Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Shoah

La raison et la pitié [A propos de la ’directive’ sarkozyenne sur la mémoire de la Shoa], G. Lévy
16/02/2008

On aura reconnu, dans ce titre, l’allusion discrète au remarquable film de Marcel Ophuls, "Le chagrin et la pitié" [*]. Ce billet pertinent dont, sauf erreur, l’auteur n’a pas lu l’article terrible de l’historien Henry Rousso, consacré au même sujet [**], me conforte dans mon opinion sévère sur le Président de la République, exprimée dans mon introduction à l’article de Rousso. (Menahem Macina).

[*] Le Chagrin et la Pitié : Chronique d’une ville française sous l’Occupation.

[**] "[A propos de l’initiative de N. Sarkozy sur la Shoah] Un marketing mémoriel".

 

Pour fixer les choses, voici ce qu’a déclaré le Président Nicolas Sarkozy, mercredi 13 février, lors du dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de france (CRIF), dont il était l’invité d’honneur :

« J’ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah »

Et Nicolas Sarkozy d’ajouter :

« Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne. Rien n’est plus émouvant, pour un enfant, que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui. »

 


15 février 2008

 

 

Il n’est pas certain que la prescription de M. Sarkozy, confiant aux élèves de CM 2 « la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah », soit la mesure la plus appropriée pour faire disparaître l’antisémitisme, ou, plus exactement, la judéophobie.

 

Personne ne conteste au président de la République son empathie pour les persécutés, mais « aimer c’est (parfois) donner quelque chose qu’on n’a pas, à quelqu’un qui n’en veut pas » (Lacan).

 

Par cette mesure, « l’amour du prochain » sera, de fait, imposé à des enfants de 9 ans, en suscitant des réflexes de commisération et de pitié. Ils ne retiendront que la compassion, soit, en définitive, une sorte de position privilégiée, à partir de laquelle, à l’abri des persécutions, il suffit de plaindre ceux qui en sont les victimes. Des réflexes de SPA * !

 

Mieux vaut laisser aux enseignants le soin d’énoncer, de commenter, et surtout d’expliquer les causes et les mécanismes - religieux, économiques, politiques - qui ont conduit à la Shoah. Le seul moyen d’extirper ce mal absolu est d’expliquer, et non de gémir.

 

Il faut alors s’interroger sur les sommes considérables offertes par la France, directement ou indirectement par le canal de l’Europe, à des pays, qui s’en servent pour acquérir des armes en vue de tuer les « infidèles », et pour enseigner la haine à des écoliers. Le gouvernement prétend qu’il contrôle le contenu de ces manuels scolaires détestables, édités aux frais des contribuables français. Est-ce si sûr ? Quoi qu’il en soit, depuis 30 ans, le mal est déjà fait, avec la bénédiction de nos gouvernants.

 

 

* SPA : Société Protectrice des Animaux

 

 

© Gabriel Lévy

 

 

Mis en ligne le 15 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org