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Christianisme

Benoît XVI aux Etats-Unis, application du "Motu Proprio" et relation avec les juifs
15/01/2008

Le Vatican face à un "ticking clock" (compte à rebours) à propos de la prière pour la conversion des Juifs. (EMS). On notera la remarque déplaisante de l’auteur de cet article (John L. Allen Jr), paru dans le "National Catholic Reporter", de New York : « Il est notoire que le Vatican n’aime pas prendre des décisions avec un révolver sur la tempe… » (Menahem Macina).

14/01/08

Texte repris du site Eucharistie Miséricordieuse (EMS).

 

Relation avec les juifs, voyage de Benoît XVI aux Etats-Unis et application du Motu Proprio  sur la "messe en latin". Autant de sujets déjà abordés à plusieurs reprises, et qui ne manquent pas d’inquiéter.

Il est notoire que le Vatican n’aime pas prendre des décisions avec le révolver sur la tempe, et cela à juste titre - des moments de crise et des pressions extérieures sont rarement compatibles avec une politique prudente.

Pourtant, il est un choix important auquel le Vatican doit faire face ces derniers jours, accompagné d’un compte à rebours qui pourrait créer un sentiment d’urgence inhabituelle.

Le voici en résumé : Que faire de la prière du vendredi saint pour la conversion des Juifs, figurant dans l’ancien rite latin, dont le Pape Benoît XVI a autorisé une plus large utilisation ?

Le compte à rebours est créé par le calendrier liturgique : Vendredi Saint tombe cette année le 21 mars, dans tout juste neuf semaines [1].

Même si cela serait préoccupant de toutes façons, le calendrier est encore compliqué par le fait que Benoît XVI va arriver aux Etats-Unis exactement trois semaines après le Vendredi Saint, et rencontrera une délégation interreligieuse qui devrait comprendre les Juifs.

La dernière chose que les organisateurs souhaitent, c’est qu’un nuage de tension judéo-catholique, ne pèse sur l’événement.

C’est un sentiment particulièrement aigu étant donné le souvenir de la dernière visite de Joseph Ratzinger à New York, en 1988, quand une poignée de rabbins avaient refusé de le rencontrer pour protester contre des commentaires qui auraient prétendument suggéré que le christianisme est l’"accomplissement" du judaïsme.

S’il était nécessaire de rappeler la sensibilité juive à propos de la prière du Vendredi Saint, qui, entre autres choses, demande à Dieu de «lever le voile de leurs cœurs", l’Anti-Defamation League" l’a inscrit fin décembre sur une liste des "10 questions affectant le plus les Juifs en 2007".

L’ADL qualifie l’éventuel retour de la prière, de retour en arrière théologique sur les réformes de Vatican II, et de défi pour les relations judéo-chrétiennes. (Bien sûr, la déclaration de l’ADL n’a pas été bien acceptée dans certains milieux catholiques. Placer Benoît XVI sur la même liste de délinquants antisémites que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, par exemple, a même frappé certains catholiques profondément attachés au dialogue judéo-chrétien, et qui sont eux-mêmes préoccupés par la prière du Vendredi Saint, comme [une attitude] excessi[ve]. Néanmoins, c’est un indicateur que la prière demeure un enjeu.)

A un certain niveau, cela peut sembler une chose facile à régler. En juillet dernier, le Cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’État du Vatican, a dit que le problème pourrait être résolu en substituant la prière pour les Juifs d’après Vatican II pour la liturgie du Vendredi Saint, qui ne fait plus référence à la conversion, mais demande que les Juifs "puissent arriver à la plénitude de la rédemption" [2]. Puisque les textes originaux de la nouvelle liturgie sont en latin, il serait relativement simple de demander aux communautés célébrant l’ancien rite latin d’utiliser la version plus récente de la prière.

(A la mi-novembre lors d’une consultation entre la Conférence des évêques des États-Unis et le Conseil national des synagogues, le Rév. Dennis McManus, un expert liturgique, a également lancé l’idée de retrouver une autre ancienne prière, ou d’en créer une nouvelle, mais la plupart des experts considèrent cela comme plus compliqué, et comme une possibilité à long terme. Mis à part les questions de contenu, l’avantage de la prière du rite d’après Vatican II est qu’elle a déjà été approuvée pour l’usage liturgique.)

Alors, pourquoi ne pas simplement décréter tout de suite que la version latine de la plus récente prière doit être utilisée par tout le monde, et ainsi désamorcer la bombe avant qu’elle n’explose?

Une partie de la réponse, bien sûr, réside tout simplement dans la lenteur du cours normal des affaires au Vatican. Plus en profondeur, cependant, les experts disent que le vrai problème est la crainte d’une dérive: si les autorités ecclésiastiques sont disposées à réviser la prière du Vendredi Saint pour les juifs, au motif qu’elle n’est pas compatible avec l’enseignement de Vatican II, qu’en est-il des autres éléments de l’ancien rite qui, selon certains, posent des questions similaires ?

Par exemple, la liturgie du Vendredi Saint contient aussi la prière pour les hérétiques et pour les schismatiques (incluant les protestants) et pour les païens (c’est-à-dire les non-chrétiens) [3]. Ces prières doivent-elles aussi être révisées, puisqu’elles ne reflètent pas [le vocabulaire] de Vatican II ? Plus largement, certains critiques affirment que la majeure partie de la symbolique et de la langue de l’ancienne messe est incompatible avec la vision du Concile. Tout cela devrait-il être mis sur la sellette ? [4].

En d’autres termes, le fait de créer un précédent en revoyant l’ancien rite de façon sélective pourrait conduire à sa mort du fait de nombreuses coupures.

Compte tenu de cette préoccupation, on ne sait pas comment l’incertitude quant à la prière du Vendredi Saint pourrait être résolue, ni quand. Le cardinal Bertone a annoncé cette semaine, dans un entretien avec le magazine italien, Famiglia Cristiana, que le Vatican travaille à un document de clarification de l’application de la décision du pape, mais il n’a donné aucun "calendrier".

 

Article original en anglais sur le site de NCR [5]:

Traduction : beatriceweb.eu

(Ceux qui s’intéressent aux relations entre juifs et catholiques, et aux résultats du voyage de Benoît aux États-Unis, seront certainement attentifs.

Une page à relire : Plusieurs cercles juifs et des organes de presse ont réagi vivement à l’occasion de la promulgation du "Motu Proprio Summorum Pontificum" de Benoît XVI sur la Messe ancienne, en appréhendant la réintroduction de la prière pour les Juifs : Benoît XVI, le Motu Proprio et la prière pour les juifs [6].

 

© EMS

 

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Note de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] La traductrice a omis, sans raison apparente, la phrase suivante : "(As a footnote, I refer to the “old rite” rather than “old Mass” because, of course, Mass is not celebrated on Good Friday. Pre-consecrated hosts are distributed during a liturgical commemoration of the Passion of Christ.)". Traduction : Je rappelle en passant que je parle de "rite ancien" plutôt que d’"ancienne messe", parce que, bien entendu, on ne célèbre pas la messe le Vendredi Saint. Des hosties pré-consacrées sont distribuées au cours d’une commémoration liturgique de la passion du Christ.

 

[2] Pour être précis, rappelons que le rituel de Saint Pie V, cher aux traditionalistes, qui a été révisé par Jean XXIII, contient toujours une prière pour la "conversion des juifs" ainsi énoncée : "Prions pour les juifs. Que le Seigneur notre Dieu lève le voile de leurs coeurs et leur permette de reconnaître Jésus-Christ." La messe "moderne", celle de Paul VI (1970), correspond mieux à l’exigence du respect des Juifs : "Prions pour le peuple juif, le premier à avoir entendu la Parole de Dieu, pour qu’il puisse continuer à croître dans l’amour de son nom et la croyance en son alliance." 

 

[3] L’auteur élude allègrement la différence abyssale de situations: à l’époque moderne, aucun des membres des confessions réputées hérétiques ou schismatiques par l’Eglise catholique, n’a été marqué d’un signe, traqué, détenu en camp de concentration, ni mis à mort comme conséquence, directe ou indirecte d’un enseignement chrétien multiséculaire du mépris, comme l’ont été des millions de Juifs (réputés déicides et perfides). La pudeur, à défaut de justice, aurait dû dissuader l’auteur d’émettre une telle comparaison.

 

[4] La traductrice a omis, sans raison apparente, la phrase suivante : "If so, one might fairly ask, what was the point of Benedict’s ruling in the first place?". Traduction : Si c’est le cas, on peut s’interroger, avec juste raison, sur sur le motif originel de l’ordonnance de Benoît XVI 

 

[5] Le site n’a pas jugé bon d’indiquer le lien à l’article original. Le voici : "Vatican faces ticking clock on prayer for conversion of Jews". J’ai cru utile également de recopier, ci-après, le texte anglais, pour ceux qui lisent cette langue.

 

[6] Voici quelques exemples de ces craintes : "Messe en latin: le bras droit du pape pour un retrait de la prière sur les juifs" ; "Prière pour la conversion des juifs: Question de mots, ou problème théologique ?" ; "Les catholiques prieront-ils à nouveau (en latin), pour la conversion des Juifs ?". Bon dossier sur la question : "La prière pour la conversion des Juifs réapparaîtra-t-elle? - Dossier sur le Motu Proprio Summorum Pontificum", préparé par Jean Duhaime.

 

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Mis en ligne le 14 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

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Vatican faces ticking clock on prayer for conversion of Jews

Created Jan 9 2008

New York

The Vatican notoriously does not like to make decisions down the barrel of a gun, and with good reason – moments of crisis driven by outside pressure rarely make for careful policy. Yet there’s an important choice facing the Vatican these days, accompanied by a ticking clock that could create an unusual sense of urgency.

Here it is in a nutshell: What to do about a Good Friday prayer for the conversion of Jews contained in the old Latin rite, which has been authorized for wider use by Pope Benedict XVI? The ticking clock is created by the liturgical calendar: Good Friday falls this year on March 21, just nine weeks away.

(As a footnote, I refer to the “old rite” rather than “old Mass” because, of course, Mass is not celebrated on Good Friday. Pre-consecrated hosts are distributed during a liturgical commemoration of the Passion of Christ.)

While this would be of concern under any circumstances, the timeline is further complicated by the fact that Benedict XVI will arrive in the United States just three weeks after Good Friday, and will meet with an inter-religious delegation expected to include Jews. The last thing organizers want is a cloud of Jewish/Catholic tension hanging over the event. It’s an especially acute sentiment given memories of Joseph Ratzinger’s last visit to New York, in 1988, when a handful of rabbis refused to meet him in protest over comments allegedly suggesting that Christianity is the “fulfillment” of Judaism.

If a reminder were needed of Jewish sensitivities about the Good Friday prayer, which among other things asks God to “lift the veil from their hearts,” the Anti-Defamation League included it on a late December list of “Top Ten Issues Affecting Jews in 2007.” The ADL called the possible revival of the prayer “a theological setback to the reforms of Vatican II, and a challenge to Catholic-Jewish relations.”

(To be sure, the ADL statement did not go down well in some Catholic circles. Putting Benedict XVI on the same list of anti-Semitic offenders as Iranian President Mahmoud Ahmadinejad, for example, struck even some Catholics deeply committed to Jewish/Christian dialogue, and who are themselves concerned about the Good Friday prayer, as excessive. Nonetheless, it’s an indicator that the prayer remains a live issue.)

At one level, this may seem an easy fix. Last July, Cardinal Tarcisio Bertone, the Vatican’s Secretary of State, said the problem could be solved by substituting the prayer for Jews found in the post-Vatican II liturgy for Good Friday, which no longer refers to conversion but rather asks that Jews “may arrive at the fullness of redemption.” Since the original texts of the new liturgy are in Latin, it would be fairly simple to ask communities celebrating the old rite to use the Latin version of the more recent prayer.

(In a mid-November consultation between the U.S. bishops’ conference and the National Council of Synagogues, Fr. Dennis McManus, a liturgical expert, also floated the idea of finding another ancient prayer, or creating a new one, but most experts regard these as more complicated and long-term possibilities. Aside from questions of content, the advantage of the prayer in the post-Vatican II rite is that it’s already been approved for liturgical use.)

So, why not just decree immediately that the Latin version of the more recent prayer be used by everyone, thereby defusing the bomb before it goes off?

Part of the answer, of course, is simply the normal leisurely course of affairs in the Vatican. More deeply, however, experts say the real problem is fear of a slippery slope: If church authorities are willing to revise the Good Friday prayer for the Jews on the grounds that it’s not consistent with the teaching of Vatican II, what about other elements of the old rite that, according to some, raise similar questions?

For example, the Good Friday liturgy also contains prayer for heretics and schismatics (meaning Protestants) and for pagans (meaning non-Christians). Should those prayers too be revised, since they don’t reflect the more sensitive argot of Vatican II? More broadly, some critics charge that much of the symbolism and language of the old Mass is inconsistent with the vision of the council. Should all that be put on the operating table? If so, one might fairly ask, what was the point of Benedict’s ruling in the first place?

Creating a precedent for selective editing of the old rite, in other words, could open the door to death by a thousand cuts.

Given that concern, it’s not clear how the uncertainty over the Good Friday prayer might be resolved, and perhaps equally critically, when. Bertone announced this week in an interview with the Italian magazine Famiglia Cristiana that the Vatican is working on a document clarifying implementation of the pope’s ruling, but offered no sense of timing.

Those interested in Jewish/Catholic relations, and in the outcome of Benedict’s trip to the United States, will certainly be watching.

Two other points are in order. I’ve made both before, but since this controversy hasn’t gone away, they bear repeating.

First, Catholics have been able to celebrate the pre-Vatican rite with permission from their local bishop since Pope John Paul II authorized it with a special indult in 1984. For the last 24 years, therefore, a handful of Catholics have been reciting the old prayer for the conversion of the Jews each Good Friday – without, in the eyes of most experts, any appreciable impact on Jewish/Catholic relations. Of course, the difference this time around is that Benedict’s motu proprio has raised the profile of the old rite, ensuring that saying the prayer this time would be a cause célèbre.

Second, a bit of misunderstanding continues to circulate in some quarters about Benedict’s ruling, one which affects the Good Friday controversy. Because the pope decreed that priests should not celebrate private Masses in the old rite during Holy Week, some have concluded that the Good Friday prayer would never be used in any event. In fact, however, the pope made a distinction between private Masses and public celebrations for stable communities. Where Catholics routinely worship according to the old rite, they will continue to do so during Holy Week, and therefore would use the old Good Friday prayers – absent any contrary instructions from the Vatican.

In August, I published a comment that makes the point: “There is no doubt that the motu proprio permits public celebration of the ‘62 Missal during Holy Week in parishes with a stable group of faithful,” said Msgr. James Moroney, former executive director of the Secretariat for the Liturgy for the United States Conference of Catholic Bishops.