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Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

[Israélophobie et antisémitisme en Wallonie] "La Nakba au pays de Tintin", par M. Rosenzweig
29/05/2008

J’avais relayé, sur le site de l’Upjf, les dénonciations de cette parade de haine anti-israélienne, aux effluves antisémites, émises par le service d’information de l’ambassade de Belgique [*] et par une importante association juive belge [**]. D’où ma satisfaction de trouver sur Guysen la protestation de notre collègue M. Rosenzweig, que je reprends ci-après. Elle est remarquablement détaillée et circonstanciée. Ce qui n’apparaissait qu’en filigrane dans les deux textes évoqués, est ici clairement exposé et dénoncé, avec talent et sans compromis. A lire attentivement et diffuser largement. (Menahem Macina).

[*] "«Psychodrame Nakba» et propos publics antijuifs dans les rues de Nivelles (Belgique)".
[**] "Le CCOJB flétrit l’assimilation, faite par A. Flahaut, de la politique israélienne au nazisme".

 

28 mai 2008

Pour Guysen International News

Texte repris de son site.


Des militaires casqués en uniforme israélien, arme au poing, des hommes, des femmes et des enfants maltraités, apeurés, hébétés, des cris, des hurlements, des ordres de déplacement, des passants interloqués, certains franchement inquiets, des camions destinés à la déportation dans lesquels on entasse des Palestiniens avec violence, chassés de leurs maisons et de leurs terres, la scène est filmée, mais pas en Palestine disputée ou occupée, ni en Israël, non, la scène se déroule dans une petite ville belge non loin de Bruxelles, à Nivelles, nous sommes le 24 mai 2008 : Bienvenue au royaume de Belgique qui célèbre la Nakba, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Etat d’Israël

Cette mise en scène obscène, autorisée, orchestrée par « Les groupes Paix Juste au Proche-Orient » du Brabant Wallon (PJPO), a été soutenue notamment par l’ancien Ministre de la défense, André Flahaut (socialiste), ainsi que par la députée écologiste fédérale, Thérèse Snoy, qui, l’un après l’autre, se sont succédé à une tribune improvisée pour justifier et défendre la manifestation, tout en se plaignant de sa limitation dans le temps et dans l’espace public.

Les propos des deux mandataires politiques sont troublants, l’une évoquant des « pressions de la part de certains groupes juifs », allant même jusqu’à supposer « que cela se passe à tous les niveaux », et l’autre se livrant à une comparaison entre les atrocités infligées aux juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale et celles subies par les Palestiniens aujourd’hui, faisant ainsi passer les anciennes victimes pour les nouveaux bourreaux, selon la dialectique anti-israélienne classique bien connue : les Israéliens sont aujourd’hui devenus les nazis des Palestiniens.

Lorsqu’on visionne les images sur YouTube,
http://www.youtube.com/watch?v=EXFmYH76aFY on est partagé, un peu figé et glacé, entre la consternation et l’hébétement, le tout mâtiné d’une nausée diffuse. Nous avons, en Belgique, depuis maintenant plus de 6 ans, une remarquable collection d’articles de presse écrite, d’émissions de radio et de télévision, de manifestations, au gré desquels se sont déclinés sans complexe la désinformation intentionnelle, la diabolisation de l’Etat d’Israël et du peuple juif, la falsification des faits historiques en fausse vérité révélée, le mensonge par omission, ainsi que l’utilisation réitérée de termes et de terminologies qui ne laissent plus aucun doute sur leur caractère antijuif.

Des « colons » juifs installés sur la terre des Palestiniens, dès 1948, aux colons de Sdérot qui reçoivent des roquettes Qassam, en passant par la destruction du Liban en 2006, ou encore, s’agissant des « activistes », se faisant sauter par désespoir, et le « bouclage » de Gaza transformé en camp de concentration à ciel ouvert, ou le « massacre » de Jenine et le saccage de la basilique de la Nativité par les soldats israéliens, la liste des propos intoxicants propices à l’importation du conflit israélo-arabe sur des bases intentionnellement tronquées est longue et affligeante. Mais, avec cette mise en scène à donner la nausée, nous avons atteint un point culminant dans la pratique d’une propagande incitant à la haine et qui n’est malheureusement pas sans rappeler celle utilisée par le régime national-socialiste, grâce au talent incomparable de son idéologue, le grand manipulateur des masses, le Dr Goebbels. Disons-le tout net, la Belgique a gagné, le 24 mai dernier, la palme d’Or de l’ignominie et du déshonneur, à laquelle il faudrait peut-être ajouter, dans la meilleure des hypothèses - la moins affligeante pour le royaume - le prix de la stupidité politique

Car il faut bien comprendre que, dans cette affaire, il ne s’agit pas que d’une simple manifestation scandaleuse organisée par un groupuscule d’excités du bulbe, mais bien, et c’est beaucoup plus grave, d’une mise en scène scabreuse, soutenue et encouragée par des représentants d’une nation belge en voie d’évaporation. D’une part, un ex-ministre socialiste de la Défense (excusez du peu !) connu pour ses hauts faits, à savoir la justification du vandalisme au mémorial du martyr juif, de Bruxelles, par un discours anti-israélien et le maintien, dans son service, d’un membre du FN, mandaté pour les contacts avec les survivants de la Shoa dans la procédure d’indemnisation de l’Etat belge. D’autre part, une député fédérale écolo, qui ne se cache pas d’en appeler au complot ourdi par les juifs, qui, tout le monde le sait, sont "partout et surpuissants".
Rappelons ici, pour les lecteurs désemparés face à la complexité institutionnelle belge, que le niveau fédéral équivaut au niveau national, soit le seul niveau institutionnel autorisé à représenter officiellement la Belgique.

Ces éléments sont importants car ils soulignent, de manière inquiétante, une tendance qui ne cesse de s’amplifier dans ce pays, à savoir un glissement progressif vers un antisémitisme d’institution politique.

Or, cet antisémitisme - qui se défend d’en être un et qui se réclame constamment de la seule critique de l’état d’Israël et de la dénonciation des injustices commises à l’égard des Palestiniens - se confond, à force de compromissions, de silences et de complicités, à certains égards, avec un antisémitisme d’Etat toujours à la limite du politiquement correct, jouant sur la sémantique, mais impliquant néanmoins l’Etat belge, de par la nature officielle des institutions et des mandataires politiques qui se livrent à ce genre d’exercices en toute impunité.

Comment qualifier autrement les nombreux « dérapages sémantiques », le parti pris systématique et la désinformation récurrente pratiqués par nos médias nationaux d’Etat, la Radio Télévision Belge, francophone et néerlandophone, ainsi que la présence active de mandataires politiques fédéraux sur la scène du 24 mai à Nivelles, les transformant en collaborateurs officiels prenant activement part à une mise en scène diffamatoire envers l’Etat d’Israël et le peuple juif ?

Lorsque l’ancien ministre de la Défense, actuellement député fédéral et conseiller communal de la ville de Nivelles, monte sur une estrade, à la suite de l’interruption de la mise en scène grossière et infamante, pour déclamer ce qui suit, (je cite in extenso), il entraîne la responsabilité de son groupe politique au parlement, mais aussi celle de l’Etat belge dans son sillage:

« Je suis, comme toute personne normalement constituée, révolté lorsque je vois des enfants souffrir, lorsque je vois des femmes maltraitées, violées, lorsque je vois des hommes maltraités, des libertés bafouées. Pendant les douze ans et demi où j’ai été ministre, j’ai mis tout en œuvre aussi pour que l’on n’oublie pas et qu’on se souvienne des atrocités dont le peuple juif a été victime pendant la Seconde Guerre mondiale. On a eu cet engagement et donc je demande aussi que l’on ait le même engagement, la même détermination, la même volonté pour faire entendre la voix de celles et de ceux qui aujourd’hui souffrent, pour faire en sorte que l’on évite la banalisation. Je suis déterminé à lutter contre toutes les exclusions, tous les nazismes, tous les fascismes où qu’ils se trouvent  et au moment où ils se présentent. Voilà, c’est pour ça que je suis ici. »

Les propos sont clairs, les amalgames et accusations sont graves (les femmes violées ? par qui ? par des soldats israéliens ?!) et il n’est pas nécessaire d’être un expert en sémantique pour comprendre le lien entre « les atrocités dont le peuple juif a été victime » et le parallèle, clairement établi dans le paragraphe suivant, entre le nazisme allemand et un hypothétique nazisme israélien.

Lorsque l’on voit ce même député fédéral, ex-ministre, regarder cette mise en scène caricaturale avec un sourire de contentement et d’amusement, on ne peut que ressentir le caractère obscène de la scène ainsi que l’aspect pervers qui s’en dégage. Ainsi, les acteurs et les spectateurs complaisants de cette macabre et sordide parodie historique étaient censés révéler La Vérité sur un moment douloureux de l’histoire de la création de l’Etat d’Israël.

L’idée qui sous-tend cette manifestation est inscrite dans la ligne des propagandes antisémites les plus éculées, celles qui tendent à faire croire que les juifs sont coupables de péchés et de crimes contre des non-juifs, pour leur seul profit, et que l’Etat d’Israël a été fondé sur des crimes commis à l’endroit des Arabes.

Ce spectacle accablant de bêtise, de médiocrité et de violence, est un véritable désastre de la pensée, dangereusement contreproductif pour la paix et insultant pour les Palestiniens, tout autant que pour les Israéliens et les juifs de la diaspora.

Le seul bénéfice d’une telle opération relève du misérable calcul électoral dans un pays où de nombreux politiques recrutent, de manière forcenée et par tous les moyens, des voix dans la population musulmane.

S’il est évident que la paix passe nécessairement par une reconnaissance mutuelle des dommages, s’il est également vraisemblable que de nombreux Arabes de Palestine ont dû quitter leur terre, que d’autres, tout aussi nombreux, ont fui à l’appel des dirigeants arabes, et que des tueries ont été commises, de part et d’autre, rien ne justifie pour autant une telle mise en scène, qui ne sert en fin de compte que les extrémistes de tous bords en alimentant la haine et le ressentiment.

La paix ne se décrète pas à coup de propagande haineuse ou de mises en scène grotesques, elle se négocie au fil des reconnaissances mutuelles : reconnaissance de l’autre en tant que même, reconnaissance de l’autre en tant que différent, reconnaissance des torts et des griefs, reconnaissance des actes, reconnaissance et regret des crimes commis, et surtout volonté de vivre et rejet total du culte de la mort.


Michel Rosenzweig


© Guysen International News

 

Mis en ligne le 29 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org