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11-Septembre - Sept ans après, les théories du complot font toujours recette, Michael Slackman
12/09/2008

Je reproduis cet article tout en déplorant sa ligne rédactionnelle. Il ressortit, en effet, à la mode journalistique qui fait de plus en plus florès, laquelle consiste à recopier, tels quels, les propos les plus paranoïaques, sans les réfuter, ne serait-ce que brièvement. Il s’agit là d’un procédé journalistique injustifiable, dans la ligne du tiersmondisme (les anciens colonisés ont enfin la parole, il faut les laisser s’exprimer) et de l’indifférentisme (toutes les opinions se valent). On part du présupposé généreux que le lecteur sait distinguer le vrai du faux et qu’on n’a pas à lui dicter une appréciation et encore moins une critique. C’est surestimer les capacités d’analyse et de critique du lecteur moyen, qui n’a pas, c’est le moins qu’on puisse en dire, la science infuse. Dans ce cas de figure, faute d’une connaissance minimale de la culture et des mentalités moyen-orientales, et dans son désir quasi-mystique de faire preuve de compréhension envers ces peuples dont une certaine histoire lui a appris qu’on les a traités avec mépris, exploités sans vergogne, et humiliés, ce lecteur compassionnel considérera comme un devoir d’accorder systématiquement un préjugé favorable aux « damnés de la terre », comme les appelait, Frantz Fanon [*] – entendez : les anciens colonisés, ennemis irréductibles des Etats-Unis et d’Israël. Outre qu’il y aurait bien davantage à dire sur ce journalisme droit-de-l’hommiste systématiquement pro-arabe et pro-musulman, on peut se demander pourquoi ce véritable « apostolat » journalistique fait si peu de cas d’autres peuples victimes, tels les Arabes du Darfour, les Tibétains et… les Israéliens… Mais oui, j’ose ! (Menahem Macina).

 [*] Frantz Fanon, psychiatre et essayiste français fut l’un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste. Voir Wikipedia.

 

08/09/09

 

The New York Times

 

Texte original anglais : "9/11 Rumors That Become Conventional Wisdom".

 

Version française (complétée, revue et corrigée par upjf.org) reprise du site Courrier International.

 

Dans le monde arabe, on reste fermement convaincu que les Américains et les Israéliens ont été les cerveaux des attentats de New York et de Washington. Les dirigeants américains feraient bien de se demander pourquoi. (Courrier International).

 

 

La planification et la réalisation des attentats du 11 septembre 2001 sont un sujet de conversation permanent dans toute la ville du Caire. Cliché de Shawn Baldwin pour le New York Times, 2007 [Photo et légende reprises du New York Times].

 

 

Notes du Caire


Sept ans plus tard, il est communément admis dans le monde arabe qu’Oussama Ben Laden et Al-Qaida ne peuvent pas avoir été les seuls responsables des attentats du 11 septembre 2001, et que les Etats-Unis et Israël ont forcément été impliqués dans leur préparation, voire dans leur exécution.

Ce n’est pas la conclusion d’une enquête scientifique, c’est ce qui vient spontanément dans les conversations dans un centre commercial de Dubaï, dans un parc d’Alger, un café de Riyad, ou un peu partout au Caire.

« Vous savez, je ne crois pas ce que disent vos gouvernements et vos médias. Ça ne tient pas debout »,

estime Ahmed Issab, 26 ans, un ingénieur syrien qui vit et travaille dans les Emirats arabes unis.

« Je pense que les Etats-Unis ont organisé tout ça afin d’avoir un prétexte pour envahir l’Irak et s’emparer de son pétrole. »

Il serait facile, pour les Américains, de traiter ce type de raisonnement par le mépris, mais ce serait ne pas prendre en compte un élément [dont] les gens, ici, pensent que les leaders occidentaux, notamment à Washington, devraient [le] comprendre : le fait que ces idées aient la vie dure représente le premier échec dans la lutte contre le terrorisme, l’incapacité à convaincre les populations du monde arabe que les Etats-Unis mènent vraiment une guerre contre le terrorisme, et non une croisade contre les musulmans.

« Les Etats-Unis devraient s’en préoccuper parce que, s’ils veulent convaincre les gens de l’existence d’un vrai danger, eux aussi doivent y croire pour vous aider »,

note Mushairy Al-Thaidy, journaliste à Asharq Al-Awsat, un quotidien saoudien diffusé du Moyen-Orient jusqu’au Maghreb.

« Sans cela, on ne pourra guère lutter contre le terrorisme. Ce n’est pas le genre de bataille qu’on peut livrer seul, c’est une bataille collective. »

Si les gens d’ici sont convaincus que les attentats du 11 septembre font partie d’un vaste complot contre les musulmans, c’est pour de nombreuses raisons. Certaines sont liées à la politique des pays occidentaux, d’autres y sont totalement étrangères.

Les gens le disent et le redisent : ils ne croient pas qu’un groupe d’Arabes ait pu mener à bien une telle opération contre une superpuissance comme les Etats-Unis. Mais ils disent aussi que la politique étrangère menée par Washington après le 11 septembre, notamment l’invasion de l’Irak, prouve que les Etats-Unis et Israël étaient à l’origine des attentats.

« Les exécutants étaient peut-être des Arabes, mais les cerveaux ? - Impossible ! »,

soutient Mohammed Ibrahim, 36 ans, propriétaire d’un magasin de prêt-à-porter au Caire.

« Cela a été organisé par d’autres, les Américains, ou les Israéliens. »

Les rumeurs, qui ont commencé à circuler peu après le 11 septembre, ont si bien fait leur chemin que les gens ne savent plus où, ni quand ils les ont entendues pour la première fois.

Parmi celles-ci, il y a notamment le fait que les Juifs ne sont pas allés travailler ce jour-là au World Trade Center.

« Comment se fait-il que, le 11 septembre, il n’y ait pas eu de Juifs dans les Tours jumelles ? »,

s’interroge Ahmed Saied, 25 ans, chauffeur d’un avocat du Caire.

« Tout le monde sait ça, je l’ai vu à la télévision, et beaucoup de gens en parlent. »

Zein Al-Abdin, 42 ans, électricien, attablé à un café du quartier Bulaq, s’échauffe de plus en plus à mesure qu’il livre sa version de ce qui s’est passé le 11 septembre.

« Comment se fait-il que les Américains n’aient jamais capturé Ben Laden ? On ne va pas nous faire croire qu’ils ne savent pas où il est, alors qu’ils savent tout. S’ils ne le capturent pas, c’est parce qu’il n’y est pour rien. Ce qui s’est passé en Irak confirme que cela n’a rien à voir avec Ben Laden ou Al-Qaida. Ils ont attaqué les Arabes et l’islam pour servir les intérêts d’Israël, voilà pourquoi. »

Que tant de gens énoncent comme une évidence le fait que les Etats-Unis aient pu s’attaquer eux-mêmes pour avoir une raison de s’en prendre aux Arabes et d’aider Israël, voilà qui en dit long sur la manière dont on perçoit, ici, les dirigeants, américains mais aussi égyptiens, et [ceux] de l’ensemble du Moyen-Orient. Ils n’inspirent que méfiance, au même titre que les médias officiels. Donc, dans l’esprit des gens, la version des autorités ne peut être que mensongère.

« [le président égyptien] Moubarak dit tout ce que les Américains veulent qu’il dise et il ment pour eux, bien sûr »,

estime M. Ibrahim.

Les Américains comprendraient mieux la région, disent des experts locaux, s’ils prêtaient attention à ce que disent les gens et s’ils essayaient de comprendre pourquoi ils le disent, au lieu de s’en offusquer. Le point de vue le plus répandu ici est que, même avant les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis n’étaient pas un arbitre impartial dans le conflit israélo-arabe et qu’ils ont ensuite pris le prétexte des attentats pour faire encore davantage le jeu d’Israël et déstabiliser le monde arabo-musulman. Aux yeux de la plupart des gens, l’invasion de l’Irak le prouve amplement.

« C’est le résultat d’une méfiance très répandue, et aussi du fait que les Arabes et les musulmans croient que les Etats-Unis ont des préjugés négatifs à leur égard »,

assure Wahid Abdel Meguid, directeur adjoint du Centre Al-Ahram d’études politiques et stratégiques, le premier institut de recherches égyptien.

« Ils ne pensent donc jamais que les Etats-Unis sont bien intentionnés, ils ont toujours le sentiment que tout ce que font les Américains cache quelque chose. »


[Pour des raisons inconnues et non précisées par Courrier International, les deux derniers alinéas de l’article du
New York Times n’ont pas été traduits. Je l’ai fait, ci-après.]

 

Hisham Abbas, 22 ans, étudie le tourisme à l’Université du Caire et espère qu’un jour il travaillera avec des étrangers pour gagner sa vie. Mais quand on l’interroge sur le 11 Septembre, il n’hésite pas une seconde : il est totalement inconcevable, à ses yeux, que M. Bin Laden ait pu réaliser cet attentat à partir de l’Afghanistan. Et comme les autres interviewés, il voit, dans les événements de ces six dernières années, la preuve concrète que tout cela est un plan des Etats-Unis pour s’en prendre aux musulmans.

« Il y a des Arabes qui haïssent l’Amérique, c’est le cas de beaucoup, mais ça, c’est trop »,

dit M. Abbas en agitant nerveusement son téléphone portable.

« D’ailleurs, voyez ce qui s’est passé ensuite : les Américains ont envahi deux pays musulmans. Ils ont pris prétexte du 11 Septembre pour entrer en Iraq. Ils ont tué Saddam, torturé des gens. Comment peut-on leur faire confiance ? »

 

Michael Slackman

 

© The New York Times

 

Mis en ligne le 11 septembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org