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Israël (Société - mentalités)
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Selon F. Frattini, Commissaire européen à la sécurité, l’Europe n’a pas été équitable envers Israël
24/01/2008

Très bref extrait : «… il y a eu beaucoup d’incompréhension entre l’Europe et Israël au cours des récentes années… Trop longtemps, l’opinion publique européenne et quelques-uns de ses dirigeants ont fait porter à Israël une trop grande part de la responsabilité de l’échec du processus de paix…». Il va de soi que tout le discours du Commissaire européen n’est pas, tant s’en faut, consacré à un mea culpa européen, ni à une reconnaissance des torts de l’UE envers Israël, il n’en témoigne pas moins d’un revirement significatif d’attitude de la part de cette importante institution. En témoigne cette phrase : «L’Europe est mieux préparée à prendre elle-même des risques réels, à investir gros sur le plan politique et à assumer les problèmes et les intérêts israéliens, d’une manière qui ne figurait pas à notre ordre du jour dans les premières années de l’Intifada». On pourra objecter que l’empathie, dont fait preuve Frattini pour l’Etat juif, n’est pas forcément partagée par les hautes instances de l’UE. Mais quiconque lit attentivement ce texte aura tôt fait de se convaincre qu’il ne s’agit pas d’un discours d’apparat, ni de formules diplomatiques aimables, mais d’un exposé succinct des grandes lignes d’un vrai projet de synergie politique entre l’Union et Israël. On notera, à ce propos, que l’orateur parle de « l’Etat juif d’Israël », une formulation qui n’est certainement pas innocente, si l’on en juge par les tentatives, irritées et réitérées à plusieurs reprises ces dernières semaines, des dirigeants palestiniens – dont le Président de l’AP, Mahmoud Abbas lui-même [*] – pour la récuser [*]. (Menahem Macina).

[*] Voir : " Report: Abbas reiterates refusal to recognize Israel as ’Jewish state’ ", Haaretz, 02.10.08.

 

Sur le site de l’Union Européenne

Texte original anglais : « From the outside, looking in: international perspectives on the Middle East Israel at 60: test of endurance » [Regarder de l’extérieur à l’intérieur : Perspectives internationales pour le Moyen-Orient. Israël à 60 ans : une épreuve d’endurance]. 

 

Traduction française : Menahem Macina.

 

Herzliya, 22 janvier

 

Je suis heureux d’être ici, en Israël, quelques jours seulement après des discussions sur des sujets centraux entre Israël et les négociateurs palestiniens. Cela me fournit l’opportunité d’être avec des amis, de parler de politique et d’échanger mes vues, partagées par beaucoup à défaut de tous en Europe.

Durant huit longues années, le conflit entre Israël et l’Autorité Palestinienne n’a produit que du désespoir et enflammé l’extrémisme. Les espoirs de paix de 1990 ont engendré le scepticisme. La porte qui s’était ouverte à Oslo s’est refermée sèchement sur nous, d’un seul coup, à l’automne 2000. Il y a maintenant, semble-t-il, une nouvelle opportunité. Nous ne pouvons la laisser s’échapper comme les précédentes. Mais pour saisir l’occasion et faire de 2008 l’année de la paix israélo-palestinienne, nous ne devons pas être aveugles aux leçons du passé.

Les années 2000-2008 ont été ponctuées non seulement par les souffrances des peuples israélien et palestinien, mais aussi par une grande incompréhension de la nature réelle de ce conflit, partout dans le monde et en Europe.

Nous autres, Européens, avons toujours cru que la paix au Moyen-Orient est très importante pour nous. Nous sommes vos voisins ; nous avons en commun un passé riche en grandes réalisations et en terribles tragédies.

Plus encore, nous avons en partage un avenir de compréhension et de prospérité accrues.

Résoudre ce conflit nous permettra de traiter plus facilement d’autres défis. Nous avons depuis longtemps reconnu les droits nationaux du peuple palestinien. Nous avons également réitéré notre engagement de longue date en faveur du droit de l’Etat juif d’Israël à vivre en paix et en sécurité.

Mais au-delà de la réitération fréquente de ces convictions, il y a eu beaucoup d’incompréhension entre l’Europe et Israël au cours des récentes années.

Israël s’est plaint de l’Europe durant des années – et non sans raison, quelquefois. Trop longtemps, l’opinion publique européenne et quelques-uns de ses dirigeants ont fait porter à Israël une trop grande part de la responsabilité de l’échec du processus de paix.

Trop longtemps, nous avons négligé les inquiétudes et les préoccupations légitimes d’Israël concernant le terrorisme, le fanatisme et le refus de groupes importants, au sein du monde arabe, d’accepter l’existence d’Israël, sans parler de sa légitimité.

Trop longtemps, le fâcheux état de la sécurité d’Israël a dépassé notre compréhension et a été rejeté comme le prétexte d’une inaction diplomatique.

Au lieu de cela, nous aurions dû comprendre plus tôt les préoccupations d’Israël, car votre situation difficile face au terrorisme est la même que la nôtre. Cela ne veut pas dire que le bilan d’Israël est sans tache. En tant qu’amis, il est de notre devoir de critiquer notre ami et allié, courtoisement et avec respect, quand nous estimons que vous avez eu tort. Mais, trop souvent, notre critique n’a pas réussi à reconnaître au moins les dilemmes auxquels Israël était confronté. Nous avons demandé à notre ami de prendre des risques, mais nous ne lui avons pas toujours offert des garanties qu’en prenant ces risques Israël ne se retrouverait pas sans aide.

Durant les trois années de la seconde Intifada palestinienne, beaucoup, en Europe, hésitaient à reconnaître que la tendance croissante et insidieuse de la haine que la violence au Moyen-Orient a déchaînée pouvait être appelée "antisémitisme". Cette maladie européenne a développé de nouvelles racines et pris de nouvelles formes. Mais les choses ont changé. Des gouvernements ont pris note et ont agi davantage. Cette attitude préjudiciable, cette prise de position à l’égard d’Israël et des Juifs n’a pas de place et ne doit pas en avoir dans l’Europe d’aujourd’hui. Qu’on les présente comme les effets indésirables d’injustices politiques ne change rien. C’est tout simplement injustifiable. Point.

L’antisémitisme est la forme la plus laide et la plus hideuse de la haine raciale, qui aboutit à maltraiter nos concitoyens juifs. Les Européens n’ont pas besoin qu’on leur rappelle à quoi cela peut mener. Quand Israël nous rappelle l’antisémitisme en Europe aujourd’hui, nous devons prendre la chose au sérieux, car ce terrible préjudice, si on s’abstient de l’affronter, constitue une grave menace pour l’édification de nos sociétés démocratiques.

De même, l’Europe évalue mieux maintenant les aspects complexes du paysage moyen-oriental. L’Europe est mieux préparée à prendre elle-même des risques réels, à investir gros sur le plan politique et à assumer les problèmes et les intérêts israéliens, d’une manière qui ne figurait pas à notre ordre du jour dans les premières années de l’Intifada.

Il y a moins de deux mois, des dirigeants se sont assemblés à Annapolis, dans le Maryland, pour rétablir l’espoir dans le processus de paix israélo-arabe. En parcourant la liste des participants, on ne peut manquer de reconnaître le long chemin parcouru au cours des huit dernières années. Beaucoup de ministres des affaires étrangères des Etats-membres de l’Union européenne étaient là, côte à côte avec des diplomates de haut rang de l’UE. A elle seule, notre forte présence à Annapolis est significative, comparée à notre absence politique antérieure, comme en 2003, à Aqaba.

Certes, Annapolis est une promesse de paix, non la paix elle-même. Nous croyons que ce conflit fait partie d’un réseau complexe de problèmes apparentés dans la région.

Heureusement ou non, l’entièreté du processus est très fortement influencé par le contexte politique régional, qui est loin de rendre facile la position de MM. Olmert et Abbas.

L’Iran s’efforce de jouer un rôle mondial et d’exercer une hégémonie régionale. Si la première ambition est légitime pour tout pays démocratique, la posture du Président de l’Iran, appelant à la destruction d’Israël et mettant en doute l’Holocauste met ces objectifs dans une lumière entièrement différente et extrêmement inquiétante. Nous, les partenaires internationaux devrions empêcher l’Iran de se doter d’une bombe atomique. Cela déstabiliserait énormément le monde et la région. Déjà maintenant, les pays arabes ont peur de l’Iran. Que serait-ce si ce pays avait un tel moyen de dissuasion ? L’Iran serait le seul pays de l’OPEC à posséder une bombe atomique. Il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences que cela pourrait avoir pour Israël, pour la région, sur les prix du pétrole et sur la sécurité mondiale. Ce n’est pas seulement le problème d’Israël, c’est notre problème commun, en Europe et dans le reste du monde.

Je suis favorable à la troisième série de sanctions de l’ONU s’il n’y a pas de progrès d’ici la fin de la période de quatre semaines, à laquelle M. Al Baradei a donné son accord en Iran, la semaine passée. Une solution diplomatique serait la meilleure option si, et seulement si, elle est combinée avec des sanctions sévères. Il y a aussi une estimation erronée de la puissance des forces démocratiques en Iran. Malheureusement, elles ne sont pas bien organisées et leur nombre est encore très limité. En tant qu’Europe, nous devons leur montrer ce que leur coûterait l’isolement international et leur faire comprendre la nécessité où ils sont de mieux réagir.

La Syrie est un partenaire de longue date de l’Iran malgré leurs profondes différences. L’un est un régime théocratique shiite et l’autre, un état socialiste à population majoritairement sunnite. Pourtant personne n’a vraiment réussi à les séparer l’un de l’autre depuis 1969.

Rien ne me fait croire que nous y parviendrons cette fois. Leur alliance s’est forgée sur la base d’un combat commun contre l’Occident.

C’est également crucial pour la relation avec le Liban, où les espoirs sont que le plan en trois points négocié avec la médiation de la Ligue Arabe ne soit pas accepté.

Telles sont mes réflexions sur un plan géopolitique plus large. Elles sont fortement influencées par la perception détaillée que j’ai en matière de problèmes de sécurité et de lutte contre le terrorisme mondial – politique dont j’ai la responsabilité en Europe.

Le terrorisme est une menace mondiale. Le monde entier est concerné par lui.

Nous avons des technologies ultrarapides, des transports et des médias stables. Nous avons des liens au niveau individuel – amis, famille ou relations d’affaires -, au niveau politique – par le biais d’organisations internationales -, et, hélas, par le biais de réseaux criminels et terroristes. Les frontières entre l’Europe et le Moyen-Orient, entre l’extérieur et l’intérieur, sont de plus en plus floues.

Un conflit violent dans un pays instable a des conséquences au-delà de ses frontières. Et un pays stable peut avoir des criminels et des terroristes en son sein. L’Afghanistan sous le régime des Talibans, ou les terroristes élevés dans leur patrie anglaise, le démontrent.

Israël n’est pas seulement un partenaire-clé pour l’Europe, il est aussi notre partenaire naturel. Israël vit et existe selon les mêmes traditions et les mêmes valeurs que les citoyens européens. J’espère développer notre coopération dans un avenir proche. C’est la seconde raison pour laquelle je suis venu en Israël rencontrer mes interlocuteurs majeurs. Le premier étant la Conférence d’Herzliya.

Israël combat les mêmes menaces terroristes que l’Europe, mais à une beaucoup plus grande échelle. Nous sommes témoins de l’existence de groupes terroristes nationaux. On constate, en Israël, une radicalisation extrême et une transformation très mobile de groupes islamiques violents, qui agissent dans les territoires occupés et au Liban.

Le principal d’entre eux, le Hamas – qui appuie son radicalisme sur son armée privée – a provoqué une riposte israélienne et constitué un défi pour les opposants palestiniens. Je suis fier de ce que, durant la présidence italienne de l’Union européenne [UE], en 2003, à l’époque où j’occupais le poste de Ministre des affaires étrangères, le Hamas a été mis dans la liste des groupes désignés comme terroristes par l’UE. Le Hamas n’a jamais renoncé à son projet de détruire Israël et rejette toujours le principe d’une solution à deux Etats. C’est pourquoi le Hamas ne peut être un interlocuteur valable, ni pour la communauté internationale, ni pour le pauvre peuple palestinien, qui devra réaliser – et le plus tôt sera le mieux, que le Hamas ne leur a apporté que le désastre.

Les groupes terroristes ont de plus en plus recours aux nouvelles technologies et ont tôt fait de se reconstituer, quel que soit le lieu où ils opèrent dans le monde. En conséquence, il y a beaucoup de choses que l’Europe et Israël peuvent faire ensemble.

L’un des meilleurs résultats est la création de l’ESRIF – Forum Européen pour la Recherche et l’Innovation Sécuritaires –, qui fait appel conjointement aux secteurs public et privé pour soutenir la recherche en matière de sécurité. Un milliard quatre cents millions d’euros (pour les années 2007 à 2013) ont été consacrés à cette entreprise, et je suis fier de ce qu’Israël soit membre de cette initiative.

La sécurité n’est pas un cadeau et je crois que, grâce à une meilleure interaction entre partenaires publics et privés, grâce à une meilleure coopération entre l’Europe et Israël et d’autres partenaires du Moyen-Orient, nous pourrions améliorer considérablement la sécurité de nos citoyens, ainsi que celle de nos intérêts communs.

Je m’engage, à titre personnel et à titre institutionnel, à aider Israël et le peuple israélien, dans les années à venir, en vue de réaliser notre objectif commun de paix et de prospérité dans cette région.

 

Franco Frattini

Commissaire européen à la Justice, à la liberté et à la sécurité

 

Mis en ligne le 23 janvier 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org