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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

70 cabanes à Jérusalem, rabbin Jacquot Grunewald *

26 septembre 2007

Sur le site de Un écho d'Israël.  
Or donc, les nations dirent au Bon Dieu : Si Tu nous avais donné la Tora, nous l'aurions observée, nous aussi ! Eh bien soit, répondit Dieu. Je vous propose une mitsva (commandement) facile : Allez construire des Souccot. Vous y habiterez la semaine prochaine. Aussitôt, tous grimpèrent sur les toits (plats) des maisons d'Orient et, joyeusement, construisirent les cabanes de la fête. Mais au premier jour, quand les uns et les autres s'apprêtaient à prendre le repas dans la soucca, il y eut une chaleur insupportable... Jamais, de tout l'été, il n'avait fait aussi chaud. Impossible de rester sous le toit brûlant des cabanes rituelles ! Et le Midrash de raconter que, fous de rage, les constructeurs démolirent les parois des souccot pour s'en retourner dans leurs maisons en dur. Fin de l'épisode.

Ce texte, qui figure dans les premières pages du traité talmudique, Avoda Zara, veut sans doute reprocher aux nations de proclamer trop vite... la mort de Dieu. Les constructeurs ne comprenaient pas qu'on puisse leur demander d'obéir à un ordre impossible à observer. C'est donc, disaient-ils, que cet ordre n'existe pas. Ou que le Donneur d'ordres est mort.

L'Histoire d'Israël, elle, commence avec Abraham, à qui Dieu annonce la naissance d'un fils, chargé d'une mission essentielle, et qu'Il demande de... mettre à mort. Abraham ne comprenait pas. Il aurait pu, d'ailleurs, c'est également un Midrash qui le suggère, refuser le sacrifice en expliquant pourquoi il ne fallait pas obéir ! Mais il n'a pas, et jamais n'aurait proclamé la mort de Dieu.

Retour à la soucca : Quand le soleil ou la pluie sont excessives, rien n'oblige le fidèle à s'entêter outre mesure pour accomplir la mitsva. Il regrette l'état climatique des choses, rentre dans son appartement, fait le kiddouch, et se dit que demain il fera moins chaud. Ou plus sec. Et qu'alors il pourra obéir à la Tora.

La leçon figure dans le Choulhan Aroukh, le code des lois rabbiniques. Quant à l'histoire des cabanes abattues, elle n'a pas pour unique objet d'indiquer quel doit être, a contrario, le comportement d'Israël. Les Sages ont inventé cette fable parce que la conversion des nations au culte du Dieu unique - la conversion de demain ! - passe par la fête de Souccot. Il nous plaît d'imaginer qu'elle puisse dessiner une solution pour Jérusalem sur la terre des Nations... unies.

Souccot est l'une des trois fêtes bibliques de pèlerinage. Sa parenté avec Pessah est évidente. Les deux solennités durent une semaine, et l'une et l'autre doivent rappeler l'intervention de Dieu en faveur des Hébreux avant leur installation dans la Terre promise. Cependant Pessah est une fête intime, réservée à Israël. L'agneau pascal, mitsva essentielle du seder [repas de Pâque] à l'époque du Temple, ne pouvait être consommé par une personne étrangère au judaïsme. Aucun autre commandement n'a pareil statut. Souccot, au contraire, est une fête universelle. Les soixante-dix taureaux offerts sur l'autel pendant la fête avaient pour objet d'obtenir le pardon en faveur des soixante-dix nations, chiffre conventionnel pour désigner l'humanité dans sa diversité. Le prophète Zacharie, qui a assisté, lui, à la reconstruction du Premier Temple, fait un pas de plus. En dépit des terribles souffrances que les goïm de son époque ont infligées à Israël. Au dernier chapitre du Livre qui consigne ses propos, il proclame que les "survivants de toutes les nations qui auront marché contre Jérusalem, monteront, année après année, se prosterner devant le Roi L'Éternel Tsevaot et célébrer la fête des Souccot".

Aujourd'hui, dans l'État d'Israël, plusieurs groupes chrétiens, bannières et pancartes en tête, participent, pendant Souccot, au défilé joyeux qui, à l'invitation de la municipalité, fait le tour des murailles de Jérusalem. Première étape de la prédication de Zacharie ? Quoi qu'il en soit, elle exprime bien l'amour porté à Jérusalem, l'espoir, aussi, qu'elle met au cœur.

Jérusalem souffre d'un trop plein d'amour. Certaines formes d'un fondamentalisme juif, mais surtout les revendications de l'islam, sans oublier, bien sûr, les demandes du Vatican pour un statut spécial des lieux saints, expriment, à leur manière, la passion universelle pour Jérusalem. Faut-il y répondre selon la leçon que suggère Pessah ou Souccot ? La grande réunion de Souccot en hommage au Dieu Un qu'annonce Zacharie pourrait inspirer les hommes en charge de la politique, et surtout, permettre d'en finir avec l'image révoltante de la foi faite violence. Elle pourrait permettre à la foi de féconder l'espérance.
Jacquot Grunewald *
© Un écho d'Israël
* Le rabbin J. Grunewald est l'auteur du livre Le bonheur de vivre à Jérusalem.
Mis en ligne le 28 septembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org