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Antisémitisme

Pas d’accord avec Soljenitsyne sur l’antisémitisme russe: "Le diagnostic est bon, pas les remèdes"
09/08/2008

Dans la foulée de l’article précédent [*], je crois utile de mettre en ligne cette opinion, divergente mais équilibrée, des "Izvetia", que j’emprunte, une fois de plus, au site de "Courrier International". (Menahem Macina).

[*] "Deux siècles d’histoire taboue - Soljenitsyne, la Russie et les Juifs".

 

Texte repris de l’hebdo du Courrier international - n° 558 - 12 juillet 2001

 

 

IZVESTIA
Moscou

Le dernier ouvrage d’Alexandre Soljenitsyne n’est ni un travail scientifique ni une oeuvre littéraire, c’est plutôt un passage en revue, une compilation de données reliées entre elles par les commentaires personnels de l’auteur. La position de ce dernier face à l’histoire douloureuse et embrouillée des rapports russo-juifs peut paraître juste, tout comme elle peut sembler complètement erronée. Elle mérite, en tout cas, d’être analysée et commentée avant d’être acceptée ou rejetée.

Le livre vient à peine de paraître que déjà s’élèvent des voix indignées qui demandent comment on ose seulement poser la question des relations entre les Juifs et les Russes.

Pour les uns, cette question ne se pose pas ; en vertu d’une tradition séculaire, l’intelligentsia russe ne reconnaît d’autre relation avec les fils de Sion que celle d’une repentance sans réserve. Pour d’autres, inscrits dans la tradition, moins longue mais plus solide, du fascisme russe, la judéité même est une réalité inconcevable et la seule notion de fautes commises à l’encontre de la communauté juive est absolument inenvisageable.

Pour les uns comme pour les autres, tout est simple, clair et net. On ne saurait évidemment les placer sur le même plan, car la paresse intellectuelle des libéraux est une chose, et l’énergie obtuse des racistes en est une autre. Nous vivons une étrange situation culturelle : les tabous sont abolis, on peut parler de tout à haute voix, même de ce qui devrait être tu. Or, le problème des relations entre Russes et Juifs, précisément en tant que problème, demeure marqué d’un interdit tacite.

Personnellement, pour être honnête, je préférerais que Soljenitsyne n’ait pas écrit ce livre, et ce pour des raisons très diverses : parce qu’il a mieux à faire que de s’attaquer à la vulgarisation historique, parce que sa pensée a besoin d’une enveloppe littéraire - Soljenitsyne est moins bon essayiste que romancier - et aussi parce qu’un tome supplémentaire ajouté à La Roue rouge ou même un bref chapitre, voire un simple épisode sur le sujet, auraient été beaucoup plus utiles et importants pour notre culture.

L’ouvrage que Soljenitsyne publie aujourd’hui représente d’une certaine façon le prix de la lâcheté de l’intelligentsia dans les années qui ont suivi la perestroïka [à partir de 1985]. Libérée des interdits extérieurs, la couche instruite de la population a beaucoup fait pour lever le voile sur de nombreux sujets sensibles. Elle a recruté des hommes politiques capables d’inscrire dans la loi la part de vérité historique qu’elle était parvenue à assimiler. Mais elle n’a jamais délégué à personne le droit de réfléchir sérieusement et sereinement à la fatale composante juive de l’histoire russe. Elle a préféré laisser ce déplaisant sujet à des provocateurs fascisants, tel le mathématicien Igor Chafarevitch [ancien ami de Soljenitsyne], auteur d’une théorie des "petites nations". En l’absence de marteau pour finir d’enfoncer un clou qui dépasse, on est parfois obligé d’employer un microscope. Avec son livre, Soljenitsyne n’a pas enfoncé le clou, mais il a au moins rappelé que la question existait et, surtout, il l’a reprise dans une optique libérale.

Le pas qu’il a fait est important en soi. Les maladies sociales sont comme les autres : ce n’est pas en les ignorant que l’on se porte mieux. Merci donc au premier médecin qui se décide à établir un diagnostic désagréable, même s’il ne propose pas les bons remèdes.

 

© Courrier International

 

Mis en ligne le 8 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org