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Contentieux palestino-israélien

Flashes d’espoir : les Combattants pour la paix, Antoinette Brémond
01/11/2007

Sept.-oct. 2007

 

Sur le site de Un écho d’Israël.

 

Pour envisager la paix, ils ont choisi de parler de la guerre. Des Israéliens et des Palestiniens ayant du sang sur les mains, qu’ils aient été soldats dans l’armée israélienne, ou combattants pour la libération de la Palestine, ont décidé de déposer les armes, de s’unir, de combattre pour la paix.


Un peu d’histoire

En 2003, la route de Bassam Aramin, combattant du Fatah, croise celle de Yonatan Shapira, un des 27 pilotes de l’armée de l’air de Tsahal qui, pendant la seconde Intifada, écrivit à Ariel Sharon :" Nous qui avons été élevés pour aimer l’État d’Israël ....refusons de prendre part à des attaques aériennes contre des populations civiles." Dix jours plus tard, une première rencontre a lieu en secret à Beit Jala : sept réservistes israéliens et quatre combattants palestiniens. Toutes les rencontres suivantes, secrètes et en petit nombre, permettent à un ou deux combattants de raconter ce qu’ils ont fait pour tuer l’autre. Les échanges du début sont prudents, les esprits suspects. « Ce n’était pas facile de se faire confiance, face à face autour d’une même table, alors qu’on avait essayé de se tuer. Est-ce un piège de la part des terroristes ou du Shabak (service général de la sûreté) ? » demande l’un des participants.

Les rendez-vous se sont pourtant multipliés et, un an et demi plus tard, les médias ont été convoqués et le mouvement est né.


Première rencontre officielle

Le 10 avril 2005, à l’école d’Anata, au nord de Jérusalem, 22 parlementaires européens, 150 réservistes de Tsahal et environ 300 combattants palestiniens créent officiellement le mouvement "Les combattants pour la paix".

La déclaration de principe du mouvement est claire :

  • Nous ne croyons plus qu’il est possible de résoudre le conflit par la violence. Nous désirons la création d’un Etat palestinien à la frontière de l’État d’Israël.
  • Le cycle de la violence israélo-palestinien ne se terminera que si, ensemble, nous travaillons pour mettre fin à l’occupation et pour arrêter toute forme de violence.
  • Notre action sera non-violente et entraînera nos deux peuples à la non violence.
    Une citation de Nelson Mandela sur leur dépliant : « Si tu désires faire la paix avec ton ennemi, travaille avec ton ennemi. Alors il deviendra ton partenaire ! »


En 2007

Le 17 août, les combattants pour la paix se sont rassemblés à Shofa, près de Tulkarem. Ce lieu est en effet accessible aux Palestiniens, car il se trouve derrière la ligne verte, mais en zone C. Les combattants pour la paix avaient également invité des prisonniers du Fatah, libérés le 20 juillet de la prison de Ketsiot. Seuls 7 d’entre eux ont répondu à l’invitation.

Suliman al-Khatif, coordinateur palestinien des Combattants pour la paix, accueille plus d’une centaine de personnes dans la cour d’une maison de Shofa. Ils ont entre 30 et 40 ans et pensent pouvoir, ensemble et sans armes, agir pour la paix.

Zohar Shapira, 38ans, raconte : fils de pilote, éduqué dans l’esprit sioniste, sachant qu’il doit protéger Israël, il fut pendant 15 ans le numéro un d’une unité de commando. Devant l’assemblée, il se souvient du moment où tout a basculé. Lors de la seconde Intifada, au milieu de la nuit, ses soldats entrent dans un village palestinien à la recherche d’un suspect, lorsqu’une petite fille de 7 ans se met à courir. « Elle avançait. Je me disais, c’est une enfant, mais on a pu lui donner des explosifs qui allaient tuer mes soldats. J’ai tiré en l’air, elle s’est arrêtée. Je ne l’ai pas blessée mais je savais que ce tir avait tué son âme. Elle et moi nous nous sommes regardés dans les yeux, moi avec mon fusil, elle les mains levées. C’est comme si j’avais reçu un coup de massue. Je savais que si je ne m’arrêtais pas maintenant, rien ne toucherait plus mon cœur. »

Avec 13 soldats de son unité, Zohar a décidé d’arrêter. Quelques mois auparavant, alors qu’il se promenait à Jérusalem, il avait secouru des enfants israéliens victimes d’un attentat-suicide palestinien. L’absurdité de ces violences lui a sauté aux yeux.

Suliman a rejoint le Fatah à 12 ans pour résister à la présence israélienne, convaincu que la violence est la seule réponse possible. Adolescent, il lance des pierres et prépare des cocktails Molotov. « Il est possible qu’il y ait parmi vous des gens que j’ai blessés », dit-il. A 14 ans, il poignarde un soldat israélien, et est condamné à 15 ans d’incarcération. Á la prison de Janad, près de Naplouse, il travaille à la bibliothèque. « J’ai lu l’histoire des Juifs. Je me suis fait mon éducation en prison et ma vision du monde. » Libéré en 1997, il pense que les combattants qui ont personnellement payé le prix de la guerre sont ceux qui peuvent changer la situation. Il rencontre des Israéliens qui, comme lui, ont du sang sur les mains et ont compris que la violence ne résout rien. Aujourd’hui, ils sont plus de 100 des deux côtés.

Leur fondateur, Bassam Aramin (voir l’interview), reste un exemple pour tous. Il a réussi à transformer sa douleur en une force constructive. « Ce serait si facile de sombrer dans la haine, de se venger. Pendant les 7 années de prison, j’ai appris l’histoire des Juifs, de la Shoa. J’ai compris : Des deux côtés nous avons été des instruments de guerre. »


Les projets

  • Organiser des rencontres entre Israéliens et Palestiniens, pour que chacun puisse parler des actes de violence auxquels il a pris part.
  • Aller visiter les écoles et les universités, des groupes de jeunes, pour montrer les limites de la violence. Les conférenciers sont Palestiniens et Israéliens.
  • Enseigner la non-violence.
  • Créer des médias binationaux pour influencer l’opinion publique en Israël, en Palestine et dans le monde.

Idan, un réserviste, a l’intention de recueillir ces témoignages de vie pour le Théâtre de Jérusalem, car il ressent le besoin de porter cette parole encore plus loin.

Cliquer pour visiter Le site internet des combattants pour la paix.

 

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 31 octobre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org