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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme
Antisémitisme arabo-musulman

Selon un rapport, l’antisémitisme musulman constitue une menace stratégique, H. Rettig
22/04/2008

22/04/08

 

The Jerusalem Post

 

Texte anglais original : "Muslim anti-Semitism ’strategic threat’".


Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org


Selon un rapport de 180 pages, réalisé pour les décideurs politiques israéliens par le Centre de Renseignement et d’Information sur le Terrorisme (ITIC), organisme semi-officiel, et dont le Jerusalem Post a obtenu une copie avant sa publication prévue pour mardi, l’antisémitisme musulman prend de telles dimensions et atteint un tel degré d’extrémisme, qu’il est devenu une menace stratégique plausible pour Israël.

Il ressort de ce document qu’en éduquant des générations à une profonde hostilité envers Israël et des Juifs, cet antisémitisme, activement répandu par de nombreux Etats de la région, entrave le processus de paix et les efforts de normalisation entre Israël et les pays arabes. Il contribue également à fournir la justification d’un programme politique ’éliminationniste’.

« Il ne s’agit pas d’un banal préjugé », explique le directeur de l’ITIC, le colonel de réserve Reuven Erlich, ancien membre de la Direction du Renseignement de Tsahal, qui dirige l’équipe de chercheurs qui a élaboré ce rapport.

« Ce préjugé est malfaisant, parce qu’il n’est pas théorique. C’est une incitation idéologique effectuée par des Etats et des organisations qui ont les moyens concrets de la mettre en œuvre. »

Dans le droit fil d’une étude similaire, réalisée en 2004, ce rapport procède à un examen complet de l’antisémitisme dans le monde musulman, qui met l’accent sur l’Iran et les Etats arabes.

Il donne aussi une idée de la perception de la menace qu’ont les services de renseignements israéliens. L’ITIC agit sous l’égide du Centre de l’Héritage et de la Commémoration du Renseignement Israélien (IICC), l’agence officielle pour la commémoration des agents des services secrets qui ont perdu la vie en opération. L’IICC est présidée par l’ancien chef du Mossad, Efraim Halevy, et entretient des contacts étroits avec la communauté israélienne du Renseignement. Les rapports de l’ITIC sont largement lus par les artisans de la politique israélienne.

Parmi les découvertes les plus inquiétantes du rapport figure le développement, au cours des trois décennies écoulées, de racines uniquement musulmanes des anciennes versions européennes de l’antisémitisme. Sans tenir pour quantité négligeable les bobards classiques de l’Europe chrétienne concernant les conspirations secrètes juives, le massacre rituel d’enfants non juifs et autres allégations de la malfaisance juive, l’antisémitisme du monde musulman trouve de plus en plus ses propres raisons, de nature islamique, à la haine antijuive, au travers d’interprétations de l’histoire et des Ecritures islamiques.

Depuis l’histoire coranique d’une juive qui empoisonna Mohammed, jusqu’aux relations difficiles entre Mohammed et les tribus juives d’Arabie, des groupes islamistes et des penseurs radicaux ont utilisé une rhétorique antisémite extrême qui est devenue de plus en plus populaire dans le public musulman, particulièrement en Iran et dans les Etats arabes. Utilisant des textes coraniques bien connus, ces groupes ont tracé les « caractéristiques négatives innées » des Juifs et enseigné un modèle-type de lutte permanente entre musulmans et juifs.

Selon le rapport, le but de cet antisémitisme « islamisé » est de faire passer le conflit israélo-palestinien du statut de contestation territoriale nationale qui pourrait être résolue au prix d’un compromis, à celui d’une « lutte existentielle pour la suprématie de l’islam ».

L’étude a examiné des livres, des journaux des programmes de télévision et de radio, et des sites Internet, ainsi que des études réalisées par des organisations qui enquêtent sur le discours antijuif dans le monde musulman, tels MEMRI et l’ADL.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un sentiment antisémite croissant a été inoculé aux pays musulmans par le truchement de relations commerciales et diplomatiques. Stimulé par l’opposition au sionisme et renforcé idéologiquement par la rhétorique et le soutien nazis, l’antisémitisme musulman a grandi au XXe siècle jusqu’à devenir un phénomène si largement répandu que des textes manifestement antisémites peuvent être achetés dans tous les coins de rue de villes arabes, même dans des pays ou il ne reste presque plus de Juifs.

Selon Erlich, l’équipe de recherche n’a pas traité de l’ « incitation anti-israélienne », mais « seulement de l’antisémitisme ».

« Toutefois, quand on lit un article, ou qu’on écoute un discours, la terminologie est si confuse et intriquée, qu’on ne peut distinguer entre antisionisme et antisémitisme. »

Selon le rapport, la décennie écoulée a vu une véritable explosion de la littérature antisémite dans le monde musulman ; elle confond volontairement Israël et le peuple juif et est diffusée dans le monde entier par des livres, la radio, la télévision, la presse, des caricatures et des forums Internet. Au-delà des pays musulmans, ce discours atteint une vaste audience musulmane en Occident.

Erlich :

« Il y a 10 ou 15 ans, l’antisémitisme importé dans le monde arabe provenait d’Europe. Ils ont traduit les Protocoles des Sages de Sion et Mein Kampf en arabe. Au cours de cette période un grand changement s’est produit. Aujourd’hui, on n’en est plus à l’importation, mais à l’exportation. Cela nécessite plus de recherches, du fait que nous ne pouvons accéder aux mosquées européennes, mais nous sommes convaincus que l’exportation des mythes et des politiques antisémites vers l’Europe a un effet sur les communautés musulmanes européennes. »

Les «Protocoles », le faux tsariste d’il y a un siècle, qui accusait les Juifs, entre autres "crimes", d’avoir développé le libéralisme, en orchestrant les révolutions française et américaine, est publié dans de nouvelles éditions en Egypte, en Syrie, en Iran et dans d’autres pays.

Le rapport constate la faiblesse de l’action des gouvernements, tant dans le monde musulman qu’en Occident, pour freiner ce phénomène, et évoque des réserves qui considèrent Al Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, comme une exception qui confirme la règle.

Au cœur de cette montée subite de l’antisémitisme musulman, il y a l’Iran, dont le régime encourage la négation de l’Holocauste et accueille des antisémites du monde entier, tout en approuvant les appels à la destruction d’Israël formulés par les  dirigeants de nombreux pays.

Le rapport note :

« L’Iran est le premier exemple de ce type, depuis l’Allemagne nazie, de l’adoption officielle par un Etat d’une politique active d’antisémitisme comme moyen pour réaliser des intérêts nationaux. »

Il poursuit en disant que, si l’Iran ne nie pas que des Juifs furent massacrés durant la Seconde Guerre mondiale, le régime actuel s’efforce de minimiser l’ampleur de l’Holocauste pour diminuer le soutien occidental à l’existence même d’Israël, qui, croit-il, procède d’un sentiment de culpabilité à propos de l’inaction du monde lors du massacre des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Le 3 mars, durant les combats à Gaza, le Président Mahmoud Ahmadinejad a déclaré, sur la Première Chaîne de son pays, que « le véritable holocauste avait lieu en Palestine ».

De même, des groupes palestiniens, dont l’Autorité Palestinienne et le Hamas, parlent maintenant régulièrement des combats entre Israël et le Hamas, comme d’un « holocauste ».

Le rapport constate que l’antisémitisme bénéficie d’un encouragement gouvernemental, et souvent d’un appui, dans des Etats, islamiques comme séculiers, tant chez ceux qui sont en paix avec Israël que chez ceux qui sont encore en état de guerre avec lui. Dans des pays tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Egypte et la Syrie, la proclamation quotidienne des messages antisémites est faite par le truchement de médias qui sont sous la surveillance et la censure des régimes en place.

Bien que la publication du rapport soit prévue pour mardi, Isaac Herzog, le ministre du Cabinet israélien en charge des questions relatives à l’antisémitisme avait déjà été informé de son contenu lorsqu’il s’est entretenu avec le Jerusalem Post, lundi.

Selon Herzog, membre du Parti du Travail [Avoda],

« il y a une dissonance entre l’antisémitisme qui revêt la forme d’une confrontation religieuse, et la coalition régionale d’Etats modérés, du Maroc aux Etats du Golfe [persique] et à la Turquie, qui croient à la paix et à une solution à deux Etats. Des expressions inimaginables et inacceptables d’antisémitisme sont en quelque sorte permises au sein des membres de la coalition.»

Une part du problème, dit-il, est que le reste du monde s’est tout simplement habitué à l’antisémitisme musulman.

« Nous ne réagissons à l’antisémitisme que là où existe une grande et énergique communauté juive. C’est une erreur. Il est incroyablement dangereux que des jeunes musulmans subissent un lavage de cerveau antisémite. Cela commence par les Juifs, mais cela ne se limitera pas aux Juifs. »

Si le rapport reconnaît qu’il existe des intellectuels musulmans qui rejettent l’antisémitisme grandissant, ils ne sont qu’une très petite minorité. Ils ne bénéficient pas du soutien des régimes, et ils n’ont pas assez d’influence ni ne sont suffisamment nombreux pour inverser la tendance, dit Erlich.

D’autres intellectuels musulmans expliquent le phénomène comme un effet secondaire du sentiment d’hostilité envers Israël. Selon le rapport, pourtant, même si l’antisionisme alimente l’antisémitisme grandissant, des sentiments spécifiquement antijuifs sont intentionnellement répandus par des dirigeants religieux et intellectuels dans beaucoup de sociétés musulmanes, dont les déclarations ne font pas de distinction entre Israéliens et Juifs.

Au final, le rapport recommande la création d’un groupe de travail international convenablement financé, qui traitera ce problème non seulement par des campagnes de diplomatie et d’information, mais également par des mesures juridiques.

« Nous avons besoin d’un groupe sérieux de chercheurs et de juristes, qui représentent Israël, les communautés juives et les nations du monde. Procurez-leur des financements et envoyez-les à la guerre sur le front diplomatique, dans les médias, et dans des procès »,

dit Erlich, pour résumer sommairement la recommandation.

« Poursuivez en justice les maisons d’édition qui impriment les Protocoles. C’est une calomnie. Le gouvernement syrien publie encore [des écrits affirmant] que les Juifs utilisent du sang chrétien à Pâques. Personne ne peut dire que c’est anti-israélien, ou motivé par le conflit [israélo-palestinien]. »

Le rapport établit clairement que le phénomène de l’antisémitisme musulman est maintenant généralisé, populaire, et en expansion.

Et Erlich d’ajouter :

« L’antisémitisme qui a alimenté l’Holocauste n’est pas mort. Il est florissant. »

 

Haviv Rettig

 

© The Jerusalem Post

 

[Article aimablement signalé par P. Lachaus.]

 

Mis en ligne le 22 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org