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Shoah

La marche des vivants : la protestation des survivants de la Shoah, Antoinette Brémond
10/08/2007

Un reportage émotionnel et émotionnant. Comme Antoinette Brémond – une chrétienne qui vit depuis longtemps en Israël, il faut le rappeler ! -, je ressens honte et angoisse. Et je me demande : le gouvernement israélien et les organisations juives mondiales ne peuvent-ils donc pas lancer une souscription mondiale pour contribuer à soulager cette misère inacceptable ? On réussit bien à lever des sommes considérables pour des fouilles archéologiques, des yeshivot, des synagogues, etc., pourquoi n’en fait-on pas autant pour des êtres vivants, dont les souffrances, ou celles de leurs parents, devraient leur garantir une fin de vie digne ? " Weahavtah et re’ekha kamokha " ! (Menahem Macina).

8 août 07

Texte repris du site de Un écho d’Israël.

 

« J’ai marché d’Auschwitz à Birkenau en 1995, pour participer à la "Marche des vivants", en mémoire de ceux qui ne sont plus en vie, ceux des miens et tous les autres. Je marche aujourd’hui pour ceux qui sont encore vivants, mais dans la misère »,

explique Menahem Haberman, l’un des survivants de la Shoa, venu manifester. C’est pour eux et avec eux qu’a été organisée la "Marche des vivants", à Jérusalem, ce dimanche 5 août. Elle voulait exprimer leur indignation face à l’aide gouvernementale de 83 shekels (environ 15 euros) qui leur sera versée chaque mois, à partir de 2008. Une obole de misère dans un pays où la vie est si chère. Ils devront atteindre 2011 pour recevoir une aide plus conséquente de 260 shekels (48 euros). Aujourd’hui, ils sont près de 60 000 rescapés à vivre dans le besoin. En 2011, ils seront beaucoup moins !

A 16 h, sous les arbres du Jardin des roses, devant la Knesset, des groupes se forment. Chacun sait pourquoi il est là. Des jeunes enfilent des tee-shirts noirs portant l’inscription : "Les rescapés de la Shoa sont encore là". Peu à peu apparaissent des panneaux :

 

  • "Là-bas, la négation de la Shoa ; ici, la négation des rescapés".
  • "A chaque survivant un nom, à chacun de nous une responsabilité".
  • "Nous honorons nos morts, pourquoi pas nos vivants ? "

 

Ou encore des écriteaux plus personnels :

 

  • "Je suis la quatrième génération de la rescapée Frieda Ganalz, 94 ans. Mon père, que son souvenir soit en bénédiction, vous ne l’avez pas aidé".
  • "La solution finale biologique"

 

On pouvait lire également, sur des tee-shirts blancs :

 

  • "Pardon d’être encore vivants".

 

Plusieurs députés dont Colette Avital, députée travailliste et ancienne candidate à la présidence de l’Etat, se mêlaient à la foule, parlant aux uns et aux autres.

Pas de hauts parleurs, du silence. Tristesse et honte.

Où étaient-ils ceux que nous voulions honorer ? Peut-être ces quelques personnes âgées, disséminées au milieu de centaines de jeunes. Car, dans leur majorité, les manifestants étaient jeunes, plusieurs mouvements de jeunesse étaient présents et, bien sûr, les descendants des survivants présents ou absents.

Pendant des années, les rescapés en difficulté n’ont pas voulu se plaindre. Ce n’est que depuis quelques mois que les médias, alertés par les nombreuses associations sensibilisées à la misère dans laquelle vivent des milliers de rescapés, ont commencé à parler de cette « incompréhensible et honteuse » situation :

« Nous n’avons pas su honorer les rescapés de la Shoa ».

Vers 17 h, plus de 2000 personnes se mettent en marche, en silence. Ils sortent du parc des roses, non loin de la Knesset, puis marchent sur les trottoirs, sans bruit ni cris. Ils se dirigeant vers le bureau du Premier ministre. Là, une tribune a été dressée, il y a des sièges, des jeunes assis sur les remblais, et la foule derrière. Grâce aux haut-parleurs, tous ont pu suivre les nombreuses interventions. D’abord, plusieurs rescapés ont raconté leur parcours, exprimé leur espérance, leur souffrance, leur humiliation. Puis, ont pris la parole les présidents de quelques organisations non gouvernementales impliquées dans ce combat.

Alors est apparu plus clairement le clivage entre la requête des "vivants", raison première de la marche, et l’aspect politique, représenté par certains éléments de la foule et certains panneaux :

·         « Olmert, ne fais pas de tort à mon grand-père ».

Lorsque Zeev Faktor, président d’une de ces organisations, lui-même rescapé, prononça dans son discours le nom du Premier ministre, une huée s’éleva de la foule. Il la fit taire immédiatement :

« Ce pays est mon pays, ce gouvernement est mon gouvernement, pour le meilleur et pour le pire. Je ne veux pas déprécier les autorités compétentes. »

Dans la foule, beaucoup pensaient le contraire : par son attitude, le gouvernement se déprécie lui-même.

Il n’y eut donc pas, comme le craignait le gouvernement, de pyjamas rayés, et l’on vit peu d’étoiles jaunes. Toutefois, quelques survivants avaient recousu l’étoile sur leur chemisette. Alice Lieberman, 73 ans, expliqua pourquoi.

Née en Hollande, elle avait 8 ans lorsqu’elle fut internée à Belsen Bergen où elle resta trois ans.

« Là-bas, je devais porter tous les jours l’étoile jaune. Hier, je l’ai remise sur mon corsage. Vu mon passé, personne ne peut me dire que ce n’est pas bien. »

Et Nahoum Hadrogovitch de préciser:

« Je veux mourir dans la dignité. Si je porte l’étoile jaune aujourd’hui, ce n’est pas pour me faire remarquer, mais pour que le gouvernement comprenne que je porte encore aujourd’hui la Shoa en moi. »

Bien sûr, il y a d’autres personnes âgées, d’autres pauvres, d’autres abandonnés en Israël. Bien sûr que, comme l’écrivait le journaliste Amnon Dankner, issu d’une famille de rescapés, un pauvre est un pauvre, et que celui qui ne peut pas acheter de médicaments est semblable à un autre qui ne peut pas non plus acheter des médicaments... Bien sûr qu’il y a aussi et beaucoup de rescapés de la Shoa qui ont bien réussi et qui comptent des médecins, des avocats, des scientifiques dans leur famille. Mais, au milieu de cette foule groupée autour de quelques douzaines de rescapés de la Shoa, que chacun pouvait voir, bien vivants, témoins de l’horreur, dans cette honte qui nous atteignait tous, je prenais davantage conscience de la solitude de ceux qui ne pourront jamais "sortir" de la Shoa, et de notre incapacité à comprendre qu’ils ne sont pas simplement des pauvres qu’il faut aider, mais des héros, comme le disaient certains, qui méritent la première place dans leur pays.

La manifestation s’est achevée par le chant de l’hymne national, la haTikvah - l’espérance.

En partant, je dépasse un homme âgé, un drapeau d’Israël à la main, et l’étoile jaune sur la chemise. Il tentait de faire du stop sur la route. En vain. Aucune voiture ne s’est arrêtée.

Nous sommes vraiment tous responsables.

Antoinette Brémond

 

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 10 août 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org