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Contentieux palestino-israélien

Après l’Etat du Kosovo pourquoi pas un Etat de Palestine? Une idée qui risque d’être contagieuse
09/05/2008

Il n’y a probablement aucun point commun connu entre J. Whitebeck et l’ancien résistant et déporté français, Paul Rassinier, qui devint le maître à penser de la négation des chambres à gaz et, par ce biais, du génocide nazi lui-même [1]. Pourtant, je crains que la thèse subversive de Whitebeck ne réitère l’exploit de celle de Rassinier. En effet, la démonstration, apparemment logique, mais résolument fondée sur un sophisme, développé de manière simpliste et manichéenne et en faisant abstraction d’un nombre considérable de données du problème, que soulève Whitebeck, est aussi fragile, mutatis mutandis, que celle du père du négationnisme du génocide. Toutefois le succès considérable que rencontrèrent les démonstrations controuvées de Rassinier peuvent faire craindre que celles de Whitbeck bénéficient du même accueil, non seulement chez les Palestiniens et leurs partisans, mais également dans une large portion du grand public, toujours prête à emboîter le pas à de nouveaux maîtres à penser, surtout si les solutions qu’ils préconisent semblent de nature à régler un problème irritant et frustrant, comme l’est celui de la contestation, de plus en plus radicale, de la légitimité de l’Etat israélien, censé avoir dépossédé les Palestiniens de leur "patrie ancestrale". Il faut lire avec beaucoup de sérieux l’exposé de cet auteur, et s’apprêter à faire front au tsunami politique et idéologique qu’il risque de déclencher au détriment d’Israël et du peuple juif. Vigilance donc. (Menahem Macina).

09/05/08


Original anglais :
John Whitbeck, "If Kosovo, why not Palestine?" (Si le Kosovo [a obtenu son indépendance], pourquoi pas la Palestine), paru sur le blog Window To Palestine, le 28 février 2008 

 

Traduction française : Menahem Macina


Il est temps pour la direction politique palestinienne de Ramallah de mettre à l’épreuve la communauté internationale à propos de l’indépendance de la Palestine.


Comme prévu, le Kosovo a rendu publique sa déclaration unilatérale d’indépendance, et les Etats-Unis ainsi que la plupart des pays de l’Union Européenne, avec lesquels cette déclaration a été coordonnée, se sont empressés d’accorder une reconnaissance diplomatique à ce « nouveau pays ». L’extraordinaire témérité de ce développement devrait frapper quiconque est attaché tant au droit international qu’au sens commun.

Les conséquences potentiellement déstabilisantes de ce précédent (à propos duquel les Etats-Unis et l’Union européenne insistent bizarrement sur le fait qu’il ne faut pas le considérer comme un précédent) ont été abondamment discutées, en référence à d’autres Etats souverains reconnus internationalement – qui sont confrontés à des mouvements séparatistes puissants qui pratiquent une autodétermination, précaire mais efficace, tels l’Avkhazie, l’Ossétie du Sud, la Transnistrie, le Ngorno-Karabakh, la république serbe de Bosnie, la République turque de la partie nord de l’île de Chypre et le Kurdistan iraquien -, ainsi qu’à d’autres minorités mécontentes partout ailleurs dans le monde. Une de ces conséquences, potentiellement constructive, n’a pas encore été discutée.

L’impatience dont ont fait preuve les Etats-Unis et l’UE à découper une partie du territoire d’un Etat-membre des Nations Unies (universellement reconnue, même par eux, comme faisant partie du territoire souverain de cet Etat), au prétexte que 90% de ceux qui vivent dans cette portion du territoire de l’Etat sont partisans de la séparation, contraste fortement avec la patience sans borne dont font preuve les Etats-Unis et l’Union Européenne quand il s’agit de mettre fin à l’occupation par la force, qui dure depuis 40 ans, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza (dont aucune partie n’est reconnue par quelque pays que ce soit comme faisant partie du territoire souverain d’Israël, et dont seule une infime partie – Jérusalem-est occupée – est considérée par Israël comme relevant de sa souveraineté). Pratiquement tous les habitants légaux de la Cisjordanie et de la bande de Gaza aspirent à la liberté, et ce depuis plus de 40 ans. C’est pour cela qu’ils sont punis, sanctionnés, assiégés, humiliés et, jour après jour, sans fin, tués par ceux-là mêmes qui se targuent d’un haut niveau de moralité.

Aux yeux des Etats-Unis et de l’Union européenne, une déclaration proclamant que le Kosovo est indépendant de la souveraineté serbe, doit être reconnue, même si la Serbie n’est pas d’accord. Par contre, leur attitude a été radicalement différente quand la Palestine a proclamé son indépendance vis-à-vis de l’occupation israélienne, le 15 novembre 1988. A l’époque, les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne (qui, estiment  constituer la "communauté internationale", à l’exclusion de la majeure partie du genre humain) ont été ostensiblement absents, alors que plus de 100 pays reconnaissaient le nouvel Etat de Palestine, et leur non-reconnaissance a rendu symbolique cette déclaration d’indépendance, et malheureusement aussi pour la plupart des Palestiniens.

Selon les Etats-Unis et l’Union Européenne, pour être reconnue et effective, l’indépendance palestinienne doit être négociée sur une base bilatérale inégale entre la puissance occupante et le peuple occupé, en insistant sur la nécessité d’obtenir l’accord final de la puissante occupante. Pour les Etats-Unis et l’Union Européenne, tant la loi internationale que les droits et les désirs d’un peuple qui souffre et est l’objet d’un traitement brutal depuis longtemps, ne sont pas pertinents. Pour les Etats-Unis et l’Union Européenne, on ne peut pas exiger des Albanais kosovars, qui ont bénéficié de près de neuf années d’administration onusienne et de la protection de l’OTAN, qu’ils attendent plus longtemps leur liberté, alors que les Palestiniens, qui ont subi plus de 40 années d’occupation, peuvent attendre éternellement.

Avec le "processus d’Annapolis", qui ne mène nulle part, comme c’était clairement l’intention américaine et israélienne, dès le départ, le précédent du Kosovo offre à la direction palestinienne de Ramallah - acceptée comme telle par la "communauté internationale" parce qu’elle est considérée comme servant les intérêts israéliens et américains -, une opportunité en or de prendre l’initiative, de réinitialiser ses objectifs et de restaurer sa réputation ternie aux yeux de son peuple. Si cette direction croit vraiment, malgré toutes les preuves du contraire, qu’une solution décente "à deux Etats" est encore possible, c’est l’instant idéal pour réaffirmer l’existence légale (quoique sous occupation militaire prolongée) de l’Etat de Palestine, précisément dans la totalité des  22% de la Palestine mandataire qui n’avait pas été conquise ni occupée par l’Etat d’Israël avant 1967, et d’appeler tous les pays qui n’ont pas accordé la reconnaissance diplomatique à l’Etat de la Palestine en 1988 – et particulièrement les Etats-Unis et l’Union Européenne - de le faire maintenant.

La direction politique albano-kosovare a promis de protéger la minorité serbe du Kosovo, dont on s’attend à ce que la peur la fasse fuir. Les dirigeants palestiniens pourraient promettre d’accorder une généreuse période de temps qui permettrait aux colons israéliens vivant illégalement dans l’Etat de Palestine, et aux forces d’occupation israéliennes de se retirer, et également d’envisager une union économique avec Israël, l’ouverture des frontières et un statut de résident permanent pour ceux des colons illégaux qui accepteraient de vivre en paix sous domination palestinienne.

Bien entendu, pour éviter que les Etats-Unis et l’Union Européenne ne traitent cette initiative comme une plaisanterie, il faudra qu’il y ait des conséquences significatives et explicites, s’ils devaient le faire. Une des conséquences serait la fin de l’illusion d’une solution "à deux Etats". La direction palestinienne ferait clairement savoir que, si les Etats-Unis et l’Union européenne, qui viennent juste de reconnaître un deuxième Etat albanais sur le territoire souverain d’un Etat-membre des Nations Unies, ne reconnaissaient pas maintenant un Etat palestinien sur une minuscule partie de la patrie palestinienne occupée, elle dissoudra l’Autorité Palestinienne (qui, du point de vue légal, aurait dû cesser d’exister en 1999, à la fin de la "période intérimaire" de 5 ans, fixée par les accords d’Oslo), et que le peuple palestinien cherchera alors la justice et la liberté par voie de démocratie, par la poursuite, tenace et non violente, de l’obtention des pleins droits de citoyenneté dans un seul Etat de tout l’Israël-Palestine, libre de toute discrimination basée sur la race et la religion, et avec l’égalité de droits pour tous ceux qui y résident.

Les dirigeants palestiniens ont trop longtemps toléré l’hypocrisie et le racisme occidentaux et joué le rôle d’idiots crédules. Il est temps d’inverser les choses, de manière constructive, et de secouer la "communauté internationale" pour qu’elle prenne conscience du fait que le peuple palestinien ne tolèrera tout simplement plus longtemps une injustice et un abus intolérables.

Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? [2]

 

John V. Whitbeck *

 

© Window Into Palestine – Blogspot de l’auteur

 

* John V. Whitbeck est avocat international ? Il a été conseiller de l’équipe palestinienne de négociations avec Israël.

 

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Notes du traducteur


[1] Voir le livre de Florent Brayard, Comment l’idée vint à M. Rassinier ? Naissance du révisionnisme. Préface de Pierre Vidal-Naquet. Fayard, 1996, 464 p. Voir aussi le compte-rendu de l’ouvrage, dans Le Monde du 16 février 1996, en ligne sur le site PHDN

[2] J’ignore si M. Whitbeck est Juif, mais ce qui est certain est que sa formulation anglaise, "If not now, when", resemble étrangement à la maxime de Hillel qui se termine par "we’im lo’ akhshav az eimataï" (et si [tu n’agis] pas maintenant, alors, quand?)

 

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Mis en ligne le 09 mai 2008, par M.
Macina, sur le site upjf.org