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Christianisme

Extraits de « La Promesse », de Mgr Lustiger, sur sa perception du mystère d’Israël
07/08/2007

"Le cardinal Lustiger avait attendu 2002 pour accepter de publier un livre explicitant sa perception du mystère d’Israël. Cet ouvrage, intitulé « La Promesse », est une méditation sur l’Alliance, de la part d’un homme dont le destin est intimement lié au judaïsme comme au christianisme." (La Croix).

Texte repris du site de La Croix.

La méditation du cardinal Lustiger dans ce livre tourne autour de deux axes majeurs. Le premier revient à démontrer que le Messie est « le sauveur de tous ». Jésus accomplit les « commandements », creusets de l’Alliance avec le peuple élu. Il n’y a donc pas de contradiction : « La figure de Jésus est en même temps celle des siens, de son Église et celle d’Israël. »

Le second axe veut lever un malentendu historique entre juifs et chrétiens et revient sur une idée centrale du cardinal Lustiger qui donne à l’Église de Jérusalem un rôle historique. Elle était, à l’origine, « seulement composée de juifs di
sciples de Jésus ». Cette Église ex circumcisione, qui a vécu un « grand drame spirituel non achevé », aurait aujourd’hui un rôle historique à jouer : « Elle pourrait remplir, associée aux communautés chrétiennes arabes, la mission confiée par Jésus à ses disciples. » En voici quelques extraits.

La tentation pagano-chrétienne

« L’Ancien Testament n’est ni une propédeutique, ni une préparation littéraire, ni un recueil de thèmes et de symboles : c’est un chemin véritable, nécessaire et actuel. Actuel, non par des rapprochements anecdotiques, mais par la communion et l’obéissance à Dieu ; actualité spirituelle de l’entrée dans le mystère de l’Élection.

Si les païens qui ont accès à l’Alliance dans le Christ ne font pas ce chemin, ils risquent de n’être pas réellement convertis et, donc, de mépriser le Christ, alors même qu’ils croyaient l’honorer. C’est la tentation permanente des peuples pagano-chrétiens. (…) Dès lors, la figure du Christ est réduite à la figure mythique ou purement païenne de la divinité à laquelle la raison occidentale impose son triomphe. »

L’Église

« L’une des erreurs d’optique où se porte le désir spirituel est de projeter sur le présent de l’Église une eschatologie réalisée au rabais. Cette erreur défigure l’espérance chrétienne. Elle transforme la vie chrétienne en un mythe ou, à l’inverse, en une insupportable tyrannie. On essaiera, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du Royaume des cieux, alors qu’elle n’en est que la caricature souvent infernale. Dieu nous donne au contraire la force d’espérer. (…) Ce temps-ci n’est qu’un temps obscur, d’espérance et de fidélité, et non pas le temps de la gloire. »

Le mystère d’Israël

« Le mystère d’Israël, c’est indissolublement le mystère des chrétiens. C’est cela même que nous sommes tentés de refuser, que nous refusons sans cesse, et qui nous fait considérer le mystère d’Israël comme étranger à la foi chrétienne. Du coup, tout discours sur Israël tenu par des chrétiens risque d’être insupportable à Israël. Cependant, le but de notre méditation n’est pas d’être supportable ou insupportable aux juifs, mais d’être nous-mêmes dans la vérité de ce que Dieu nous demande. Il faut donc comprendre qu’il s’agit d’un mystère chrétien, et fondamentalement chrétien. (…).

Si l’on prétend en faire l’économie, on dévoile combien, et de quelle manière on est peu chrétien. (…) La question est de comprendre comment des gens cultivés, de bonne foi, sincèrement chrétiens, peuvent être amenés à ce refus d’enracinement. (…) C’est l’objet d’un combat spirituel qui demande un choix par rapport à Dieu et donc suppose l’offrande de la vie. (…) Aussi la théorie du rejet d’Israël apparaît comme un non-sens, une absurdité, puisqu’elle prétend que Dieu serait infidèle à son Alliance. Ce n’est pas comprendre le mystère du Christ lui-même. »

Un test absolu

« Le sort fait aux juifs est le test de la manière dont les païens devenus chrétiens acceptent en vérité le Christ. C’est vraiment le test absolu. Il ne s’agit pas là simplement du rapport entre l’amour du prochain et l’amour de Dieu. Le juif est le signe strict de l’Élection, et donc du Christ. Ne pas reconnaître son Élection, c’est ne pas reconnaître l’Élection du Christ. Et c’est être incapable d’accepter sa propre Élection. Il y a là une logique implacable. »

L’antisémitisme chrétien

« Il nous faut de plus aujourd’hui accepter qu’Israël soit lui-même, que les juifs soient eux-mêmes et se définissent comme ils l’entendent. Il ne faut pas idéaliser. Ils sont, comme les chrétiens, un peuple de pécheurs qui a à se convertir, à être fidèle à la grâce qui lui est faite. (…) Enfin, l’antisémitisme chrétien apparaît non pas comme un problème particulier de racisme parmi d’autres, mais en vérité comme un péché – un péché dont l’énormité est significative d’une infidélité profonde à la grâce du Christ. Dans ce que les chrétiens récusent d’Israël est attesté ce qu’ils rejettent du Christ et qu’ils n’avouent pas comme un refus.

Pour la conscience chrétienne, ce que l’on nomme « la question juive » n’est pas le problème d’une minorité raciale, ethnique ou culturelle. Dans tout peuple, dès lors qu’il y a une population étrangère, naissent des réflexes xénophobes. (…) Quand ce mécanisme s’empare des chrétiens à l’égard des juifs, il touche immédiatement la foi des chrétiens. Les juifs ne sont ce qu’ils sont que dans la mesure où ils sont d’abord les témoins de l’Élection. Leur rejet est, de la part des chrétiens, que ceux-ci le veuillent ou non, une appropriation abusive ou blasphématoire de l’Élection. C’est refuser concrètement la réalité du don de Dieu, des chemins de Dieu. »

 

Aaron Jean-Marie, Cardinal Lustiger *

 

© Parole et silence et La Croix

 

* Extraits de La Promesse (Éd. Parole et Silence, 224 pages).

 

Mis en ligne le 6 août 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org