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Shoah

Israël et la Shoah, un avant-goût du contenu de la conférence de G. Bensoussan, le 20 mai
13/05/2008

"Historien, rédacteur en chef de la Revue Histoire de la Shoah et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris, Georges Bensoussan donnera, le 20 mai, au CCLJ de Bruxelles, une conférence exceptionnelle, à l’occasion de la publication, aux Editions du Seuil, de son dernier livre : Un nom impérissable : Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe. [*]" ("Regards").

[*] Voir : "Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe".

 

13/05/08


Ce texte de l’entretien entre Georges Bensoussan et Didier Pasamonic est repris de la Revue Regards


Question : Quels sont les éléments historiques qui permettent d’affirmer qu’il n’y a pas de lien de causalité entre la Shoah et la fondation de l’Etat d’Israël ?


G. Bensoussan : Israël naît directement d’un mouvement politique qui s’appelle le sionisme, et non pas seulement de l’antisémitisme ou de la quête d’un Etat-refuge. Le mouvement sioniste traduit la volonté de donner une nouvelle définition, nationale, laïque et sécularisée de l’identité juive. Il s’agit aussi de chercher à sortir d’une condition d’aliénation et de souffrance. Si Israël a vu le jour en 1948, ce n’est pas seulement parce que l’ONU l’a décidé en 1947, c’est parce qu’il y avait préalablement un foyer national juif qui comptait environ 600.000 personnes, et qui fonctionnait déjà comme un Etat. Il en avait toutes les formes et toutes les institutions. Ce n’était pas une communauté juive de plus, comme en diaspora, mais l’embryon d’un Etat.


Q. Le Royaume-Uni et les Etats-Unis n’étaient pas favorables à la création de cet Etat…


G. B. : En effet. Le Royaume-Uni s’est abstenu de voter en faveur du Plan de partage, le 29 novembre 1947. De surcroît, sur le terrain, les Anglais, favorables aux Arabes, leur ont cédé au moment de leur retrait de Palestine un grand nombre de leurs positions militaires. Les Etats-Unis n’étaient guère davantage favorables à la création d’un Etat juif : le Département d’Etat a même milité contre le partage. Mais Truman a passé outre in extremis. Après le vote favorable du 29 novembre 1947, et du fait de la montée des violences en Palestine au printemps 1948 (avant la déclaration d’indépendance), Washington va toutefois proposer à l’ONU en mars 1948 de suspendre la décision du Plan de partage, ruinant la possibilité de l’Etat juif. Mais l’organisation internationale ne donnera pas suite à la recommandation américaine.

 

Q. : L’URSS est donc le principal allié de la création de l’Etat d’Israël…

G. B. : Absolument. Allié diplomatique d’abord, puisque c’est le premier pays qui reconnaît l’Etat juif. Allié également lorsque, un an avant, le ministre soviétique des Affaires étrangères, Andreï Gromyko, prononçait un véritable plaidoyer en faveur de l’Etat juif. Allié sur le terrain, enfin, dès lors qu’une grande partie des armes de la toute jeune armée israélienne (la Hagana, devenue Tsahal) sont des armes tchèques d’origine russe, arrivées en Israël grâce au feu vert des Soviétiques.

 

Q. : Comment les alliances se sont-elles renversées pour aboutir au soutien américain d’aujourd’hui ?

G. B. : Les Soviétiques avaient misé sur un Etat anti-impérialiste et anti-britannique dans la région, puisque les sionistes se battaient contre les Anglais depuis 1945. Ils font le calcul selon lequel les Israéliens seront demain leurs alliés contre la Grande-Bretagne. Ils se trompent : Ben Gourion choisit très tôt, dès 1949, le camp occidental. D’où le renversement d’alliance, complet et immédiat.

 

Q. : S’il n’y a pas de lien de causalité historique entre la Shoah et l’Etat d’Israël, il existe cependant un lien entre les deux...

G. B. : Tout à fait, et même un lien puissant. Mais il est d’ordre politique et non historique. Il est au centre de l’identité israélienne d’aujourd’hui, façonnée par la mémoire de Shoah. La question est donc de savoir comment l’on est passé du rejet d’une tragédie qui inspirait alors honte, voire dégoût, à la mémoire sacralisée d’aujourd’hui.


Propos recueillis par Didier Pasamonik


Conférence de Georges Bensoussan
« Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe »
Mardi 20 mai à 20h30
Espace Yitzhak Rabin, Bruxelles.
Infos 02 - 543.02.70

 

© Regards

 

Mis en ligne le 13 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org