cet acte est que le Souverain Pontife accorde la sanction demandée. C’est une institution nouvelle qui est fondée en Terre Sainte. Les franciscains sont, à partir de ce jour, considérés par l’Eglise Universelle comme les gardiens, aussi bien temporels que spirituels, des Lieux Saints.
 
La deuxième bulle, Nuper Carissimae, est adressée aux souverains de Naples et à leurs successeurs. Elle est presque la copie de la précédente et les informe que leurs demandes ont été exaucées. Le Pape avait bien compris que les Lieux Saints n’étaient pas devenus fiefs de la couronne royale napolitaine. Les souverains, par la suite, ne revendiqueront d’ailleurs jamais rien. C’est bien un don gratuit qu’ils font à l’Eglise.
 
Notons encore que les deux bulles ne parlent pas de Bethléem, ni du tombeau de la Vierge, ce qui laisse penser que leur sort était déjà réglé. En 1345, un pèlerin de Terre Sainte, originaire de Poggibonsi, affirme que l’Eglise de Bethléem aurait été donnée aux frères mineurs par le sultan Madephar (1303-1310), mais que, ce dernier ayant été assassiné le 10 mars 1310, la prise de possession fut retardée jusqu’en 1345.
 
En fin de compte, en recoupant les témoignages et les récits des pèlerins on peut déduire que l’entrée des franciscains dans la Grotte et la basilique de la Nativité, ainsi que leur prise de possession par les Latins, eurent lieu après 1333.
 
 
Conclusion
 
C’est le 26e ministre provincial, le père Gérard Chauvet, qui fut le premier prélat de la Custodie et le premier à prendre le titre de "Gardien du Mont Sion". Dans les années qui suivirent, fut mise en place l’institution telle que nous la connaissons encore aujourd’hui, à quelques détails près.
Tous les franciscains sont confiés au Custode et à son conseil discrétoire. Les quatre discrets (conseillers), eux, sont choisis parmi les missionnaires appartenant aux nations italienne, française, espagnole et allemande. Depuis 1921, un cinquième discret représente la nation anglaise.
 
Les franciscains furent expulsés de Palestine en 1551, mais ils purent y revenir dès 1560.
 
On peut dire qu’ils sont les véritables successeurs des Croisés et qu’ils continuent l’idéal des croisades par la garde des Lieux Saints. Sans eux, il est plus que probable que beaucoup d’églises seraient devenues des mosquées, et que des basiliques, comme celle du St Sépulcre ou celle de la Nativité, seraient passées entièrement sous la responsabilité des Orthodoxes, avec impossibilité, pour les Latins, d’y célébrer le culte divin.
 
Les franciscains voient la prophétie de leur mission multiséculaire dans le verset suivant : "Sur tes remparts, Jérusalem, j’ai posté des veilleurs, de jour et de nuit, jamais ils ne se tairont" (Is 62,6).
 
 
Dates des premières fondations franciscaines de la province du Moyen-Orient
  • St Jean d’Acre : 1219
  • Damiette (en Egypte) : 1219
  • Damas (en Syrie) : 1223
  • Nicosie (à Chypre) : 1226
  • Alep (en Syrie) : 1235
  • Jaffa : 1252
  • Tyr et Sidon (en Phénicie) : 1255
  • Tripoli et Beyrouth : 1291
  • Ramlé : 1296
  • Le Caire : 1307
  • Alexandrie : 1320
  • Le Cénacle, à Jérusalem : 1332
  • Le St-Sépulcre : 1333

Bibliographie sommaire

Adrien M. Malo, L’épopée inachevée de nos Lieux Saints, éd. Franciscaines, 1965, Montréal.
 
Bernardin Colin, Les Lieux Saints, éd. Internationales, 1948, Paris.
 
La Terre Sainte et les franciscains, Ed. Franciscaines, 1949, Jérusalem.
 
Golubovich, Biblioteca bio-bibliografica della Terra Sancta, Tome I, II, III, 1906, Firenze, ed. S. Bonaventura (en italien).
 
Joshua Prawer, Histoire du royaume latin de Jérusalem, Tome II, éd. CNRS, 1975, Paris.
 
 
© Un écho d’Israël
 
Mis en ligne le 03 mars 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org