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Le virage à 180 degrés de Bush au Moyen-Orient, Bassam Eid et Natan Sharansky
12/02/2008

11 février 2008

The Wall Street Journal

 

Texte anglais original : "Bush’s Mideast U-Turn".


Adaptation française de Sentinelle 5768


Le 24 juin 2002, le Président Bush a présenté sa vision pour une paix israélo-palestinienne. Que nous ayons tous deux applaudi au discours de Bush avec le même enthousiasme peut surprendre.

L’un de nous est un ancien dissident soviétique qui a passé neuf ans au Goulag et qui, après avoir rejoint son peuple à Jérusalem, a été impliqué durant une dizaines d’années dans la vie politique israélienne et occupé un poste de ministre du gouvernement pendant la plus grande partie de cette période. L’autre est un Palestinien qui a consacré sa vie à dénoncer les violations des droits de l’homme, perpétrées contre son peuple, tant par le gouvernement israélien que par le gouvernement palestinien. L’un est un Juif convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la Terre d’Israël. L’autre est un Arabe convaincu du bien fondé du droit de son peuple à la même terre.

Pourtant, alors que nous avons de vrais désaccords qui rendront un compromis historique très difficile et douloureux, nous sommes pleinement d’accord sur le fait que la seule voie vers la paix repose sur la construction d’une société palestinienne libre – une voie que M. Bush a tracée audacieusement dans son discours historique.

Hélas, encouragée par des dirigeants israéliens et palestiniens à courte vue, l’administration Bush, qui entame maintenant sa dernière année de mandat, a remis en vigueur la politique qui a échoué dans le passé, qui n’a rien apporté d’autre que la tragédie, le terrorisme et la guerre, et n’a fait qu’éloigner davantage les perspectives de paix.

La véritable percée à laquelle a donné lieu la vision de M. Bush, il y a cinq ans et demi, n’était pas son appel à une solution à deux Etats, ni même l’invitation adressée aux Palestiniens à « choisir des dirigeants non compromis avec le terrorisme ». La véritable révolution a consisté à poser comme condition de la paix une transformation fondamentale de la société palestinienne.

 

« J’appelle les Palestiniens à construire une démocratie effective, fondée sur la tolérance et la liberté. Si le peuple palestinien poursuit activement ces objectifs, l’Amérique et le monde soutiendront énergiquement ses efforts… Le terrorisme ne créera jamais un Etat palestinien – C’est la réforme qui le construira. Et la réforme doit être plus qu’un changement cosmétique, ou une tentative voilée de préserver le status quo. Une vraie réforme nécessitera des institutions politiques et économiques entièrement nouvelles, fondées sur la démocratie, l’économie de marché, et la lutte contre le terrorisme. »

Beaucoup de critiques ont soutenu, à l’époque, que lier le processus de paix à une transformation de la société palestinienne était une innovation radicale en matière de réconciliation. Ce l’était. Et elle était attendue depuis longtemps.

Ce qui a guidé les décideurs politiques, au cours des décennies passées, fut l’idée qu’un dirigeant palestinien "modéré" qui combattrait le terrorisme pour faire la paix avec Israël avait besoin d’être « conforté » à tout prix. Yasser Arafat était leur modéré. On lui a donné un territoire, des armes, de l’argent et une chaleureuse accolade diplomatique.

On a fait une impasse totale sur ce qui se passait dans la société palestinienne. Alors qu’Arafat vidait la société civile palestinienne de son contenu, en donnant le contrôle de l’économie à des "potes" corrompus, en détournant des milliards de dollars vers ses comptes privés, en foulant aux pieds les droits de son peuple, et en utilisant les médias et les écoles contrôlés par l’Autorité Palestinienne pour endoctriner une génération à une culture de haine, la longue étreinte de la communauté internationale se faisait de plus en plus chaleureuse. En fait, la dictature émergente d’Arafat était considérée comme un atout dans le processus de paix. Voilà, disait-on, le dirigeant « fort », susceptible de conclure un accord. Il ne fallait rien faire pour l’affaiblir.

Le discours de M. Bush était censé changer tout cela. Il était censé mettre l’accent là où il aurait toujours dû être : aider les Palestiniens à construire une société convenable, qui protégerait les droits de leur peuple et favoriserait la paix avec ses voisins. Il était censé entamer la dure tâche d’aider les Palestiniens à reconstruire leur société civile, de construire une économie libre, mettre en place de vrais tribunaux, de réformer leurs services de sécurité et de réorganiser leur système éducatif.

Le Président a eu le grand mérite de mettre l’accent sur les problèmes de démocratie et des droits de l’homme, et d’avoir cru fermement que le progrès en matière de liberté est essentiel pour la paix et la stabilité internationales. Il a fait de cette idée le point central de son second discours inaugural, et il l’a réitérée en juin dernier, à Prague, lors d’une conférence des dissidents du monde entier. Le mois dernier, le Président Bush n’a pas hésité à parler de liberté et de droits de l’homme en plein cœur de l’Arabie.

Mais les quelques années écoulées ont montré que, quand il s’agit de traiter avec les Israéliens et les Palestiniens, le lien vital entre la liberté et la paix est presque totalement passé sous silence. C’est vrai, l’administration ne fait rien contre la volonté des dirigeants israéliens et palestiniens actuels. Mais de même que le processus de paix d’Oslo des années 1990 a été un désastre auquel les dirigeants israéliens et palestiniens ont adhéré de tout cœur, la phase actuelle du processus de paix s’avérera tout aussi désastreuse parce qu’elle néglige ce qui est le plus important.

Plutôt que d’entamer le long et difficile processus de transformation de la société palestinienne, et d’ouvrir finalement la voie à la paix, l’administration américaine a systématiquement soutenu des solutions rapides et absurdes : depuis la conception d’une « feuille de route » qui se contentait de mots en matière de réforme, en passant par le soutien au désengagement unilatéral qui, de par sa nature même, ne tenait pas compte de la société palestinienne, et jusqu’à faire pression pour qu’aient lieu des élections hâtives qui précédaient plutôt qu’elles ne suivaient une réforme, ce qui amena le Hamas au pouvoir.

Lorsque Arafat eut disparu de la scène, nous avons espéré qu’on donnerait sa chance à la vision de Bush. Mais tout ce qui s’est produit, c’est que le président Mahmoud Abbas (aussi appelé Abou Mazen) et le premier ministre Salam Fayad, sont devenus les nouveaux "modérés" qu’il faut renforcer à tout prix. Plutôt que d’établir un lien clair entre le soutien à l’AP et la réforme, et de choisir ouvertement des réformateurs palestiniens sincères qui sont de vrais alliés du monde démocratique, on a promis des milliards à Abou Mazen, bien qu’il n’ait rien fait. Alors que les médias sont entièrement sous son contrôle, la provocation à la haine continue, et personne ne soulève des objections sérieuses à ce propos. Il est, nous dit-on, trop "faible" pour intervenir.

Il y a quelques semaines, lors d’une réunion avec un haut fonctionnaire en charge de la politique étrangère européenne, l’un d’entre nous (M. Sharansky) parla de la nécessité de soutenir l’action de l’autre (M. Eid) dans la promotion de la démocratie et des droits de l’homme dans les territoires palestiniens. Après avoir exprimé son profond engagement pour la paix, la démocratie et les droits de l’homme, le dirigeant européen posa la question cruciale : « Quelle est la relation de M. Eid avec Abou Mazen ? » Ayant entendu qu’elle était tendue, à cause de critiques constantes dues au fait qu’Abou Mazen s’abstient de réformes, l’enthousiasme du haut fonctionnaire s’évapora brusquement.

 

« Cela va être un problème. Nous ne pouvons rien faire qui affaiblisse Abou Mazen ».

 

Cette remise en course d’une ancienne attitude rappelle l’absurdité de ceux qui refusaient de soutenir les dissidents démocrates de derrière le Rideau de Fer, parce qu’ils affaiblissaient leurs dirigeants.

Le Président Bush devrait consacrer la dernière année de son mandat à aider les Palestiniens à entreprendre la transformation de leur société, afin que la vision dont il a parlé naguère avec tant d’éloquence ait une chance de porter des fruits un jour. Nous avons perdu trop de temps à renforcer des dirigeants et à vouloir décrocher la lune. Commençons par renforcer la société palestinienne, et lançons un vrai processus de paix, une fois pour toutes.

 

Bassam Eid et Natan Sharansky *

 

© The Wall Street Journal




* M. Eid est directeur Général du Groupe Palestinien d’Observation des Droits de l’Homme. M. Sharansky est Président de l’Institut Adelson d’Etudes Stratégiques.

 

 

Mis en ligne le 12 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org