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Contentieux palestino-israélien

Annapolis : Interview de Me G.W. Goldnadel par Alexandre del Valle
06/12/2007

Au lendemain de la Conférence d’Annapolis sur le conflit israélo-palestinien, "France Soir" a demandé à Me Gilles William Goldnadel*, président de France Israël et d’Avocats Sans Frontières, auteur d’ouvrages de référence sur le conflit du Proche-Orient et les questions de société, connu pour son analyse non-conformiste, ses réactions aux derniers développements de l’actualité.

29/11/07

 

 

France-Soir : Me Goldnadel, que vous inspire l’état des relations israélo-palestiniennes ?

 

G.W. Goldnadel : Le noeud du problème demeure le peu d’intérêt véritable des Arabes de Palestine pour la création d’un État, à côté et non à la place d’Israël. Sinon, cet Etat aurait  déjà été créé, soit en 1947, soit à la suite des accords d’Oslo. En élisant démocratiquement le Hamas *, les Arabes de Palestine ont montré qu’il considéraient toujours majoritairement les Juifs comme des usurpateurs de leur terre. Même les "modérés" du Fatah d’Abou Mazen refusent de reconnaître Israël en tant qu’État juif. Ils ne sont donc toujours pas résolus au partage onusien de 1947 entre un État arabe et un État juif, même en contrepartie de la création d’un État indépendant. D’où le maintien de leur exigence du retour des "réfugiés" sur le territoire israélien. Le peuple arabe de Palestine est divisé en deux camps : le premier, que je veux croire sincère, est prêt à côtoyer pacifiquement un État dénommé « Israël » mais qui deviendrait, de fait binational, avec, inéluctablement à terme une majorité arabe ; le second, déterminé à expulser dès que possible les infidèles du sol sacré. Je ne dis pas qu’il n’existe pas non plus, en Israël, des extrémistes irréductibles, mais la majorité des Israéliens est prête au compromis historique de deux Etats indépendants pour les deux peuples, à condition qu’il s’agisse d’une vraie paix et non d’un nouveau tremplin pour de nouvelles exigences et violences. L’expérience des accords d’Oslo* et des évacuations unilatérales du Liban et de Gaza, considérées comme des signes de faiblesse, a traumatisé même les plus ouverts aux concessions.

 

FS : Dans ce contexte, comment appréhendez-vous les accords d’Annapolis ?

 

GWG : L’histoire dira s’il s’agit d’un tournant radical ou d’une simple péripétie. Le principal argument en faveur de la réunion, c’est que nul n’était capable de proposer la moindre solution pour sortir de la redoutable impasse qui sévissait. Cependant, l’insigne faiblesse des acteurs politiques engagés a de quoi inquiéter. Surtout, s’agissant du Président palestinien. Il ne s’agit pas seulement d’une faiblesse politique comme ses deux partenaires Bush et Olmert, mais d’une carence institutionnelle inouïe : géographiquement, il a perdu la moitié de son territoire au profit du Hamas à Gaza ; le Fatah * ne lui obéit qu’à moitié en poursuivant les actions terroristes contre Israël, par le truchement des brigades Al Aksa, ce qui illustre son manque de pouvoir ; surtout, il existe un pouvoir majoritaire Hamas, démocratiquement élu par le peuple arabe de Palestine. À supposer que tout aille pour le mieux, que vaudra la signature, dans un an, d’un accord avec un  mandataire si juridiquement et politiquement contestable, et alors même qu’Israël aura étalé toutes ses cartes ? Je souhaite une paix définitive entre deux peuples disposant chacun d’un excellent dossier. Je reconnais le caractère incontournable et légitime du peuple arabe de Palestine, même si je n’ai aucune estime pour l’expression de son nationalisme, en raison tant de son irrédentisme, que du caractère morbide de sa culture de la victimisation, et de la violence fanatique de ses méthodes. Il faut cesser de traiter les Arabes de Palestine comme des mineurs incapables, dont les discours et les actes ne devraient pas être pris au sérieux. Il faut leur imposer un devoir de responsabilité. Un État n’est jamais dû, mais doit se mériter. Ils doivent donc choisir entre le maintien de leurs exigences jusqu’au-boutistes, ou la négociation, âpre mais sans violence, pour obtenir une représentation nationale sur une partie d’une terre [à laquelle] je ne doute pas [qu’ils soient attachés]. Quant aux observateurs européens, je souhaite qu’ils montrent autant d’esprit critique à l’égard du nationalisme palestinien qu’à l’égard de la partie israélienne. Dans l’intérêt bien compris des deux camps.

 

F.S. Considérez-vous la nouvelle France de Sarkozy et Kouchner comme plus équitable ?

 

GWG : L’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir a changé profondément la politique étrangère de la France. La rupture avec un archéo-gaullisme tiers-mondiste à l’antiaméricanisme primaire, me paraît incontestable. Le péril islamiste, iranien ou non étatique, a été définitivement assimilé. Nicolas Sarkozy a compris qu’Israël était un État-nation démocratique, déterminé à défendre coûte que coûte son existence identitaire menacée par la violence, et que la France court les mêmes dangers. Même si la France n’entend pas être à la remorque de Jérusalem, elle a rompu avec cette hostilité systématique qui lui servait de stratégie. Le talent baroque et l’indépendance d’esprit de Bernard Kouchner confirment positivement un changement d’attitude amorcé par le Quai d’Orsay après septembre 2001.

Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères, soutient le « pacte d’Annapolis » et les efforts de la Maison Blanche en vue d’un traité de paix au Proche-Orient d’ici fin 2008. «Les Américains ont réussi la conférence d’Annapolis et je ne vois pas pourquoi nous ne leur ferions pas confiance », a-t-il déclaré. Cette unité sur le Proche-Orient confirme le rapprochement entre Paris et Washington depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Le chef de la diplomatie française rappelle que « les questions auxquelles Israéliens et Palestiniens devront répondre pour parvenir à un accord (dont Jérusalem-est, revendiquée par les Palestiniens comme capitale), ont été abordées dans l’Initiative de Genève en 2004 », mais que « ce qui a changé, à Annapolis, c’est qu’Israéliens et Palestiniens sont d’accord pour un Etat palestinien ». Le 17 décembre, Paris organisera une conférence des donateurs pour les Territoires palestiniens, destinée à recueillir entre 2 et 4 milliards de dollars. « Nous allons essayer de changer la vie quotidienne des Palestiniens et de leur donner la liberté de circuler, déclare Kouchner. Sinon aucun projet économique viable ne sera possible ».

Lexique :

 

  • Fatah : « Mouvement national palestinien de libération », politico-militaire, fondé par Yasser Arafat en 1959. En 1993, des négociations avec Israël créent l’Autorité palestinienne. Lors de l’Intifada Al-Aqsa, en 2000, le Fatah est dépassé par le Hamas.
  • Hamas : mouvement politique des Territoires occupés, issu d’une organisation terroriste, créée en 1992 par Ahmed Yassine. Le Hamas a remporté les élections palestiniennes législatives du 26 janvier 2006 et a pris le contrôle de la bande de Gaza, le 15 juin 2007.
  • Autorité palestinienne : Créée par les accords d’Oslo (1993) pour représenter les Arabes de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Elle a un président et une assemblée élue au suffrage universel, une police et des représentants dans plusieurs pays.

 

Interview réalisée par Alexandre del Valle

 

© France-Soir

 

 

Avocats Sans Frontières, France Israël et la revue Controverse organisent un colloque international à la Maison Du Barreau (Paris 75 001) le 10 décembre de 9 h à 18 h, sur les lendemains de la conférence d’Annapolis. S’y exprimeront : l’ancien chef d’état-major d’Ariel Sharon, le général Yaalon, Shmuel Trigano, Michel Gurfinkiel, Gilles William Goldnadel. Benjamin Netanyahou, ancien Premier Ministre, donnera son point de vue de chef de l’opposition avant de rencontrer le Président Nicolas Sarkozy.

 

 

Mis en ligne le 6 décembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org