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Israël (Société - mentalités)
Jérusalem

Jerusalem, entre Tisha Be’av et Yom Yeroushalayim, I. Lurçat
11/08/2008

10/08/08

Tisha Be’av, jour le plus triste du calendrier juif, commémore la destruction du Temple de Jérusalem. Ce jour-là, tous les Juifs du monde sont plongés dans le deuil et l’affliction, dans le jeûne et la prière. Or, à Jérusalem même, devant le Mur occidental du Temple, vestige de sa splendeur passée, le deuil qui devrait être plus tangible que partout ailleurs, n’est pas entier ! Comme si, à l’affliction et à la tristesse de voir que le Temple n’est toujours pas reconstruit et que le Har ha-Bayit est toujours occupé par une mosquée et foulé par nos ennemis, se mêlait un sentiment différent...

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Le Har Habayit occupé par une mosquée...

Beaucoup d’Israéliens ont une image négative de Jérusalem, et très nombreux sont ceux qui ne s’y rendent presque jamais, comme s’ils la craignaient... Aux yeux d’un grand nombre de Juifs, en Israël et ailleurs dans le monde, Jérusalem est synonyme de « religion » et de religieux ultra orthodoxes, en caftan noir, qui jettent des pierres sur les voitures en criant « Shabbes ! »

Ceux qui ont la chance de vivre dans la capitale du peuple Juif savent pourtant qu’elle est très différente de cette image caricaturale, trop souvent véhiculée par les médias et par la littérature israélienne. A certains égards, Jérusalem a conservé dans de larges secteurs de la vie culturelle et politique israélienne l’image qu’elle avait au XIXe siècle : celle de la capitale du « vieux Yishouv » - ville misérable où habitaient principalement des Juifs vivant de la « halouka » (l’aumône communautaire) et où les Juifs de diaspora venaient surtout pour être enterrés sur le Mont des Oliviers - et l’opposition entre Tel-Aviv, ville nouvelle du sionisme laïc et Jérusalem s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Mais Jérusalem est, en réalité, une ville où l’on vit, où l’on peut rire, danser, être joyeux !

Mon grand-père Joseph z.l., haloutz venu de Pologne après la Première Guerre mondiale, s’était installé à Jérusalem, dans les années 1920, après avoir passé plusieurs années à défricher les marécages et à construire des routes - dans le Gdoud ha-Avoda, le « bataillon du travail » - et il habitait dans le quartier de Mahané Yéhouda. Ma mère, qui y est née en 1928, m’a souvent raconté ses bribes de souvenirs de Jérusalem datant de sa prime enfance : une ville où les rues étaient en terre battue et où l’on voyait passer des chameaux. Cette Jérusalem, très différente de celle d’aujourd’hui, ressemble à la ville décrite par David Shahar dans son immense fresque, Le Palais des Vases brisés 1.

Entre Yom Yeroushalayim et Tisha Be’Av

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YOM YEROUSHALAYIM

Il y a une joie particulière aux habitants de Jérusalem, joie de ceux qui aiment cette ville et ont le privilège d’y vivre. « Réjouissez-vous avec Jérusalem », dit le prophète Isaïe. Cette joie, on la ressent évidemment les jours de fête et de liesse populaire, comme le Yom Yeroushalayim. Mais on la ressent aussi les jours de semaine, dans la vie quotidienne des habitants de la ville sainte, car sa sainteté confère à ceux qui y vivent une qualité spirituelle particulière, comme ce « supplément d’âme » qui descend sur chaque Juif, le shabbat, et que l’on ressent à Jérusalem chaque jour. Ne dit-on pas que « L’air de Jérusalem rend plus sage ? »

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Soukkot au Kotel

Et même les jours de deuil et de malheur - comme lorsque nos ennemis tuent des Juifs dans les autobus et dans les rues, avec des bombes et des bulldozers - ils ne parviennent pas à effacer totalement cette joie particulière à Jérusalem. De même que nous cassons un verre pendant la cérémonie du mariage, pour signifier que la joie des époux n’est pas complète, en raison de la destruction du Temple, le deuil de Tisha Be’av n’est plus total aujourd’hui. Lorsque nous vivons cette journée à Jérusalem, au milieu de centaines de Juifs, venus des quatre coins du monde et accomplissant la promesse du Retour, nous sentons confusément que le Temple est en voie de reconstruction et que, même si nous ne sommes pas encore véritablement sortis de l’exil, nous sommes déjà dans une autre ère. A Jérusalem, mieux qu’en tout autre lieu, nous pouvons ressentir aujourd’hui – en prêtant bien l’oreille - au milieu du deuil, de la confusion et du chaos qui nous entourent, le son lointain, secret et encore imperceptible des pas du Messie.

 Texte et photos : Itshak Lurçat

(Article paru dans VISION D’ISRAEL, le premier magazine culturel francophone israelien).

Mis en ligne le 10 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org