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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Le viol d’Israël, Caroline Glick
05/01/2008

Pugnace, comme de coutume - plus que de coutume même -, ce texte de l’éditorialiste du "Jerusalem Post", ennemie jurée du Premier ministre israélien Ehud Olmert, ne fait pas dans la dentelle. Même si une bonne part des critiques de Glick sont fondées, on regrettera son exploitation, ad nauseam, de la métaphore du "viol" d’Israël, qu’elle n’a certes pas inventée, mais qu’elle brandit à chaque paragraphe, ou presque, pour mieux discréditer le Rédacteur en chef de "Haaretz", son ennemi idéologique, David Landau, inventeur de la comparaison inconvenante. Une fois de plus, l’invective et le pamphlet prennent le pas sur la confrontation idéologique et politique. Dommage, car le talent de C. Glick n’est pas mince. Il gagnerait à s’épurer en se concentrant, comme elle a maintes fois prouvé qu’elle savait le faire, sur les enjeux politiques, stratégiques et existentiels, pour l’Etat d’Israël, des concessions que s’apprête à faire aux Palestiniens le gouvernement actuel de l’Etat juif. (Menahem Macina).

3 janvier 2008


The Jerusalem Post

Texte anglais original : "The rape of Israel".

 

Traduction française : Menahem Macina

 

Mercredi dernier, Le Jewish Week, de New York, relatait que le directeur du "journal de référence" autoproclamé, en Israël, avait demandé à la Secrétaire d’Etat américaine de violer son pays, et lui avait dit que son fantasme érotique était de voir l’Amérique violer Israël.

Le 10 septembre, lors d’un dîner au domicile de l’ambassadeur américain Richard Jones, la Secrétaire d’Etat, Condoleeza Rice, rencontrait un groupe d’"élites" israéliennes. Au nombre des élites figurait le rédacteur en chef de Haaretz, David Landau. Selon le Jewish Week, Landau avait évoqué Israël comme étant un "Etat en faillite politique", qui avait besoin que lui soit imposé un accord américain. Landau était censé avoir supplié Rice d’intervenir, affirmant que le gouvernement israélien voulait être « violé », et que voir cet événement se produire provoquerait chez lui (David Landau) une éjaculation nocturne [1].

Interrogé par le journal [Jewish Week], Landau prétendit que ce récit de ses commentaire était inexact, mais confirma ensuite avoir dit qu’ « Israël voulait être violé » par un accord imposé, et avoir dit à Rice que son « éjaculation nocturne » était de s’adresser à elle à ce propos. Il ajouta que plusieurs personnes étaient venues le trouver ensuite et l’avaient félicité pour sa remarque, et affirma : « J’ai exprimé ce que beaucoup d’Israéliens ressentent ».

En réalité, pratiquement aucun Israélien ne ressent ce que Landau a exprimé. Mais ses vues sont partagées par son journal et par une partie significative des élites qui dominent le pays.

L’influence de la masse favorable au viol, qui émergea au lendemain de la défaite d’Israël dans la guerre contre le Hezbollah, en 2006, est devenue décisive au cours des quelques derniers mois, à l’approche de la date du rapport final de la Commission d’enquête Winograd sur la guerre. On prévoit que le rapport, qui doit être rendu public à la fin de ce mois, conclura à la responsabilité de Ehud Olmert dans l’échec d’Israël à vaincre la légion étrangère de l’Iran au Liban.

Pour atténuer la demande publique de sa démission, que ce rapport risque de déclencher, Olmert s’est employé sans relâche à courtiser la foule de Landau. A cette fin, il courtise la Syrie, se fait l’avocat du retrait israélien de la Judée, de la Samarie et de certaines parties de Jérusalem, et refuse également d’agir contre l’armée du Hamas à Gaza, entraînée par l’Iran et qui se renforce.

Ensuite, également, une semaine avant la première visite présidentielle de George W. Bush en Israël, Olmert a accordé une interview au Jerusalem Post, dans laquelle il a fait tout son possible pour prouver que Landau a raison. Oui, son gouvernement souhaite être "violé" par les États-Unis.

Avec des accents qui sonnaient plus comme ceux d’un porte-parole palestinien que ceux du dirigeant d’Israël, Olmert a attaqué son propre pays, affirmant que celui-ci ne tient pas ses engagements envers les Palestiniens partisans de la terreur. Selon ses propres termes,

« Il y a une certaine contradiction entre ce que nous voyons réellement et ce que nous avons nous-mêmes promis. Nous nous plaignons toujours des promesses non honorées par l’autre partie. Les obligations n’incombent pas qu’aux autres, nous devons aussi les honorer nous-mêmes. »

Olmert a fait valoir qu’Israël doit se retirer jusqu’aux lignes de l’armistice de 1949, avec des modifications mineures, non pas parce que cela assurera la paix avec les Palestiniens, mais parce que, si nous ne le faisons pas, nous perdrons notre majorité juive.

L’argument du Premier ministre est contestable pour deux raisons majeures. D’abord, les lignes de 1949 ne sont pas des frontières démographiques, mais des lignes de cessez-le-feu. Du côté est de la ligne, vivent un demi-million de Juifs, et du côté ouest, un million d’Arabes. Deuxièmement, les lignes de cessez-le-feu sont indéfendables. Ainsi, se retirer sur les lignes de 1949 non seulement ne résoudrait aucun problème démographique, mais mettrait Israël en péril, sur le plan militaire.

De plus, il y a le fait que les sombres prévisions démographiques sont fondées sur les résultats d’un recensement falsifié, publiés par l’Autorité palestinienne en 1997. Comme le Groupe de Recherche Démographique américano-israélien l’a prouvé de manière convaincante, en janvier 2005, les chiffres de l’AP étaient gonflés dans une proportion de quelque 50 pour cent. Bien que la démographie constitue un problème, Israël ne court pas un danger immédiat de perdre sa majorité juive.

Le danger immédiat auquel Israël est confronté provient non de la démographie, mais de l’idéologie du djihad, qui a convaincu le monde arabe et islamique de viser à la destruction d’Israël plutôt que de l’accepter. Se retrancher sur un territoire exigu dans des frontières indéfendables ne fera qu’aggraver ce problème en montrant aux djihadistes qu’Israël peut être détruit par la violence et la terreur.

Olmert a également argué qu’Israël devait renoncer à sa souveraineté sur Jérusalem parce que les partisans d’Israël le veulent. Selon lui,

« Le monde qui est bien disposé à l’égard d’Israël… qui soutient vraiment Israël, quand il parle de l’avenir, parle d’Israël dans les frontières de 1967. Il parle de la division de Jérusalem. »

C’est ainsi que, dans une interview en anglais, une semaine avant la venue de Bush dans le pays, Olmert a formellement demandé à un ami d’Israël à la Maison Blanche de faire pression sur Israël pour qu’il renonce à ses droits et intérêts nationaux et vitaux.

Dans la même interview accordée au Jerusalem Post, Olmert a admis que son partenaire présumé pour la paix – le leader du Fatah et président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas – ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister et exige le soi-disant « droit au retour » pour des millions de descendants des Arabes qui ont quitté Israël en 1948. Mais, a-t-il rassuré, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Olmert n’est pas inquiet parce qu’il peut lire dans l’âme d’Abbas. Il dit, en effet :

« Si vous demandez [à Abbas] de dire qu’il considère Israël comme un Etat juif, il ne le dira pas. Mais si vous me demandez si, en son for intérieur, il accepte Israël comme Israël se définit lui-même, je pense que c’est le cas. »

Pour Olmert, attentif comme il est à s’assurer le soutien de la bande favorable au viol national, sa foi dans l’âme pacifique d’Abbas est plus importante que la réalité visible sur le terrain. Et cette réalité ne se reflète pas vraiment dans le fait que Fatah et Hamas ne peuvent être distingués l’un de l’autre, sur le plan rhétorique. Cette réalité se reflète aussi dans le fait que les trois Israéliens, assassinés au cours des six dernières semaines – Ido Zoldan, David Rubin et Ahikam Amihai –, ont été tués par les forces de sécurité officielles de l’Autorité palestinienne, qui sont sous le contrôle d’Abbas.

Ces trois meurtres terroristes montrent clairement que l’AP elle-même, plutôt que le Hamas, est le groupe terroriste le plus meurtrier de la société palestinienne. Et les mêmes organes de sécurité de l’AP, qui sont impliqués dans le meurtre d’Israéliens, sont financés et armés par Israël et les Etats-Unis, qui, de plus, les entraînent, conjointement aux Européens et aux Russes.

Plutôt que de protester contre cette sordide réalité, le gouvernement Olmert s’en justifie. Jeudi, le porte-parole d’Olmert, Mark Regev, a déclaré au Jerusalem Post qu’Israël évoquerait devant Bush l’implication des forces de sécurité de l’AP dans le meurtre d’Israéliens ; mais Regev s’est efforcé de minimiser la signification du fait que les forces de sécurité de l’AP elles-mêmes sont celles qui assassinent des Israéliens. Il a fait mention des tueurs comme d’« éléments malhonnêtes et extrémistes au sein de la machine du Fatah et de l’appareil de sécurité palestinien », s’efforçant ainsi de les distinguer de leurs dirigeants qui encouragent et louent leur comportement.

Par leurs actes et leurs déclarations, les Palestiniens eux-mêmes montrent chaque jour qu’il n’y a pas de différence entre Abbas et le Premier ministre, Ismaël Haniyeh, ou entre le Fatah, le Hamas et le Jihad Islamique. Aucun d’eux n’est intéressé à une coexistence pacifique avec l’Etat juif – quoi qu’ils puissent ou ne puissent pas ressentir en leur for intérieur. Il arrivera en Judée, en Samarie et à Jérusalem, ce qui s’est produit à Gaza : tout territoire qu’Israël transférera à leur autorité sera utilisé comme une base d’opérations contre Israël. Toutes les communautés israéliennes abandonnées seront transformées en bases d’entraînement terroriste et en rampes de lancement de missiles.

Mais alors, la réalité de guerre n’a pas grand’chose pour retenir l’attention, sous le spectre menaçant du Rapport Winograd. La seule réalité qui intéresse Olmert est celle de son aspiration à rester en poste. Et pour rester en poste, Olmert a besoin de Landau et de ses amis. Et ainsi, la camisole de force stratégique d’Israël devient de jour en jour plus étroite.


Cette semaine, Ali Larijani, l’homme fort iranien, a effectué une visite d’Etat officielle en Egypte. Il a rencontré non seulement le Président Hosni Mubarak et le Ministre des affaires étrangères, Ahmad Gheit, mais aussi un dirigeant religieux égyptien, président de la mosquée Al Azhar et de l’Université Islamique, le Sheikh Muhammad Tantawi. Au cours de sa visite, Larijani a proposé à l’Egypte une collaboration nucléaire. Il s’est également employé à aplanir les différends religieux entre l’islam chiite et sunnite, pour faciliter une collaboration djihadiste contre les ennemis communs de tous les musulmans.

Aussitôt après la visite de Larijani, Mubarak a enfreint la promesse, qu’il avait faite, une semaine auparavant, à Ehud Barak, de ne pas autoriser les milliers de terroristes du Hamas - qui, de retour d’Arabie Saoudite, cherchaient à retourner à Gaza - à entrer dans la Bande de Gaza par le passage de Rafah, dépourvu de forces israéliennes de sécurité. Mercredi, les terroristes ont traversé la frontière sans rencontrer d’opposition. On rapporte que certains d’entre eux transportaient plus de cent millions de dollars en liquide, reçus de l’Iran et de l’Arabie Saoudite. D’autres revenaient après avoir subi un entraînement militaire en Iran.

Le gouvernement Olmert n’a rien trouvé à redire à cette collusion manifeste avec les ennemis d’Israël. Et comment le pourrait-il ? Admettre que l’Egypte est un Etat ennemi porterait atteinte au scénario de paix du gang favorable au viol national. Pour eux, l’Egypte est le leader du "camp modéré". Plutôt que d’admettre cette réalité, Olmert inonde Mubarak de louanges. Dans son interview au Jerusalem Post, il a dit :

« Quand je pense à ce que pourrait être la situation si nous avions affaire à quelqu’un d’autre que Mubarak, eh bien, je prie chaque jour pour qu’il aille bien et soit en bonne santé. »

La vérité est que, jusqu’ici, la manœuvre d’Olmert a été un succès. Toutes les tentatives publiques pour contraindre Olmert à la démission – en raison de son échec au Liban et à Gaza, et des soupçons de corruption massive qui pèsent sur lui – ont été sabordées. Montant la garde autour de son homme, le camp des partisans du viol national a peu favorisé un relais médiatique des appels populaires à sa démission. Landau et ses amis veulent absolument perdre des guerres et être dirigés par des gens moralement discrédités et incompétents, si cela facilite le viol international de leur pays.

Prenons l’exemple de l’employé du Haaretz de Landau, l’éditorialiste Yoel Marcus. Dans son éditorial du 14 décembre, Marcus appelait à contraindre Olmert à quitter sa fonction. Juste une semaine plus tard, soulignant l’importance du processus de paix, Marcus disait qu’Olmert devait rester au pouvoir après la publication du Rapport Winograd.

Il y a, à Washington, des fonctionnaires qui prétendent que Bush est fâché contre Olmert. Ils disent que Bush s’attendait à ce qu’Olmert tienne tête à Rice quand elle est devenue ouvertement hostile à Israël lors de son retournement, au cours de la conférence d’Annapolis. Ces fonctionnaires affirment que si seulement Olmert tenait tête à Rice, le président aurait enfin l’occasion de la marginaliser.

Il est difficile de savoir ce qu’il faut penser de cette affirmation. Malheureusement, nous ne pourrons vérifier sa valeur de sitôt. Surveillé par le groupe des partisans du viol d’Israël, Olmert a besoin de la pression de Rice. C’est ainsi qu’il a dit au Jerusalem Post que Bush (et, par extension, Rice) « ne fait pas la moindre chose que je n’approuve pas. Il ne soutient rien de ce à quoi je m’oppose. »

La première visite présidentielle de Bush en Israël aurait pu être une grande opportunité pour le pays. Mais, dans son interview au Jerusalem Post, une semaine avant la venue de Bush, Olmert a clairement montré que cette visite sera un désastre. Que Bush le veuille ou non, avant la publication du Rapport Winograd, Olmert ne lui laissera pas le choix. Bush sera forcé de violer Israël.

 

Caroline B. Glick

 

© Jerusalem Post

 

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Note du traducteur

 

[1] Littéralement, "un rêve humide" (wet dream), métaphore d’une éjaculation involontaire durant le sommeil.

 

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Mis en ligne le 4 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org