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Christianisme

Le Vatican dénonce le terrorisme palestinien: changement de politique ou embellie conjoncturelle ?
24/11/2007

Depuis la fermeture du site Proche-Orient.info, cet article, parmi d’autres que j’avais rédigés pour ce site, n’était plus accessible. Je le remets en course avec retard, pour les besoins de la documentation. (Menahem Macina).

2 juillet 2002

Depuis que Jean-Paul II a condamné les attentats-suicide en Israël, L’Osservatore Romano, journal officieusement officiel du Vatican, témoigne, lui aussi, d’une attention à l’égard des victimes israéliennes. Mais rien ne dit que cette nouvelle attitude se poursuivra dans la durée.

 

Pour quiconque est familier de la subtile alchimie qui règle les prises de parole du Vatican, l’édition de L’Osservatore Romano du 21 juin ne sera pas passée inaperçue. Le titre de première page s’y détache en gros caractères : « Nouvel attentat à Jérusalem ». Si l’article n’a rien d’original et se contente de résumer les circonstances de l’attentat et la situation dans les Territoires, la liste qui suit, où sont répertoriés les onze plus graves attentats dont a été victime la population israélienne durant les 20 mois de la deuxième Intifada, est plus surprenante. Même si chacune de ces tragédies est résumée par une trop brève phrase, l’effet de masse à la Une n’est pas négligeable.

On peut s’étonner de ce soudain intérêt catholique pour la souffrance d’Israël. Ni les 21 victimes de la discothèque Dolphinarium, à Tel Aviv (1er juin 2001), ni les 15 de la Pizzeria Sbarro, à Jérusalem (9 août 2001), ni même les 20 de l’hôtel du Parc, à Netaniah, assassinées en plein « Seder » de Pesah (28 mars 2002), n’avaient bénéficié d’une telle compassion. C’est que, entre temps, le Pape a parlé. Sortant de sa réserve - que d’aucuns commençaient à trouver scandaleuse (1) – à l’égard des attentats terroristes palestiniens, Jean-Paul II avait énergiquement condamné, deux jours auparavant, l’explosion-suicide perpétrée à Jérusalem, le 18 juin, au cours de laquelle 20 passagers d’un autobus avaient trouvé la mort et 55 autres avaient été plus ou moins grièvement blessés.

On n’avait pas entendu de tels accents dans la bouche de Jean-Paul II depuis l’énergique appel à la conversion, qu’il avait adressé à la mafia, lors de sa visite pastorale à Palerme (Sicile), en 1992

C’est, en effet, en des termes et sur un ton dramatiques, que le Souverain Pontife avait déclaré à l’issue de l’audience générale du 19 juin : "La nouvelle dramatique de l’attentat qui a semé la terreur et la mort, hier, à Jérusalem, ne peut que susciter la réprobation la plus absolue de tous". Et le pape d’ajouter : "Pour la énième fois, je répète à ceux qui trament et planifient des attentats aussi barbares, qu’ils devront en répondre devant Dieu".

De fait, cette déclaration tranche nettement avec les prises de position vaticanes antérieures sur le Proche-Orient, scrupuleusement soucieuses de ne pas prêter le flanc au soupçon de favoritisme envers l’une des parties en conflit. On est loin des sévères admonestations anti-israéliennes, évoquées ici même, dans une chronique antérieure consacrée à l’issue du siège de la basilique de Bethléem par Tsahal.

    

Les trois rappels suivants suffiront à faire mesurer le changement de ton et d’attitude du Vatican :

·         C’est d’abord le pape lui-même qui déclarait, l’an dernier, dans un discours, peu goûté non seulement par les Israéliens, mais par les communautés juives dans leur ensemble : « [Les populations de la région] sont écrasées sous le poids de deux extrémismes différents qui […] sont en train de défigurer le visage de la Terre Sainte. »

·         Quant à L’Osservatore Romano du 10 mars 2002, il n’hésitait pas à écrire : « … Des étudiants, des médecins et des enfants sont victimes d’une violence aveugle qui n’épargne pas les civils. Une chose est certaine : si, dans un premier temps, il semblait que l’on veuille humilier un peuple, maintenant, il semble qu’on veuille le détruire. »

·         Et on lisait encore, dans le numéro du 2-3 avril 2002 de L’Osservatore Romano :
« En réalité, ce qui est en train de se produire se profile comme une attaque lancée contre des personnes, des territoires, des lieux : les Lieux Saints. La terre du Ressuscité est profanée par le fer et le feu et continue d’être chaque jour victime d’une agression qui tourne à l’extermination. »

Il serait cependant imprudent d’affirmer que la cause israélienne est désormais en odeur de sainteté au Vatican. Il se peut, au contraire, que cette amélioration ne soit que conjoncturelle.

En effet, si sincère et honorable que soit l’émotion du Souverain Pontife, il y a peu de chances qu’elle influe de manière significative sur la marge de manœuvre délicate du Vatican dans le traitement du conflit cinquantenaire pour la possession de la Terre Sainte. L’attitude des autorités religieuses s’élabore conformément à des critères d’une complexité quasi byzantine, à rendre fou un diplomate occidental, en ce qu’ils obéissent aux règles, feutrées et subtiles, d’une diplomatie orientale versatile et peu soucieuse de ses contradictions, qui s’élabore dans les salons ouatés des palais patriarcaux, où les cris d’agonie des victimes déchiquetées ne parviennent jamais.


Menahem Macina

© Proche-orient.info

(1) Voir ma dénonciation vigoureuse intitulée "Au pape de Rome".

Article remis en ligne ici, le 24 novembre 2007.