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Contentieux palestino-israélien

Les leçons de Gaza, I. E. Altman
26/06/2007

 

17 juin 2007

 

 

Il est trop tôt pour évaluer la gamme complète des conséquences de la prise de contrôle de la Bande de Gaza par le Hamas ; de la manière dont elle a eu lieu ; et de l’émergence d’un Etat islamiste soutenu par l’Iran, indépendant en tout sauf le nom, dans une partie de la Palestine. Mais quelques leçons peuvent déjà être tirées de ce qui s’est produit.

 

Les actions menées par le Hamas sur le terrain n’étaient pas seulement une nouvelle étape dans une guerre de gang sans fin contre son rival, Al-Fatah. C’était une révolte contre l’Etat - laïque, Autorité Palestinienne (AP), ayant une légitimité internationale, soutenu par la communauté internationale et les Etats arabes, et représenté par son Président, Mahmoud Abbas. Les photos des combattants du Hamas occupant et pillant non seulement les bureaux du Fatah mais également les bureaux présidentiels, où ils ont jeté au sol aussi bien la photo de Mahmoud Abbas que de celle de Yasser Arafat, et se sont assis sur le siège du Président, démontrent que, pour le Hamas, l’AP était illégitime, que Gaza en était maintenant libéré et était gouverné par le Hamas. En effet, le Hamas a eu l’idée de coller sur ses rivaux du Fatah l’étiquette d’« apostats » (qui justifierait, prétend-il, leur mise à mort), outre qu’il a exprimé sa joie de cette « libération » (tahrir), comme si l’AP était une force d’occupation.

 

De même, le pillage de la maison de Yasser d’Arafat à Gaza a traduit la révolte contre le mouvement national palestinien laïque, pour lequel Arafat (lui-même ancien membre de la confrérie égyptienne des Frères Musulmans, organisation-mère du Hamas) était le symbole incontesté depuis les années 1960. (Comme dans le cas des autres bâtiments pillés, le Hamas aurait pu empêcher le pillage de la maison d’Arafat, s’il l’avait voulu).

 

Le Hamas a été en grande partie boycotté par la communauté internationale pour son refus de reconnaître Israël et d’accepter des accords que l’OLP et l’AP avaient signés avec l’Etat hébreu. Maintenant, on a donné à comprendre que le Hamas ne reconnaît pas l’AP elle-même. En effet, se référant à sa victoire parlementaire aux élections de janvier 2006, le Hamas prétend que le gouvernement qu’il dirige est le seul gouvernement palestinien légitime, et il rejette le décret, signé le 14 juin par le Président Abbas, pour proclamer l’état d’urgence, destituer le Premier ministre, Ismael Haniyeh, et pour nommer Salam Fayyad comme nouveau Premier ministre. Le Hamas nie ainsi la légitimité démocratique d’Abbas – qui a pourtant été élu Président de l’AP lors d’élections sous surveillance internationale, qui ont eu lieu le 9 janvier 2005.

 

Le Hamas a ainsi exprimé le rejet implicite, commun aux mouvements islamistes, de l’Etat- nation moderne et laïque. Cela montre à nouveau que de tels mouvements peuvent utiliser des élections démocratiques comme un moyen d’accéder au pouvoir sans obligation ni engagement envers la démocratie et envers l’autorité de l’Etat. C’est de cette manière que le Hezbollah avait tenté de déstabiliser le gouvernement démocratiquement élu du Liban par des grèves publiques et des menaces de violence, et avait exigé des changements de la loi électorale qui lui auraient été avantageux.

 

La "libération", par le Hamas, de la bande de Gaza pourrait maintenant servir d’inspiration à des mouvements semblables dans d’autres pays. Par exemple, des élections municipales, puis parlementaires, doivent avoir lieu en Jordanie, vers la fin de l’année. Les Frères musulmans jordaniens et leur parti politique, le "Front d’Action Islamique" [FIS], sont sous forte influence du Hamas. Que se passera-t-il s’ils remportent les élections jordaniennes ? Ils essayeront probablement, tôt ou tard, de renverser la monarchie, en prétendant qu’ils jouissent maintenant d’une légitimité démocratique alors que le roi n’a été élu par personne pour exercer la plus haute autorité politique.

 

Une autre leçon importante à tirer est le rôle de l’Iran. Les quantités d’armements utilisées par le Hamas dans les combats à Gaza ont montré l’importance de l’aide que ce mouvement a reçue de l’Iran, lequel a prouvé qu’il pouvait façonner l’avenir de la question palestinienne et celui du conflit israélo-arabe, plus que tous les Etats arabes réunis. L’Iran a réussi à torpiller les efforts arabes pour faire coopérer les deux principales factions palestiniennes au sein du gouvernement d’unité nationale. Pire, par les actions de son mandataire, le Hamas, l’Iran pourrait bien avoir d’ores et déjà réussi à tuer toute chance d’accords de paix israélo-palestiniens sur base d’une solution à deux Etats.

 

Ce n’est pas la première fois qu’une intervention « amicale » torpille le processus de structuration d’un Etat palestinien. On se souvient qu’en 1948, les quatre Etats arabes voisins, plus l’Irak, ont envahi militairement la Palestine pour empêcher la mise en oeuvre de la résolution de l’ONU appelant à la création d’un Etat juif (et d’un Etat arabe) en Palestine, et que deux d’entre eux se sont eux-mêmes dédommagés de leur échec collectif en gardant des parties de ce qui devait être l’Etat palestinien, selon la même résolution (la Jordanie a annexé la Cisjordanie et l’Egypte a occupé la bande de Gaza). Depuis lors, l’engagement envers les Palestiniens et leur cause, même s’il est plus symbolique que réel, a été un facteur-clé de la solidarité arabe. Maintenant, les Arabes en cèdent le contrôle à l’Iran, aidé et encouragé par la Syrie.

 

De même, l’Iran est bien décidé à utiliser le Hezbollah pour devancer tout changement politique au Liban, qui ne garantirait pas l’évolution du pays vers un Etat islamique à dominante shiite.

 

Jusqu’aux derniers événements, le gouvernement d’Ismael Haniyeh avait un certain degré de légitimité internationale, en vertu du fait qu’il s’agissait d’un gouvernement d’unité nationale, nommé par Abbas et soutenu par la Ligue Arabe. Cette légitimité est évidemment perdue à présent, et donc le Hamas essayera probablement de remettre en course la formule selon laquelle Abbas dirige nominalement, mais c’est le Hamas qui gouverne en réalité - avec un Abbas beaucoup plus faible, cette fois. Le Hamas prétendra qu’il incarne le pouvoir légitime en Palestine depuis les élections de 2006.

 

Mais la communauté internationale a soutenu la participation du Hamas aux élections de 2006, sur la base de la supposition qu’en participant aux élections démocratiques, le Hamas cesserait, de lui-même, d’être un mouvement révolutionnaire islamiste pour devenir un parti politique pacifique et civique. Alors que la conduite du Hamas dans la bande de Gaza a clairement démontré qu’une telle transformation n’a pas eu lieu et que s’il y avait des tendances plus pragmatiques au sein du Hamas, elles ne se situent certainement pas dans les sphères du pouvoir. La communauté internationale ne doit plus permettre à ce mouvement totalitaire et violent, ni d’ailleurs à des mouvements semblables dans d’autres Etats de la région, de faire un usage déformé des institutions démocratiques pour promouvoir des objectifs anti-démocratiques.

 

Elle ne devrait pas non plus traiter avec le Hamas, ni avec le Hezbollah, d’une manière susceptible d’affaiblir les gouvernements légitimes qu’ils mettent au défi, et qui aiderait réellement l’Iran à ruiner les chances de paix et de stabilité en Palestine et au Liban.

 

 

Israël Altman

 

© Upjf.org

 

 

Mis en ligne le 25 juin 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org