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Contentieux palestino-israélien

« Israël et les Palestiniens », Lettre du Professeur Benny Morris au "Irish Times"
24/02/2008

21 février 2008

Titre original anglais : "Israel and the Palestinians".


Traduction française : Menahem Macina


Madame,


Ceux qui haïssent Israël raffolent de citer – et plus souvent de mal citer – mes travaux, à l’appui de leurs arguments. Permettez-moi d’apporter quelques corrections.

Les Arabes palestiniens ne furent pas responsables « de manière plutôt bizarre » (David Norris, 31 janvier) de ce qui leur est arrivé en 1948. Leur responsabilité fut très directe et très claire.

Au mépris de la volonté de la communauté internationale, telle qu’exprimée dans la Résolution 181 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, du 29 novembre 1948, ils déclenchèrent les hostilités contre la communauté juive de Palestine, dans l’espoir de faire avorter l’émergence de l’Etat juif et peut-être de détruire cette communauté. Mais ils ont perdu ; et l’une des conséquences fut le déplacement de 700 000 d’entre eux loin de leurs foyers.

Il est exact, comme l’a fait remarquer Erskine Childers il y a longtemps, qu’il n’y a pas eu de messages radiodiffusés arabes pressant les Arabes de fuir en masse ; en fait, il y a eu des messages diffusés par plusieurs stations de radio arabes les appelant à rester sur place. Mais, au niveau local, dans des dizaines de localités de Palestine, des dirigeants arabes conseillèrent, ou ordonnèrent l’évacuation de femmes et d’enfants, ou de communautés entières, comme cela se produisit à Haïfa, fin avril 1948. Le 22 avril, le maire de Haïfa, Shabtai Lévy, parlementa avec eux pour qu’ils restent, sans résultat.

La plupart des 700 000 "réfugiés" ont fui leurs maisons à cause du fléau de la guerre (et dans l’espoir de revenir promptement dans leurs foyers sur les talons des envahisseurs arabes victorieux). Mais il est également vrai qu’il y eut plusieurs dizaines de sites, dont Lydda et Ramla, dont des communautés arabes furent expulsées par des troupes juives.

Le déplacement des 700 000 Arabes qui devinrent des "réfugiés" – je mets le mot entre guillemets, car deux tiers d’entre eux furent déplacés d’une partie de la Palestine à une autre, et non de leur pays (ce qui est la définition habituelle d’un réfugié) – ne fut pas un « crime racial » (David Landy, 24 janvier), mais le résultat d’un conflit national et d’une guerre, à connotations religieuses, d’un point de vue musulman, déclenchée par les Arabes eux-mêmes.

Il n’y eut pas de "plan" sioniste ou de politique globale d’expulsion de la population arabe, ni d’"épuration ethnique". Le Plan Dalet (Plan D), du 10 mars 1948 (rendu public et accessible à quiconque veut le consulter dans les archives de Tsahal et dans diverses publications), était le plan-directeur de la Haganah – la force militaire juive qui devint l’Armée de Défense d’Israël (Tsahal) – pour contrer l’assaut panarabe contre l’Etat juif naissant. C’est ce qu’il dit explicitement et c’est ce qu’il était. Et l’invasion des armées d’Egypte, de Jordanie et d’Iraq eut lieu comme prévu, le 15 mai.

Il est exact que le Plan D donnait carte blanche aux commandants régionaux pour occuper, installer des garnisons, ou expulser, ou détruire les villages arabes situés à côté des lignes de front et derrière elles, ainsi que les routes prévues comme devant être empruntées par les armées arabes d’invasion. Il est également vrai qu’au milieu de la guerre de 1948, les dirigeants israéliens décidèrent d’empêcher le retour des "réfugiés" (ces "réfugiés" qui venaient juste d’attaquer la communauté juive), parce qu’ils les considéraient comme une cinquième colonne et une menace pour l’existence de l’Etat juif. Pour ma part, je ne peux incriminer leurs craintes ou leur logique.

La diabolisation d’Israël est largement fondée sur des mensonges – tout comme la diabolisation des Juifs, durant les 2000 ans écoulés, a été basée sur des mensonges. Et il y a un lien entre l’une et l’autre.

Je recommande à des gens tels que Norris et Landy de lire quelques livres d’histoire et de prendre connaissance des faits, et non de remettre en circulation une propagande arabe éculée. Ils pourraient alors apprendre, par exemple, que la "Guerre de Palestine" (la "Guerre d’Indépendance", comme l’appellent les Israéliens) a commencé en novembre 1947, et non en mai 1948. A la date du 14 mai, près de 2 000 Israéliens étaient morts, parmi les 5 800 morts qu’a coûtés, en tout, à Israël, cette guerre (soit près de 1% de la population juive de Palestine/Israël, qui comptait environ 650 000 âmes).

 

Salutations distinguées

 

Prof. Benny Morris, Li-On (Israël) [*]

 

© The Irish Times


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Note du traducteur

 

[*] L’historien Benny Morris est l’auteur de The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949 (1989) and Righteous Victims: A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-2001 (2001); son nouveau livre, 1948 The History of the First Arab-Israeli War, est sur le point de paraître.

 

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[Texte aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

Mis en ligne le 23 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org