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Menahem Macina

Traiter avec des intraitables: De l’incommunicabilité entre tenants de credos rivaux, M. Macina
27/03/2008

Dans un article de ce jour, le journal Le Point (1) s’attarde sur la nouvelle querelle entre l’islam et l’Eglise catholique, qu’a provoquée le baptême d’un converti musulman, administré publiquement par le pape, durant la cérémonie liturgique du Samedi Saint dans la Basilique Saint Pierre de Rome. Ce geste, incontestablement médiatique, constitue-t-il une mise en garde indirecte contre l’intransigeance religieuse de l’islam, ou n’est-il qu’un témoignage de la liberté religieuse qu’entend préconiser le pape ? Il vaut la peine de tenter de répondre à la question, même si les maigres éléments factuels dont nous disposons jusqu’ici ne permettent pas de trancher dans un sens ou dans l’autre.

26/03/08

 

Le baptême public, par le pape Benoît XVI, d’un journaliste italien d’origine musulmane (2), célèbre pour la virulence de ses critiques de l’islamisme radical, n’était pas un acte d’hostilité envers la communauté musulmane, affirmait, le 25 mars, le rédacteur en chef de L’Osservatore Romano :

« Il n’y a aucune intention hostile contre une religion aussi importante que l’islam. Depuis des décennies maintenant, l’Eglise catholique a montré sa volonté de dialoguer avec le monde musulman, malgré des centaines de difficultés et d’obstacles. »

Quelles qu’aient pu être les motivations réelles, de Benoît XVI – dont, pour l’heure, nous ignorons tout -, il est certain qu’il n’a pas posé cet acte en toute naïveté, ni sans être conscient de ses répercussions hostiles prévisibles dans le monde musulman. En effet, il n’a certainement pas oublié les conséquences de son discours de Ratisbonne (3).  

Dans un communiqué, dont Le Point se fait l’écho, Aref Ali Nayed, directeur du Centre royal d’études stratégiques islamiques à Amman, et figure emblématique du groupe des deux cents clercs musulmans à l’origine du dialogue avec l’Eglise catholique, estime que le Vatican a transformé ce baptême en "outil triomphaliste pour marquer des points" :

« Du spectacle qui nous est donné à voir (...) naissent des interrogations légitimes sur les motivations, les intentions et les projets de certains conseillers du pape sur l’islam. »


Pour mieux comprendre la mauvaise humeur du monde musulman, il convient de rappeler que, même s’il n’y a pas lieu de jeter le doute sur la sincérité de sa conversion au christianisme, Magdi Allam, le nouveau baptisé, n’en est pas moins un critique pugnace et virulent de sa religion d’origine.

Dans ce contexte, Le Point relève avec pertinence le fait que,

" dans l’édition de dimanche [23 mars] du Corriere della Sera, dont il est l’un des directeurs adjoints, Allam avait réitéré ses critiques, affirmant que « la racine du Mal est innée dans un islam physiologiquement violent et historiquement conflictuel. » ".


Ce n’est pas, semble-t-il, faire preuve d’une empathie déplacée pour un certain islam militant, voire fanatique, que de comprendre un peu l’état d’esprit de « commentateurs musulmans » qui, écrit Le Point,

« estiment que les écrits et le baptême d’Allam fragilisent les relations entre les musulmans et l’Eglise catholique et nuisent au dialogue récemment ouvert entre les deux religions ».


On peut même voir une lointaine analogie entre cet épisode et celui du Motu proprio, par lequel Benoît XVI a promulgué le texte d’une prière demandant à Dieu qu’il

illumine le cœur [des Juifs], pour qu’ils reconnaissent Jésus comme sauveur de tous les hommes ".

De nombreuses réactions juives se sont alors exprimées pour mettre en doute la sincérité des rapports entre l’Eglise et le peuple juif, ces propos liturgiques étant interprétés comme une "preuve flagrante" de ce que la chrétienté et son chef n’avaient jamais renoncé à convertir les Juifs.


Ce nouvel incident met une fois de plus en lumière les difficultés inhérentes au dialogue interconfessionnel. Et, à la lumière de ce qu’ils en voient, on comprend que le non-spécialiste et, a fortiori, "l’homme de la rue", se demandent si un rapprochement entre des entités religieuses, aux credos aussi imperméables les uns aux autres, que sont le christianisme, le judaïsme et l’islam, peut intervenir avant les temps du Messie, selon les Juifs, son "retour", selon les chrétiens, ou le Jugement dernier, selon les musulmans.


Menahem Macina

 

© upjf.org


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(1) "Le Vatican tente de calmer la polémique sur le baptême" d’Allam".

(2) Voir, sur notre site, les articles d’Hervé Yannou, du Figaro : "Le Pape baptise un pourfendeur de l’islam" ; et "Converti au catholicisme, Magdi Allam craint pour sa vie".

(3) Sur la controverse autour des propos du pape, à Ratisbonne, en 2006, voir, entre autres, I. Rioufol, "La Turquie dévoilée par le Pape" ; et Raphaël Lellouche, "Benoît XVI, le djihad, et le dialogue". 

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Mis en ligne le 26 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org