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Silence de mort face à la mort: Sdérot comme témoignage à la face des nations (I), Menahem Macina
12/02/2008

Il suffit de consulter Google News, en anglais * et Google Actualités, en français **, pour constater que même si ce n’est pas l’affluence, la presse de langue anglaise parle tout de même des événements de Sdérot, alors que la couverture de presse est quasi nulle dans les médias de langue française, et totale dans la presse française. Sdérot n’est, certes, qu’un cas parmi bien d’autres de ce qu’il est difficile de considérer autrement que comme un parti pris anti-israélien généralisé, mais il me paraît emblématique de la manière injuste dont Israël est traité sur la scène internationale. La présente réflexion se propose de l’utiliser comme fer de lance d’une action de hasbarah de longue haleine. Mais il doit être clair qu’elle n’a pas la prétention de constituer une analyse politique et/ou sociologique destinée aux praticiens des relations publiques ou aux lobbyistes. Elle s’adresse uniquement à des militants fervents de la cause de l’Etat juif, auxquels elle propose de mobiliser toutes les ressources de leur foi sioniste et de leur amour d’Israël pour porter un témoignage susceptible de gagner les cœurs et les esprits des hommes et des femmes au cœur droit.

* Sdérot dans la presse de langue anglaise. ** Sdérot dans la presse de langue française.

 

 

Sdérot, un cas d’école

   Photo Reuters
Il faut admettre qu’à l’échelon de la planète, Sdérot, petite ville du sud d’Israël (24 000 habitants en 2006), située à moins d’un kilomètre de Gaza, n’a rien pour attirer l’attention. Le moins qu’on puisse en dire, c’est que cette localité israélienne ne défraie pas la chronique. Encore moins fait-elle la une de la presse nationale et internationale. Elle le devrait pourtant.

Dans un monde hypersensible aux atteintes aux droits de l’homme, aux attentats et autres violations des lois internationales, Sdérot devrait constituer un cas d’école.

En effet, que reprocher à cette ville, qui lui mérite d’être bombardée, depuis des années, par des factions terroristes d’un peuple palestinien en voie d’étatisation, avec lequel le gouvernement israélien est censé conclure la paix ?

Mais la situation est encore plus surréaliste quand on sait que faire la paix avec un ennemi suppose qu’il existe une situation de belligérance déclarée entre Etats souverains. Or, des deux "belligérants", le seul à constituer un Etat souverain, c’est Israël. L’entité adverse, dénommée Autorité Palestinienne, porte de plus en plus mal son nom, puisque comme sont censés le savoir tous les journalistes, son pouvoir central a perdu une bonne partie de son autorité, depuis que le Hamas s’est emparé du pouvoir dans la bande de Gaza et est en lutte larvée avec cette Autorité palestinienne, seule reconnue à l’échelle internationale.

L’imbroglio qui résulte de cette situation invraisemblable – mais hélas, terriblement réelle ! – rend impossible toute solution de ce conflit local, dans le cadre du contentieux plus général entre Palestiniens et Israéliens.

Mais faisons abstraction, un instant, du contexte politique local complexe; plaçons-nous sur le plan du droit international et des conventions humanitaires internationales, et posons-nous la question suivante :

Quel Etat au monde, supporterait qu’une de ses villes – et peu importent sa taille et sa localisation géographique – soit bombardée quotidiennement, au point que sa vie sociale et économique soit perturbée en permanence, et que l’existence et/ou l’intégrité physique de ses habitants dépendent uniquement de l’imprécision des tirs ennemis, ou de la chance ?

La question est rhétorique, bien sûr, et l’on en connaît la réponse.

Si l’on ajoute à ce constat, le fait que les auteurs de ces actes de barbarie appartiennent à des organisations terroristes qui ne sont officiellement ni mandatées, ni soutenues par l’Autorité Palestinienne, mais bénéficient de l’appui explicite des autorités de la bande de Gaza, qui ont fait dissidence par rapport à cette Autorité, force est de reconnaître que l’agressé – l’Etat d’Israël – ne dispose d’aucun moyen de droit pour se défendre par les voies conventionnelles et n’a d’autre choix que de recourir à la force armée.

Le résultat, bien connu, est un scénario dûment huilé, qui a prouvé son efficacité redoutable en termes d’image au détriment de l’Etat d’Israël. Quelques photos bien choisies suffisent. D’un côté, "l’agresseur casqué botté" disposant d’une technologie militaire avancée, de l’autre, des "civils sans défense" qui luttent pour l’indépendance de "leur pays", la Palestine, indûment occupée par des "colons juifs armés jusqu’aux dents et impitoyables".

C’est gros, mais ça marche. D’ailleurs, qui ne sait qu’en propagande, plus c’est gros, plus ça passe ?

Le problème, pour les Israéliens, c’est que, confrontés à une situation sans équivalent dans le monde, et désirant ne pas se mettre en tort sur le plan du droit international et des droits de l’homme, le gouvernement d’Israël a les pieds et les poings liés. La manière forte, préconisée par un nombre croissant de membres du gouvernement et de l’armée, en l’espèce d’une réinvasion de la bande de Gaza, et d’un démantèlement systématique de l’infrastructure et des armements dont il sera possible de déterminer l’existence et l’emplacement, risque d’obtenir l’inverse de l’effet escompté. Tout d’abord, une telle opération sera catastrophique en termes d’opinion publique mondiale, pour Israël. De surcroît, si douloureux que soient les coups portés aux organisations terroristes, il ne fait aucun doute qu’elles se réorganiseront et se réarmeront à plus ou moins brève échéance. La leçon de la guerre contre le Hezbollah, au Liban, à l’été 2006, en témoigne.

C’est là, il faut bien l’avouer, une situation extrêmement décourageante, pour ne pas dire désespérante, d’autant que l’opinion publique internationale, y compris celle de la majorité des dirigeants politiques des Etats du monde, est extrêmement défavorable à Israël.

Que faire donc ?

 

Vers un changement radical de stratégie médiatique

En diaspora, et ce de manière traditionnelle, les Juifs ont toujours privilégié le loyalisme à l’égard des autorités civiles de leur pays d’accueil, et se sont efforcés de défendre leur cause, y compris celle d’Israël, par des voies politiques et diplomatiques. Le calcul étant, à peu près : Soyons bien en cour avec le pouvoir, pour limiter les coups que veulent nous infliger nos ennemis. Bref, c’était une politique de recherche de protection.

Il a fallu longtemps pour que nous commencions à comprendre que, depuis quelques décennies, la situation s’est inversée. Ce n’est plus le pouvoir de l’Etat qui s’impose à sa population, mais l’inverse, dans un grand nombre de cas de figure. En d’autres termes, un gouvernement, si fort soit-il, ne peut faire fi de son opinion publique, et l’on peut être sûr que, quelle que soit la manière dont il s’y prendra pour faire passer la pilule, il ne prendra pas le risque de soutenir les intérêts – même légitimes – d’une minorité peu importante de sa population, contre l’hostilité du plus grand nombre.

La chose se complique si l’on prend en compte un autre paramètre, souvent tu dans le discours politique. Les pouvoirs publics savent que l’immense partie des nationaux juifs de leur Etat, ont à cœur la survie et la sécurité d’Israël. Mais Israël n’est pas la diaspora. C’est un greffon juif en plein territoire considéré comme arabe et musulman par les Arabes et les Palestiniens, cela va de soi, mais également par un nombre croissant d’Etats du monde.

Sans tomber dans le discours islamophobe - qualificatif très en vogue et moyen de chantage efficace pour faire taire toute analyse critique défavorable aux menées anti-israéliennes arabo-musulmanes -, on peut bien dire que la "rue musulmane" a de plus en plus d’influence sur l’opinion française. En revanche, la cause de l’Etat d’Israël, en butte depuis des décennies à des campagnes incessantes de délégitimation et de calomnies à l’échelle internationale, est d’autant plus difficile à soutenir pour quiconque, et encore davantage pour les politiques et les autorités d’un Etat qui ne peut se permettre d’être considéré comme partial – même si c’est inexact -, et qui ne prendra certainement pas le risque de soutenir ses électeurs les plus faibles et de s’aliéner les suffrages les plus nombreux des ennemis d’Israël, au pire, des indifférents, au mieux.

Même si je ne prétends pas avoir raison sur toute la ligne, il me semble que les Juifs de la diaspora doivent reconsidérer de fond en comble les orientations, les stratégies et les thèmes de leur hasbarah en faveur d’Israël.

Il doit être clair que je ne parle pas ici de propagande, mais de communication et de témoignage. Hasbarah signifie explication. Il s’agit donc d’expliquer les actes et les intentions d’Israël à des citoyens, de prime abord mal disposés à l’égard d’Israël, le plus souvent en raison du conditionnement et de la propagande hostile dont ils ont été l’objet depuis une date que l’on peut assigner à 1967, soit après la victoire de l’Etat juif sur la coalition d’Etats arabes, en juin de cette année-là, lesquels n’avaient pas fait mystère de leur ferme intention de "jeter Israël à la mer".

Je ne m’attarderai pas ici sur les circonstances de cette dégradation des relations, auparavant généralement cordiales, entre les Etats du monde et Israël, ni sur les responsables de cette situation, habituellement montrés du doigt – tel, surtout, le Chef de l’Etat français d’alors, dont la petite phrase célèbre ci-dessous a fait des ravages.

 

"Un peuple sûr de lui et dominateur". Dessin de Tim, paru dans Le Monde,
au lendemain de la déclaration du Général de Gaulle, après avoir été refusé par L’Express

  

Je parlerai plutôt de ce qu’il est possible de faire pour au moins tenter d’inverser la tendance.

 


Deux excès contraires à éviter : l’apaisement de nos accusateurs et la fièvre messianique

 

C’est une tendance invétérée de l’âme juive, due à un long passé de persécutions et d’accusations insensées, que de tenter de prouver, par des moyens rhétoriques, que nous ne sommes pas si mauvais qu’on le dit, et de nous efforcer ainsi de nous concilier nos adversaires. Autant cette attitude est compréhensible, autant elle est inefficace, voire contreproductive.

De même, nous ne devons pas adopter le travers masochiste qui consiste à battre notre coulpe, quand ce n’est pas à confesser notre culpabilité, comme à Kippour. Ce n’est pas à Dieu que nous nous adressons, pour que nous nous croyions obligés de clamer : hattanou – nous avons péché -, mais à des hommes et des femmes de notre temps qui croient, plus ou moins sincèrement – souvent parce que c’est l’opinion dominante – qu’Israël et son armée sont brutaux et impitoyables, et qu’en définitive, ils occupent un peuple dont ils ont usurpé la terre.

J’entends d’ici la réaction scandalisée : Mais c’est notre terre ! Certes. Mais si nous sommes religieux, ou au moins versés dans la connaissance de nos Ecritures saintes, des monuments littéraires de notre Tradition et des enseignements de nos Sages, nous devons savoir aussi que c’est le Saint, Béni-soit-Il, qui nous rendra ce qui nous revient, c’est-à-dire l’héritage de la terre. La littérature rabbinique tout entière enseigne que les tentatives de hâter la fin par des moyens violents sont non seulement vouées à l’échec, mais que leurs conséquences sont toujours néfastes pour Israël.

En témoigne l’Ecriture :

Dn 11, 14 : "les violents parmi ceux de ton peuple se lèveront pour accomplir la vision, mais ils trébucheront" ;

De même, Rambam (Maïmonide) :

« Salomon… savait, par l’Esprit Saint, que notre nation, à cause de la longue durée de son exil, serait portée à s’agiter avant le temps adéquat, se perdrait à cause de cela et s’attirerait des malheurs… » (Epître au Yémen, 188)

Nous ne devons pas nous croire obligés de choisir entre le Charybde de l’abjection de soi, et le Scylla de l’illusion messianique. Une voix moyenne existe. On verra que malgré l’adjectif qui la caractérise, elle n’a rien d’une attitude de compromis, au contraire, elle se veut prophétique.

 

(A suivre)

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

Mis en ligne le 11 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org