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Judaïsme

La "Birkat haCohanim" de Soukkot au Kotel, Itshak Lurçat
01/10/2007

 30/09/07

 

 

La « Birkat haCohanim » [1] - la « bénédiction pontificale » prononcée par les Cohanim lors de la répétition de la Amida [2] – n’est pas seulement une bénédiction dite tous les jours dans toutes les synagogues du monde (lorsque des Cohanim sont présents, bien entendu). C’est aussi une cérémonie particulière, empreinte de majesté, qui a lieu deux fois par an, au Kotel, le « mur occidental » du Temple de Jérusalem, à Soukkot et à Pessah.

 

© Photo Itshak Lurçat

 

Nombreux sont les jours de foule et de liesse populaire au Kotel, mais aucun n’atteint le degré de celui de la Birkat haCohanim de Soukkot. Ce jour-là, des milliers de Juifs – et aussi de non-Juifs - affluent de tous les coins du pays, comme aux temps où le Temple était en place et où Soukkot était une des trois fêtes de pèlerinage. On y trouve une foule bigarrée et très diverse – Juifs orthodoxes en habit de fête, caftan de soie et « Streimel » [3] peu adapté aux dernières chaleurs de l’année, Juifs ashkénazes et orientaux, familles éthiopiennes et marocaines, Juifs traditionalistes et Juifs peu observants, attirés par le caractère particulier de cette cérémonie.

 

© Photo Itshak Lurçat

 

A quelques mètres du Kotel, côté hommes et côté femmes, on distribue des verres d’eau minérale pour éviter tout incident, tant la foule est nombreuse et la chaleur intense. Un jeune Juif haredi [4] fait réciter la bénédiction sur des herbes odoriférantes, comme à la sortie du shabbat dans certaines synagogues, et un peu plus loin, un autre fait réciter la bénédiction du Loulav [5], avec un Etrog [6] de taille imposante, qui doit peser facilement trois ou quatre kilos… Des Juifs orthodoxes sont en pleine conversation avec des policiers du « Yassam », l’unité anti-émeutes. Il règne une atmosphère spéciale, de fête religieuse, mais aussi de rassemblement populaire, sans doute un peu comme l’atmosphère qui devait régner à l’époque du Temple.

 

Des quoi parlent ces haredim avec des policiers israéliens ?... © Photo Itshak Lurçat

 

 

La « Birkat haCohanim », la bénédiction des prêtres, a lieu deux fois de suite, lors de la récitation de la Amida de l’office du matin, puis lors de celle du « Moussaf », la prière supplémentaire des jours de fête et de demi-fête. La prière est dite dans un haut-parleur, puisque l’utilisation de l’électricité est permise à hol hamo‘ed [7], et la voix qui retentit avec une prononciation ashkénaze [8] est entendue sur toute l’esplanade, et bien au-delà. Lorsqu’on arrive au moment attendu de la Birkat haCohanim, la foule se tait et écoute, dans un silence religieux, la bénédiction dite par les prêtres…

 

 

« Sois loué, Eternel, notre Dieu, Roi de l’Univers, qui nous a sanctifiés par la sainteté d’Aaron et nous a ordonné de bénir Ton Peuple Israël avec amour.

Que l’Eternel te bénisse et te préserve !

Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable !

Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi et te donne la paix » !

 

J’écoute, moi aussi, la tête inclinée, et je sens que cette bénédiction est différente de toutes les autres, prononcées à la synagogue. Nous ne sommes pas ici dans un lieu de culte, même si le Kotel peut être comparé à une immense synagogue en plein air, où les fidèles viennent prier, chaque jour, et sont certains de trouver un « minyan » [9] à toute heure de la journée. Les Juifs réunis aujourd’hui à Jérusalem ne constituent pas une simple assemblée de fidèles, car ils représentent le peuple juif dans toutes ses composantes, diverses et souvent opposées, réunies en cette occasion rare et solennelle.

 

Chaque religion – se plaisait à dire le rabbin Léon Ashkénazi, « Manitou » - parle de ce qui lui fait défaut : les chrétiens, d’amour, car ils en ont souvent été dépourvus, surtout à l’égard de leurs frères aînés ; les musulmans, de paix, car ils ont répandu leur foi à la pointe de l’épée ; et nous autres, Juifs, parlons souvent d’unité, « ahdout », car notre peuple, qui est l’un des plus modestes par sa dimension, est aussi l’un des plus divisés. Mais cette division, apparente et bien réelle (qu’on en juge par le nombre de partis à la Knesset, qui sont loin de représenter l’ensemble des opinions au sein du peuple d’Israël), ne saurait masquer l’unité profonde qui existe, malgré tout, et que l’on ressent en certaines occasions particulières. La bénédiction des Cohanim, à Soukkot, en est une.

 

Dans ces rares moments où le « Klal Israël » - la collectivité d’Israël -  est réuni par la prière, ou par la liesse populaire, on ressent intensément le fait que le destin d’Israël est différent de celui des autres peuples, et qu’il échappe aux lois habituelles de l’histoire. En ce jour de Soukkot 5768, alors que les menaces existentielles se font toujours plus pressantes, les mots de la bénédiction des prêtres ne s’adressent pas seulement aux Juifs présents ici, à Jérusalem, ou à ceux auxquels les présents s’unissent par leurs pensées et leurs prières, mais à tout Israël, comme un seul homme, venu demander aux Cohanim de le bénir pour échapper aux dangers qui le guettent.

 

Que l’Eternel te bénisse et te préserve !

Que l’Eternel t’éclaire de Sa face et te soit favorable !

Que l’Eternel tourne Sa Face vers toi

et te donne la paix !

 

© Photos Itshak Lurçat

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] La Birkat hacohanim, également appelée nessiat kapaïm (élévation des paumes des mains), est d’institution biblique (Nombres 6, 23-27).

[2] La Amida ou Amidah, « Prière [récitée] debout »), également appelée la Shmone Esreh, prière de dix-huit bénédictions, est la prière centrale de la liturgie juive. C’est la prière par excellence du judaïsme, d’où l’autre nom que lui donne la littérature rabbinique : HaTefila (« la Prière »). Les juifs pratiquants récitent la Amida lors de chaque office de prière, c’est-à-dire trois fois par jour.  (D’après Wikipedia.)

[3] Streimel : nom yiddish du grand chapeau noir à bordure de fourrure, qu’arborent certains religieux ultra-orthodoxes.

[4] Haredi, pluriel haredim, mot-à-mot : "craignant" (sous-entendu, Dieu]. Terme générique désignant les Juifs ultra-orthodoxes. Voir Wikipedia.

[5] Le loulav est une feuille de palmier.

[6] L’étrog est une espèce de citron odoriférant.

[7] On appelle hol hamo‘ed les jours "jours profanes de la fête", parce qu’ils font partie de la période festive, mais sans avoir le même statut de sainteté. On en trouve l’équivalent dans les manuels liturgiques traditionnels chrétiens, sous la forme "de la férie". D’après Wikipedia.

[8] On appelle Ashkénazes les juifs originaires de France, d’Allemagne, de Pologne, de Russie, de l’ancien Empire austro-hongrois, et plus généralement d’Europe Centrale et de l’Est. D’après Wikipédia

[9] "Le minian est le quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières les plus importantes de tout office ou de toute cérémonie (circoncision, mariage, deuil, etc.)" (Wikipedia).

 

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Mis en ligne le 1er octobre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org