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Contentieux palestino-israélien

Mythe et réalité du « processus de paix » : le roc des refus palestiniens, V. Chemla
11/01/2008

Un reportage fidèle, détaillé, jamais lassant, bref, de l’excellent journalisme. Le seul problème avec Véronique Chemla est que, comme je l’ai déjà écrit, les superlatifs manquent, et qu’on en est réduit à réitérer ceux qu’on a déjà utilisés. A lire et diffuser largement. (Menahem Macina).

10/01/08

Texte repris du site de Guysen International News.

Les conférences d’Annapolis et de Paris fin 2007 ont visé à relancer « le processus de paix » pour établir un Etat palestinien. A l’occasion de la visite du président américain George W. Bush au Moyen-Orient, GIN revient sur un colloque international à Paris, le 10 décembre 2007, intitulé Mythe et réalité du « processus de paix » : le roc des refus palestiniens. L’occasion de briser bien des mythes et de rétablir des vérités occultées pour esquisser une autre stratégie vers la paix.

Le conflit au Proche-Orient suscite une attention, pas seulement médiatique, sans commune mesure avec l’exiguïté du territoire israélien (1).
« On dit souvent, à tort, qu’il est la source d’instabilité. Mais c’est un conflit parmi d’autres : il y a le djihad islamiste contre l’Occident, les Perses contre les Arabes, les sunnites contre les chiites, les nationalistes contre les djihadistes », a rappelé Moshé Yaalon, ancien chef d’état-major de Tsahal et directeur de recherches au Centre Shalem (2).
Est-ce un « conflit israélo-palestinien » ou « israélo-arabe » ? Ou serait-ce plutôt un conflit né du refus d’Etats musulmans, principalement arabes, de l’Etat juif recréé par leurs anciens dhimmis ? En effet, « pour beaucoup de musulmans, le sionisme est un blasphème théologique »(3) . « Les Palestiniens dénomment la recréation de l’Etat d’Israël la Nakba, traduction en arabe de Shoah ! Une falsification incommensurable », s’indigne Shmuel Trigano, directeur de la revue Controverses, coorganisatrice de ce colloque avec l’association France-Israël Général Koenig et Avocats sans frontières (ASF).

« La guerre d’Oslo »(4)
Le fameux « processus de paix » reflète-t-il l’aspiration des Israéliens à la paix ou constitue-t-il pour les Palestiniens une hudna, c’est-à-dire une trêve conclue par les musulmans quand le rapport de force avec ce qu’ils considèrent leurs ennemis leur est défavorable, et rompue dès que ce rapport leur devient favorable ? A l’instar de la trêve de Hudaibiya [3] qu’a conclue le prophète Mahomet avec les infidèles du Hedjaz, et qu’il viole 18 mois plus tard, quand le rapport s’inverse en sa faveur et lui permet de conquérir La Mecque…
Un exemple dont s’est inspiré Yasser Arafat qui, « peu après la signature des accords d’Oslo, a déclaré à la mosquée de Johannesburg (Afrique du Sud), en arabe, le 10 mai 1994 : « Le djihad continuera... Vous devez venir participer au djihad pour libérer Jérusalem, votre précieux reliquaire ». Cette tactique pour reconquérir la Palestine par étapes a été explicitée par Fayçal al-Husseini, ministre des affaires de Jérusalem de l’Autorité palestinienne(5) . Ce double langage des dirigeants palestiniens était connu [de la communauté internationale]. Pour quelles raisons psychologiques le Premier ministre Ytzhak Rabin, homme courageux et avisé, s’est-il enfoncé dans cette voie avec un partenaire ambivalent ? », s’est interrogé perplexe, Me Gilles-William Goldnadel(6) , président de France-Israël et d’ASF. Il s’est insurgé contre la propension des Palestiniens à poser en victimes.
Les accords d’Oslo (1993) ? Un « processus de guerre retors aux slogans faux - la paix contre les territoires (un slogan datant de la conquête arabe) – et dangereux : le retour des réfugiés palestiniens dans leurs foyers induit la destruction d’Israël. Israël, victime du terrorisme palestinien, apparaît paradoxalement comme l’agresseur des Palestiniens ! On n’a jamais vu dans l’histoire un vainqueur céder des territoires et quémander paix et reconnaissance. Les vainqueurs ont toujours dicté leurs conditions », notait Shmuel Trigano.
Malgré les pressions internes et internationales, notamment américaines, Benjamin Netanyahou, ancien Premier ministre d’Israël et chef du Likoud, avait introduit, « la réciprocité et le respect des intérêts sécuritaires israéliens dans les accords d’Oslo. J’avais agi afin d’imposer aux Palestiniens des obligations lors des trois étapes prévues par ces accords ».
« A Oslo, Israël a reconnu le mouvement national palestinien. Celui-ci n’a pas reconnu le sionisme », a souligné Moshé Yaalon. Et Salam Fayad, Premier ministre de l’AP, Ahmed Qurei et beaucoup d’autres …(7) Les mêmes qui revendiquent un Etat palestinien.
Or, les Palestiniens ont refusé un Etat, prévu dès le rapport de la Commission Peel (1937) et le plan de partage des Nations unies (1947), ainsi que l’autonomie envisagée par le traité de paix israélo-égyptien (1979), et ont rejeté les propositions des initiatives diplomatiques de 1985, 1993, 2000, 2001, 2003… Ce qui est cohérent dans une perspective islamiste : « La Palestine est la patrie du peuple arabe palestinien : elle constitue une partie inséparable de la patrie arabe, et le peuple palestinien fait partie intégrante de la nation arabe » (article 1 de la charte de l’OLP adoptée en 1964 et non abrogée(8) ). « Le judaïsme, étant une religion, ne saurait constituer une nationalité indépendante. De même, les Juifs ne forment pas une nation unique dotée d’une identité propre, mais ils sont citoyens des États auxquels ils appartiennent » (article 20 de cette charte). « Le peuple arabe palestinien déterminera son destin après avoir réussi à libérer son pays… La Palestine, dans les frontières du mandat britannique, [qui] constitue une unité territoriale indivisible » (articles 2 et 3 de cette charte).
Quant au mouvement Hamas, sa charte (1988) (9) précise que son programme est l’islam… sur chaque parcelle de la Palestine » (articles 1 et 6). Le Hamas « s’étend partout dans le monde où il y a des musulmans » (article 5).
Dès lors, quels sont les avantages de la création d’un Etat palestinien distinct de l’Etat d’Israël ? « La menace démographique disparaîtra, davantage d’Etats arabes auront le courage d’améliorer leurs relations avec Israël », liste Yaakov Amidror, major-général (réserve), directeur de recherches au JCPA (Centre Jérusalem pour les Affaires publiques)(10) . Mais, « ce serait une victoire qui encouragera le terrorisme ; Israël, derrière « les frontières d’Auschwitz » (Abba Eban), va perdre sa capacité à se défendre, notamment si une entité terroriste se constitue à ses frontières, et la situation sera d’autant plus intenable si al-Qaïda utilise cet espace, devenu un facteur d’instabilité dans la région, pour attaquer Israël ».

Un conflit asymétrique, terminologique et médiatique
Il y a une « préférence palestinienne pour la guerre qui rapporte de nombreux avantages, notamment à une élite de l’AP », relève Jean-Pierre Bensimon, professeur de sciences sociales. Et de poursuivre : « C’est une guerre asymétrique où le faible évite l’affrontement direct, établit un point d’ancrage dans une partie du territoire d’où il organise des actions terroristes et attire l’aide financières des Etats(11) . Une guerre des idées visant à délégitimer Israël. Une guerre agissant sur les arrières pour diviser les Israéliens afin d’obtenir des gains politiques. Une guerre démographique axée sur le droit au retour des réfugiés palestiniens. Une guerre de propagande : les Palestiniens usent de vocables différents en direction du monde arabe (usurpation des terres, jihad, Infidèles) et du monde occidental : droits de l’homme, colonisation, occupation ».
« L’occupation » ? « Pour certains Arabes israéliens, pour le Fatah, pour le Hamas, pour le FPLP, ce terme désigne tout Israël, de la Méditerranée au Jourdain, et pas seulement les territoires conquis lors de la guerre des Six-jours (1967). L’OLP, dont la charte date de 1964, a usé du terrorisme dès avant 1967, avant la « colonisation en Cisjordanie », insistait Moshé Yaalon, qui a dénoncé la propagande diffamatoire (massacre de Jénine) à l’origine notamment d’une manifestation contre sa présence(12) .
Que pense la « rue arabe, notamment palestinienne » ? L’Observatoire des médias palestiniens (PMW ),(13) représenté par son directeur Itamar Marcus, et l’Institut de recherche des medias du Moyen-Orient (MEMRI (14)), représenté par son cofondateur et professeur de littérature arabe à l’université de Jérusalem, Menahem Milson, le révélaient. Preuves à l’appui.
L’enseignement du djihad et de la haine des juifs et de l’Etat d’Israël n’épargne aucun vecteur palestinien : presse, télévision, manuels scolaires, colonies de vacances et tournoi de football pour adolescents portant les noms d’islamikazes (Wafa Idriss, Abd Al-Baset Oudeh(15) ), etc. Itamar Marcus observe un renforcement de « l’islam radical chez les Palestiniens, manifeste notamment par leur adhésion plus large à l’application de la charia », loi islamique.
Quant aux « Arabes israéliens, ils représentent 20% de la population israélienne. Ils forment un groupe non homogène : ils se sont tournés vers tel ou tel modèle identitaire – Israël, AP (Ahmed Tibi devient conseiller politique d’Arafat) ou les pays Arabes - ; ils ont agi comme individus, comme population et comme représentants (10 députés de trois partis politiques à la Knesset). Une majorité est loyale à Israël et à ses institutions. Certains se définissent comme des Arabes palestiniens d’Israël », résume Pascale Zonszain, journaliste et juriste.
Et d’expliquer : « A la période d’euphorie sous le mandat Rabin (1992-1995) et le processus d’Oslo, a succédé une crispation. L’assassinat de Rabin a été perçu comme une tragédie par une partie de la minorité Arabe qui a craint sa dilution dans la majorité juive. L’Etat d’Israël s’efforce de reconnaître des droits aux Arabes comme individus, sans remettre en question le caractère juif de l’Etat, et dans le cadre d’une démocratie ».
Les associations Adala et Mossawa agissent pour faire évoluer le droit des Arabes israéliens. En décembre 2006, le centre Mossawa a présenté Une vision de l’avenir des Arabes palestiniens en Israël , qui demande l’annulation de la loi du retour, le rejet du caractère juif de l’Etat d’Israël et sa transformation en Etat binational ». Un texte qui délégitime l’Etat juif, selon Moshé Yaalon.

Pour une stratégie dans la durée
Sur quoi porte le conflit au Proche-Orient ? De nombreux orateurs ont cité le professeur Bernard Lewis : « Il y a fondamentalement deux possibilités : ce conflit porte sur la dimension d’Israël ou sur son existence. S’il s’agit de la dimension de cet Etat, alors nous avons un problème de frontière, pas facile à résoudre, mais pouvant être résolu dans le long terme et permettant de vivre jusque-là. Si la question porte sur l’existence d’Israël, alors elle est insoluble par la négociation. Il n’y a pas de compromis et aucun gouvernement ne va négocier s’il devrait ou non exister. Sans acceptation sincère du droit d’Israël à exister comme Etat juif, la paix ne peut pas être négociée (17)» .
Selon Moshé Yaalon, « ce conflit n’est pas de nature territoriale, mais idéologique : l’islamisme combat l’Occident. L’idéologie ne peut pas être combattue par des concessions. Les concessions territoriales sont contre-productives et encouragent le djihadisme. Le président Mahmoud Abbas ne respectera pas ses promesses : il avait plus de pouvoir en 2005 et n’a pas voulu alors utiliser ce pouvoir ».
Moshé Yaalon a prôné une « démarche du bas vers le haut, afin que l’AP prouve sa capacité à gouverner, de l’économie à l’éducation, et à reconnaître le lien du peuple juif avec Israël, à cesser toute promotion du djihad. La bande de Gaza doit demeurer une entité hostile aussi longtemps qu’elle sert de base aux attaques contre Israël. Israël et les pays musulmans modérés ont un intérêt commun contre les extrémistes. L’Occident doit renforcer les musulmans modérés. Certains veulent la paix maintenant. Mais cela ne fonctionne pas comme cela. Il nous faut une stratégie sur le long terme et avoir confiance en notre passé » . « C’est à Israël de déterminer ses besoins de sécurité. Nous avions offert un Etat aux Palestiniens au côté de l‘Etat juif, mais nos ennemis veulent cet Etat à la place d’Israël. C’est là l’obstacle à la paix. Nous avons besoin de leaders arabes prêts à accepter l’Etat juif », a résumé Benjamin Netanyahou.
Dans cet avenir, les Etats-Unis, qui se sont imaginés « comme la nouvelle continuité d’Israël », jouent un rôle majeur. Protestant sincère, George W. Bush, est « le président le plus proche d’Israël ». Mais l’administration Bush ne garde pas la même clarté de buts et le même niveau de fermeté et de volonté », regrette Michel Gurfinkiel, journaliste et écrivain .

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(1) Le site Internet du lycée de garçons Luxembourg invite les internautes à résoudre un « problème de physique » dans le cadre d’étude du « mouvement d’un projectile dans le champ de pesanteur’’. Dans ce « problème », « Mohamed, un petit Palestinien de Gaza lance des pierres sur les occupants israéliens. Mohamed « veut atteindre un soldat assis au sommet d’un char à 60 m de distance. Déterminez [la vitesse] pour que la pierre atteigne le soldat (à une hauteur de 4 m). L’enfant lance la pierre avec une vitesse de 20 m/s. A partir du moment où le soldat voit partir la pierre, combien de temps a-t-il pour l’esquiver ? Un deuxième soldat, en accroupi au sol, réagit en tirant une balle de fusil sur l’enfant. La balle sort du fusil avec une vitesse horizontale de 500 m/s. Quel temps mettra-t-elle pour atteindre Mohamed ? » (GIN, 7 décembre 2007).
(2) http://www.shalem.org.il
(3) Richard Landes, Jihad, Apocalypse et Antisémitisme. JCPA, Post-Holocauste et Antisémitisme, n°. 24, 1er septembre 2004/15 Elul 5764 à http://www.jcpa.org/phas/phas-fr-24.htm
(4) Joel Fishman et Ephraïm Karsh, La guerre d’Oslo. Ed. de Passy, 2005.
(5) MEMRI, Special Dispatch Series n° 236, 2 juillet 2001, http://www.memri.org/bin/articles.cgi?
Area=sd&ID=SP23601 et en français à http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=287&id_key=117
(6) Interview de Gilles-William Goldnadel par Véronique Chemla à http://www.guysen.com/articles.php?sid=6459
(7) Daniel Pipes, Accepter Israël comme L’État juif ?, 29 novembre 2007, à http://fr.danielpipes.org/article/5150
(8) Charte de l’OLP (1964) à http://www.amitiesquebec-israel.org/textes/charteolp.htm
(9) Charte du Hamas (1988) à http://www.objectif-info.com/Antisem-islam/charte_hamas.htm
(10) http://www.jcpa.org
(11) Véronique Chemla, le 23 décembre 2007,Des donateurs pour l’Etat palestinien grugés, mais toujours généreux,
(12) La FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme), la LDH (Ligue des droits de l’homme), l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), le PCHR (Centre palestinien des droits de l’Homme), Al Haq, Génération Palestine et l’Union générale des étudiants palestiniens (GUPS France) s’étaient opposés à la tenue de ce colloque à la Maison du Barreau (75001). Le 7 décembre, deux avocats membres de CAPJPO (Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient)-EuroPalestine avaient protesté auprès du Bâtonnier des avocats de Paris contre la présence de Moshe Yaalon et Benjamin Netanyaou. Le 10 décembre, une dizaine de manifestants de Génération Palestine et de la CCIPPP (Campagne civile internationale pour la protection du peuple) ont durant la matinée déroulé des banderoles et crié des slogans anti-israéliens, et déployé un drapeau palestinien sur une façade de cette Maison. L’un d’entre eux, de type maghrébin, est parvenu à atteindre le toit de cette Maison. Là, il a menacé de se jeter dans le vide si le colloque n’était pas arrêté, si Moshé Yaalon ne sortait pas du bâtiment et si des prisonniers palestiniens n’étaient pas libérés. Ce colloque s’est interrompu vers midi en accord avec les organisateurs et le bâtonnier du Barreau de Paris. L’individu a été interpellé par la police. Le colloque a repris son cours vers 14h dans cette Maison située à quelques dizaines de mètres du quai des Orfèvres, un célèbre bâtiment de la police judiciaire de Paris.
(13) http://pmw.org.il
(14) http://www.memri.org
(15) Wafa Idriss est la première islamikaze (attentat à la rue de Jaffa à Jérusalem en janvier 2002) et Abd Al-Baset Oudeh est un Palestinien qui s’est fait exploser lors du Seder de Pessah au Park Hôtel de Netanya en mars 2002.
(16) Daniel Pipes, L’ennemi intérieur d’Israël, The New York Sun, 19 décembre 2006, à http://fr.danielpipes.org/article/4223
(17) Bernard Lewis, On the Jewish Question, The Wall Street Journal, 26 novembre 2007.
(18) Ray Archeld, à L’analyse prospective de la situation au Proche-Orient par l’ancien chef d’état-major Moshé Ya’alon
(19) http://www.jjri.net/ et http://michelgurfinkiel.com

Mis en ligne le 11 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org