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Christianisme

Polémique autour de la prière pour les juifs : Faut-il cesser le dialogue ? Jean-Marie Allafort
09/02/2008

Un texte critique de la nouvelle prière, mais aussi de la radicalité de certaines réactions juives. Ce n’est pas pour rien que Jean-Marie Allafort, l’un des membres de l’équipe de Rédaction de "Un écho d’Israël", composée de chrétiens vivant en Israël, étudie le judaïsme à l’Université Hébraïque de Jérusalem. Il rappelle, en effet, avec beaucoup d’à-propos et de bon sens, que la divergence d’opinions, la "mahloqet", fait partie intégrante du masa umatan (argumentation-discussion) talmudique, et qu’elle n’a pas pour but de dresser les interlocuteurs les uns contre les autres, ou de les pousser à s’en aller en claquant la porte, suite à un désaccord, même aigu. S’il arrive qu’elle divise, les Sages le déplorent, mais tel n’est pas son but. Au contraire, l’opposition, la contradiction aiguisent et stimulent l’esprit des bretteurs de la halacha. Allafort fait bien de nous rappeler à la raison et de nous dissuader de désespérer et de de jeter, comme on dit, le manche après la cognée, avant d’avoir tout essayé pour admettre ce qu’il y a de bien-fondé dans les arguments de l’interlocuteur, quitte à lui tenir la dragée haute tant que l’on n’est pas convaincu de la justesse et de la cohérence de sa vision des choses. Une leçon de choses, alerte et sans prétention, mais extrêmement instructive. (Menahem Macina).

08/02/08


Texte repris du site de "Un écho d’Israël". 
 

 

Les rabbins italiens demandent « une pause » dans le dialogue judéo-catholique suite à la promulgation, le 5 février dernier, de la nouvelle version dans le rite tridentin de la prière pour les Juifs du Vendredi Saint. La réaction de certaines autorités rabbiniques était prévisible. Ce texte, qui ne fait que retoucher l’ancienne formulation de ce rite, ne pouvait qu’engendrer une polémique.

Insistons pour dire que cette prière ne concerne qu’une infime partie des catholiques, fidèles à l’ancien rite latin. La belle formulation du missel de Paul VI de la prière pour les Juifs le Vendredi Saint reste inchangée. Cette retouche est destinée à un public qui, dans sa grande majorité, est héritière d’une tradition anti-juive, voire parfois antisémite. Si ces chrétiens ne considèrent plus le peuple juif comme déicide, c’est déjà un progrès notoire.

Ce texte liturgique est donc une concession pastorale à une communauté à la frange de l’Eglise catholique. Elle n’implique en rien un changement d’attitude, aussi bien sur le plan théologique que sur le plan du dialogue.

Qui mieux qu’un Juif peut comprendre que la tradition est fondamentale et qu’une phrase liturgique, même malheureuse, ne saurait effacer plus de 40 ans de dialogue entre le peuple d’Israël et les catholiques ?

Cette formulation reflète également un courant de pensée au sein de l’Eglise (pas seulement catholique) qui interprète d’une façon différente les Ecritures à propos du statut du peuple d’Israël dans l’économie du salut.

Dans certains milieux juifs, on a parfois tendance à penser l’Eglise catholique comme une pyramide, oubliant qu’il existe des écoles théologiques et des courants de pensée très divers. Chaque texte ou discours prononcé à Rome par le pape ou un cardinal n’est pas le dernier mot du magistère, loin de là. Notons ici, d’ailleurs, que la dernière phrase de la prière est une citation presque littérale de Rm 11, 25 qui est ouverte à de nombreuses interprétations.

De même, il serait faux de voir le pape comme un Premier ministre qui annule les décisions de son prédécesseur. La tradition est ici fondamentale. Benoît XVI, avec ses accents propres, se situe dans la ligne de Jean-Paul II, et les acquis dans les relations judéo-catholiques ne sont pas remis en cause.

Aucun texte sorti d’un dicastère romain, ou signé de la main de Benoît XVI n’a été envoyé aux évêques pour leur demander dorénavant de prier pour la conversion des Juifs dans les églises. Aucun document officiel de l’Eglise ne vient altérer les progrès de ces 40 dernières années.

Dans le judaïsme, l’opinion de Rachi n’est pas annulée par celle de Rabénou Tam. Elles existent conjointement et donnent lieu à des discussions et à de nouvelles interprétations. Qui mieux qu’un rabbin peut comprendre cela ?

Les rabbins italiens demandent une pause dans le dialogue comme si nos propres traditions, juives et chrétiennes, pouvaient être, pour un temps, des monologues ! C’est justement en période de crise que le dialogue est nécessaire.

La « mahloquet » (divergence d’opinions) n’existe pas seulement dans le judaïsme, mais aussi dans le monde chrétien. S’il y a mahloquet, il faut absolument continuer la discussion, aussi bien entre catholiques (et ça risque de chauffer sur ce sujet !) qu’avec les Juifs.


 

Texte de la prière pour les Juifs selon le rite tridentin

"Oremus et pro Iudaeis, Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum. Oremus. Flectamus genua. Levate. Omnipotens sempiterne Deus, qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant, concede propitius, ut plenitudine gentium in Ecclesiam Tuam intrante omnis Israel salvus fiat. Per Christum Dominum nostrum. Amen".

Traduction :

Prions pour les juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs cœurs, pour qu’ils reconnaissent Jésus comme sauveur de tous les hommes.

Prions.
Fléchissons les genoux.

Levez-vous.

Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accorde, dans ta bonté, que, la plénitude des nations étant entrée, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

 

Texte de la prière pour les Juifs, le vendredi saint, du missel de Paul VI :

« Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son Alliance.

Dieu éternel et tout puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l’Alliance, comme ton Église t’en supplie. »


Jean-Marie Allafort

 

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 8 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org