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Israël (Société - mentalités)

Le Kibboutz Galon, une vie à contre-courant, Antoinette Brémond
22/06/2007

16 juin 2007

 

Texte repris du site "Un écho d’Israël".

 

Le 6 octobre 1946, lendemain du Yom Kippour, de nouveaux immigrants débarquent dans le nord du Néguev et créent, en une nuit, à la barbe du Mandat Britannique, onze nouveaux kibboutzim. S’installant sur les terres du Fond National Juif, ces pionniers plantent leurs tentes, creusent des sillons revendiquant ainsi le Néguev septentrional comme partie intégrante du futur Etat juif.

Le Kibboutz Galon est un témoin vivant de cette étonnante aventure, qui, jusqu’à aujourd’hui, continue à fonctionner à contre-courant de la société israélienne moderne, pour garder les valeurs des premiers kibboutzim : égalité, travail, démocratie et vie communautaire.

Le Kibboutz Galon fut fondé par 9 jeunes immigrants polonais, envoyés en Palestine avant la Deuxième Guerre mondiale par le mouvement Hashomer Hatsair de Pologne. Deux ans plus tard, en 1948, Mordekhaï Roseman et d’autres survivants du mémorable Exodus, se joignent à eux, suivis, en 1950, par d’autres jeunes du Hashomer venant des Etats-Unis et du Canada. Puis, ce seront des sud-Américains, des Yougoslaves et des Russes. En 1961, le kibboutz reçoit des Israéliens, membres du même mouvement, et des Uruguayens, membres du Mapam.

« Nous n’avions pas la même culture, mais la même philosophie, et surtout un même but »,

explique Yudke Grossman, venu il y a 55 ans.

« Nous voulions créer un monde différent où la priorité serait donnée au bien-être de la communauté. »

Comme aujourd’hui encore, le kibboutz Galon, situé à 10 km à l’est de Kyriat Gat, dans une région de collines, vivait, dès ses débuts, d’agriculture et d’élevage : des poules pour les oeufs, des vaches pour le lait. Yudke Grossman raconte :

"Je suis venu en 1953, de Montréal. J’étais un jeune citadin et ignorais tout du travail de la ferme. Mais c’est là qu’on me plaça, avec les vaches laitières. La deuxième année, après la journée de travail, j’allais à Rehovot suivre des cours à l’Université Hébraïque agricole. C’est là que, pendant 2 ans, je me formai à ma nouvelle profession tout en travaillant. Aujourd’hui, le nombre de litres de lait par vache et par jour est supérieur à la moyenne internationale. Les pionniers venus comme moi travailler à la ferme n’étant pas encombrés par des traditions familiales de fermiers, ont pu utiliser immédiatement des techniques de pointe. C’est là le secret de notre succès."

 

L’industrie


« Grâce à la présence d’un membre venant d’une famille juive polonaise de forgerons nous avons pu créer la première usine moderne d’outils en Israël »,

raconte Mordekhaï Kafry, né en Pologne, émigré aux USA après la guerre et arrivé au kibboutz en 1951.

« Nous avons commencé par fabriquer des marteaux, puis des houes et toutes sortes d’outils. A cette époque, tous ceux qui ne travaillaient pas dans les champs ou à la ferme étaient à l’usine. »

Quand cette usine ne fut plus rentable, le kibboutz se spécialisa dans la fabrication de boîtes, avant de se lancer, plus tard, dans la gestion d’une usine d’équipement électrique, achetée à Ramleh.

« Nous avons commencé à produire des ventilateurs ménagers, très recherchés vu la chaleur de l’époque »,

raconte Nurit Grossman, arrivée à Galon en 1963 pour se marier.

« Nous ne pouvions souvent pas satisfaire la demande, les acheteurs faisant la queue devant l’usine. Mais un jour l’industrie chinoise nous rattrapa sur le marché. Dommage ! »

Le kibboutz se mit alors à fabriquer des petits moteurs électriques, jusqu’au moment où des moteurs pareils, importés de Chine, furent sur le marché israélien à meilleur prix.

« Actuellement, notre zone industrielle est louée à d’autres entreprises. Par exemple une presse à olives, dont l’huile porte notre nom. Mais ce n’est plus notre affaire. »

 

L’agriculture

L’agriculture et le fermage restent la pierre d’angle du kibboutz.

« Nous avons toujours de la volaille, mais maintenant c’est pour la viande »,  

poursuit Nurit.

« A cause de la menace de la grippe aviaire, nous avons dû prendre de nouvelles assurances, ce qui a grevé notre budget. Ce n’était d’ailleurs qu’une mesure préventive. »

Outre les poulets, le kibboutz a 250 vaches laitières. L’exploitation s’est mise en contact avec Tnuva (société israélienne de production de produits laitiers), ce qui a facilité l’écoulement.

La ferme agricole de Galon comprend des terrains produisant du blé, du coton, des pois chiches, des pastèques pour la graine, des fruits, des avocats. Le problème est l’eau. Il n’y en a jamais assez. Au début, on utilisait l’eau des puits, mais les cultures ne supportant pas l’intensité de sels minéraux qu’elle contenait, il a fallu abandonner. En 1960, Galon s’est associé à la compagnie d’eau Mekorot pour l’arrosage. Et la pluie fait le reste !

A la tête du kibboutz, un véritable triumvirat : Partok est directrice de la ferme, Batya Danziger est présidente du Kibboutz, et Yaël Lev est à la tête de la communauté des membres. Et, ce qui est rare, elles sont toutes les trois nées là et y ont grandi.

 

Les habitants

Actuellement, une partie des habitants de Galon est constituée de ses membres et de leur famille, une autre partie est constituée de locataires, des familles israéliennes qui, attirées par son style de vie, son silence et son paysage, ont décidé d’y venir vivre. Ils sont un apport considérable pour la communauté, aussi bien sur le plan financier que sur le plan humain : les enfants du kibboutz y trouvent de nouveaux amis.

Si, dans sa période de gloire, le kibboutz comptait 300 membres, sans les enfants, il n’en compte actuellement que 170, dont la majorité est avancée en âge. Parmi eux, 50 ont plus de 60 ans : 10 entre 60 et 65 ans, 25 entre 72 et 77, et 15, plus de 78 ans. Ceux qui ont 60 ans y sont nés, ou arrivés en 1961. Certains sont dans la cinquantaine, mais peu ont moins de 40 ans. Le plus jeune a 28 ans, le plus âgé 90.

« Nous pouvons encore nous occuper des membres âgés », dit Grossman. « Mais qui prendra la relève dans le futur ? Comment garder nos jeunes au kibboutz ? C’est, aujourd’hui, notre plus grand défi. En effet, à part quelques-uns, la plupart de nos jeunes n’ont plus l’idéal et la vision communautaire des pionniers. Chacun pense plutôt à construire sa vie personnelle. Si les jeunes refusent de s’engager au kibboutz, ce n’est pourtant pas par paresse : à l’extérieur ils ont souvent une vie et un travail plus pénibles. Mais ils sont à leur compte, payés comme ils le désirent selon le travail fourni. »

Tenant compte de cette réalité actuelle, Galon cherche comment créer, aujourd’hui, une nouvelle économie où les plus jeunes se sentiraient à l’aise.

 

Les écoles

Tous les enfants sont inscrits dans des écoles régionales, de très bon niveau en général. Après l’école, ils bénéficient, au kibboutz, d’une organisation d’activités, de jeux, de prise en charge, ce qui libère les parents.

 

Le travail à l’extérieur

30 à 40% des membres travaillent aujourd’hui à l’extérieur comme professeurs, ingénieurs, spécialistes en haute technologie, physiothérapeutes, diététiciens etc. Ils versent leur salaire à la caisse commune qui, après en avoir déduit les taxes, les charges communautaires, souvent lourdes, les frais d’école, de buanderie, etc., leur remet mensuellement le reste.

 

Un centre d’accueil

Yudke Grossman ayant, depuis de nombreuses années, amené au kibboutz des groupes venant des Etats-Unis, il a fallu aménager un lieu pour les recevoir. Les maisons des enfants de l’époque, où les enfants vivaient ensemble en dehors de leurs familles, ont été transformées pour y loger les visiteurs. Le centre peut recevoir de 80 à 100 personnes.

« Il attire aussi bien ceux qui veulent simplement vivre un shabbat tranquille, ou des vacanciers pour une semaine ou plus. Mais aussi des groupes, comme les Mormons qui ont une grotte archéologique près de là »,

précise Léa Eliav, la responsable du centre.

"Nous avons aussi des groupes d’étudiants. Tout en étant un kibboutz laïque, notre salle à manger et notre nourriture correspondent aux normes exigées par le rabbinat. Chaque Juif peut s’y sentir à l’aise".


Les visiteurs peuvent disposer de tous les aménagements de Galon, de la pi
scine, en particulier. Chacun est libre de faire ce qu’il veut. « Tout est à ta disposition » ; c’est aussi vrai pour les membres que pour les locataires ou les visiteurs.

« Au début, c’était difficile d’avoir des hôtes parmi nous, et cela créait quelques conflits, les horaires des uns n’étant pas ceux des autres »,

ajoute Léa en souriant.

« Une année, un groupe de touristes avait prévu de faire un barbecue le jour de Kippour. Même en tant que Juifs laïques, c’était une chose inconcevable pour nous. Le centre est resté vide.... mais la "ligne rouge", nous ne voulions à aucun prix la franchir, même pour de l’argent. »

 

Du passé et du présent

Le bon vieux temps est passé. Les enfants vivent actuellement avec leurs parents et non entre eux. Il n’y a plus de douche commune, ni une télévision unique autour de laquelle on se groupait, le soir, pour suivre les nouvelles. Les travailleurs reçoivent leur salaire. Chacun peut choisir sa voie, ses études. Un magasin de souvenirs et un restaurant permettent à certains de se faire un peu d’argent. Certains membres travaillent à l’extérieur. On va au concert, au théâtre, au restaurant, etc., comme tout le monde. Mais chacun perçoit, à Galon, une qualité de vie, une atmosphère paisible très particulières. Même pas besoin de fermer sa porte à clef !

Et Yudke Grossman de conclure :

« Pour nous, les pionniers, le plus important n’était pas le travail en tant que tel, mais notre manière de penser, nos valeurs, et le nouveau style de vie qui en découlait. Nous avons réussi, d’une certaine manière, à créer ce "tout autre" auquel nous aspirions. Nous avons également prouvé que les Juifs peuvent s’investir avec succès dans l’agriculture et l’élevage. Et maintenant ? Avons-nous fait marche arrière en délaissant souvent les valeurs communautaires au profit de l’individualisme ? Pourtant je pense que ceux qui viennent vivre au milieu de nous sont conscients que le style de vie de Galon est toujours bien vivant. A nous de maintenir aussi longtemps que possible ce fruit de soixante ans de vie commune.

 

D’après un article de Yocheved Miriam Russo

 

© The Jerusalem Post

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org


La photo a été ajoutée par notre site. On y voit Nurit et Yudke Grossman recevoir un portrait gravé de leur fils, officier de Tsahal, tué en service, à l’âge de 25 ans, des mains du colonel Menahem Boujna, commandant national d’un escadron de déminage. Voir le récit que fait de cette manifestation, l’édition Internet du Canadian Jewish News.

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Mis en ligne le 21 juin 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org