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Israël (Société - mentalités)

David Halivni: talmudiste et futur lauréat du Prix d’Israël, par Yair Sheleg
16/05/2008

Article paru dans Haaretz du 15/02/08.

Traduction française : I.C.

Texte repris du site de Un écho d’Israël

 

Le Professeur David Halivni vient d’apprendre que le Prix d’Israël allait lui être décerné et continue, comme si de rien n’était, d’occuper la place qui lui est réservée à la Bibliothèque Nationale de Jérusalem. Chaque jour, il passe là quelques heures, près du rayon des traités talmudiques.

« J’ai choisi cet endroit, dit-il, pour ne pas perdre de temps en déplacements inutiles. »

Ce savant de 81 ans, dont toute la vie a été consacrée à étudier la Torah, est né dans l’ancienne Tchécoslovaquie. A 16 ans, il fut déporté à Auschwitz avec toute sa famille, dont il ne reste aucun survivant. Aussitôt transféré dans un camp de travail, il profitait de certains moments de repos pour commenter, avec ses camarades, des textes du Talmud confiés depuis longtemps à sa mémoire. Ayant survécu à l’enfer des camps, il émigra aux Etats-Unis pour étudier la philosophie et le Talmud au Jewish Theological Seminary [N.Y.] où il accéda rapidement au professorat.

En 1983, il décida de se démettre de ses fonctions d’enseignant, au motif que le JTS avait pris la décision de confier à des femmes le titre de Rabbin. En résiliant sa charge, il précisa :

« Je suis bien conscient de la pression exercée par des éléments divers en faveur de l’ordination des femmes. Mais lorsqu’un juif religieux se trouve impliqué dans un conflit entre la sociologie et la religion, il doit résolument prendre le parti de la religion. »

 Constatant le hiatus entre les positions avancées de sa recherche talmudique et le conservatisme apparent de sa conduite, il expliquait :

« Dans l’étude, la personne doit aspirer à la vérité sans compromis. Mais dans son comportement, elle doit se soumettre sans réserve aux impératifs de la foi. »

Après son départ dramatique du Séminaire de Rabbins, il poursuivit son enseignement à l’Université de Columbia [N.Y.] où il se trouva être le seul professeur juif du département des religions. La transition ne fut pas aisée et il n’en fit pas mystère au moment de son départ du JTS :

« Mon drame personnel consiste en ce que je ne puis pas parler aux gens avec lesquels je prie et que je ne puis pas prier avec ceux à qui je parle. »

Après cette citation d’Akiva Ernst Simon, Il avouait son déchirement :

« Si un choix m’est imposé, je suis bien décidé à me joindre toujours aux gens avec lesquels je prie car, si je puis vivre sans parler, je ne puis subsister sans prière. »

Au moment de prendre sa retraite, il y a trois ans, il décida enfin de faire son aliya, autrement dit, de monter en Israël. Ce fait l’habilitait à recevoir le Prix d’Israël, une distinction décernée uniquement aux citoyens israéliens. Délaissant pour un temps le Talmud, il se mit à traiter, dans son dernier livre, Les Tables brisées, certains problèmes théologiques soulevés par la Shoah. Halivni se refuse à poser la question du pourquoi de la Shoah et ne ménage pas ses critiques à l’encontre de ceux pour qui cette catastrophe serait imputable à des fautes éventuelles de la part des victimes. A son avis, les tenants de cette position restent finalement dans le sillage des nazis.

« Auschwitz, dit-il, est une sorte de révélation divine dont l’importance ne le cède en rien à celle du Sinaï. Son caractère est tout simplement inversé en ce sens que la perception d’une absence divine donnerait à penser que Dieu ait pu s’absenter, pour un temps, de l’histoire du monde. »


Yair Sheleg


© Haaretz

 

Mis en ligne le 16 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org