Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Etats du monde
Etats-Unis

Israël reçoit une gifle de l’Amérique, Aluf Benn
26/07/2008

Il faut ouvrir les yeux : les États-Unis sont désormais résignés à l’armement nucléaire de l’Iran. Ils ont opté pour des politiques d’apaisement, comptant sur la magie des relations diplomatiques pour faire entrer le régime des mollahs dans le cercle des dirigeants fréquentables et responsables. L’histoire tranchera. En adoptant cette attitude, qui montre au passage l’inanité des deux universitaires, John Mearsheimer et Stephen Walt, qui prétendaient que la politique étrangère américaine était entre les mains du lobby pro-israélien, l’administration Bush heurte de front les intérêts vitaux israéliens. (Voir la Déclaration du groupe de travail présidentiel sur l’avenir des relations entre les États-Unis et Israël). Contrairement à ce que l’on fait croire en France, ce mépris américain à l’égard de questions essentielles pour Israël n’est pas une première sous Bush. En tout état de cause, plutôt que de manifester du dépit, ou entretenir de vains espoirs, Israël doit, à présent, gérer la nouvelle situation de façon positive. Il n’a pas les moyens de lancer seul une opération militaire, et cette opération aurait des retombées trop considérables sur le monde occidental dans son ensemble pour être unilatérale. Dans ce contexte, Aluf Benn essaie d’esquisser des perspectives pour Israël. (Objectif-info).

Haaretz, 23 juillet 2008

Texte anglais original : Israel’s slap in the face from America

 

Traduction française : Objectif-info

 


Israël donne l’impression d’avoir été totalement surpris par le revirement spectaculaire de la politique américaine vis-à-vis de l’Iran. L’administration Bush n’a pas consulté Israël avant de décider de la participation d’un diplomate américain de haut rang aux entretiens en cours entre Européens et Iraniens, ni informé Jérusalem de son intention d’ouvrir un bureau à Téhéran. Les services du Premier ministre ont reçu un message sur la nouvelle politique américaine presque à la dernière minute, pour s’assurer qu’Israël ne serait pas mis purement et simplement devant le fait accompli. Si des contacts diplomatiques clandestins entre Washington et Téhéran ont précédé l’annonce du changement, Israël a été laissé dans l’ignorance totale de leur existence.


La "détente" entre l’Amérique et l’Iran a une conséquence évidente : aussi longtemps que le jeu diplomatique continue, il n’y a pas la chance la plus infime au monde qu’une opération agressive soit lancée contre le programme nucléaire de l’Iran. Ce qui signifie qu’il n’y aura pas de bombardement des installations nucléaires, ni de blocus naval, ni d’entrave aux vols commerciaux en provenance d’Iran, comme Israël l’avait proposé. Si un diplomate américain, fût-il de rang mineur, est installé à Téhéran, pour soi-disant "s’adresser au peuple", le régime iranien bénéficiera d’une immunité totale.

Les dirigeants israéliens espèrent encore que tout n’est pas perdu, que l’initiative de l’Amérique n’est rien d’autre qu’une démarche stratégique, que Washington ne fait qu’introduire dans le jeu quelques appâts diplomatiques qui seront condamnés à l’échec, mais qui peuvent préparer le terrain à une frappe militaire. Mais c’est prendre ses rêves pour des réalités. L’opinion américaine n’a aucune envie d’une guerre de plus, et son armée s’oppose à l’idée d’ouvrir un "troisième front" en Iran, après l’Afghanistan et l’Irak.

L’Américain moyen est bien davantage préoccupé par la montée des prix de l’essence que par les ambitions nucléaires de l’Iran. Le rapprochement avec l’Iran constitue la mesure la plus efficace, parmi celles que le président des Etats-Unis, George W. Bush, a mises en œuvre, pour résoudre la crise énergétique de son pays. Pour le prix du billet d’avion de William J. Burns, le numéro trois du département d’Etat, Washington a obtenu une baisse presque immédiate des prix du pétrole de 12 pour cent.

Dès l’automne dernier, on pouvait déjà observer des signes de l’assouplissement de la position de Washington. Les responsables américains ont expliqué à leurs homologues israéliens et aux autres responsables de Jérusalem que toute idée d’une action militaire contre l’Iran était désormais de l’histoire ancienne. Ils ont exposé avec enthousiasme aux Israéliens qu’ils avaient choisi la voie du dialogue et que cette option était aussi valable pour Israël. Même si l’Iran parvient à obtenir la bombe nucléaire, une ambassade américaine à Téhéran sera la meilleure garantie de la stabilité et de la tranquillité dans la région.

La publication de l’Évaluation nationale des services de renseignements américains qui prétendait que les Iraniens avaient suspendu leurs plans de développement des armes nucléaires en 2003, a convaincu le ministre de la défense, Éhoud Barak, que l’administration Bush ne traiterait pas le problème iranien mais le transmettrait à ses successeurs à la Maison Blanche.

Israël, qui considère que le bombardement aérien est une solution adéquate pour mettre en échec les programmes d’armement nucléaire des États hostiles de la région, en a été très contrarié. Le sentiment qui domine, à Jérusalem, c’est que les délais touchent à leur fin, et que si Bush n’arrête pas les opérations d’enrichissement de l’uranium dans les installations de Natanz, - par une frappe militaire américaine ou en autorisant une opération israélienne -, l’Iran va devenir une puissance nucléaire.

Le premier ministre, Éhoud Olmert, a essayé de persuader Bush de changer de position. Après avoir montré à Bush un rapport des renseignements qui prenait le contre-pied de celui de ses services, Olmert a cru réellement qu’il avait réussi à annuler l’impact du document des renseignements américains. En avril, Olmert a considérablement durci sa rhétorique. "Je veux dire aux citoyens d’Israël" a-t-il déclaré dans une interview à Haaretz, "que l’Iran ne détiendra jamais des capacités nucléaires." Le succès d’Olmert, l’été passé, la destruction de ce qui était suspecté d’être un réacteur nucléaire en Syrie, l’a apparemment convaincu qu’un progrès pouvait être envisagé en direction de la prochaine cible.

Dans un premier temps, Bush a laissé entendre qu’il penchait pour cette approche, par exemple quand il a qualifié la frappe israélienne contre l’installation syrienne de "message adressé à l’Iran." Le vent a commencé à souffler dans une direction différente le mois dernier. Le Pentagone a laissé filtrer une série d’informations suggérant une ferme opposition à une frappe militaire israélienne contre l’Iran. Le mois dernier, en Europe, Bush a déclaré qu’il voulait "permettre le traitement" de la question des ambitions nucléaires de l’Iran "dans un cadre multilatéral".

Ce n’est certainement pas ce que dirait quelqu’un qui a l’intention de faire la guerre cet été. Cette conclusion ressemble plutôt à la déclaration de quelqu’un qui désire enregistrer un succès diplomatique indiscutable avant de quitter ses fonctions. Jérusalem a préféré ignorer ces signaux et a continué de lancer des menaces. Dans une interview qu’il a donnée au Washington Post, l’ambassadeur d’Israël Sallai Meridor, a évoqué le danger d’une opération militaire israélienne et a réclamé la suspension de la livraison de produits pétroliers raffinés à l’Iran. Selon Meridor, "des sanctions efficaces portant sur les importations de produits pétroliers de raffinage peuvent modifier la donne".

Selon lui, les compagnies pétrolières "ne devraient pas vendre l’essence qui est utilisée par les spécialistes du nucléaire de l’Iran et ses dirigeants terroristes pour mener à bien leur travail". Trois jours plus tard, la politique américaine a connu un changement, mais dans la direction opposée. A présent, Jérusalem doit aussi modifier son approche. Au lieu de nourrir le faux espoir que Bush va, en réalité, ordonner le bombardement de l’Iran, les Israéliens doivent rechercher les aspects positifs d’un dialogue américano-iranien, tout en insistant sur le fait que les intérêts vitaux d’Israël ne doivent pas passer à la trappe. Tout d’abord, et c’est le plus important, Israël doit faire échec aux tentatives de lier le démantèlement des capacités nucléaires de l’Iran à la fermeture du réacteur nucléaire de Dimona, ou à toute autre façon d’affaiblir la dissuasion israélienne.

En outre, les Israéliens doivent exiger que les activités des centrifugeuses soient totalement suspendues et que, si l’Iran parvenait malgré tout à développer des armes nucléaires, Israël puisse bénéficier de contreparties appropriées, sous la forme d’une garantie américaine pour sa sécurité, et des technologies anti-missiles avancées. À la différence des pilotes de combat, les diplomates ne reçoivent pas de citations pour leurs actes héroïques ; il faut cependant leur donner une chance d’arrêter le programme nucléaire iranien, comme ils l’ont fait dans le cas de la Libye et de la Corée du Nord.

 

Aluf Benn

 

© Haaretz


Mis en ligne le 25 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org