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Antisémitisme

La Gauche européenne et l’antisémitisme, Pilar Rahola
23/11/2007

J’avais mis en ligne cet article en avril 2004. A la demande de plusieurs d’entre vous, qui estiment que ce texte remarquable doit être remis en circulation tant il colle à actualité (bien qu’il ait été écrit il y a plus de quatre ans), je le remets en tête de liste. (Menahem Macina).

Conférence prononcée, en mai 2003, lors de la « Deuxième Conférence Internationale pour l’Education pour la tolérance : la résurgence de l’antisémitisme », organisée par le Centre Simon Wiesenthal en coopération avec l’UNESCO [1].


Il y a trois choses qu’Allah n’aurait jamais dû créer : "les Perses, les juifs et les mouches".

Si on la lit telle quelle, cette phrase, que Saddam Hussein contraignait les enfants d’Irak à répéter, nous paraìt grotesque et, bien entendu, barbare. Dans notre Europe arrogante et civilisée, jamais nous ne dirions rien de tel : nous n’avons rien contre les Perses, ni contre les mouches. Je dirais même plus: les mouches sont agaçantes, mais elles s’inscrivent de telle manière dans le paysage méditerranéen, qu’elles ont fini par être bien acceptées. Et, bien entendu, les Perses nous sont sympathiques. Aussi, pouvons-nous respirer tranquillement. Seule la haine des juifs nous unit à Saddam Hussein. Serait-ce cette haine qui a conduit tant de manifestants à brûler des drapeaux frappés de l’étoile de David pendant que l’on hurlait des slogans en faveur de Saddam ? La judéophobie serait-elle le lieu symbolique commun, où Arabes et Européens se rencontrent, se reconnaissent et s’aiment ? Et, est-ce cette même judéophobie - celle qui a permis d’ériger un despote corrompu et violent tel qu’Arafat en résistant romantique ? Est-ce encore elle qui transforme le nihilisme terroriste palestinien en une sorte de saga libératrice ?

Je soutiens, maintenant et aujourd’hui - pour le malheur de notre continent contradictoire, capable de créer pour le monde les bases de la démocratie et en même temps de créer les termites les plus actives qui tentèrent de le détruire, le stalinisme et le fascisme -, je soutiens que nous sommes en train de revenir à nos vieux démons. De nos jours, sur les fondements du vieil antisémitisme exterminateur, qui forge notre pensée collective la plus profonde, nous sommes en train de construire un nouvel antisémitisme actif et pervers. "Un antisémitisme sans juifs", dirait Paul Lendvaï.

Le phénomène est en train de se développer, conjointement à deux attitudes complémentaires - toutes deux également suicidaires : l’anti-américanisme, et l’indifférence face à l’apparition et l’installation d’un nouveau totalitarisme : l’intégrisme islamique. Telles sont les flèches tirées dans une même direction préoccupante : l’apparition du conformisme de la pensée européenne, capable de mobiliser les rues et les consciences d’Europe, et dont les racines portent le germe de la destruction. Selon moi - je le dis à la lumière de mon propre militantisme progressiste -, ce qu’il y a de plus grave c’est que cette pensée unique est de gauche. Il est de gauche, le nouvel antisémitisme européen maquillé en anti-sionisme. Il est de gauche, le panarabisme romantique qui en vient à minimiser le terrorisme. Même si une certaine droite le partage, c’est à la gauche qu’appartient l’anti-américanisme farouche dont nous souffrons. Si nous sommes d’accord pour admettre que c’est la gauche qui modèle les idées les plus prestigieuses de notre société, et que les intellectuels de gauche sont les défenseurs du progrès, alors nous tomberons d’accord sur le grave problème qui est le nôtre. Parlons de celui-ci, du nouvel antisémitisme et des deux pattes velues qui l’accompagnent.

Les nouveaux antisémites n’admettent pas qu’ils le sont. L’antisémitisme est une expression classique de l’extrême droite et, de ce fait, la gauche le déteste et le récuse. Néanmoins, le parapluie de l’antisionisme - ou, carrément, celui de l’anti-israélisme - est beaucoup plus facile à porter. Il protège bien de la pluie de la critique et permet de porter un masque dont on peut se satisfaire intellectuellement. C’est Martin Luther King qui écrivit cette phrase à un ami anti-sioniste : "Notre époque ne permet plus de manifester ouvertement une haine des juifs, qui est impopulaire; aussi, l’antisémite cherche de nouvelles formes et de nouvelles tribunes où il puisse distiller son venin. A présent, il le cache derrière un nouveau masque; maintenant il ne déteste plus les juifs, il est seulement antisioniste" [2]. Trente-six ans après, cette phrase est plus que jamais d’actualité, si bien que l’antisionisme et la diabolisation féroce d’Israël sont devenus un passage obligé pour la pensée de gauche. Comme si, dans le catéchisme non écrit de la gauche, il existait un dogme infrangible :
ou tu es antisioniste, ou tu n’es pas de gauche. Moi-même, dans mon pays, je suis chassée du ’paradis’ de la gauche par certains gourous du dogme, à chaque fois que je ne pratique pas le tir intellectuel contre le juif - Pardon, contre le sioniste... Pardon, contre l’Israélien... Mais tout cela n’a-t-il pas le même sens dans la grammaire antisémite ?

Le résultat est celui qui s’offre à nos yeux, dans sa forme la plus tangible : la douloureuse agression que subissent les communautés juives dans divers pays. Depuis des vetos personnalisés – ce qui permettrait d’expliquer des situations durcies en Espagne –, jusqu’à la violence physique qu’eurent à subir les juifs pacifistes dans une célèbre manifestation. Mais l’enracinement le plus profond du nouvel antisémitisme se situe au cœur de la Terre Sainte, et là, on tire sur Israël comme au tir aux pigeons.
Israël est aujourd’hui une réelle obsession pour la gauche européenne, et l’exemple le plus remarquable des tics fascistes que la gauche peut présenter.

Voici quelles sont mes accusations :

·         manipulation de l’information;

·         criminalisation de la légitimité de l’Etat d’Israël ;

·         minimisation des victimes juives ;

·         banalisation de la Shoah ;

·         et indifférence à l’égard des ravages terroristes de l’intégrisme – quand on n’y applaudit pas.

D’abord, j’accuse la gauche d’assassiner l’information à coups de propagande :

·         La manipulation de l’information de ce qui se passe au Moyen-Orient est si grossière et excessive, qu’elle passera dans les annales du journalisme comme un exemple d’intoxication de masse. Combien de principes du journalisme font faillite dans l’information que diffusent la majorité des médias européens : absence de contrôle des sources, interprétation tendancieuse et manipulation des faits, ridiculisation du principe d’objectivité, indifférence devant ce qui devrait être le désir ardent de tout informateur : la vérité. Je sais qu’on me dira que l’objectivité n’existe pas, et encore moins dans le journalisme. Mais entre l’objectivité pure et la subjectivité militante, il y a un large fossé, qu’un journalisme sérieux peut combler, et qu’il ne comble pas dès qu’il s’agit du Moyen-Orient. La grammaire de ce nouveau journalisme se soumet, au jour le jour, à la presse influente de l’Europe occidentale, et cette dernière est si puissante, que la grammaire en question ne saurait même se déprendre de la célèbre et mythique BBC.

Cette grammaire a ses règles précises :

·         Il ne saurait être question de terroristes, mais de miliciens.

·         Il n’y a jamais de victimes juives.

·         Toute action palestinienne est naturellement bonne et a priori défensive.

·         Toute action israélienne est entachée de criminalité.

·         Il n’y a pas de bourreaux palestiniens.

·         Pas d’ingérence internationale.

·         La corruption d’Arafat n’existe pas.

·         Et comme elle n’existe pas, le passé violent d’Arafat n’existe pas davantage.

·         Et, évidemment, la démocratie israélienne n’existe pas.

L’agression quotidienne que subit l’information, du fait de la propagande - et ce dans la plus totale impunité -, n’est ni fortuite, ni spontanée. J’accuse donc la presse européenne de manipuler, de mentir et de changer les règles de l’information au Moyen-Orient. Sa neutralité est, sans aucun doute, une neutralité pro-palestinienne.

En second lieu, j’accuse la gauche de banaliser la Shoah - fait qui ne peut en aucun cas être considéré comme mineur. L’attitude de nombreux collectifs activistes, parfaitement repérables dans les manifestations pacifistes de ces derniers jours, tout comme l’action de nombreux intellectuels de gauche, qui se sont servis de la tragédie de l’Holocauste comme d’une arme contre Israël,
tout cela restera inscrit sur les murs de la honte européenne [3].

Le point culminant de ce mépris profondément cruel - à savoir, retourner contre les victimes de la Shoah leur propre martyre - est une manière de les tuer deux fois. Et c’est le cas des déclarations de Saramago, à Djénine. A ce propos, voilà ce que j’ai à dire. Saramago constitue l’exemple le plus emblématique d’une affirmation innommable –
quelqu’un peut écrire de façon angélique et penser de manière démoniaque. En 1884, Auguste Bébel avait déjà appelé cela "le socialisme des imbéciles". Mais ce n’est pas seulement une imbécillité. Le hasard - si étonnamment poétique, parfois -, fait que j’écris ces lignes alors que je suis encore sous le choc de la visite du musée de l’Holocauste, à Washington. Comme le dit ce grand bâtisseur de la mémoire, qu’est Claude Lanzmann, la Shoah est "la mort de l’âme humaine". Face à son souvenir, aucun citoyen du monde ne peut rester indifférent, mais par dessus tout, aucun Européen ne peut être étranger à cet événement.

L’Europe a créé cette pensée totalitaire du christianisme qui convertit tout un peuple en déicide. (Après avoir entendu les âneries de Mel Gibson je suppose qu’on n’ira jamais plus le voir au cinéma).

·         L’Europe, ce fut l’Inquisition espagnole, ce fut Luther, qui tenait les juifs pour une plaie au cœur de la terre.

·         L’Europe, ce fut la démonisation, la persécution, la culpabilisation, la mort de ce qu’elle avait de meilleur dans son propre corps : son âme juive.

·         L’Europe, ce fut le Vatican et sa collaboration avec les nazis.

Auschwitz n’est pas une contingence tragique de l’histoire, une espèce d’erreur perverse. Auschwitz est la dernière étape d’un long processus de destruction, et, en cela, il n’est pas exagéré d’affirmer que l’Europe, si profondément juive, se détruisit elle-même par la Shoah. Ce qui reste aujourd’hui de l’Europe, ce sont les débris du naufrage, un continent prisonnier de ses propres démons, et qui a perdu sa dignité. C’est pourquoi, banaliser la Shoah est quelque chose de bestial et de pervers. Et ce qui est pire, le fait que ce soit la gauche qui en est responsable - elle qui a pour vocation d’être la gardienne la plus fidèle de la justice et de la liberté -, constitue un acte de trahison de la mémoire tragique de l’Europe. Est-ce là le symptôme du nouvel antisémitisme ? Sans aucun doute : en minimisant l’Holocauste, on en réduit la dimension tragique, on relativise la faute de l’Europe, et le juif redevient soupçonnable, puissant et dangereux. La victime juive n’existe plus, seul existe le soldat israélien qui tue des enfants. Belle métaphore moderne du juif médiéval qui buvait le sang des enfants chrétiens. Ce lien entre le juif médiéval maudit et le soldat israélien maudit vient, bien heureusement, disculper l’Europe.

La gauche crée cette relation, même si c’est de manière inconsciente, de sorte que nous pouvons dire que l’orthodoxie chrétienne et la gauche orthodoxe cohabitent avec bonheur sur le territoire inhospitalier de l’antisémitisme.

J’accuse donc la gauche d’avoir trahi la mémoire tragique de l’Europe.

Troisièmement, j’accuse la gauche de minimiser, de justifier, voire de célébrer un nouveau totalitarisme qui menace gravement la liberté : le nihilisme terroriste islamique. Les exemples sont scandaleux : indifférence devant des attentats aussi graves que la bombe d’Amia, en Argentine, ou l’attentat contre les tours jumelles [du World Trade Center] - considéré, d’une certaine manière, par la gauche, comme relevant de la responsabilité américaine, en raison de sa politique extérieure, à laquelle il faut associer la faute juive. L’exaltation du terrorisme palestinien comme forme de lutte légitime a une conséquence : considérer comme légitime le fait d’inculquer à la société palestinienne, et globalement à de nombreuses sociétés islamiques, une culture de la fatalité de la haine et de la mort - culture, à l’évidence, totalitaire. Le bon ami, Marcos Aguinis, appelle cela "la régression de la gauche vers l’anti-modernité".
Tandis qu’elle pardonne les bombes du Hamas, ou se répand dans les rues contre l’intervention américaine en Irak, cette même gauche ne s’est jamais manifestée contre l’intégrisme qui a tué plus de quatre mille personnes [en fait, un peu moins de 3000 (NDLR d’upjf.org] à New York, ou contre celui qui est responsable d’un million de morts dans sa guerre au Soudan. Je n’ai jamais vu non plus une ONG qui voudrait envoyer des boucliers humains dans les cafétérias de Tel-Aviv. Il y a une solidarité sélective, dérivée d’un manichéisme pervers qui transforme les terroristes en victimes et les victimes en coupables.

L’intégrisme islamique est l’héritier naturel des plus grands totalitarismes que l’humanité ait connus : le nazisme et le stalinisme. Comme eux, il est fondamentalement antisémite et comme eux, il se réfère à un code doctrinal fondé sur la terreur, la récusation de tout principe de liberté et l’expansionnisme sanglant. Comme eux également, il agit dans l’indifférence ou avec la complicité européennes.

De ce fait, j’accuse la gauche de trahir la démocratie, en laissant libre cours au nihilisme terroriste. Néanmoins rien de neuf sous le soleil en ce qui concerne une gauche qui s’est amourachée des nombreux dictateurs que l’histoire a connus : Staline, Pol Pot, Fidel Castro, et maintenant, Arafat. Dépourvue d’épopées qui lui appartiennent en propre, déconcertée et traînant une valise remplie de rêves brisés, la gauche cherche, dans le monde arabe, des échos de Lawrence d’Arabie. La gauche s’amourache des guerres totales, des chants tribaux de la révolution, probablement convaincue qu’entre la formule du Che : "La révolution ou la mort !", et celle du Hamas : "Vive la mort!", il n’y a pas grande différence. Pour le plus grand malheur de tous, la gauche cherche Lawrence d’Arabie, sans s’apercevoir que ce qu’elle a découvert, c’est Ben Laden, ainsi qu’Arafat, autre vieux dictateur corrompu et sanglant. J’accuse donc la gauche de ne pas tenir compte des victimes du terrorisme, de ne pas comprendre la menace que constitue le nihilisme, et, par son aveuglement, de trahir la démocratie. Je l’accuse de pleurer seulement de l’oeil gauche... un oeil gauche qui, à présent, est délibérément antisémite.

Puis-je avancer le bel exemple du forum de Porto Alegre, ou celui de Durban ? Les résidus des révolutions frustrées du monde firent là-bas leur beau sabbat. Et l’objet de la fête ? Bien évidemment, les juifs. En effet, "c’est la faute des juifs" se vend toujours très bien sur les marchés de la démagogie.

Alors, est-ce qu’aujourd’hui l’Europe est plus antisémite qu’auparavant ? Est-ce le cas de la France ? Aujourd’hui, l’Europe et la France sont en train de réinventer l’antisémitisme. Il est réinventé par quelques populismes de droite, à l’assise catholique. Il est réinventé par la gauche, qui donne lustre et prestige à ce qui n’était autrefois qu’une pure rhétorique d’extrême droite.

Ce nouvel antisémitisme s’emploie efficacement à faire oublier et à banaliser la Shoah, sachant que l’oubli est toujours un choix. De fait, oublier, suppose qu’on a de la mémoire. Sans aucun doute, la gauche européenne a une très bonne mauvaise mémoire. Et avec l’oubli bien ancré dans l’idéologie, la gauche oublie également les origines de la création de l’Etat d’Israël. La gauche jette le doute sur sa légitimité et criminalise ses actes. Israël est sans doute l’un des Etats dont la création a plus de fondement moral que la plupart des Etats existants, et pourtant c’est l’unique Etat au monde qui, chaque jour, doit s’excuser d’exister.

Sans la moindre hésitation, donc, j’accuse la gauche de mettre en question la légitimité de l’Etat d’Israël, avec pour conséquence que toutes ses actions sont naturellement coupables. Ne peut-on voir un lien entre cette attitude et l’aveuglement du Parlement européen, indifférent à l’usage que l’Autorité Palestinienne fait de l’argent public européen ? Au nom de la démocratie, je me demande comment il se fait que ce soit l’argent européen qui finance les écoles de la haine, où les enfants palestiniens sont endoctrinés en vue d’un fanatisme suicidaire. En étant indifférents, nous sommes irrévocablement responsables de laisser confisquer la tolérance et la modernité et de permettre que s’enclenche une spirale de haine, d’impuissance, et de vengeance pour des générations entières de Palestiniens.

Nous le permettons, nous le finançons, et nous allons même jusqu’à le justifier. Ce qui nous ramène, à nouveau, à l’histoire. Que l’on se souvienne d’Hermann Broch [4]! L’indifférence, cette forme de violence. Et tout cela parce que la haine des juifs n’a pas donné des boutons à la peau délicate de l’Europe. Tout est permis aux catholiques, aux protestants, aux homosexuels, aux citoyens noirs, mais pas aux juifs...


EST UN NOUVEL ANTISEMITE :

·         quiconque n’est pas horrifié que le Mein Kampf d’Hitler et les abominables Protocoles des Sages de Sion soient des best-sellers dans le monde arabe ;

·         quiconque répète les vieilles antiennes qui font, des juifs, des êtres démoniaques, et spécialement à partir d’énoncés intellectuels ;

·         quiconque s’éprend de la poésie épique du terrorisme palestinien, et, porté par un anti-américanisme pathologique, refuse de voir les dangers de l’intégrisme islamique ;

·         quiconque fait, d’Israël, un nouvel abri pour faire entrer un vieux démon.



Je termine avec cette conviction : le puzzle de l’antisémitisme a été reconstitué. Et en voici les pièces :

·         La première est le subconscient européen qui résiste aux leçons de l’histoire et est insensible aux vaccins qui tentent de tuer définitivement le virus antisémite. L’Europe s’est débarrassée de sa peau juive, mais elle n’a pu se défaire de sa vieille haine.

·         La deuxième pièce est un néo-catholicisme populiste, plus ou moins extrémiste, qui s’enracine dans la judéophobie.

·         La troisième pièce est une pensée de gauche, qui, sans avoir liquidé son passé totalitaire, s’éprend de nouvelles sagas, totalitaires elles aussi. Elle crée ainsi les fondements d’un antisémitisme plus dangereux parce que la gauche lui donne du prestige, lui offre une couverture intellectuelle et lui donne des armes idéologiques.

·         La quatrième pièce est l’anti-américanisme européen, issu d’un double complexe que traîne l’Europe : un grand complexe de supériorité – ce n’est pas en vain qu’elle est le berceau de la modernité –, et un énorme complexe d’infériorité, car elle est incapable de trouver une solution à une seule de ses propres tragédies. Bien évidemment, l’anti-américanisme est, par définition, anti-sioniste.

·         La cinquième pièce est l’intégrisme islamiste, idéologie totalitaire et nihiliste, ouvertement ennemie de la modernité, et dont le fondement est l’antisémitisme. Il faut admettre que l’existence d’un milliard deux cent millions de musulmans vivant sous des tyrannies théocratiques ne facilite en rien la lutte contre la judéophobie.

Territoire commun de plus d’un dogmatisme manichéen, la judéophobie actuelle trouve de nouveaux camouflages; elle croît et prospère. Aujourd’hui, ici, devant l’UNESCO, protégée par cet exemple d’héroïque ténacité et de dignité que constitue le Centre Simon Wiesenthal, j’accuse la gauche européenne, ma gauche, de servir de couverture intellectuelle au nouvel antisémitisme qui existe en Europe, une gauche qui s’est trahie elle-même en trahissant la démocratie.

Il est à nouveau difficile d’être juif en Europe. Et pourtant, l’Europe la plus européenne qui ait jamais existé fut l’Europe juive. Notre tendance au suicide est certainement pathologique. Je la dénonce parce que je suis Européenne, et, comme telle, je me sens juive face à l’antisémitisme. C’est la seule attitude morale qui puisse laver un Européen de son honteux passé.

Merci de m’avoir invitée.

Shalom !

Pilar Rahola *

* Ecrivain, ex-députée du Parti Socialiste Espagnol


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Notes de la rédaction de l’upjf

[1] Pour des détails sur cette manifestation, qui s’est tenue en mai dernier, voir, sur notre site : Conférence Unesco, 12-14 mai: 3692 "Résurgence de l’antisémitisme". Nous avons déjà publié un article de Pilar Rahola: "Quelques mots en faveur d’Israël", et un extrait d’interview : «La judéophobie explique l’hystérie pro-palestinienne de la gauche européenne».

[2] Pilar Rahola cite ici un passage d’une prétendue lettre de M. L. King, que l’on peut trouver sur des dizaines de sites (p. ex. :
www.juedisches-archiv-chfrank.de/antisemit/mlk_azion.htm), sous le titre "Letter to an Anti Zionist Friend Selections from The Writings of Dr. Martin Luther King Jr.": « The times have made it unpopular, in the West, to proclaim openly a hatred of the Jews. This being the case, the anti-Semite must constantly seek new forms and forums for his poison. How he must revel in the new masquerade! He does not hate the Jews, he is just ’anti-Zionist’! ». Depuis, des internautes perspicaces – dont des Juifs qui sont tout sauf antisionistes -, ont découvert qu’il s’agissait d’un faux. Voir l’article : "The alleged ’Letter to an Anti-Zionist Friend’ by Martin Luther King is a hoax", paru sur le site de jewish-history.com. Toutefois, malgré son caractère apocryphe, ce texte reflète bien la conviction de M.-L. King, comme l’indique éloquemment la citation qui figure en exergue de la page d’accueil de notre site : "Quand les gens critiquent les sionistes, ils veulent dire les Juifs. C’est de l’antisémitisme". En effet, de nombreux témoins dignes de foi affirment qu’elle fut prononcée, en 1967, devant un auditoire, à Harvard. (Voir : "The Socialism of Fools: The Left, the Jews and Israel" by Seymour Martin Lipset; in Encounter Magazine, December 1969, p. 24).

[3] Réminiscence probable du remarquable article de Mortimer B. Zuckerman "’Graffitis sur le mur de l’histoire’: Le nouvel antisémitisme".

[4] Dans l’un de ses derniers livres (La culpabilité 1950), Hermann Broch (1886-1951) lie l’ascension du nazisme à l’indifférence politique, au rêve éveillé et à la désorientation psychologique de la société européenne.

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[Texte français aimablement communiqué par Victor Perez. Malheureusement cette version était trop fautive pour que je la reprenne telle quelle, d’autant que certains passages étaient incompréhensibles. J’ai d’abord effectué une relecture soigneuse du texte français, puis j’ai retraduit les passages corrompus à partir du texte original espagnol, que l’on trouvera ci-dessous. Je demande pardon par avance à celles et ceux qui sont versés dans la belle langue espagnole, pour les insuffisances de cette version française - qui, je le rappelle - n’est pas de moi. Malheureusement, faute de temps et d’une familiarité suffisante avec la langue de Cervantès, je n’ai pas retraduit l’intégralité du texte, qui eût pourtant mérité de l’être.]

Mis en ligne le 8 avril 2004 sur le site www.upjf.org

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Version originale espagnole telle qu’elle figurait sur le site es-Israel.

 


CONFERENCIA EN LA UNESCO, PARIS. Por Pilar Rahola.

Los judíos y las moscas.

Hay tres cosas que Alá no debería haber creado: los persas, los judíos y las moscas". Leída así, la frase que Saddam Hussein obligaba a repetir a los niños de Iraq, suena a grotesca y, por supuesto, a bárbara. En nuestra civilizada y arrogante Europa nunca diríamos algo así: nosotros no tenemos nada contra los persas, ni contra las moscas. Diré más: las moscas son pesadas, pero conforman de tal manera el paisaje mediterráneo, que han acabado siendo entrañables. Y, por supuesto, los persas nos caen bien. De manera que podemos respirar tranquilos: con Saddam Hussein solo nos une el odio a los judíos.

¿Habrá sido ese odio el que ha llevado a tantos manifestantes a quemar banderas con la estrella de David, mientras gritaban consignas a favor de Saddam? ¿Será la judeofobia el lugar simbólico común donde árabes y europeos nos encontramos, nos reconocemos y nos gustamos? Y, ¿es esa misma judeofobia la que convierte a un déspota corrupto y violento como Arafat, en un resistente romántico? ¿La que transforma el nihilismo terrorista palestino, en una especie de nueva épica liberadora?
Sostengo, hoy y aquí, para desgracia de nuestro dual continente, capaz de crear para el mundo las bases de la democracia, y, al mismo tiempo, crear las termitas más activas que la intentaron destruir, el estalinismo y el fascismo, sotengo que estamos volviendo hacia nuestros propios demonios: hoy por hoy, sobre las bases del viejo antisemitismo exterminador que conformó nuestro pensamiento colectivo más profundo, estamos construyendo un nuevo, activo y perverso antisemitismo. "Un antisemitismo sin judíos", que diría Pual Lendvaï. El fenómeno se está elaborando en paralelo con dos actitudes complementarias, las dos igualmente suicidas, el antiamericanismo, y la indiferencia ante la aparición y consolidación de un nuevo totalitarismo, el integrismo islámico. Tres son, pues, las flexhcas que disparan hacia una misma dirección preocupante: la conformación de un pensamiento único europeo, capaz de movilizar las calles y las conciencias de Europa, y que se fundamenta en pilares destructivos. Lo más grave, desde mi punto de vista y desde mi propia militancia progresista, es que este pensamiento único es de izquierdas. De izquierdas es el nuevo antisemitismo europeo, disfrazado de antisionismo; de izquierdas es el panarabismo romántico que lleva a la minimización del terrorismo; y compartido con determinada derecha, de izquierdas es el feroz antiamericanismo que estamos padeciendo. Si estamos de acuerdo en que la izquierda es quien configura las ideas con prestigio de nuestra sociedad, y que son los intelectuales de izquierda los que son reconocidos como defensores del progreso, entonces estaremos de acuerdo en que tenemos un grave problema. Hablemos de ello, del nuevo antisemitismo y de las dos patas peludas que acompañan al monstruo.
Los nuevos antisemitas no se reconocen como tales. El antisemitismo es una expresión clásica de la extrema derecha, y, por tanto, la izquierda la aborrece y la niega. El paraguas del antisionismo, sin embargo, o directamente del antiisraelismo, son mucho más cómodos de llevar, paran bien la lluvia de la crítica y permiten un disfraz intelectualmente digerible. De Martin Luther King es esta frase pronunciada en 1967, en su "Carta a un amigo antisionista": "Los tiempos han convertido en impopular la manifestación abierta del odio a los judíos. Siendo éste el caso, el antisemita busca nuevas formas y foros en donde poder instalar su veneno. Ahora lo esconde tras una nueva máscara. ¡Ahora no odia a los judíos, solo es antisionista!" 36 años después, la frase es más vigente que nunca, de manera que el antisionismo y la demonización feroz de Israel se han convertido en una obligación moral del pensamiento de izquierdas. Como si en el catecismo no escrito de la izquierda existiera un dogma inquebrantable: o eres antisionista, o no eres de izquierdas. Yo misma, en mi país, soy expulsada del paraíso de la izquierda, por parte de algunos gurús del dogma, cada vez que no practico el tiro intelectual al judío. Perdón, al sionista. Perdón, al israelí. ¿O no es todo lo mismo en la gramática antisemita?
El resultado es el que estamos viendo. En su plasmación más tangible, la dolorosa agresión que están sufriendo comunidades judías en diversos países. Desde vetos personalizados -podría explicar duras situaciones en España- hasta violencia física, como la que padecieron los judíos pacifistas en la ya famosa manifestación de París. Pero lo más profundo del nuevo antisemitismo se sitúa en el corazón de Tierra Santa y tiene a Israel como objetivo de tiro al plato. Israel es, hoy por hoy, una auténtica obsesión de la izquierda europea y el ejemplo más relevante de los tics fascistas que la izquierda puede presentar. Estas son mis acusaciones: manipulación informativa, criminalización de la legitimidad del estado de Israel, minimización de las víctimas judías banalización de la Shoá, e indiferencia -cuando no aplauso- ante los estragos terroristas del integrismo. Primero. Acuso a la izquierda de matar a la información a golpes de propaganda. La manipulación informativa de lo que ocurre en Oriente Próximo es tan burda y excesiva que pasará a los anales del periodismo como ejemplo de intoxicación de masas. ¿Cuántos principios del periodismo se quiebran en la información que la mayoría de "medias" europeos están dando? no control de las fuentes, tergiversación y manipulación de datos, burla al principio de objetividad, indiferencia ante lo que tendría que ser el anhelo de todo informador: la verdad. Ya sé que me dirán que la objetividad no existe, y menos en el periodismo. Pero, entre la objetividad pura y la subjetividad militante, hay un largo trecho que el periodismo serio podría recorrer. Y que, respecto a Oriente Próximo, no recorre. La gramática de este nuevo periodismo conforma el día a día de la prensa influyente de la Europa Occidental, y es tan poderosa que no se salva de ella ni la muy mitificada BBC. Una gramática con reglas precisas: no existen terroristas, sino milicianos; nunca existen víctimas judías; toda acción palestina es buena por naturaleza y, por supuesto, defensiva; toda acción israelí es sospechosa de criminalidad; no existen los verdugos palestinos; no existe la ingerencia internacional; no existe la corrupción de Arafat; por no existir, no existe ni su pasado violento; y, evidentemente, no existe la democracia israelí. El atentado diario que la información sufre en manos de la propaganda, con total impunidad, ni es casual, ni es espontáneo. Acuso, pues, a parte de la prensa europea de manipular, mentir y cambiar las pautas de la información en Oriente Próximo. Su neutralidad es, sin duda, una neutralidad pro-palestina. Segundo. Acuso a la izquierda de banalizar la Shoá, tema éste que no es, en absoluto, menor. Quedará escrito, en los murales de la vergüenza europea, la actitud de numerosos colectivos activistas, perfectamente visualizables en las manifestaciones pacifistas de estos días, y de muchos intelectuales de izquierdas, que han utilizado la tragedia del holocausto como arma arrojadiza contra Israel. El punto culminante de este desprecio profundamente cruel -lanzar contra las víctimas de la Shoá su propio martirio, es una forma de volver a matarlas- han sido las declaraciones de Saramago en Jenín. Al respecto, digo lo siguiente: Saramago ha sido el ejemplo más relevante de una afirmación inapelable, uno puede escribir como los ángeles y pensar como los demonios. En 1884 Auguste Bebel ya llamó a esto "el socialismo de los imbéciles". Pero no es solo una imbecilidad. El azar, tan extrañamente poético a veces, hace que esté escribiendo este párrafo justo ahora, cuando aún estoy bajo el impacto del Museo del Holocausto de Washington, que acabo de visitar. Como dice ese gran constructor de la memoria que es Claude Lanzmann, la Shoá es "la muerte del alma humana". Ante su recuerdo, ningún ciudadano del mundo puede ser indiferente. Pero, sobretodo, ningún europeo puede ser ajeno. Europa creó ese pensamiento único totalitario del cristianismo que convirtió todo un pueblo en deicida (Por cierto, después de oir las sandeces de Mel Gibson, supongo que no irán a verle nunca más al cine). Europa fue la Inquisición española, fue Lutero asegurando que los judíos eran "una plaga en el corazón de la Tierra". Europa fue la demonización, la persecución, la culpabilización y la muerte de lo mejor de su propio cuerpo, su alma judía. Europa fue el Vaticano y sus colaboraciones con los nazis. Ausschwitz no es una contingencia trágica de la historia. Una especie de perverso error. Ausschwitz es la estación final de un largo proceso de destrucción. Por ello no es exagerado asegurar que, siendo Europa tan profundamente judía, con la Shoá se destruyó a sí misma. Lo que queda hoy de Europa son los restos del naufragio. Un continente que, secuestrado por sus propios demonios, perdió la dignidad. Por eso banalizar la Shoá es algo tan brutal y perverso. Hacerlo, además, desde la izquierda, la que tendría que ser la vígia más rotunda de la justicia y la libertad, es un acto de traición. De traición a la memoria trágica de Europa. ¿Es el síntoma de un nuevo antisemitismo? Sin ninguna duda: minimizando el holocausto, se reduce la dimensión de la tragedia, se relativiza la culpa europea y lo judío vuelve a ser sospechoso, poderoso y peligroso. Ya no existe la víctima judía, existe el soldado israelí que mata niños en Belén, metáfora moderna del judío medieval que bevía la sangre de niños cristianos. Esa relación entre el judío medieval malvado y el malvado soldado israelí resulta placentera para la culpa europea. La izquierda establece esa relación incluso inconscientemente, de manera que podemos decir que la ortodoxia cristiana y la izquierda ortodoxa también cohabitan felizmente en el territorio inhóspito del antisemitismo. Acuso, pues, a la izquierda de traición a la memoria trágica de Europa. Tercero. Acuso a la izquierda de minimizar, justificar e incluso elogiar un nuevo totalitarismo que amenaza seriamente a la libertad: el nihilismo terrorista islámico. Los ejemplos son escandalosos: indiferencia ante atentados graves como la bomba de Amia en Argentina, o el atentado contra las Torres Gemelas, considerado, por parte de la izquierda, casi como responsabilidad americana a causa de su política exterior. Por supuesto, con culpa judía incorporada. La exaltación del terrorismo palestino como fórmula de lucha legítima, hasta el punto de considerar aceptable la inculcación, en la sociedad palestina, y globalmente, en muchas de las sociedades islámicas, de una cultura fatalista del odio y la muerte, cultura que es, sin duda, totalitaria. El buen amigo Marcos Aguinis llama a ello "un retroceso de la izquierda hacia la antimodernidad". Mientras perdona las bombas de Hamás o se manifiesta por las calles contra la intervención americana en Iraq, esa misma izquierda nunca se ha manifestado contra el integrismo que mató más de 4.000 personas en Nueva York, o contra el que ya lleva un millón de muertos en su guerra en Sudán. Tampoco he visto nunca una ONG que quiera enviar escudos humanos a las cafeterías de Tel Aviv. Hay una solidaridad selectiva, derivada de un maniqueismo perverso que convierte a los terroristas en víctimas, y a las víctimas en culpables. El integrismo islámico es el heredero natural de los grandes totalitarismos de la humanidad, el nazismo y el estalinismo. Como ellos es, fundacionalmente, antisemita, y, como ellos, presenta un cuerpo doctrinal basado en el terror, la anulación de todo principio de libertad y el expansionismo sangriento. También, como ellos, actúa ante la indiferencia y/o la complicidad europeas. Acuso, pues, a la izquierda de traicionar a la democracia perdonando al nihilismo terrorista. Nada nuevo, sin embargo, bajo el sol de una izquierda que se ha ido enamorando de muchos de los dictadores que ha dado la historia, Stalin, Pol Pot, Fidel, ahora Arafat. Huérfana de épicas propias, desconcertada con su maleta de sueños rotos, la izquierda mira hacia el mundo árabe buscando las resonancias de Lawrence de Arabia. Y se enamora de las guerras totales, de los cantos tribales de la revolución, quizás convencidos que entre el "revolución o muerte" del Che y el "viva la muerte" de Hamás no hay mucha diferencia. Buscan a Lawrence de Arabia y, para desgracia de todos, aún no ha descubierto que, con quien se ha encontrado, ha sido con Bin Laden. Y con ARafat, otro viejo autoritario, corrupto y sangriento. Acuso, pues, a la izquierda de no considerar a las víctimas del terrorismo, de no entender la amenaza que representa el nihilismo, de traicionar, con su ceguera, a la democracia. La acuso de llorar, solo, con el ojo izquierdo. Un ojo izquierdo que, hoy por hoy, es deliberadamente antisemita. ¿Pongo el bonito ejemplo del Forum de Porto Alegre o de Durban? Los residuos de las revoluciones frustradas del mundo hicieron allí su lindo aquelarre. ¿El objeto de deseo? Por supuesto, los judíos. Y es que la culpa judía siempre vende bien en los mercados de la demagogia. ¿Hoy es, pues, Europa más antisemita que antes? ¿Lo es en Francia? Hoy Europa y Francia están reinventando el antisemitismo. Lo reiventan algunos populismos de derecha con fuerte base católica, y lo reinventa la izquierda, dándole brillo y prestigio a lo que antes era pura retórica de extrema derecha. Ese nuevo antisemitismo trabaja adecuadamente el olvido y banaliza la Shoá sabiendo que el olvido siempre es una opción. De hecho, olvidarse es tener buena memoria. Sin duda, la izquierda europea tiene una muy buena mala memoria. Y, con el olvido bien asentado en la ideología, olvida también las causas de la creación del estado de Israel, convierte su legitimidad en sospechosa y criminaliza sus actos. Israel es, quizás, uno de los estados cuya creación tiene más base moral de cuántos estados existen. Sin embargo, es el único estado del mundo que cada día tiene que pedir perdón por existir. Sin ninguna duda, pues, acuso a la izquierda de poner en cuestión la legitimidad del estado de Israel. De ahí que sus actos sean considerados, por naturaleza, culpables. ¿No tiene que ver, con ello, la actitud ciega del Parlamento Europeo, indiferente al uso que l´ANP hace del dinero público europeo? ¿Cómo es posible, me pregunto en nombre de la democracia, que sea dinero europeo el que financie las escuelas del odio donde los niños palestinos son adoctrinados en el fatalismo suicida? Siendo indiferentes somos, inequívocamente, responsables de secuestrar la tolerancia y la modernidad, y de permitir que se encadene en una espiral de odio, impotencia y venganza, a generaciones enteras de palestinos. Lo permitimos, lo financiamos y hasta lo justificamos. Lo cual nos retrotrae nuevamente a la historia. ¿Recuerdan a Hermann Broch?: la indiferencia, esa forma de violencia. Y ello pasa porqué el odio a los judíos no levanta ampollas en la fina piel europea. Fuera odio a los católicos, a los protestantes, a los homosexuales, a los ciudadanos negros, pero a los judíos. ESTE ES EL NUEVO ANTISEMITISMO: El que no se horroriza de que el "Mein Kampf" de Hitler o los abominables "Protocolos de los sabios de Sión" sean best-sellers en el mundo árabe. El que repite los viejos tópicos demonizadores de los judíos, especialmente desde planteamientos intelectuales. El que se enamora de la épica totalitaria del terrorismo palestino y, llevado de un antiamericanismo patológico, se inhibe ante el peligro del integrismo islámico. El que ha encontrado, en la excusa de Israel, un nuevo paraguas donde canalizar un viejo demonio. Acabo, pues, con esta convicción. El rompecabezas del antisemitismo se está armando de nuevo. Estas son las piezas: Primera pieza: el subconsciente europeo, resistente a las lecciones de la historia e inmune a las vacunas que intentan matar definitivamente el virus antisemita. Europa se ha librado de su piel judía, pero no lo ha hecho de su viejo odio. Segunda pieza: un neo-catolicismo populista, más o menos extremo, que también se asienta en una base judeofoba. Tercera pieza: un pensamiento de izquierdas que, sin haber hecho las paces con su pasado totalitario, se enamora de nuevas épicas también totalitarias. Asienta, así, las bases del antisemitismo más peligroso, porqué la izquierda le da prestigio, le da cobertura intelectual y lo arma ideológicamente. Cuarta pieza: el antiamericanismo europeo, derivado del doble complejo que arrastra Europa. Un gran complejo de superioridad, no en vano es la cuna de la modernidad; y un enorme complejo de inferioridad, puesto que es incapaz de resolver ni una sola de sus propias tragedias. Por supuesto, el antiamericanismo es, por definición, antisionista. Quinta pieza: el integrismo islámico, ideología totalitaria y nihilista, claramente enemiga de la modernidad, y cuya base fundacional es el antisemitismo. Cabe decir que el hecho de que 1.200 millones de musulmanes vivan en tiranías teocráticas, no facilita para nada la lucha contra la judeofobia. Territorio común, pues, de más de un dogmatismo maniqueo, la judeofobia actual encuentra nuevos camuflajes, crece y se asienta. Hoy, aquí, ante la Unesco, amparada por ese ejemplo de heroicidad, tenacidad y dignidad que es el Centro Simon Wiesenthal, acuso a la izquierda europea, mi izquierda, de ser la cobertura intelectual del nuevo antisemitismo que existe en Europa. UNA IZQUIERDA QUE SE TRAICIONA A SÍ MISMA, TRAICIONANDO A LA DEMOCRACIA. Nuevamente en Europa ser judío empieza a ser difícil. Y eso que la Europa más europea que ha existido nunca ha sido la Europa judía. Nuestra tendencia al suicidio es, desgraciadamente, patológica. Lo denuncio porqué soy europea. Y, como tal, me siento judía ante el antisemitismo, única posición moral que redime a un europeo de su pasado de vergüenza. Gracias por invitarme. Shalom.

 

PILAR RAHOLA