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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Les vecteurs du terrorisme. Une analyse stratégique et médiologique, François-Bernard Huyghe
06/09/2007

Cet article est tout sauf récent. Pourtant, il est utile de s’y référer, peu de choses ayant véritablement changé, en la matière, depuis sa rédaction. L’auteur de cette analyse descriptive, froide et détachée, porte le regard du clinicien sur le phénomène du terrorisme. Il se garde d’émettre des jugements de valeur et encore moins des condamnations. En cela, il décevra les assoiffés de justice et de justice immanente. Ni philosophique, ni théologique, ni même idéologique, cette étude s’inscrit dans le genre hybride, assez déconcertant, mais inhérent, sans doute, à la nature exceptionnelle du phénomène, de l’examen spectrographique des phénomènes complexes de société. Un texte perturbant donc, mais qu’il faut lire en faisant son profit de ce qu’il contient de valable, et en laissant à l’auteur la responsabilité de ce qu’il interprète de manière insuffisante ou discutable, et de ce qu’il tait. Si quelqu’un pense qu’il eût pu mieux faire, qu’il se mette au clavier et apporte sa propre contribution à ce phénomène qui défie la raison raisonnante. (Menahem Macina).

18 septembre 2002

 

Texte repris du site Infocrise.org.

 

Le terrorisme est aussi difficile à définir qu’à combattre, de par son caractère multiforme. Nous avons connu un terrorisme révolutionnaire, un terrorisme indépendantiste ou nationaliste, un terrorisme instrumental, souvent transnational visant à contraindre un pouvoir étatique. Nous connaissons ou connaîtrons des terrorismes mystiques ou apocalyptiques, comme celui des sectes, des terrorismes mafieux, des terrorismes inspirés par toutes les causes. Cette multiplicité des formes reflète, on s’en doute, celle des idéologies et des objectifs historiques. Mais aussi celle des moyens de destruction et de leur interaction avec les forces adverses. Bombes à mèche contre guillotine, détournement d’avion contre bombardement, attentat suicide contre occupation de territoires : chaque fois un terrorisme différent suivant la technique. Au même degré, chaque forme du terrorisme traduit l’opposition des modes de communication. Le terrorisme bouleverse la transmission des idées (par exemple en utilisant l’attentat comme « propagande par le fait »), souvent aussi la transmission des identités. Ainsi le terrorisme nationaliste ou séparatiste crée des frontières entre les communautés : il faut choisir son camp. Surtout, la transmission des informations par les médias, est l’enjeu de stratégies d’amplification. Le terroriste met en scène son acte en fonction du média qui domine l’époque. Presse à grand tirage, radio que l’on écoute au fond des campagnes, télévision permettant la diffusion mondiale des images d’horreur, ont changé le visage de la terreur, comme aujourd’hui, peut-être, Internet. Ces trois modes de transmission, des idées, des identités, des informations, s’interpénètrent tant que le terrorisme ne saurait être vaincu que sur ces trois fronts.

Du terrorisme, on peut dire, comme Clausewitz de la guerre, que c’est un caméléon. Il prend tant de formes qu’il semble aussi rebelle à la répression qu’à la définition.
C’est d’abord un mot historiquement daté : il remonte à la Terreur lancée par Robespierre en 1793. Le terme fait son entrée dans les dictionnaires à la fin du XVIIIe siècle pour désigner la propagation de cette Terreur d’État révolutionnaire à toute la France. Il faut quasiment un siècle pour que « terrorisme » prenne sa signification actuelle.

Elle est presque inverse : la violence d’organisations clandestines luttant le plus souvent contre un État, cherchant délibérément à répandre une peur destinée à paralyser l’adversaire, à défier les autorités, à paniquer les populations. Nous dirions aujourd’hui « à créer un climat d’insécurité ». L’idée de ce terrorisme « subversif » est donc liée à sa manifestation la plus visible : l’attentat.

L’usage du mot en ce sens se répand lentement. Il apparaît en 1866 pour stigmatiser des violences nationalistes en Irlande. En 1883 pour dénoncer les activités des révolutionnaires en Russie. Mais l’usage est long à s’imposer (il n’est vraiment devenu courant en France qu’aux environs de 1920, nous apprend le Robert historique). Ainsi dès 1892, la France a connu une série d’attentats dont ceux de Ravachol et l’assassinat du président Sadi Carnot. Leurs auteurs parlent de « propagande par le fait », leurs adversaires de la « secte anarchiste » dont le dessein serait de « détruire la société ». Les « lois scélérates » de 1893-1894 répriment ces violences. Elles incriminent participation intellectuelle, incitation, complicité ou apologie des « menées anarchistes », mais tout cela sans avoir besoin de la notion de terrorisme.

Or, aujourd’hui, et le mot et la chose sont devenus si usuels, que l’on parle de « guerre au terrorisme » et que les journaux commencent à se doter d’un Monsieur Terrorisme, comme d’un Monsieur Météo.

Partant de ce destin d’un mot et des singulières difficultés que suscitent l’évolution et la définition de l’idée, nous chercherons dans un premier temps comment la notion s’est historiquement constituée. Nous verrons ainsi émerger un modèle moderne du terrorisme, stratégie asymétrique du faible au fort, qui mêle indissolublement actes de destruction visant à perturber les forces adverses et modes de transmission destinés à influencer les esprits. Dans une seconde partie, nous nous demanderons donc, si ces derniers n’obéissent pas, en dépit des spectaculaires transformations du terrorisme, à des constantes assez claires pour ébaucher une méthode d’analyse.

 

I. La représentation du terrorisme


Le terrorisme d’État (au sens de recours du pouvoir à une violence si ostensible qu’elle décourage toute velléité d’opposition ou de résistance) est aussi ancien que le pouvoir. L’assassinat politique ne l’est pas moins, tout comme les conspirations ou les complots, qu’ils soient révolutionnaires ou contre-révolutionnaires. Il en va de même pour la guerre de partisans et toutes les variantes de la guérilla, c’est-à-dire l’emploi de la force armée par des combattants sans uniforme, volontaires, ayant généralement de fortes motivations idéologiques affrontant des armées, des polices, des autorités, qui, elles, considèrent qu’il ne s’agit pas d’une guerre mais de l’activité criminelle de bandes armées. Ni le crime politique en général, ni, en particulier, l’idée de terroriser des populations civiles pour atteindre ses buts politiques ne sont non plus, hélas, des nouveautés. Alors, pourquoi donc le mot de terrorisme n’est-il apparu si nécessaire que depuis environ un siècle ?


Légitimité ou criminalité des fins et des moyens ?

La première réponse qui vient à l’esprit est que le terroriste est nommé par son adversaire et notamment par la loi qui le réprime. Désigner le révolutionnaire, le révolté, l’indépendantiste, le nationaliste non comme un combattant d’une cause, fût-elle illégitime, mais comme un criminel, c’est disqualifier l’idée qu’il défend en la réduisant au moyen qu’elle emprunte. C’est remplacer des mots en « isme » (anarchisme, communisme, irrédentisme, séparatisme, tiers-mondisme, islamisme, antimondialisme, etc.) par un « isme » unique et qui terrorise. Faire admettre ce mot, c’est marquer un point dans la guerre pour la conquête de l’opinion. Et, comme par hasard, cette bataille sémantique commence avec le développement des communications de masse.
Les organisations « terroristes » se présentent plus volontiers comme fraction armée d’un parti ou armée clandestine, comme un groupe de résistance ou de libération, comme des combattants ou guérilleros « urbains ». Marek Edelman, ancien dirigeant de l’insurrection du ghetto de Varsovie, a fait scandale en Israël en adressant un message de paix aux « partisans » palestiniens et en évitant le mot « terroristes ». De fait, il est difficile de négocier avec des gens qu’on qualifie ainsi.

Les cyniques font remarquer que des chefs d’État respectés, dont de Gaulle, Menahem Begin, ou Mandela, furent, en leur temps, désignés comme des chefs terroristes. Les sceptiques concluent que « les terroristes des uns sont les résistants des autres ». Le terrorisme, serait alors la violence de l’autre, un autre qui, souvent, n’a pas les moyens de mener une vraie guerre ou une révolution. À un journaliste qui évoquait les attentats aveugles du Hamas et leurs victimes innocentes, un responsable de ce mouvement, Abdel Aziz Al Ramtisi, ripostait récemment que les bombardements alliés de la Seconde Guerre mondiale n’avaient pas frappé que des militaires. S’ils possédaient des F-16 comme les Américains, ajoutait-il, les Palestiniens se dispenseraient volontiers de se transformer en bombes humaines.

 

Les mots de l’ennemi

Le mot terrorisme n’est employé que par ses adversaires pour disqualifier une violence illégitime et cruelle. Et, si, exceptionnellement, quelqu’un se reconnaît « terroriste », c’est toujours pour comparer son terrorisme à un autre plus puissant et pire encore qui le provoquerait et le justifierait.

Or, réduire la question du terrorisme à celle de l’organisation terroriste, et derrière cela à la cause qu’elle défend, c’est entrer dans ces difficultés sans fin. Dire, par exemple, qu’un attentat n’est pas « terroriste » s’il est exécuté dans un pays où n’existent pas de moyens démocratiques de s’exprimer, ou encore, en cas d’occupation étrangère, est peut-être une position moralement soutenable. Mais c’est renvoyer un problème technique à un jugement politique ou moral sur l’ennemi du terrorisme.

Peut-on alors identifier des actes terroristes, comme l’attentat, ou des méthodes, de façon à les distinguer des autres formes de violence politique ? Ainsi, on dit souvent du terrorisme qu’il est « aveugle », ou « lâche », ou qu’il s’en prend à des « innocents », voire que ses victimes sont « civiles » ou « non-combattantes ». Est-ce là sa caractéristique ? Un bombardement militaire tuerait des civils « collatéralement » et sans le vouloir et une bombe terroriste principalement et délibérément ? Et une guerre civile ? Frapper au hasard, n’est pas le privilège du terroriste. La définition de la victime innocente n’est pas la même pour tout le monde : un dirigeant du système honni, un fonctionnaire, un patron, un policier, un militant politique, un étranger, un occupant, un incroyant ne sont pas innocents aux yeux de tel ou tel. Ils incarnent, à ses yeux, une violence établie bien pire que la violence qu’il exerce — pense-t-il — en état de légitime défense. En disant cela, il ne s’agit pas de suggérer que placer une bombe sur un marché et tuer d’une balle perdue soient moralement des actes équivalents. Mais simplement que le terrorisme ne se définit pas mieux par les victimes visibles de ses actes que par les principes abstraits qu’il combat.

Plus subtilement, faut-il distinguer l’acte terroriste par le fait qu’il recherche, comme le disait Raymond Aron, un impact psychologique, hors de proportion avec les effets physiques produits et les moyens utilisés ? Variante de la guerre psychologique, le terrorisme se reconnaîtrait alors à ce qu’il terrorise. Dans les guerres nationales ou civiles, on chercherait principalement à écraser les forces matérielles adverses et secondairement à faire peur, le terrorisme cherchant, lui, d’abord, à atteindre les forces morales, souvent pour remplacer des forces militaires ou le soutien des masses dont il ne dispose pas ? Mais où passe la frontière ? Qu’en disent les juristes ?

 

Le terrorisme, entre faire et dire

Si le terrorisme est un crime — et il l’est — il faut le définir avec précision. Certains rêvent d’en faire l’équivalent civil du crime de guerre, pour en faciliter la répression universelle. Mais l’embarras des législateurs reste évident. Le droit français énumère un certain nombre de crimes et ajoute que, pour qu’ils soient qualifiés de terroristes (ce qui a de l’importance pour des questions de compétence juridictionnelle, d’accords internationaux, etc.) il faut qu’ils aient été commis « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». Quant aux définitions aux États-Unis, F.B.I., Département d’État et Département de la Justice n’emploient pas exactement les mêmes termes, mais tous se réfèrent aux notions suivantes :

·         le terrorisme suppose une violence illégitime, ou sa menace ;

·         il vise des fins politiques ;

·         il cherche à produire un état d’esprit, ou un sentiment de peur ;

·         il a pour but d’exercer une coercition sur des gouvernements et/ou leur population civile, voire d’influencer une politique ou un « public » ;

·         il frappe des non-combattants.


Finalités politiques, contraste avec la violence guerrière ou légitime, coercition, usage de la peur, nature des victimes : on voit bien qu’on tourne toujours autour des mêmes notions, avec le même embarras.

 

Une stratégie historiquement datée

Le terrorisme ne se résume ni à l’emploi de la violence politique pour éliminer un adversaire, ni à la recherche d’un effet psychologique (la terreur), ni à une méthode « lâche et aveugle » (s’en prendre à des civils, etc.). Il suppose une équation plus longue : violence plus idée, plus organisation, plus propagande, et cette équation n’est constituée que dans des circonstances historiques précises.

S’il faut fixer une date de naissance incontestée, ce sera 1878. L’assassinat du gouverneur de Saint-Pétersbourg par une populiste russe du groupe Narodnaia Volia (La volonté du peuple). Les « narodnystes », qui, en 1881, réussiront à tuer le tsar Alexandre II, et qu’on appelle souvent improprement « nihilistes », ont inspiré les Démons de Dostoïevski. Toutes les composantes du terrorisme moderne y sont : la bombe, le pistolet et le manifeste, une idéologie qui justifie l’assassinat des puissants afin de provoquer l’effondrement du Système, une structure clandestine quasi sectaire, et, comme le dit Camus, la volonté de « tuer une idée » en tuant un homme. Les premiers terroristes russes ne s’attaquent qu’aux représentants de l’autocratie, et s’efforcent d’épargner le sang innocent. On cite souvent le cas de Kaliayev : en 1905, au moment de lancer une bombe sur le prince Serge, il préféra y renoncer plutôt que de risquer de tuer les enfants qui accompagnaient sa victime. L’histoire fournira la trame des Justes de Camus.

Leurs successeurs n’ont pas ces délicatesses. Ce sont certains anarchistes de la Belle Époque, partisans de « l’action directe », puis les terroristes de la seconde vague russe, celle des attentats des sociaux-révolutionnaires du début du XXe siècle. Les bombes sautent bientôt dans les cafés, les théâtres et les trains, tuant des femmes et des enfants. À ce stade, le terrorisme révolutionnaire du tournant du siècle reste encore un prolongement de l’assassinat politique ; ses partisans y voient un préalable à la Révolution universelle qu’ils attendent pour bientôt. Mais ils croient aussi aux vertus de l’action directe : l’attentat radicalise les rapports entre dominants et dominés et doit amener les seconds à passer eux-mêmes à l’acte en se révoltant.

Différents par leurs motivations identitaires, mais aussi plus proches de la guerre ou de la guérilla par leur forme, apparaissent les premiers terrorismes nationaux ou indépendantistes. Ainsi, l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (O.R.I.M), fondée en 1893, lutte contre l’occupation ottomane, tente d’internationaliser le conflit et de radicaliser les relations entre les communautés. Elle enlève des Occidentaux, et suscite des insurrections nationales. En 1903, elle proclame même une très éphémère République de Krouchevo, vite écrasée.

Dans les Balkans, d’autres groupes indépendantistes recourent à la violence clandestine contre des occupants étrangers et les Empires, parfois avec l’aide de soutiens de l’autre côté des frontières. Ainsi, l’organisation « Jeune Bosnie », responsable de l’attentat de Sarajevo, en 1914, était commanditée par la Serbie. De son côté, l’IRA, prolongement du Sinn Fein, créé en 1902, s’organise sur un modèle d’armée clandestine et se manifeste à visage découvert lors des Pâques sanglantes de Dublin, en 1916.

 

Récapitulons : anarchisme, indépendantisme, anticolonialisme, attentats aveugles, utilisation de relais idéologiques et des médias pour la propagande, mais aussi liens avec des internationales, des services secrets, des États terroristes : tout a été inventé dès l’époque de la Première Guerre mondiale de ce qui caractérisera le terrorisme jusqu’au 11 septembre 2001. Ce n’est pas par hasard que le terrorisme est contemporain des moyens de communication de masse.

Nous pouvons en retenir quelques caractéristiques. Elles forment la stratégie des trois S :

·         Secret : un groupe terroriste qui cesserait d’être clandestin deviendrait une guérilla, une milice, ou une armée.

·         Surprise : le terrorisme mène une action discontinue, telle une série d’attentats, et non des opérations militaires régulières, permanentes et prévisibles. Il cherche à plonger l’adversaire dans l’incertitude et dans l’affolement par la menace, soit pour l’affaiblir directement, soit pour le pousser, indirectement et par la provocation, à des actes, qui finalement le desserviront (une répression sans discrimination, par exemple). En ceci, le terrorisme suppose une relation asymétrique du faible au fort : une économie de moyens militaires, financiers, ou humains pour obtenir un maximum d’impact psychologique, etc.

·         Signification : l’acte terroriste, au-delà de son résultat tangible, ennemi assassiné, bâtiment détruit, vise à un effet de sens : faire passer un message, d’ailleurs fort complexe : de révolte, d’encouragement, de prédication, de provocation, d’humiliation, selon les cas. Non seulement le terrorisme mène une guerre du sens parce que ses finalités sont idéologiques, mais les moyens qu’il emploie sont des moyens symboliques.

Pour autant, le terrorisme, plus que séculaire, n’a cessé d’évoluer. Ce sont d’abord les thèmes qui le nourrissent et les formes qu’il prend qui se transforment : un terrorisme révolutionnaire, celui des nihilistes et anarchistes du XIXe siècle, puis un terrorisme indépendantiste ou nationaliste, un terrorisme instrumental, souvent international, utilisé comme moyen de pression sur un État, un terrorisme rouge, noir, ou vert, aux couleurs de l’Islam, etc. Voici maintenant des terrorismes mystiques voire apocalyptiques, notamment celui des sectes, des terrorismes mafieux, des terrorismes inspirés par toutes les causes, les animaux, la Nature, etc.

Mais si l’idée change, son mode d’expression et de transmission, lui, obéit à des constantes. Partout et toujours, le terroriste théorise : cet intellectuel prend les idées au sérieux, au point de tuer et d’être tué pour elles. Et quand il tue, il cherche encore à exprimer ou détruire des idées et des symboles.

Comment l’idée devient-elle terreur ? - s’est-on souvent interrogé. La question est plutôt de savoir comment le terrorisme traduit l’idée. S’il mobilise des moyens en vue d’une fin et des messages en vue d’un effet, cela suppose des méthodes, des vecteurs et des panoplies, des contraintes et des stratégies. D’où une logique.

 

II. Le terrorisme : interaction et représentation

 

Pour comprendre cette logique, il s’agirait moins de ressasser une histoire des groupes ou des actes terroristes, que de comparer :

·         des formes d’organisation (quasi-secte, réseau, parti clandestin, etc.) ;

·         des milieux favorables à leur épanouissement (intelligentsia, groupes marginaux, communautés religieuses) ;

·        des modes d’expression (un communiqué de 26 pages, une cassette testament, un poème, un site Web, etc.) ;

·         le choix de cibles symboliques (un monument, un policier, un passant, etc.) ;

·         des rites (serments, signaux, règles)…


Si la logique terroriste reflète des nécessités stratégiques, symboliques et techniques, au moins autant que les idéologies et les objectifs historiques, il faut la penser dialectiquement. C’est une interaction, toujours changeante, avec les moyens adverses.
Ses moyens de destruction interagissent avec les forces adverses. Bombes à mèche contre guillotine, détournement d’avion contre bombardement, attentat-suicide contre occupation de territoires : chaque fois un terrorisme différent suivant la technique. En attendant, peut-être, que s’impose le couple infernal : armes de destruction massive et cyberterrorisme, contre surveillance planétaire.

Mais le terrorisme mobilise surtout des moyens de transmission, d’où d’autres oppositions. Cela vaut pour la transmission des idées — au sens strict — dont il se réclame (les notions historiques, stratégiques et éthiques qui sont censées le justifier) ; c’est vrai de la transmission des identités qu’il veut représenter : le prolétariat, les opprimés, l’Ouma, etc. ; cela s’applique, enfin, à la transmission des messages terroristes. Ils sont l’enjeu de tactiques d’amplification et de détournement, en fonction du média prédominant à chaque époque. De la propagande par le fait au terrorisme spectacle, de l’opuscule pour groupuscule, à l’attentat en mondovision, l’effet de la terreur est déterminé par la nature de la presse à grand tirage, de la radio instantanée, ou par la transmission cathodique des massacres.

Nous pourrions même aller un peu plus loin et tenter de systématiser la méthode d’analyse. Existe-t-il des « catégories récurrentes », des « figures » du terrorisme, comme on parle de figures de style, ou de « lieux » de la rhétorique ? Bref, des types de discours ou de comportements qui soient inhérents au terrorisme et se retrouvent chez ses pratiquants de toutes les époques et de toutes les idéologies ? Nous pensons que la réponse est oui, et nous tentons, ci-dessous, d’en suggérer un petit échantillonnage.

 

La transmission des idées implique :

 

A. Un contenu historique.


Le terrorisme est une théorie de l’urgence et du dernier recours. Il explique sa propre émergence par le caractère exceptionnel et crucial de la situation historique : elle ne permet pas d’atteindre ses buts par des moyens politiques ou pacifiques.

·         Urgence de la catastrophe annoncée.

Ainsi le terrorisme d’extrême droite, américain ou millénariste, comme celui de la secte Aum, reposent sur le principe que l’apocalypse est pour demain. Les premiers en déduisent que le terrorisme est le dernier recours pour sauver la suprématie blanche en menant la « Sainte Guerre Raciale » (RAHOWA : Racial Holy War), avant que le gouvernement complice des mondialistes ne mette tous les vrais patriotes dans des camps. La seconde déduit de l’imminence d’Armaggedon la nécessité de tuer un maximum de gens, en vertu d’un raisonnement qui échappe un peu au non-initié. Mais l’urgence se retrouve dans une phraséologie de gauche, autour du thème : nous sommes précisément dans une phase historique où nous sommes contraints de réagir militairement, faute de quoi nos adversaires marqueraient des points décisifs. Dans la langue des brigades rouges, en 1972, cela donne :

« Le "terrorisme", dans notre pays et dans cette phase de l’affrontement, est une composante de la politique conduite par le front patronal […] dont le but est de déterminer un recul général du mouvement ouvrier et de restaurer intégralement les anciens niveaux d’exploitation. Notre tâche, dans les usines et les quartiers, a consisté, dès le début, à organiser l’autonomie prolétarienne pour la résistance à la contre-révolution en cours et aux tentatives de liquidation des poussées révolutionnaires par les opportunistes et les réformistes. Organiser la résistance et construire le pouvoir prolétaire armé sont les mots d’ordre qui ont guidé et qui guident notre travail révolutionnaire. Cela a-t-il quelque chose à voir avec le terrorisme ? »

·         Urgence du rapport de forces.

Opportunité d’accélérer le processus historique. Il s’agit d’économiser des attentes trop longues et des médiations politiques trop inefficaces. Il faut agir en réveillant le peuple, en radicalisant la situation, en redessinant les camps. « L’Histoire évolue très lentement. Nous devons lui donner une secousse », déclare le nihiliste Andrei Zhelyabov. Le chef des terroristes des Démons, de Dostoïevski, qui propose aux membres de son groupe d’adopter « la méthode rapide », la propagation du désordre pour amener la révolte au plus vite, ne dit pas autre chose. Version de droite, celle des Réprouvés, d’Ernst von Salomon, à la veille de lancer une campagne d’assassinats politiques :

« Si nous ne risquons pas maintenant la tentative suprême, peut-être sera-t-il ensuite trop tard pour des siècles. Ce qui bouillonne en nous fermente aussi dans tous les cerveaux importants, mais ne peut prendre forme que grâce à une activité ininterrompue… Une révolution ne se fait jamais autrement. Et nous voulons la révolution. »

Cette justification/révélation se formule sous forme de texte doctrinal voire prophétique (théorie de l’histoire, éventuellement, vision). Elle se transmet de haut en bas et du complexe au simple, par un milieu intellectuel (université, associations). Ceci va d’un niveau supérieur d’élaboration (les œuvres complètes de Marx ou de Bakounine, ou travaux des oulémas) jusqu’à leur traduction sous forme de slogans. Le milieu humain où s’opère la catalyse de l’idée est parfois très restreint : quelques sections de l’Université d’Ayacucho pour le Sentier Lumineux, une frange bien précise de l’extrême gauche milanaise pour les Brigades Rouges, etc. Dans tous les cas, il y a conjonction d’une vision longue de l’histoire en général et de l’impatience d’un groupe en particulier.

 

B - Un contenu stratégique.

Le terrorisme se veut toujours aussi provisoire et accessoire qu’il se croit urgent. Contrairement à la guerre, il n’est pas censé amener seul à l’accomplissement de ses objectifs politiques. Il se conçoit généralement comme lié à d’autres formes d’action. Pour Lénine :

« Sur le plan des principes nous n’avons jamais rejeté, ni ne pouvons rejeter la terreur. C’est un aspect de la guerre qui peut convenir parfaitement et même être indispensable à un certain moment du combat, dans un certain état de l’armée et dans certaines conditions ».

Et Trotsky, en écho :

« La révolution exige de la classe révolutionnaire qu’elle mette tous les moyens en œuvre pour atteindre ses fins ; par l’insurrection armée, s’il le faut, par le terrorisme, si c’est nécessaire. »

Bref, le terrorisme est un choix, plus ou moins opportun et plus ou moins contraint, dans une panoplie.

·         Soit il est le préalable au soulèvement ou au réveil du peuple, de l’Ouma, du prolétariat, du peuple menacé, etc. Pour l’anarchiste Henry, condamné à mort, de tels actes

« réveillent la masse, la secouent d’un violent coup de fouet, et lui montrent le côté vulnérable de la bourgeoisie, toute tremblante encore au moment où le révolté marche à l’échafaud ».

Ils servent, en somme, à dessiner les camps, à encourager le sien, celui des opprimés, et à terrifier celui des oppresseurs. Lorsque le Congrès anarchiste de Londres, en 1881, adopte la fameuse « Charte de la propagande par le fait », il marque bien cette idée que le passage à l’acte doit compenser les insuffisances des mots. Ils sont incapables, à eux seuls, de donner au prolétariat la conscience de son exploitation et de sa capacité de l’abolir à la fois :

« L’heure est venue, de passer de la période d’affirmation à la période d’action, et de joindre à la propagande verbale et écrite, dont l’inefficacité est démontrée, la propagande par le fait et l’action insurrectionnelle. »

·         Soit le terrorisme est un complément : c’est un bras armé. Dans ce cas, il seconde un parti officiel, ou mouvement d’idées, une action des masses. Le groupe terroriste se considère comme branche, ou fraction armée, parti communiste combattant, noyau armé, peuple en armes, avant-garde : ainsi, les groupes italiens des années de plomb ont trouvé de nombreuses paraphrases pour désigner leur activité « militaire ». Ou encore, le terrorisme contribue, de l’intérieur, à une « vraie » guerre menée par un véritable État.

·         Autre cas de figure : il est assimilé à une guérilla des villes qui complète la guérilla des champs, qui, elle, suppose occupation du territoire, ébauche d’armée de partisans. Ainsi, pour Carlos Marighela, théoricien des luttes de libération latino-américaines :

« C’est une technique dont l’objectif est le développement de la guérilla urbaine, et dont la fonction sera d’épuiser, de démoraliser, de distraire les forces ennemies, afin de permettre l’émergence et la survie de la guérilla rurale, destinée, elle, à jouer le rôle décisif dans la guerre révolutionnaire.  »

Quant à Abu Yiad, de l’OLP, il distingue violence révolutionnaire et terrorisme :

« Je ne confonds pas la violence révolutionnaire, qui est un acte politique, avec le terrorisme, qui ne l’est pas. Je rejette l’acte individuel accompli en dehors du contexte d’une organisation, ou sans une vision stratégique. Je rejette un acte dicté par des motivations subjectives, qui prétend prendre la place de la lutte des masses. D’un autre côté, la violence révolutionnaire fait partie d’un large mouvement structuré. Elle sert aussi comme force d’appoint et contribue, durant une période de regroupement ou de défaite, à donner au mouvement un nouvel élan. Elle devient superflue quand le mouvement populaire remporte des succès politiques sur la scène nationale ou internationale. ».

Le mode de transmission/coordination renvoie à un milieu organisationnel : parti, syndicat, groupes sympathisants, le « mouvement », en général, ou le camp, sa presse, ses relais, ses institutions. Elle peut parfois être officialisée avec création d’une façade légale de type Batasuna, a Cuncolta, etc.

 

C - Un contenu éthique

Tueur altruiste et moral, le terroriste se pose la question du bien et du mal, du licite et de l’illicite, ce qui est encore une différence avec la guerre (où la question est censée résolue à l’avance pour le soldat : il accomplit son devoir). Là aussi, on retrouve une typologie simple :

·         La survie et le suicide. Le message est : « Pas de choix, nous n’avons rien à perdre, nous ne faisons que nous défendre. Il faut empêcher le pire, ne pas se laisser massacrer sans rien faire, témoigner. ». Cette thématique se retrouve, par exemple, dans les milieux proches des Black Panthers. Pour Huey Newton,

« Nous en sommes au point où il n’y a plus qu’un seul choix : ou bien accepter le suicide réactionnaire ou bien accepter le suicide révolutionnaire. Je choisis le suicide révolutionnaire. Tout compromis serait un suicide. C’est ce que j’appellerais le suicide réactionnaire… Le suicide révolutionnaire est provoqué par le désir de changer le système ou bien de mourir en essayant de le changer. »

Et pour James Forman

« Nous sommes déjà morts. Nous ne sommes que des cadavres ambulants tant que nous ne luttons pas. ».

Mais si l’on veut des exemples à l’autre bout du monde, il est difficile de trouver plus probant que celui des Tigres Tamouls, dont plus de cinq cents se sont effectivement suicidés au cours de leurs opérations. Ils prennent si au sérieux l’argument du martyre, qu’ils vouent un véritable culte à la pastille de cyanure qui leur permettra de se suicider. Contrairement à ce qu’on lit souvent, le suicide délibéré, ou implicite (nous entendons par là le cas de ceux qui savent qu’ils seront pris sur le fait et finiront sur l’échafaud) est plutôt la règle que l’exception dans l’histoire du terrorisme. Le droit de tuer au nom de sa propre mort a ainsi donné lieu à une casuistique ancienne.

·         La vengeance. Le thème est : « notre terrorisme n’est qu’une riposte à un terrorisme premier et bien plus grave, celui de l’occupant ou de l’oppresseur ». Écoutons Ben Laden :

« L’Amérique a porté des accusations contre nous et [contre] beaucoup de musulmans dans le monde. Sa conviction que nous soutenons les actes de terrorisme est infondée… si inciter les gens à faire cela est du terrorisme et si tuer ceux qui tuent nos enfants est du terrorisme, alors, laissons l’histoire témoigner que nous ne sommes pas des terroristes […] Ces maladies sont une punition de Dieu et une réponse aux prières des mères opprimées au Liban, en Irak, en Palestine et partout. Nous tuons les rois des infidèles, rois des croisades et des civils infidèles, en échange de ceux de nos enfants qu’ils ont tués. C’est autorisé par la loi islamique, et [c’est] logique. » .

·         Le droit. Le discours tourne autour de ces arguments : « Les imams ou les rabbins l’ont dit : ceci n’est pas un meurtre, mais un acte de justice ou de guerre, ces victimes ne sont pas innocentes, ceci n’est pas un suicide mais un martyr. » Ou encore : « nous n’avons pas assassiné untel, nous avons appliqué une décision de justice, le droit révolutionnaire. C’était un décret d’un tribunal du peuple » (ils ont fleuri en Amérique Latine et en Italie dans les années 70). Les théologiens musulmans réunis par le secrétaire de la Ligue Islamique Mondiale considèrent, eux, le djihad comme « un droit naturel », et estiment que les terroristes sont « Ceux qui usurpent des territoires qui ne leur appartiennent pas et profanent des choses sacrées ». Les fameux « manuels d’Al Qaïda », trouvés en Afghanistan, contiennent, outre des recettes pratiques, de nombreuses considérations morales sur ce qu’il est licite ou illicite d’accomplir dans le cas de la lutte armée.
Souvent, du reste, le terroriste affirme qu’il ne fait que se défendre, faute d’autre voie de recours, contre le vrai terrorisme, celui du puissant et de l’État. Carlos ne dit pas autre chose :

« Le terrorisme est une tactique militaire employée surtout par les États. Parfois, elle devient aussi une stratégie, comme l’a fait l’Otan en Yougoslavie. La lutte armée, elle, est légitimée par le grippage des moyens légaux de résistance à l’oppression. »

Ici, le mode de transmission/justification des idées éthiques nous renvoie à un milieu culturel, à des autorités morales, ou religieuses. C’est également le domaine de la représentation exaltante (testaments et images de martyrs, poèmes de membres d’Al Qaïda, ou récits de leurs songes prophétiques).

Ce mode de transmission nous conduit à celui des identités.

 

III Transmission des identités


Toute organisation terroriste doit transmettre son identité « réelle » (celle qui lui permet de perdurer en tant que groupe soumis à des pressions qu’ignorent les autres organisations : danger, secret, risque de trahison, sans en avoir le statut, la bureaucratie, la vie publique…) et son identité mythique : le groupe terroriste parle toujours au nom d’un sujet historique, la Nation, les opprimés, les vrais croyants, voire, dans le cas bizarre du terrorisme écologique la mère Nature.

Tout cela peut demander des serments, des rites, de la discipline, des croyances explicites ou implicites. Cas limite : la dérive sectaire avec gourou, ou prophète, séparation du monde extérieur, ou adoption d’un code de vie prenant à rebours les valeurs sociales ordinaires. Ainsi le catéchisme du révolutionnaire de Netchaiev, définit le révolutionnaire en ces termes :

« Le révolutionnaire ne s’introduit dans le monde politique et social, dans le monde instruit, et n’y vit qu’avec la foi dans sa destruction la plus complète et la plus rapide. Il n’est pas révolutionnaire s’il a peur de quelque chose dans ce monde. Il doit pouvoir détruire les situations, les relations, ou les personnes appartenant à ce monde : tout et tous doivent être pour lui également haïssables. Tant pis pour lui s’il a des attaches familiales et des liens d’amitié et d’amour. »

Il n’est pas rare de voir des groupes terroristes régler jusqu’à la vie sexuelle de leurs membres (y compris avec la mort pour sanction, dans le cas de l’armée rouge japonaise), ou se doter d’un "folklore", à base de grades, initiations, serments, culte, etc. Souvent aussi, cette transmission des identités se fait de la façon la plus naturelle du monde, parce que, comme dans le cas du terrorisme islamiste, le groupe reflète des structures familiales, tribales, de proximité, tout à fait réelles : quand on bombe [sic] entre cousins, il n’est pas très difficile de constituer un groupe solide et difficile à infiltrer.

 

IV. Transmission des messages


Le domaine est ici si riche, qu’il faudra se contenter de l’évoquer.

Le message terroriste a des caractéristiques très précises : il a plusieurs destinataires. Il y au moins : l’ennemi, ses alliés potentiels et le public, le monde, ou les générations futures, en général, il couvre un très vaste registre, qui va de l’expression pure et simple (« voilà qui nous sommes, nous existons, nous ne supporterons pas plus longtemps, nous crions notre révolte ») à la négociation. Enfin, il doit toujours passer par des voies détournées. Souvent même, il doit retourner à son profit les médias de l’adversaire, quitte à passer un marché implicite avec eux : « Nous vous fournissons de l’événement, donnez-nous de l’écho. Voici du spectacle, donnez nous des réceptacles ». Bref, son message publicitaire et sa catéchèse passent surtout par deux canaux :

·         La cible : un tel représentait les forces de la répression, tel autre, l’occupant étranger, cet acte était une réappropriation, un jugement, un châtiment, un avertissement. Même la fameuse victime innocente du terrorisme, est choisie pour porter un message : « nul n’est innocent, personne n’est à l’abri ; vous êtes tous, que vous le vouliez ou non, partie prenante de notre lutte ».

·         Le commentaire destiné à expliquer l’acte : parfois quelques lignes, parfois des romans-fleuve (voir l’incroyable logorrhée des Brigades Rouges) mais il peut aussi s’adapter aux technologies de la télévision ou du Net, pour passer entre les mailles du filet adverse.

 

Conclusion

Ces trois modes de transmission, des idées (« pourquoi nous combattons »), des identités (« qui nous sommes ») et des messages (« ce que signifie notre acte »), s’interpénètrent à tel point que le terrorisme ne saurait être combattu que sur les trois fronts. Mais - et c’est là le point important - cette lutte ne peut consister simplement en une réfutation intellectuelle par de « bons » arguments, ni en une forme de « guerre psychologique » à base de propagande classique. Il s’agira aussi de comprendre les voies et moyens de cette transmission et de s’y adapter. D’autant plus qu’ils combinent des éléments « archaïques », ou du moins hérités de cultures anciennes (cf. le recours d’Al-Qaïda à des structures familiales ou tribales, ou aux songes prophétiques), et des éléments ultramodernes.

Les récents événements nous ont montré comment les sociétés occidentales, dites « du spectacle », suscitaient un terrorisme spectaculaire, capable de comprendre l’impact des images symboliques. Mais c’est aussi une société en réseaux et elle se heurte précisément à un terrorisme en réseau. Ben Laden sait utiliser le principe des réseaux pour se protéger et retourner contre nous nos réseaux télévisuels, financiers, électroniques, pour une contagion optimale.

Il sait l’employer pour protéger, coordonner des forces aussi mondialisées que le système qu’elles combattent, les faire converger vers des objectifs communs.

Idéologie, technologie, médiologie, polémologie du terrorisme changent sous nos yeux. Et pour les comprendre, il nous faudra tout à la fois conserver une longue mémoire des symboles et des cultures, et une intuition vigilante de la façon dont la technologie change nos manières de penser et de lutter.

François-Bernard Huyghe * 

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* Docteur d’État en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches en Sciences de l’Information et de la Communication, François-Bernard Huyghe enseigne la sociologie des médias au Celsa et à l’École de Guerre Économique. Dernières publications : en 2001 de L’ennemi à l’ère numérique, Chaos, Information, Domination aux P.U.F. et la direction d’un numéro de Panoramiques : L’information c’est la guerre. En 2002 : co-direction numéro 13 des Cahiers de médiologie, La scène terroriste, et un livre électronique : Ecran/ennemi, terrorismes et guerres de l’information, éditions 00h00.com. Il dirige l’Observatoire d’Infostratégie.

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Voir en ligne : Observatoire européen d’infostratégie.

 

Mis en ligne le 05 septembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org