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Conflits, terrorisme, oppression, etc.
Terrorisme

Le rôle des renseignements dans la bataille des cœurs et des esprits, R. Erlich
08/08/2007

Centre d’Informations et de Renseignements sur le Terrorisme
au Centre d’Etudes Spéciales (CES)

 

Etude rédigée par le Colonel de réserve, Reuven Erlich, PhD. (1)

 

1. Au cours de la dernière décennie, la confrontation avec la menace terroriste est devenue un facteur important, influençant l’ordre du jour israélien et l’ordre du jour de toute la communauté internationale. Cette confrontation, qui a pris la place de la guerre conventionnelle entre des états souverains et des armées régulières, possède des caractéristiques uniques, inhérentes à la nature et au comportement des organisations terroristes. En l’absence de contraintes morales ou légales, les organisations terroristes utilisent délibérément la violence sous toutes ses formes afin de forcer des gouvernements à modifier leur politique dans un domaine ou un autre. Parmi ces violences figurent des attaques terroristes meurtrières contre des civils, dans l’objectif d’atteindre des buts politiques (y compris de nature nationale ou religieuse).

 

2. L’Etat d’Israël fait face à la menace du terrorisme depuis le milieu des années 1960, et depuis les années 1980, c’est l’un des principaux sujets à son ordre du jour. La menace provient principalement des organisations terroristes palestiniennes (et notamment du Hamas) et d’une organisation terroriste libanaise (le Hezbollah). Ces deux organisations possèdent une importante infrastructure militaire ainsi que des capacités médiatiques sophistiquées. Elles sont soutenues par l’Iran et la Syrie, deux pays sponsors du terrorisme, qui préfèrent mener une bataille prolongée contre Israël par le biais de mandataires plutôt que de l’attaquer directement, dans le cadre d’une guerre conventionnelle. La communauté internationale, avec en tête les Etats-Unis, est elle aussi engagée dans une campagne contre le djihad mondial, qui a pris de l’ampleur suite aux attaques terroristes du 11 septembre (2001). Les principaux théâtres de campagne sont actuellement l’Afghanistan et l’Irak.

 

3. La lutte entre les pays menacés par le terrorisme et les organisations terroristes se positionne sur trois fronts simultanément :

 

·         la confrontation militaire entre terroristes et forces de sécurité dans n’importe quel pays donné,

·         le front politique, sur lequel les deux côtés essaient de bénéficier de l’appui de la communauté internationale,

·         le front médiatique, sur lequel les deux côtés utilisent une variété de moyens et de méthodes pour diffuser leurs positions aux publics ciblés afin de les influencer et de s’acquérir leur soutien.

 

Ces trois fronts sont interdépendants et complémentaires. La victoire ou la défaite sur un front peut avoir une influence significative, voire décisive, sur les autres, et aucun front ne peut donc être ignoré.

 

4. Les chercheurs et les experts du monde universitaire, les renseignements et l’armée - en Israël et à l’étranger – ne sont pas d’accord sur une définition unique du terme "bataille des cœurs et des esprits", ou "guerre psychologique". Dans un document rédigé pour le Collège de Sécurité Nationale (2003), le Colonel (Res.) Miri Eisin, actuelle conseillère pour la presse étrangère du Premier ministre, a rappelé les différentes définitions généralement utilisées pour ce terme et a donné la sienne (2):

 

« la bataille pour les cœurs et les esprits est un effort réalisé par un Etat ou par une entité non étatique visant à influencer divers publics cibles pour atteindre la victoire dans une lutte nationale. Les outils servant de vecteur à cette influence sont variés et sont basés sur la connaissance de la culture, de la politique, des médias, de l’éducation et de tout autre moyen pouvant influencer le public cible choisi".

 

Les militaires ont toujours considéré que la bataille des cœurs et des esprits s’inscrivait dans le cadre d’une guerre ; toutefois, cette bataille a subi de profondes modifications dans sa nature, ses caractéristiques et sa signification. Cela est lié aux particularités uniques des organisations terroristes et à leur mode opératoire, ainsi qu’à la révolution médiatique et à la révolution de l’information qui accompagnent la guerre contre le terrorisme et l’influencent de façon significative.

 

5. Conscientes de l’importance de cette bataille des cœurs et des esprits, les organisations terroristes qui luttent contre Israël, particulièrement le Hezbollah et le Hamas, y consacrent des ressources considérables. "Les armes" utilisées dans cette bataille sont des "balles" virtuelles et "des charges explosives" : films, reportages, informations sur Internet, sermons prêchés par des prédicateurs dans les mosquées, émissions radiophoniques et, à un autre niveau, l’éducation et l’endoctrinement. L’effet de telles "armes" ainsi que leur influence, à court et à long terme, pour le moral des divers publics ciblés n’est pas inférieur à celui d’armes réelles. Pour le meilleur et pour le pire, elles portent atteinte à la motivation, à la volonté et à la détermination des deux antagonistes. Le Hezbollah, qui sert de modèle aux organisations terroristes palestiniennes, leur consacre des ressources financières considérables (venant de l’Iran). Conscient de la signification de la guerre pour les cœurs et les esprits, le Hamas lui octroie des ressources de son budget et du budget de l’Autorité Palestinienne (après l’arrivée du mouvement au pouvoir), et ce même en période de difficultés financières.

 

6. Comme on l’a déjà mentionné, la bataille des cœurs et des esprits entre Israël et les organisations terroristes, sévit dans le contexte de la révolution médiatique internationale, reflétée notamment par l’apparition de chaînes de télévision par satellite et par le développement conséquent d’Internet. Les organisations terroristes (principalement celles qui sont de nature islamique) ont intelligemment profité de la révolution médiatique. Les deux principales organisations terroristes du Moyen-Orient dans ce domaine sont le Hezbollah et le Hamas. Toutes deux ont mis sur pied de véritables "empires médiatiques", comprenant des chaînes de télévision par satellite, des journaux, des stations de radio, et des sites Internet en plusieurs langues. Le message des organisations terroristes, tel qu’il apparaît sur leurs médias, est cohérent, clair et unifié, à la différence d’Israël et d’autres pays occidentaux, dont la nature démocratique permet la floraison d’une multitude d’idées et d’opinions.

 

7. Les chercheurs qui étudient le terrorisme reconnaissent unanimement que les renseignements sont particulièrement importants dans la lutte contre le terrorisme. Les renseignements fournissent des informations stratégiques et tactiques essentielles aux preneurs de décisions et aux forces de contre-terrorisme. Ces informations sont essentielles pour mettre au point une politique contre-terroriste et lancer la guerre tant sous l’angle défensif (contre-espionnage, alertes à propos des attaques terroristes planifiées) que sous l’angle offensif (renseignements en vue d’opérations contre-terroristes militaires). (3).

 

8. Dans le passé, le recours aux renseignements, dans la bataille des cœurs et des esprits, n’entrait pas dans le cadre des missions "classiques" des services de renseignements impliqués dans la bataille des cœurs et des esprits ; cependant, à mesure que l’impact de la bataille des cœurs et des esprits augmentait, parallèlement à la lutte contre le terrorisme, l’importance des renseignements s’est également accrue. Les services de renseignements d’Israël et des pays occidentaux doivent s’adapter aux nouveaux défis constitués par les caractéristiques uniques de la lutte contre le terrorisme et de la révolution médiatique, afin d’améliorer significativement la qualité de l’aide qu’ils fournissent à la bataille des cœurs et des esprits. Ils devraient le faire même aux dépens de l’acceptation d’un compromis sur le monopole qui était le leur autrefois en matière de renseignements, et prendre en compte quelques centres d’intérêts fondamentaux que nous allons tenter d’examiner ci-dessous.

 

9. Pourquoi, dès lors, les renseignements doivent-ils assumer cette fonction, si différente de leurs missions "classiques" ? En premier lieu, selon moi, cela est dû aux capacités des renseignements et à leurs avantages relatifs par rapport aux autres entités concernées par la lutte contre le terrorisme. Leur capacité première consiste en des informations exclusives (que les organisations terroristes s’efforcent de cacher) sur les mouvements terroristes, leur mode opératoire et les pays qui les soutiennent. De telles informations, confidentielles pour la plupart, servent tout d’abord aux besoins opérationnels de la lutte contre le terrorisme; cependant, elles peuvent être utilisées, de façon contrôlée, pour des besoins politiques et pour la bataille des cœurs et des esprits. Les responsables des renseignements israéliens en sont de plus en plus conscients ces dernières années, du fait de la recrudescence des violences palestiniennes contre Israël ("Deuxième Intifada"). Les renseignements militaires israéliens et les services de sécurité générale d’Israël, qui jouent un rôle-clé dans la lutte contre le terrorisme, considèrent désormais ce domaine comme faisant partie intégrante de leurs missions, et ont même établi des mécanismes ciblés spécifiques dans ce but (voir ci-dessous).

 

10. De quelle manière les renseignements peuvent-ils participer à la bataille des cœurs et des esprits ? Je voudrais indiquer trois sphères principales :

 

a. Contrôler les efforts des organisations terroristes dans le domaine de la bataille des cœurs et des esprits et attribuer à ce domaine les moyens de collecte et de recherche, ainsi que les facilités opérationnelles requises dans le cadre des Conditions de Renseignements Prioritaires (en anglais : PIR, Priority Intelligence Requirements) faisant partie intégrante des missions des renseignements. Ainsi, par exemple, "l’empire médiatique" mis en place par les organisations terroristes (télévision, Internet, presse) devrait être l’objet d’études et de contrôles, tant pour les besoins de la bataille des cœurs et des esprits, que parce que les organisations l’utilisent à des fins logistiques et opérationnelles (financement, communication entre activistes, transfert du savoir-faire technique). L’étude du contenu des publications des divers médias, liée à la compréhension des messages, de la culture et de l’idéologie qu’ils contiennent, aidera à définir exactement les maillons faibles du réseau médiatique des organisations terroristes et permettra de fournir une réponse adéquate dans le contexte de la bataille des cœurs et des esprits.

 

b. Une déclassification contrôlée et ordonnée des renseignements afin de les rendre accessibles aux personnes impliquées dans la bataille des cœurs et des esprits, en Israël et ailleurs. Je fais avant tout référence aux données concernant les activités terroristes, l’infrastructure militaire du terrorisme, son financement, et l’incitation ainsi que la propagande contre Israël, aussi bien que les preuves que les organisations terroristes reçoivent de l’aide de pays qui soutiennent le terrorisme. Le matériel visuel est particulièrement important (voir Annexe). Les services de renseignements ne sont pas les seules organisations à disposer du matériau brut nécessaire ; cependant, ils ont des capacités sans lesquelles la bataille des cœurs et des esprits ne peut pas être lancée de manière efficace (comme le contrôle systématique et complet de sources ouvertes ; des photographies aériennes, les interrogatoires de détenus terroristes, les documents saisis).

 

c. Un effort de collecte de renseignements, destiné à promouvoir des objectifs politiques dans le cadre des besoins de la bataille des cœurs et des esprits. Ces besoins exigent fréquemment des renseignements, y compris les informations visuelles, qui ne sont pas disponibles en raison des limitations imposées par les organisations terroristes. En comprenant la signification de la bataille des cœurs et des esprits, les services de renseignement doivent recueillir des informations destinées spécifiquement à cet objectif, de la même façon qu’ils recueillent des informations en vue de la promotion d’objectifs opérationnels dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Un tel effort, par exemple, doit être fait pour prouver que le Hezbollah au Liban viole la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité. Autre exemple : les informations concernant l’infrastructure militaire du Hamas dans la bande de Gaza devraient être disponibles, afin de témoigner des menaces terroristes auxquelles est confronté Israël et de jeter les bases, dans la communauté internationale et l’opinion publique, d’une réponse israélienne à la menace terroriste dans la bande de Gaza.

 

11. Par nature, les renseignements peuvent participer aux activités offensives lancées par les forces de sécurité contre l’infrastructure médiatique des organisations terroristes. L’importance d’une chaîne de télévision utilisée par une organisation terroriste n’est pas inférieure à celle d’une base militaire, d’un camp d’entraînement ou d’une infrastructure logistique. Ainsi, par exemple, la chaîne de télévision Al-Manar du Hezbollah a été et devrait être une cible légitime d’attaque, car elle constitue une partie inséparable du système de soutien de l’organisation, comme cela a pu être constaté durant la seconde guerre du Liban. Les journalistes de la chaîne en poste dans les territoires administrés par l’Autorité Palestinienne ou même en Israël, sont des cibles légitimes d’arrestation ou d’expulsion.

 

 

Photographie aérienne de la chaîne de télévision Al-Manar à Harat Hreik, dans la banlieue chi’ite du sud de Beyrouth, attaquée par Tsahal durant la seconde guerre du Liban. La chaîne Al-Manar est une composante-clé de "l’empire médiatique" du Hezbollah
et une partie inséparable d’un système qui soutient le terrorisme.

 

12. Les consommateurs de renseignements recueillis en vue de la bataille des cœurs et des esprits ne sont pas nécessairement les consommateurs "classiques" des services de renseignements. Ainsi, les renseignements devraient mettre en place des canaux de communication appropriés par l’intermédiaire desquels, l’information puisse circuler régulièrement, directement ou indirectement, à destination des éléments divers impliqués dans la bataille des cœurs et des esprits. Dans le cas d’Israël, ces éléments incluent le Ministère des Affaires étrangères et ses ambassades à l’étranger (les ambassadeurs à l’étranger sont "des soldats" sur le champ de bataille des médias) ; le porte-parole de Tsahal; les médias israéliens et étrangers ; les instituts de recherche et d’information ; les ONG, juives et non-juives, à l’étranger qui œuvrent en faveur d’Israël. Les services de renseignements doivent mettre en place une relation réciproque privilégiée avec les individus et les organismes engagés dans la bataille des cœurs et des esprits, et les aider à fournir les réponses appropriées. Tous ces organismes n’appartiennent pas à l’establishment gouvernemental politique et sécuritaire, et les services de renseignements doivent être enclins à coopérer avec des organes non gouvernementaux dans la bataille des cœurs et des esprits (ces dernières années, les renseignements militaires et les services de sécurité générale ont pris des mesures significatives dans cette direction).

 

13. Naturellement, la participation des renseignements à la bataille des cœurs et des esprits soulève plusieurs difficultés et problèmes qui préoccupent les responsables des renseignements ces dernières années. L’expérience a prouvé que ces contrariétés sont exagérées et qu’elles peuvent être résolues. Elles peuvent être récapitulées comme suit (4) :

 

a. Maintien de la sécurité des sources et de l’information : l’effort "classique" des renseignements, un de nos principes les plus fondamentaux, est de dissimuler les renseignements de nos ennemis afin de maintenir la sécurité des sources de renseignements, ce qui est le principe de base de tous les services de renseignements. Les renseignements désapprouvent également l’exposition de leur personnel et l’établissement de relations avec des individus et des organismes proches des médias. Le fait de réaliser que les services de renseignements doivent publier les informations qu’ils possèdent et les rendre disponibles en vue d’une utilisation publique dans le cadre de la bataille des cœurs et des esprits, implique un changement conceptuel couplé à un processus institutionnalisé afin de traiter le sujet. Selon moi, le temps de ce changement conceptuel est déjà arrivé et un processus institutionnalisé de déclassification est actuellement en voie de réalisation. L’expérience des dernières années a montré que cela pouvait être fait sans difficulté.

 

b. Empêcher la politisation des renseignements : les relations de travail entre les renseignements et les preneurs de décisions politiques sont naturellement limitées à l’interprétation commune de la réalité et peuvent conduire à des divergences possibles d’opinions. Engagés dans des controverses politiques, les services de renseignements doivent s’assurer que l’assistance qu’ils offrent à la bataille des cœurs et des esprits concerne des objectifs politiques largement soutenus, afin d’éviter de promouvoir un ordre du jour politique et les intérêts de politiciens. Ils doivent s’assurer qu’ils apportent des informations fiables dans le cadre de la bataille des cœurs et des esprits et ne pas se laisser entraîner dans l’utilisation manipulatrice d’informations.

 

c. Eviter de mettre en péril l’objectivité des officiers des renseignements : le fait de traiter de la bataille des cœurs et des esprits risque de détourner les officiers des renseignements de leur occupation principale et d’aboutir à un parti pris conceptuel. Ils risquent de "tomber amoureux" des idées et de la capacité de dessiner la réalité, mettant ainsi en péril leurs considérations professionnelles et leur engagement à fournir des informations précises et fiables aux preneurs de décision, ainsi qu’à ceux qui mettent en œuvre ces décisions. Ce risque potentiel peut être évité en créant des infrastructures et des canaux distincts pour la bataille des cœurs et des esprits, chargés du recueil d’informations, et pour la recherche. En même temps, le personnel de recherche des divers services de renseignements devrait être encouragé à identifier des opportunités (ou des risques), dans le cadre de leur travail quotidien, et à transférer les informations appropriées à ces infrastructures et canaux.

 

14. Ces dernières années, au cours de la campagne de terrorisme des organisations palestiniennes ("Deuxième Intifada"), des mesures importantes ont été prises par les renseignements militaires israéliens et par les services de sécurité générale afin de développer leur concours à la bataille des cœurs et des esprits. Le tournant, à mon avis, a été l’Opération Rempart, menée au moment de l’acmé du terrorisme palestinien, et qui a prouvé aux renseignements militaires et aux services de sécurité générale le besoin d’une riposte adéquate dans le cadre de la bataille des cœurs et des esprits.

 

15. Durant l’Opération Rempart, les services de renseignements se sont trouvés face à de nouvelles opportunités dans le domaine de la bataille des cœurs et des esprits. Cela est lié aux centaines de milliers de documents saisis en Judée-Samarie et aux nombreuses arrestations de terroristes de rangs divers, appartenant aux organisations terroristes palestiniennes. Les renseignements ont dû se réorienter en conséquence, et travailler en étroite collaboration avec l’échelon politique et le Ministère des Affaires Etrangères. Rétrospectivement, on peut dire que les renseignements israéliens et les services de sécurité générale se sont montrés à la hauteur de la situation en facilitant l’utilisation massive de documents saisis, d’une part, et des rapports d’interrogatoires de terroristes, d’autre part. Sans aucun doute, cela a contribué à la politique et à l’information israéliennes, ainsi qu’à la bataille légale contre les organisations terroristes et leurs partisans.

 

16. Au cours des années qui ont suivi l’Opération Rempart, les renseignements militaires israéliens et les services de sécurité générale ont institutionnalisé leur participation dans la bataille des cœurs et des esprits et ont créé des organismes dans ce but. Dans ce contexte, une section médiatique a été mise en place au sein des renseignements militaires israéliens après la deuxième guerre du Liban. Elle est dirigée par le chef de bataillon Assaf Doron, qui est titulaire d’une maîtrise en communication. Cette section vise à fournir une réponse opportune et efficace aux questions des journalistes sur les renseignements militaires israéliens et à collaborer à la bataille des cœurs et des esprits (par des conversations de fond, des briefings, des conférences et la publication d’informations pouvant aider l’effort politique et la campagne médiatique). Les renseignements militaires israéliens ont également une unité impliquée dans diverses activités visant à influencer l’ennemi sur le plan psychologique. Une partie de ces activités a été révélée durant la seconde guerre du Liban.

 

17. En août 2002, une section médiatique a été mise en place au sein des services de sécurité générale. Elle est exclusivement responsable de la gestion et de la coordination des relations entre les services et les médias en Israël et à l’étranger. Dans le cadre de ses activités, cette section est chargée de fournir aux médias des informations sur les affaires de contre-terrorisme et de révéler les incidents dans lesquels les services ont été impliqués, ainsi que de préparer des documents liés à divers sujets (résumés périodiques d’informations sur le terrorisme, auteurs d’attentats-suicide, femmes et enfants dans le terrorisme, etc.). Cette section prépare également des briefings pour les journalistes israéliens et étrangers, rédige des articles de recherche et des entretiens avec des terroristes interrogés et détenus, et fournit des informations en réponse aux demandes des journalistes et des experts du monde universitaire.

 

18. Néanmoins, il apparaît que les services de renseignements sont toujours loin d’utiliser pleinement leur potentiel, dont notamment les informations, qui sont "une arme" vitale dans la bataille des cœurs et des esprits. Les services de renseignements doivent accroître la quantité et améliorer la qualité des informations qu’ils publient, et améliorer la communication et le dialogue avec les organismes et les institutions impliqués dans la bataille des cœurs et des esprits. Les services de renseignements doivent également coopérer entre eux dans ce domaine, sur la base d’une vision commune des besoins spécifiques et des avantages relatifs de chaque service.

 

19. L’Opération Rempart, au cours de laquelle des centaines de milliers de documents ont été saisis, a déclenché l’établissement et le développement rapide du Centre d’Information sur les Renseignements et le Terrorisme du Centre d’Etudes Spéciales de Glilot. Le Centre est spécialisé dans le terrorisme, et son équipe de chercheurs étudie les divers aspects du terrorisme, incluant : les organisations terroristes (surtout les organisations terroristes spécifiquement palestiniennes et le Hezbollah), leur mode opératoire, leurs branches, leur idéologie, l’incitation à la haine contre Israël et les Juifs. Cela comprend également l’étude de l’aide financière apportée au terrorisme, le terrorisme médiatique, ainsi que les pays et organismes qui soutiennent le terrorisme (principalement la Syrie et l’Iran). Les chercheurs du Centre rassemblent et analysent des informations de nombreuses sources diverses et rédigent des "bulletins d’information", qui incluent des données et des estimations, en insistant toujours sur l’exactitude et la fiabilité.

 

20. Les bulletins d’information sont diffusés aux différents publics en Israël et à l’étranger par plusieurs vecteurs, le plus important étant le site Internet du Centre d’Information sur les Renseignements et le Terrorisme. Par le biais de son site, (et de son service de courrier électronique), le Centre diffuse ses bulletins d’information en six langues (hébreu, anglais, arabe, français, russe et récemment allemand). Ils sont traduits par l’équipe de traducteurs du Centre. Le site du Centre est très visité (environ 400 000 entrées par mois en Mars 2007) par des surfeurs des Etats-Unis, d’Europe, d’Israël et du monde arabo-musulman. Ces chiffres sont en hausse constante. Le Centre d’Information reçoit de nombreux échos suite à ses publications, et est en contact régulier avec ses lecteurs.  

 

 

La page d’accueil en anglais du site Internet du Centre : les sites sont le fer de lance de la diffusion des informations sur le terrorisme

 

21. Les informations sur le terrorisme sont également diffusées par d’autres vecteurs. Le Centre comprend une bibliothèque et un centre informatisé spécialisés dans les renseignements et le terrorisme, ainsi que des archives de documents et objets palestiniens saisis. Ces services sont proposés à l’establishment de la défense et aux visiteurs civils (cf., des experts et des étudiants du monde universitaire) à la recherche d’informations (livres, articles, documents saisis). Lexposition des documents et objets palestiniens saisis est visitée par des centaines de personnes chaque mois. Parmi ces visiteurs on trouve le personnel militaire, des experts en terrorisme, des diplomates, des délégations étrangères et des étudiants.

 

Annexes

 

Exemple de matériaux de renseignement visuels provenant de diverses sources
et utilisés dans la bataille pour les coeurs et les intelligences 

Photographies aériennes 


Tirs de roquettes depuis des zones urbaines : photographie aérienne d’une roquette (voir cercle)
sur un lanceur situé entre deux bâtiments dans un village du sud-Liban

Photographie aérienne montrant un lanceur de roquettes à longue portée
dans un village du sud-Liban

 

Note: les photographies aériennes et l’entretien avec un terroriste du Hezbollah (voir ci-dessous) sont extraits d’un article intitulé "L’utilisation des civils libanais comme boucliers humains" (novembre 2006), rédigé par les chercheurs du Centre d’Information sur les Renseignements et le Terrorisme du Centre d’Etudes Spéciales. Cet article est fondé sur diverses informations, y compris des données transmises par les renseignements militaires israéliens.

 


Testimonies of detained terrorists 

 

Muhammad Abd al-Hamid Surur, membre du Hezbollah, arrêté durant la seconde guerre du Liban.
Son interview a été utile à la rédaction de l’article sur l’utilisation par le Hezbollah des civils comme boucliers humains.

 

 

Extraits de Vidéos de télévision

 

Extrait de la série antisémite "Diaspora" (Al-Shatat), produite en Syrie et diffusée par la chaîne de télévision Al-Manar du Hezbollah. Cette série recourt au thème du meurtre rituel d’enfants chrétiens.  L’utilisation d’images de la série dans la guerre médiatique en faveur d’Israël s’est avérée utile : la France (suivie par d’autres pays européens) et les Etats-Unis ont interdit Al-Manar sur leur territoire suite à l’incitation à la haine antisémite qu’elle contient.

 

 

Le leader du Jihad Islamique Palestinien sur la chaîne de télévision Al-Manar du Hezbollah : "En Cisjordanie, par exemple, il y a la barrière de séparation et c’est un obstacle pour la résistance [cf., pour les organisations terroristes]…" (11 novembre 2006).

 

Les déclarations des dirigeants des organisations terroristes sur les difficultés posées par la barrière de sécurité en vue de la perpétration d’attaques terroristes peuvent être utilisées par Israël pour répondre aux critiques liées à la construction de cette barrière.

 

Le cheik Naim Qassem, le second de Hassan Nasrallah, souligne dans une interview sur une chaîne de télévision iranienne que la politique d’attaques terroristes du Hezbollah contre Israël (y compris les attentats-suicide et les tirs de roquettes) requiert l’approbation de la direction iranienne (Al-Kawthar, 16 avril 2007).

 

Ces interviews témoignent de la dépendance totale du Hezbollah envers l’Iran et renforcent l’image de l’Iran comme étant un Etat sponsor du terrorisme.

 

 

Documents saisis au cours d’opérations de Tsahal en Judée et Samarie

 

 

 

Documents saisis, dans lesquels des responsables du Fatah demandent à Yasser Arafat d’aider financièrement des terroristes du Fatah à Tulkarem, y compris ceux impliqués dans des attaques terroristes létales. L’Opération Rempart (Avril 2002) a été accompagnée d’une campagne politique et médiatique visant à expliquer à la communauté internationale la raison de l’entrée de Tsahal dans les territoires administrés par l’Autorité Palestinienne.

 

 

Documents saisis par Tsahal durant l’Opération Rempart. Il s’agit de rapports des renseignements des services de sécurité palestiniens des années 2000-2001, soumis à Arafat. Les documents détaillent des transferts d’argent significatifs par l’Iran au Hamas, au Jihad Islamique Palestinien et au Hezbollah afin de les encourager à commettre des attaques terroristes dans les territoires administrés par l’AP, y compris des attentats suicide. Ces documents prouvent, s’il en était encore besoin, que l’Iran est un Etat commanditaire du terrorisme.

 

  

 

Preuve de l’affiliation idéologique du Hamas avec des organisations terroristes et des éléments islamiques radicaux mondiaux : affiche saisie dans les territoires administrés par l’AP. Le titre précise : "Tchétchénie, Afghanistan, Balkans, Cachemire, Palestine et Liban".

 

 

Documents saisis par Tsahal au cours de la seconde guerre du Liban

 

 

Document du Hezbollah prouvant que des explosifs ainsi que des mines antichars ont été stockés à Kfar Kila et à Kfar Dibbin au sud-Liban, dans des maisons de résidents locaux. Ce document a été utilisé pour la rédaction de l’article sur l’utilisation par le Hezbollah des civils comme boucliers humains.

 

 

 

Prospectus publié par l’Association de Soutien à la Résistance Islamique, une institution du Hezbollah vouée à récolter des fonds et engagée dans la bataille des cœurs et des esprits (y compris à l’extérieur du Liban). Ce prospectus prouve que les dons visent à acquérir des armes pour détruire Israël.

 

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Notes

 

(1) L’auteur de l’article a occupé plusieurs fonctions au sein des renseignements militaires israéliens. Il est actuellement le directeur du Centre d’Information sur les Renseignements et le Terrorisme au Centre d’Etudes Spéciales (CES). Cet article est la version intégrale d’un article paru en hébreu dans Mabat Malam, un périodique consacré aux renseignements et aux affaires de défense, publié par le CES.

(2) Colonel Miri Eisin, "La bataille pour les cœurs et les esprits dans la guerre postmoderne"(hébreu), Collège de Sécurité Nationale, Mai 2003, p. 48. Selon Miri Eisin, les termes "guerre psychologique" et "bataille pour les cœurs et les esprits" se chevauchent en grande partie. Cependant, la définition militaire israélienne considère que la guerre psychologique n’est limitée qu’à un seul public, celui des soldats ennemis (Miri Eisin, p. 29). Selon la conception américaine, "la guerre psychologique" est un outil militaire destiné à réaliser des objectifs dans des domaines non-militaires (Miri Eisin, p. 33).

(3) Pour plus de détails sur le rôle des renseignements dans la guerre contre le terrorisme, voir (en anglais) Boaz Ganor, The Counter-Terrorism Puzzle: A Guide for Decision Makers, New Brunswick: N.J.: Transaction, 2005.

(4) A ce sujet, voir l’article du chef de bataillon Ofer (en anglais) : "The Intelligence mission of incriminating [terrorist organizations] – a new stage in the mission of the intelligence in a changing international environment", Mabat Malam (en hébreu), Vol. 42, Septembre 2005.

 

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© Centre d’Informations et de Renseignements sur le Terrorisme 

 

Mis en ligne le 7 août 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org