Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Etats du monde
Etats-Unis

Le conflit israélo-arabe n’est pas une priorité pour Obama, Yaïr Lapid
23/07/2008

Le candidat démocrate à la présidentielle américaine, Barack Obama, actuellement en visite en Israël, ne mentira pas aux Israéliens, mais il ne dira pas la vérité non plus, estime "Yediot Aharonot". ("Courrier International"). Un article d’une rare lucidité, qui voit juste et le dit bien. Les Juifs américains feront bien de prendre bonne note de ce rappel à la réalité. (Menahem Macina).

23/07/08 

Article paru dans le Yediot Aharonot

 

Traduction française sur le site Courrier International

 

 

Barack Obama ne mentira pas quand il dira qu’il s’intéresse à nous, que les Etats-Unis sont notre meilleur ami et qu’il s’engage à nous assister, en temps de paix comme en temps de guerre. Mais il ne nous dira pas la vérité – qu’il a d’autres préoccupations qui sont plus urgentes, des amis dont il se soucie davantage et d’autres gens qu’il doit aider dans leur lutte quotidienne. Tout candidat démocrate à la présidence sait que la Floride est l’Etat-clé qui a ruiné les chances d’Al Gore de parvenir à la Maison-Blanche. Les Juifs de Miami représentent exactement les 3,5 % dont Obama a besoin pour remporter une victoire dans cet Etat. Il ne nous mentira donc pas, parce qu’il n’a pas de raison de le faire, et il ne nous dira pas la vérité non plus, parce qu’ils l’écoutent.

 

Notre problème avec Obama, ce ne sont pas ses opinions – il a les bonnes, tout comme n’importe quel candidat démocrate progressiste – mais plutôt ses priorités. La question israélienne n’est tout simplement pas une urgence pour lui. Depuis que Jimmy Carter est parti de la Maison-Blanche, nous n’avons pas eu la chance de tomber sur un président américain objectif. Reagan nous considérait comme un élément de la guerre froide, Bush senior, Clinton et Bush junior nous soutenaient en raison de leurs convictions religieuses (et par amitié personnelle). Obama va peut-être devenir le premier président objectif depuis trente ans.

Pour lui, chaque dollar qu’il nous envoie, c’est un dollar de moins pour les quartiers pauvres de Détroit ; chaque gilet pare-balles donné à l’armée israélienne, c’est un gilet de moins pour un marine stationné en Irak ; chaque contentieux avec les Saoudiens se traduit par une augmentation du prix de l’essence dans les stations-service de Los Angeles. Dans les jours à venir, Obama nous prouvera de plus d’une façon qu’il nous aime bien, mais il ira ensuite s’occuper des choses qui comptent vraiment pour lui.

Point n’est besoin de se pencher longtemps sur la question pour comprendre ce qui est important pour lui, il l’a dit plus d’une fois. Dans le discours qui l’a mis en avant, lors de la Convention du Parti démocrate en 2004, il avait déclaré :

"S’il y a un enfant des quartiers sud de Chicago qui ne sait pas lire, c’est important pour moi, même si ce n’est pas mon enfant. S’il y a quelque part une personne âgée qui ne peut pas s’acheter les médicaments dont elle a besoin et qu’elle doit choisir entre se soigner ou payer le loyer, ma vie en est plus pauvre, même si ce n’est pas un de mes grands-parents. S’il y a une famille arabe-américaine qui se fait arrêter sans pouvoir avoir accès à un avocat ou droit à un procès, cela menace mes libertés civiques."

Depuis cette époque, il y a bien plus d’enfants qui ne savent pas lire, à Chicago, bien plus de personnes âgées qui n’ont pas les moyens de se soigner, et bien plus d’Arabes qui ont été retenus sans procès à Guantanamo ou en Irak.

Dans les jours à venir, nous serons exposés à l’éloquence d’Obama – rares sont les gens capables de faire des discours comme lui et aucun mieux que lui. Comme tout grand orateur, il ne mentira pas ; il nous épargnera simplement la vérité – nous allons être confrontés à un dur processus de révision. S’il est élu, il devra s’occuper des faiblesses des Etats-Unis : la chute du dollar, la crise de l’énergie, la montée de la Chine, le retrait des troupes de l’Irak et l’énorme déficit du commerce extérieur. Quand il en aura fini – s’il finit un jour –, il faudra qu’il décide ce qui a le plus grand intérêt pour lui : un groupe d’Israéliens bruyants qui ne peuvent se passer de l’attention de la plus grande superpuissance du monde, ou ses frères et cousins affamés d’un Kenya déchiré par la guerre civile et ravagé par le sida, qui le regardent avec des yeux suppliants en espérant que son Amérique croit vraiment au changement. Il y aura certainement du changement, mais cela risque de ne pas nous plaire.

 

Yaïr Lapid

 

© Yediot Aharonot

 

 

[Texte aimablement signalé par G. Brandstatter, de Matsada.info.]

 

Mis en ligne le 23 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org