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Christianisme

Un chaud débat chrétien autour de l’article d’un auteur catholique sur la béatification de Pie XII
16/11/2008

On lira, ci-après, les réactions passionnées, amères, parfois agressives des lecteurs chrétiens du site Un écho d’Israël, à l’article courageux d’un de leurs coreligionnaires catholiques [*], qui non seulement a pris ses distances par rapport aux éloges adressés à Pie XII par ses défenseurs irrédentistes, mais surtout a osé aborder un sujet tabou : les directives censées avoir été données par ce pape à propos de la restitution des enfants juifs confiés aux institutions catholiques pendant la persécution nazie. Après avoir lu les arguments des opposants, on reste perplexe, et, comme l’auteur de l’article par lequel le scandale arrive, on ne peut que souhaiter que soient mises à la disposition des historiens toutes les archives de cette période, susceptibles de faire la lumière sur le bien-fondé des louanges comme des accusations dont ce pape est l’objet. (Menahem Macina)

[*] Nicolas Baguelin, "Pie XII et les juifs : silence et béatification".

 

Matériau repris du site de Un écho d’Israël.

 

30 Messages de forum

2 novembre 01:59, par Marcius

Peut-être faut il ne pas oublier que les juifs ne furent pas les seules victimes du nazisme, les tziganes furent egalement persecutés en tant que "race" sans parler des polonais des ukrainiens des russes ...mais les sionistes ont confisqué le racisme des nazis, en posant les juifs comme seule victime du nazisme, ils ne se rendent pas compte qu’ils frôlent a leur tour une attitude raciste , comme si la vie d’un goy ne valait pas celle d’un juif

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Mais les a-t-il sauvés en tant qu’hommes et ou en tant que juifs. 2 novembre 08:51, par Simone Charrier

Monsieur, grâce à des raisonnements comme le vôtre, beaucoup sont tentés de fermer les dossiers à tout jamais .Vous ne le savez peut-être pas, car j’ ose espérer que c’ est votre inconscient qui s’exprime , vous faites de l’intimidation , du chantage . Vous ne supportez pas ce débat, alors vous employez la menace .Nous sommes entre goys sur cette page, est-ce que vous vous en êtes rendu compte ?

Les Juifs, eux s’appliquent à vivre, ils ont du temps à rattraper .Ils ne nous demandent rien , c’ est nous qui leur demandons quelque chose .

Si vous ne me croyez pas, allez en Israël, vous verrez qu’on vous a raconté des histoires ou alors que vous les avez imaginées.

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Mais les a-t-il sauvés en tant qu’hommes et ou en tant que juifs. 2 novembre 17:23, par Simone Charrier

Le titre qui précède mon courrier prête à confusion , c’est une erreur. En fait, je répondais à M. Marcius et non à Nicolas Baguelin, bien sûr . Je vous remercie de le noter. Simone

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22 octobre 12:48, par M. R.

Merci pour ce dossier. Je voudrais attirer l’attention sur un point qui est évoqué en passant dans cet article, et dont la presse ne parle guère : ce n’est pas Benoît XVI qui a pris l’initiative d’engager le processus de béatification de Pie XII, mais Paul VI, en 1965. Le pape avait alors décidé d’introduire — conjointement— les causes de ses deux prédécesseurs, Pie XII et Jean XXIII. Plusieurs avaient pensé à l’époque que cette association des deux causes devait avoir pour effet que l’une, celle de Jean XXIII, qui ne faisait pas problème, entraînât l’autre, celle de Pie XII. En réalité, il s’est produit pour les deux papes l’inverse de ce qui est arrivé pour les époux Martin : alors que les deux causes des parents de Thérèse avaient été introduites séparément, et que les deux époux ont finalement été béatifiés ensemble, les causes des deux papes, au contraire, ont été disjointes : Jean XXIII est bienheureux alors que le décret sur l’héroïcité des vertus de Pie XII n’est toujours pas signé.

Il est téméraire de spéculer sur les intentions de Paul VI, mais il est objectif de rappeler que ce dernier, lorsqu’il était encore Monseigneur Montini, avait été associé étroitement au travail du pape Pie XII, dont il avait exercé les fonctions de Secrétaire d’État sans en porter le titre. On sait aussi que lors de son voyage en Israël en 1964, Paul VI avait refusé de se rendre à Yad-Vashem — contre l’avis du cardinal Tisserant. On avait interprété ce refus, à l’époque, comme une volonté, de la part du pape, de ne pas donner l’impression de désavouer son prédécesseur, un an après la première représentation de la pièce de Rolf Hochhuth, « Le Vicaire ». Benoît XVI aurait-il pris de lui-même l’initiative d’introduire la cause de Pie XII ? Je l’ignore. Mais il est bon de savoir qu’il a trouvé ce dossier dans l’héritage lorsqu’il est lui-même devenu pape.

 

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 22 octobre 21:57, par Louis Portal

Pie XII a-t-il sauvé des juifs parce qu’ils étaient juifs ou parce qu’ils étaient des hommes ? Le débat est surréaliste... C’est un peu comme si on se demandait quelles auraient pu être les motivations de quelqu’un qui vous a sauvé de la noyade ! Autre aspect surprenant de la controverse : on admet en effet que Pie XII a sauvé un grand nombre de juifs (850.000 pour certains historiens), mais ce qu’on lui reproche, c’est son prétendu "silence". Et si Pie XII avait "parlé" sans sauver personne ?

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Pie XII a-t-il sauvé des hommes ou des juifs ? 25 octobre 23:50, par Nicolas Baguelin

Monsieur Portal,

1) je n’ai pas reproché à Pie XII son "silence" puisque je souligne justement qu’il a parlé.

2) je dis en revanche qu’il n’a jamais prononcé le mot "juif" ou "israélite", ni dans son message de Noël 1942, ni dans l’encyclique de Pie XI dont on lui attribue la rédaction. Si on ne peut parler véritablement de silence, on peut parler d’omission volontaire. Pour une meilleure efficacité me direz-vous ? Parce qu’il ne veut pas sauver les juifs répondront vos détracteurs. => Notez que je me tiens à distance de ce débat. Peut-on refaire l’Histoire avec des "si" ? Je ne le crois pas.

3) Pie XII a-t-il sauvé des hommes ou des juifs ?

Je comprends votre surprise à cette question, mais elle n’est pourtant pas si saugrenue que cela. En effet, si vous m’avez bien lu jusqu’au bout, l’intention d’Hitler en exterminant les juifs n’était pas du tout raciale, mais bien religieuse. En dernier recours, les nazis avaient en effet édicté que quelqu’un était juif "si son grand-père fréquentait la synagogue". Avouez que c’est un critère racial assez suprenant ! Et Pacelli qui avait entièrement fondé son encyclique Mit brenneder Sorge sur la dénonciation du système raciste nazi, avait-il compris que ce système raciste n’est qu’un maquillage de la véritable intention d’Hitler qui était une intention anti-religieuse ?

Absolument pas.

A en croire ses déclarations où le mot juif ne figure même pas, Pie XII n’avait rien compris à l’enjeu du génocide envers les juifs. Il n’avait pas compris que cet enjeu est spirituel, car toucher à Israël, c’est toucher au Mystère de l’Eglise elle-même.

On pourra objecter que Pacelli, dans son encyclique, s’est fermement opposé à ce que les nazis remplacent l’ancien testament par Mein Kampf. Mais Pacelli n’a pas compris que la suppression physique des juifs, c’était la suppression de l’Alliance, de manière effective. En effet, l’ancien testament n’est pas d’abord une série de bouquins, mais si l’on retraduit correctement du latin une "ancienne alliance", qui, comme le dira plus tard Jean Paul II, "n’a jamais été révoquée". C’est cette alliance vivante, faite d’hommes, de femmes et d’enfants, qu’Hitler a voulu détruire. Cette alliance qui fait partie du Mystère de l’Eglise, comme l’a précisé le Concile Vatican II dans la déclaration Nostra Aetate dont le paragraphe 4, sur les Juifs, commence par ces mots "Scrutant le mystère de l’Eglise..."

Alors, comprenez-moi bien, le débat n’est pas surréaliste du tout. Vous admettrez que la comparaison avec le sauvetage de la noyade que vous évoquez n’a aucun sens. Dans le cas d’une noyade, il n’y a pas de bourreau, seulement une victime.

De plus, si l’on évoquait la mémoire d’un chrétien lambda sauvant des juifs, on comprend que la question ne se soit pas posée. Mais quand même, on ne parle pas de n’importe quel catholique de base ! On parle du Pape ! Rien de moins que le Vicaire du Christ, censé avoir sa propre conscience éclairée pour éclairer celle des autres.

Vous comprendrez donc, qu’en l’état de nos connaissances sur Pie XII, on est en droit de se demander s’il a vraiment été à la hauteur. Pour ma part, il clair que non ; ce qui ne me dérange absolument pas dans ma foi catholique et en particulier dans l’institution papale. Il faut se rendre à l’évidence, il y a de bons et de mauvais papes. Il me semble que Pie XII n’était ni bon, ni mauvais, simplement un pape quelconque qui ne mérite ni d’être assimilé à un nazi, ni d’être béatifié.

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Pie XII a-t-il sauvé des hommes ou des juifs ? 30 octobre 16:55, par Louis Portal

Cher Monsieur Baguelin. Je souhaitais répondre à votre post du 25 octobre, sur les objections que vous m’opposez. Mais j’ai pris connaissance de ce que vous avez publié sur votre blog le 28 octobre à propos de l’ouvrage du Rabbin américain David Dalin "Pie XII et les juifs" que vous déclarez n’avoir pas lu, ce qui est votre droit. Ce qui est plus gênant, c’est lorsque quelqu’un qui est attaché à la vérité historique (je suppose que c’est votre cas ?) affirme qu’il ne lira pas un des derniers ouvrages publiés sur le sujet qui nous intéresse, parce qu’il a un "a priori très négatif sur l’ouvrage" !!! Et ce que je trouve intolérable, c’est lorsque vous vous livrez à une attaque injurieuse contre David Dalin qui (selon vous) profiterait de sa "position originale et scandaleuse pour se construire une notoriété" ! Et pour le cas où vous n’auriez pas été compris, vous parlez des juifs qui ont prié pour le rétablissement de Yasser Arafat et des Kapos juifs qui ont servi les SS, et qui étaient eux-aussi très minoritaires et donc pas représentatifs de la communauté juive ... comme le Rabbin David Dalin ! Ceci est intolérable et démontre que finalement chez vous, c’est la passion qui l’emporte lorsqu’on vous oppose des éléments du débat qui n’ont pas l’heur de vous plaire et dont vous refusez de prendre connaissance. Je pense que je n’ai plus rien à vous dire. Au plaisir de ne pas vous relire ...

Louis Portal

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Dalin 31 octobre 11:17, par Nicolas Baguelin

Pour en finir avec Dalin : pas la peine d’insister Monsieur Portal : non je ne lirai pas Dalin.

J’ai lu suffisamment de notes sur son ouvrage, dont celle de Menachem Macina Pie XII et les juifs, et je suis pleinement convaincu de l’inutilité d’une telle lecture.

C’est un peu comme si quelqu’un me demandait instamment de lire le "Jésus" de Jacques Duquesne, sous prétexte que c’est un ouvrage incontournable sur Jésus. C’est effectivement un ouvrage incontournable dans la polémique stupide opposant les catholiques et leurs détracteurs. Mais, voilà, j’ai plus important à faire que de lire les sornettes de Duquesne sur Jésus. Si j’avais un peu de temps, je lirai plutôt Joseph Moingt, ou Christoph Theobald.

Pour Dalin, c’est exactement la même chose : c’est un livre utile dans une polémique tout blanc / tout noir sur Pie XII, dans laquelle vous essayez de me faire entrer. Si j’avais du temps, j’essaierais plutôt de lire des livres présentant les notes du Vatican qui ont été déclassées, ou d’investiguer sur la fameuse note de la nonciature qui fait l’objet d’une polémique.

Pour la n-ième fois, à vous et à d’autres qui caricaturent ma position à l’extrême, pour les besoins de leur propre position inconditionnellement pro-Pie XII, je redis que je ne suis ni pro, ni anti Pie XII. Je me suis seulement permis de faire un point sur la polémique stérile du soi-disant "silence" de Pie XII, tout en essayant de focaliser l’attention de mes lecteurs sur une problématique qui est à mon avis bien plus intéressante : celle des enfants juifs baptisés non rendus à leur famille et à leur peuple.

Je n’ai jamais prétendu pouvoir faire la lumière, surtout pas en tant qu’historien de cette période, que je ne suis pas, sur les agissements de Pie XII pendant la shoah, car faute de pouvoir consulter exhaustivement les archives vaticanes, cela n’est encore possible à aucun historien sur cette terre, pas même à David Dalin.

Maintenant, j’aimerais entendre les réactions qui concernent l’affaire Finaly, la note dénichée par Catherine Poujol, et surtout plus globalement l’attitude de Pie XII face aux juifs après la Shoah : son refus auprès du grand rabbin Herzog, ses instructions concernant les enfants juifs cachés dans les monastères chrétiens.

Tout cela ne me semble guère compatible avec une béatification, mais cela peut éventuellement se discuter. Néanmoins, en tant que membre du commun des mortels, je ne prétends pas apporter moi-même des réponses. Les historiens de métier devront le faire, mais c’est ma conscience de catholique de questionner à la fois les historiens et l’Eglise sur ce sujet. Je constate tout de même que cette question des enfants juifs non rendus est embarrassante. Moi-même, je ne suis pas fier d’avoir à répondre de cette problématique, notamment lorsque je parle avec des juifs. Je ne m’identifie pas à Pie XII, mais tout de même, il s’agit globalement de l’Eglise catholique à laquelle j’appartiens. J’ai déjà beaucoup de mal à assumer ce passé peu glorieux auprès de mes interlocuteurs juifs, et la béatification de Pie XII, qui ferait de lui un modèle humain pour notre temps (canon = modèle) m’aide à encore moins à porter le poids de cet héritage d’antijudaïsme.

Alors, voilà, Monsieur Portal, pourquoi le débat est effectivement passionné pour moi : je n’ai pas d’honneur de Pie XII à défendre ou de réhabilitation à promouvoir. Non. C’est une question de relation personnelle avec mes amis juifs qui me demandent interloqués : mais si Pie XII était canonisé, qu’est-ce que cela signifierait pour vous, catholiques ?

Cette question résonne en moi et je ne peux y donner, pour l’instant, de réponse sereine et valable, honnête par rapport aux faits historiques.

Si vous pouviez m’aider à y répondre, cela constituerait certainement le coeur du débat que je souhaite voir naître.

Cordialement

Nicolas

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Dalin ou Duquesne ??? 1er novembre 23:23, par Emmanuelle Main

Cher Nicolas,

Vous dites : "Pour en finir avec Dalin : pas la peine d’insister, Monsieur Portal : non je ne lirai pas Dalin (...) C’est un peu comme si quelqu’un me demandait instamment de lire le ’Jésus’ de Jacques Duquesne".

Etrange comparaison.

Au vrai, je n’ai pas lu le Jésus, de Duquesne, paru en 1994. Mais j’ai lu son livre, Le Dieu de Jésus, paru en 1997.

Le titre est de soi un aveu de tentation marcionite, visant à opposer le ’Dieu de l’Ancien Testament’ au ’Dieu du Nouveau Testament’.

Etant entendu que “le Dieu de Jésus” n’a aucune signification dans la tradition catholique qui confesse le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, révélé en Jésus le Christ, Fils de Dieu.

Au demeurant, la ’quatrième de couverture’ de son livre Le Dieu de Jésus, présente Jacques Duquesne comme un « journaliste, essayiste et romancier ».

Qu’est-ce que cela a à voir avec David Dalin ????

Cordialement

Emmanuelle Main

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Dalin ou Duquesne ??? 5 novembre 00:27, par Nicolas Baguelin

Chère Emmanuelle,

Dalin et Duquesne n’ont rien de commun sinon que j’ai trouvé inutile de les lire. Les critiques externes m’en ont dit assez pour que je les juge ainsi. La comparaison s’arrête là.

Si vous souhaitez davantage d’explication, vous pouvez me contacter à info@catholim.com

Cordialement

Nicolas

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 24 octobre 05:06, par Francine

"La Papauté est le rocher de fondation de l’Eglise. Les historiens de l’avenir chercheront pourquoi l’héroïque figure de Pie XII, et la protection qu’il apporta "urbi et orbi" à tous nos frère israèlites est la cible privilégiée de ceux qui ne se cachent pas de vouloir déshonorer à travers lui l’Eglise Catholique toute entière ; pendant la guerre comme aujourd’hui, elle demeure totalement digne de son Fondateur, le Christ-Jésus". Renée Casin (article paru en 1994 dans "l’homme nouveau")

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 24 octobre 14:40, par J B

Qui est Renée Casin ? Ce ne peut pas être René Cassin, mort en 1976. Pouvez-vous préciser qui est cet auteur ? Merci.

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 6 novembre 11:46, par Francine

Renée Casin est historienne, Lauréate de l’Académie française et Président d’honneur du Comité Historique de l’Institut Napoléonien Mexique-France, Madame Renée Casin est une spécialiste renommée de l’histoire de l’Eglise et de l’histoire napoléonienne. Elle a écrit : "mensonges et silences sur Pie XII

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 24 octobre 14:46, par Pierre Fricot

Qui faut-il croire ? Voici un extrait du livre du Rabbin David Dalin « Pie XII et les Juifs » - le Mythe du Pape d’Hitler (titre original The Mythe of Hitler’s Pope – How Pope Pie XII rescued Jews from the nazis- traduit de l’anglais par Claude Maly 2005, Regnery Publishing, Inc. New York 2007, 2ème édit, Ed Tempora, Perpignan.

Cette nouvelle controverse contre Pie XII a commencé le 28 décembre 2004 avec cette hallucinante accusation lancée par le quotidien italien progressiste II Corriere della Sera. Celui-ci pré­tend, en effet, qu’en 1946, Pie XII aurait envoyé des instructions explicites au nonce apostolique en France, Mgr Angelo Roncalli, lui ordonnant de ne pas rendre à leurs parents les enfants juifs qui, pendant la Shoah, auraient été baptisés au cours de leur séjour dans des familles ou institutions catholiques. L’article, écrit par Alberto Melloni, journaliste et historien italien de gau­che et adversaire du pape, affirme aussi que Mgr Roncalli aurait ignoré ces « instructions dignes d’un cœur de pierre » et les aurait contournées en demandant que soient réunies les familles juives ayant survécu à la Shoah. 10 Avant que quiconque ait pu s’assurer de la véracité de ces accusations, on les retrouva placardées sur toute la planète par les médias du monde entier. Le 9 janvier 2005, le New York Times y allait de son article : « Sauver les enfants juifs : Mais à quel prix ? », fondé sur les allégations de Melloni.11 Les détracteurs progressistes ajoutaient ainsi un nouveau péché au règne de Pie XII : le « kid­napping pontifical ». Jamais, depuis l’ignoble affaire Mortara, vers la fin des années 1850, on n’avait accusé un pape d’avoir enlevé un enfant juif baptisé et de refuser de le rendre à sa famille. Il est vrai que, pendant la Shoah, les enfants juifs mis à l’abri dans des familles catholiques devaient « passer » pour catho­liques et certaines des familles avaient effectivement fait bapti­ser les enfants, sans doute par conviction personnelle ou pour mieux tromper les nazis.12 Après la guerre, il y avait ainsi, rien qu’en France, 10 000 à 20 000 orphelins juifs (dont seul un faible pourcentage avait été baptisé), vivant encore dans des familles catholiques ou des institutions liées à l’Église. En mars 1946, dans les terribles lendemains de la Shoah, le Dr Isaac Herzog, Grand Rabbin de Palestine, alla voir Pie XII pour discuter des actions qui pourraient être entreprises afin de rendre ces enfants à des familles juives ou institutions charita­bles et de leur permettre d’être élevés dans un environnement juif. Aux dires de tous, cette rencontre se passa extrêmement bien : le pape promit qu’il allait se renseigner sur la situation, et le Grand Rabbin « exprima ses profonds remerciements », à la fois pour la promesse du pape et pour l’activité héroïque que lui-même et l’Église catholique avaient déployée pour sauver et protéger les juifs pendant la guerre.13 Herzog fit remarquer que Pie XII « avait agi pour bannir l’an­tisémitisme dans de nombreux pays » et conclut par une invo­cation : « Qu’avec la grâce de Dieu, l’Histoire se souvienne qu’à l’heure où tout était sombre pour notre peuple, Votre Sainteté fit briller pour lui une lueur d’espoir ».14 Le 31 mars 1946, le Palestine Post rapportait que Rabbi Herzog « avait raconté son audience avec le pape, qui l’avait reçu un dimanche de début mars. Leur conversation [...] avait porté prin­cipalement sur les 8000 enfants juifs qui, en Pologne, France, Belgique et Hollande, étaient élevés dans des monastères ou des familles chrétiennes. Il avait reçu du Vatican l’assurance qu’ils allaient aider à faciliter le retour de ces enfants au bercail juif ».15 Et Pie XII doit avoir tenu sa promesse, parce que Rabbi Herzog « continua, tout au long de la vie du pape, à louer sa conduite envers la communauté juive ». Le témoignage d’autres personnalités juives confirme cette supposition. Le Dr Léon Kubowitzky, du Congrès Juif Mondial, affirme en 1965 : « Je peux attester maintenant que je ne connais pratiquement pas un cas d’institution catholique qui ait refusé de rendre des enfants juifs ».16 Plus récemment, l’avocat juif français, anti-nazi, Serge Klarsfeld, également historien de la Shoah, a for­mellement déclaré que cette nouvelle controverse sur le destin des enfants juifs cachés par des familles catholiques est « une tempête dans un verre d’eau » parce que « quasiment aucun ne fut refusé à sa famille juive après les événements ».17 Klarsfeld, qui a étudié le sort des enfants juifs pendant la Shoah et a été impliqué dans la poursuite de plusieurs criminels de guerre nazis ayant opéré en France, affirme que la plupart des « enfants cachés » qui ont été baptisés sont probablement retournés au judaïsme quand ils rejoi­gnirent leur famille après la guerre. « Jamais ils n’ont cessé d’être juifs », dit-il, « ils avaient simplement dans la poche un papier disant qu’ils avaient été baptisés ».18 En fait, peu après sa rencontre de mars 1946 avec Herzog, Pie XII demanda à la Congrégation du Saint-Office d’établir des directives sur la manière dont l’Église pouvait collaborer au mieux avec les familles et institutions juives qui voudraient récla­mer ou adopter des enfants juifs résidant encore dans des foyers catholiques. A partir des directives du Saint-Office, l’un des assistants de Pie XII, Mgr Domenico Tardini envoya au nonce en France, Mgr Roncalli, une note en italien datée du 28 septem­bre 1946, pour expliquer comment les autorités de l’Église de France devaient traiter cette question. Dans son article, Melloni cite une traduction française (faite par un inconnu) des instructions de Mgr Tardini. Ce texte, daté du 23 octobre 1946, traduit de façon inexacte une phrase clef relative aux demandes faites par des parents survivants au sujet des enfants juifs dont l’Église avait la garde. Le document ori­ginal de Mgr Tardini, encourageait explicitement les responsa­bles et les laïcs catholiques français à restituer tous les enfants juifs rescapés, baptisés ou non, à des membres survivants de leur parenté, judicieusement sélectionnés, ou à des institutions juives, alors qu’au contraire, la traduction française donne « l’impression que l’Eglise doit retenir ces enfants, surtout s’ils ont été bapti­sés, et même si des parents survivants viennent maintenant les réclamer ».19 Le texte français est donc en contradiction flagrante avec la version originale qu’avait rédigée Mgr Tardini à partir des directives de Pie XII. Les actions entreprises ensuite, que ce soit par le pape et Mgr Roncalli, ou bien par la hiérarchie catholique française, « manifestent clairement la stratégie de Pie XII pour l’après-guerre qui était de favoriser le regroupement des enfants juifs avec leur parenté, aussi rapidement et aussi humainement que possible ». Alors pourquoi cette contradiction ? Parce qu’il s’avère que cette note en français, un soi-disant « document pontifical », n’est pas authentique. Comme le souligne Robert J. Rychlak, l’ar­ticle d’Alberto Melloni « est inspiré d’une mauvaise traduction (peut-être une falsification intentionnelle) ». Ce document est un « faux », qui, formellement, « ne vient pas du Vatican ».20 Le prétendu document pontifical « n’était ni signé, ni sur un papier à en-tête du Vatican, et la formulation n’était pas celle des textes pontificaux habituels, comme l’ont immédiatement remarqué les autorités du Vatican ». En réalité, le seul fait que la lettre soit en français et non en italien suffit à prouver que ce n’était pas une véritable « directive envoyée par le pape au nonce ».21 La crédibilité des accusations fracassantes, lancées par Mel­loni contre Pie XII, qui ont été rapportées, sans aucun esprit critique, dans le New York Times et autres médias progressistes américains, a été catégoriquement réfutée par deux des plus grandes autorités, en Italie, sur Pie XII et son pontificat. Nous voulons parler d’Andréa Tornielli, le très respecté correspondant au Vatican du quotidien milanais II Giornale, et de l’historien de la diplomatie Matteo L. Napolitano, tous deux auteurs du récent ouvrage // Papa che salvo gli Ebrei.22 Alberto Melloni ne précise pas de quelles archives pourrait venir son soi-disant document pontifical, mais Tornielli, lui, a trouvé, au Centre National des Archives de l’Église de France, le texte, original et authentique, des directives du pape. Dans un article, publié à la une de // Giornale et intitulé « Le vrai docu­ment sur Pie XII et les enfants juifs »,23 Tornielli compare le document original du Vatican à la version de Melloni, prouvant ainsi que ces allégations sont fausses.24 Ce qui est stupéfiant, note un universitaire qui a lu le document pontifical authenti­que, c’est que les instructions de Pie XII « disent presque exac­tement le contraire des racontars de Melloni auxquels pourtant les détracteurs du pape ont adhéré avec enthousiasme. En effet, nulle part, l’original ne suggère de soustraire à leur famille les enfants juifs mais il indique précisément l’inverse ! » 25 De même, dans un autre article de II Giornale, Matteo Napoli­tano « critique vertement Melloni pour sa précipitation à porter un jugement et à rendre publique une histoire incomplète et tout à fait trompeuse, construite sur un document douteux et sans rapport avec Pie XII ; ce que ne ferait aucun historien sérieux ».26 Pour un gauchiste comme Melloni, détracteur de Pie XII et Jean-Paul II, il n’y a pas de fait, si contestable soit-il, qui ne puisse servir à perpétuer le mythe du pape d’Hitler. Et les médias progressistes américains ne se sont posé aucune question. Le New York Times, typiquement, s’est contenté de répéter les accusations non vérifiées. Et de nombreux médias progressistes ont suivi. Le Jewish Forward, le New Republic et le réseau de la Natio­nal Public Radio produisirent toutes sortes d’éditoriaux, articles, papiers d’opinion et émissions à partir du texte fort contestable de Melloni. Daniel Jonah Goldhagen, dans le Jewish Forward ainsi que dans la New Republic, lança un appel au Vatican pour que soit créée et financée une commission internationale indépen­dante ayant pour mission de « déterminer combien d’enfants juifs auraient été kidnappés par l’Église dans toute l’Europe, et quel rôle précis Pie XII [...] y aurait joué ».27 Plutôt que de remercier l’Église catholique d’avoir sauvé la vie des enfants juifs, les médias progressistes préfèrent la critiquer, et Pie XII avec elle, en se précipitant pour juger et condamner, sur la base d’un document frauduleux. Goldhagen discrédite Pie XII en le traitant de « pape antisémite [...] en passe de deve­nir l’un des kidnappeurs les plus effrénés de l’ère moderne ».28 D’après lui, le document de Melloni « révèle la politique du pape et de l’Église qui aurait consisté, effectivement, à kidnap­per les enfants juifs, et sans doute par milliers [...]. L’objectif évident aurait été de mettre en œuvre un plan pour pénaliser cruellement les juifs, une deuxième fois, en privant de leurs pro­pres enfants ceux qui avaient survécu physiquement et mora­lement à l’enfer nazi ».29 Et Goldhagen conclut son attaque en déclarant qu’il faut que l’Église catholique « cesse de chercher à canoniser Pie XII ».30 Dans sa tirade, publiée dans le New Repu­blic, il va même plus loin en soutenant que « l’effrayante direc­tive de Pie XII, met le doigt sur ce qui était peut-être bien une conspiration criminelle à l’échelle du continent ».31 Qu’un délire aussi insensé puisse être pris pour argent comp­tant par les médias progressistes, c’est affligeant. Car, d’un côté, ils persistent à ajouter des déformations grotesques à leur mythe du pape d’Hitler, et de l’autre, ils dédaignent des histoires sur Pie XII, pourtant tout aussi passionnantes, et vraies, celles-là, fondées sur des informationsportées récemment à la connaissance du public. Considérons, par exemple, les documents sur la conspirations des nazis pour enlever Pie XX. … Pages 165 à 171

Hoax » Inside the Vatican, janvier-février 2005, pp. 8-11 ; et Rychiak (Ronald J.), « Postwar Catholics, Jewish Children and a Rush to Judgment : Pius XII Never Told Catholic Groups to Keep ’Hidden’ Jewish Children from Their Families after World War II » www.beliefnet.com, 19 Janvier 2005. 10. Doino, « Another Anti-Papal Hoax ». 11. On trouve une analyse critique de la crédibilité de cet article du New York Times et des alléga­tions anti-Pie XII qu’il contient, in Thierry (P.), « New York Times Wrong : Pius XII Saved Jews » www.newsmax.com, 27 janvier 2005. 12. Rychiak, « Postwar Catholics, Jewish Children and a Rush to Judgment*. 13. Doino, « Another Anti-Papal Hoax ». 14. Le rabbin Herzog est cité in Rychjjk, « Postwar Catholics, Jewish Children and a Rush to judgment ». 15. Le compte rendu fait par le Palestine Post de la rencontre du rabbin Herzog avec le pape est analysé in Lapide (Pinchas), Three Popes and the Jem, Hawthorn Books Inc., New York, 1967, 210. 16. Ibid 17. « French nazi hunter deflates Jewish war children row » Haarefy 20 janvier 2005. 18. Ibid. 19. Doino, « Another Anti-Papal Hoax ». 20. Rychlak, « Postwar Catholics, Jewish Children and a Rush to Judgment ». 21. Ibid. 22. ToRNiKJJJ (Andrea) et Napolitano (Matteo L.), Il Papa che salvo gli Ebrei (Le pape qui sauva les juifs), Piemme, Italy, 2004. 23. Tornielli (Andrea), « Ecco il vero documento su Pio XII e i bimbi Ebrei », Il Giornale, 11 Janvier 2005. 24. Thierry, « New York Times Wrong : Pius XII Saved Jews ». 25. Ibid. 26. Napolitano (Matteo L.), « The Hasty Scoop of Professor Melloni » II Giornale, 11 Janvier 2005. 27. Goldhagen, « The Unsaintly Acts of Pius XII ». 28. Ibid. ; cite aussi in Rychi.ak, « Postwar Catholics, Jewish Children and a Rush to Judgment ». 29. Goldhagen, « The Unsaintly Acts of Pius XII ». 30. Ibid. 31. Goldhagen, « Hide and Seek : Questions for the Vatican ».

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 24 octobre 18:39, par Louis Portal

Merci, Pierre ! Ca fait toujours du bien de voir les faussaires démasqués ...

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Tirade d’une nullité absolue... 25 octobre 23:03, par Nicolas Baguelin

Et quel démasquage en règle ! Quand on ne se donne même pas la peine de mentionner l’affaire Finaly, qu’on se contente de généralités et que l’on est obligé d’aller chercher l’origine "gauchiste" et "progressiste du journal italien, cela ne démontre pas une très grande subtilité.

Je vous recommande la lecture expresse d’un article sérieux sur l’affaire des enfants Finaly : http://bcrfj.revues.org/document53.html un article factuel et dépassionné réalisé par Catherine Poujol, Docteur en histoire spécialiste des relations judéo-chrétiennes aux xixe et xxe siècles et de la mission catholique auprès des juifs.

C’est cette historienne qui a dévoilé l’existence de la note de la nonciature qui est mise en cause par David Dalin. http://bcrfj.revues.org/document53.html#ftn11. Elle explique : "Cette pièce, que je ne possède que sous forme de photocopie et dont je n’ai pu vérifier l’origine, a été publiée, sans mon autorisation, le 28 décembre 2004 dans le Corriere dela Serra. Elle a provoqué un scandale médiatique."

On ne peut donc qu’être étonné des arguments de David Dalin, puisqu’il ne mentionne même pas l’origine de la note. Pour un soi-disant historien, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il utilise des sources de seconde, voire de troisième, ou quatrième main !

A présent, il n’est pas impossible que le Corriere della Serra utilise cette note à des fins de discrédit inacceptable, mais cela n’est pas une raison pour dire n’importe quoi.

Catherine Poujol dit effectivement n’avoir pas vérifié l’original dont elle a la photocopie, mais cela ne signifie nullement qu’il s’agit d’un faux.

Par ailleurs, je remarque que Dalin s’interroge sur l’authenticité de ce document, du fait qu’il est rédigé en français et non en italien. En émettant ce doute, il essaie de mettre Roncalli dans le même sac que Pie XII, autrement dit : si une telle note a bien existé, Roncalli qui l’aurait traduite en français en partage la responsabilité, alors que, pourtant, les "gauchistes" font de Jean XXIII l’archétype du progressiste. Je retrouve ces arguments également dans un article de la même trempe http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp ?id=7944

A mes yeux, il est pourtant probable que le nonce Roncalli ait sollicité le Pape face à des comportements comme celui de Mlle Brun, qui ne voulait pas rendre les enfants Finaly, et qu’il espérait du Souverain Pontife que celui-ci ordonne une restitution, ce qui aurait eu pour effet de faire plier [Mlle Brun] immédiatement. Malheureusement, c’est l’inverse qui s’est produit... On ne peut pas connaître les intentions secrètes de Roncalli, mais au vu du déroulement de l’affaire Finaly, c’est comme cela que je comprends les choses.

Pour continuer sur le passage de Dalin qui nous est magnifiquement exposé, comment ne pas s’interroger sur les citations choisies, notamment en ce qui concerne le grand rabbin Herzog et sa rencontre avec Pie XII ? Issac Halévi Herzog a certes loué Pie XII pour son action de sauvetage des juifs, mais il faut préciser qu’il n’a reçu aucune réponse de sa part concernant les enfants juifs placés dans les institutions catholiques.

Aucune réponse.

Ni lors de son entretien, ni plus tard. Ni orale, ni écrite. Et comme par hasard, cela correspond presque textuellement à la note N° 4516 de la nonciature où il est explicitement écrit, à la fin de celle-ci : "Il est à noter que cette décision de la Sainte Congrégation du Saint Office a été approuvée par le Saint Père".

Dans un article de Haaretz en anglais, il est rapporté, par le petit-fils du grand rabbin Herzog, que ce dernier alla s’immerger dans un mikvé, au sortir de son entrevue avec Pie XII, dans l’intention de se purifier. Cette remarque est certainement révélatrice de ce qu’Herzog a pu penser de Pie XII.

Alors, voilà, pour ce qui est des "faussaires démasqués", je n’ose pas imaginer que le faussaire en question n’est autre que David Dalin ? Si telle n’était pas votre intention dans cette remarque désobligeante, et comme je vois qu’elle est au pluriel, j’espère que je ne suis pas inclus. Dans le cas contraire, merci d’apporter des arguments.

Nicolas Baguelin

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Tirade d’une nullité absolue... 28 octobre 12:28, par Emmanuelle Main

Dalin n’aurait pas vérifié l’origine de la note ??? Mais Catherine Pujol non plus !!! C’est bien le comble de l’affaire.

Dans un premier temps, dans un réflexe de prudence obligatoire pour un historien, elle s’était refusée à publier cette note, car elle n’en connaissait pas l’origine. Mais parce que Melloni l’a publiée contre son gré, elle la publie maintenant comme si les allégations de Melloni suffisaient à authentifier le texte.

C’est invraisemblable au plan de la méthode historique. D’autant plus que cette note devient, dans l’article de Catherine Pujol, la pierre d’angle à partir de laquelle elle interprète l’action de Gerlier comme étant la résultante d’une obéissance au Pape.

En définitive, le bourrage de crâne médiatique fait perdre le nord aux historiens de métier.

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Oui, c’est vrai ! 31 octobre 11:33, par Nicolas Baguelin

Je pense que vous mettez le doigt sur la fragilité de la thèse de Catherine Poujol.

Avec vous, je me demande : d’où sort cette note ?

Notez que Dalin ne dit pas seulement de pas avoir vérifié l’origine de la note, mais, d’après ce que m’a rapporté une personne qui a lu son livre (voir sur mon blog), mais affirme qu’elle [l’a] "falsifiée". Il s’agit d’autre chose : un procès d’intention à Catherine Poujol.

Pour ma part, je ne fais pas de procès d’intention, a priori, à Catherine Poujol, mais il est effectivement nécessaire que la lumière soit faite sur l’origine de cette note, et qu’elle soit corroborée par des originaux vaticans si besoin. D’où l’utilité, encore une fois, d’ouvrir les archives secrètes.

Si cette note est effectivement choquante dans la fermeté et la clarté des termes employés pour sceller le choix du Saint Office de ne pas rendre les enfants juifs baptisés à leur famille et à leur peuple, elle ne semble pourtant pas isolée puisque d’autres semblables, bien que moins fermes, existent. Le témoignage du grand rabbin Herzog va également dans ce sens.

Ce qui m’émeut aussi beaucoup, c’est finalement que cette problématique ait pu exister, non seulement dans la conscience de Pie XII, mais dans celle de beaucoup de catholiques, au point que le nonce Roncalli ait eu besoin de recourir à l’intervention du Saint-Siège pour tenter de la résoudre. L’existence même de cette problématique et son traitement par Pie XII est typique d’une époque et d’une théologie que je ne souhaite pas voir érigée en "modèle" (canon), par le truchement de la canonisation de Pie XII.

Nicolas Baguelin

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Questions de chronologie 1er novembre 23:00

Cher Nicolas,

Permettez-moi d’essayer de démêler l’écheveau de cet embrouillamini.

1) L’article de Catherine Poujol donne effectivement l’impression qu’elle aurait été la première et la seule détentrice de la copie de cette note en français. Ce n’est pas exact. Etienne Fouilloux a publié ce texte dans son livre Anni di Francia, Agende del nunzio Roncalli, 1945-1948, paru en 2004 aux éditions de l’Institut des sciences religieuses de Bologne.

NB : la version française = Angelo Giuseppe Roncalli, Journal de France (1945-1948).

Fouilloux a trouvé cette note dans les archives de la nonciature, mais il aurait déclaré, dans le journal italien, L’Avvenire, du 6 janvier 2005, qu’il ne s’agit pas d’un document du Saint Office et que l’écriture n’est pas celle de Roncalli.

2) L’article de Catherine Poujol laisse perplexe : dans sa note 11, elle s’autorise à publier cette note parce qu’elle a déjà été publiée par le Corriere della Serra en date du “28 décembre 2004”. Extraordinaire valse des dates !!! L’article de Melloni est en ligne à l’adresse suivante : http://www.corriere.it/Primo_Piano/Cronache/2004/12_Dicembre/28/papa-roncalli.shtml L’article y est daté du 12 décembre 2004 (et non du 28 !). En outre, Melloni fait explicitement référence au livre d’Etienne Fouilloux, qui n’est pas mentionné par Catherine Poujol.

Cela fait l’effet : a) que Catherine Poujol n’aurait pas lu l’article de Melloni (mais seulement les échos dans la presse française) ; b) qu’elle aurait ignoré, au moment où elle publiait son article, l’ouvrage d’Etienne Fouilloux. C’est pourtant un ouvrage majeur pour toute enquête sur les relations entre le Saint-Siège et la France à cette période. Cela rend d’autant plus fragile la thèse majeure de son article, à savoir que le cardinal Gerlier aurait été la cheville ouvrière de l’affaire Finaly parce qu’il aurait suivi les directives du Pape.

3) David Dalin ne peut pas faire de procès d’intention à Catherine Poujol. Le livre de Dalin est paru en 2005. L’article de Catherine Poujol est paru en 2005 dans le Bulletin du Centre Français de la Recherche à Jérusalem, revue honorable mais à diffusion limitée (quoique élargie par Internet). Dalin ne répond pas à Catherine Poujol, car l’article de cette dernière n’était pas paru au moment où le manuscrit de Dalin était sous presse.

4) La polémique a éclaté du fait de l’interprétation, par Melloni, des documents publiés par Fouilloux. Or, l’article de Melloni (outre les erreurs relevées par d’autres auteurs) repose sur une seule pièce : cette note en français dont personne ne sait d’où elle vient, bien qu’elle soit enregistrée dans les archives de la nonciature de Paris.

5) Quel est le problème ? Mgr Domenico Tardini envoya au nonce en France, Mgr Roncalli, une note en italien, datée du 28 septembre 1946. Ce texte existe : il a été publié par Fouilloux. Nul n’en conteste l’existence. Il est certain qu’il s’agit de l’original indiquant les directives réelles du Saint Office à Roncalli. Le texte français, daté du 23 octobre 1946, se présente comme une traduction de l’original. Pourtant, il présente des contradictions flagrantes avec ce qu’il prétend traduire. Donc, la traduction est mauvaise et pour le moins douteuse. Elle n’est pas de la main de Roncalli (aux dires de Fouilloux). D’où l’hypothèse d’un faux. Comment expliquer autrement la genèse de ce texte ? Admettons que Roncalli ait confié la traduction de ce texte à un traducteur malhabile et inexpérimenté (en un mot, quelqu’un qui ne connaîtrait quasiment pas l’italien). Difficile d’admettre que Roncalli ait laissé passer des erreurs aussi grossières sur la traduction d’un texte officiel venant du Saint Office. En outre, Poujol affirme (sans préciser sur quoi elle se fonde pour poser cette affirmation) que cette note du 23 octobre 1946 aurait été communiquée au cardinal Gerlier le 30 avril 1947. Plus de six mois pour transmettre (de manière erronée) les directives du Saint Office ? Tout cela laisse une impression d’étrangeté, qui éveille le soupçon sur l’authenticité d’un document qui, de toute façon, est inexact.

5) La thèse de Melloni repose uniquement sur ce texte en français. Voilà l’extraordinaire de la chose. Melloni prétend juger de l’attitude de Pie XII à l’égard des enfants juifs, en se fondant, lui l’italien, non pas sur ce que le Saint Office a réellement écrit en italien dans le texte, mais sur ce document étrange dont il est certain qu’il n’est pas une traduction exacte des directives du Saint Office.

Vous avez suivi ? La seule chose certaine : Mgr Tardini a adressé une note en italien à Mgr Roncalli, datée du 28 septembre 1946. Cette note très générale n’a rien à voir avec l’affaire Finaly – de toute façon les enfants Finaly n’ont été baptisés qu’en 1948, à l’initiative exclusive de Mademoiselle Brun. Le faux scoop de décembre 2004 vient de la thèse du journaliste italien, Melloni, se fondant non sur ces directives, mais sur un document français dont nul ne sait expliquer l’origine, et qui, de façon sûre, dénature les dires de Mgr Tardini. Tout le reste est à l’avenant…

Vous dites : « au point que le nonce Roncalli ait eu besoin de recourir à l’intervention du Saint-Siège pour tenter de la résoudre ». Cette assertion semble faire l’impasse sur un point essentiel : un nonce n’est rien d’autre qu’un ambassadeur. Quel ambassadeur prétendrait résoudre un problème sans en référer d’abord à l’autorité dont il dépend ? Que Roncalli ait sollicité des directives de la part de son ‘gouvernement’ est on ne peut plus logique et évident. Ce qui l’est moins, ce qui est historiquement douteux, c’est de faire un procès à Pie XII à partir d’un document français !!! alors que son ‘administration’ – à savoir le Saint Office – a adressé une note officielle en italien.

Ce n’est pas « la montagne a accouché d’une souris », mais « la souris a accouché d’une montagne »… Et voilà Pie XII, accusé (semble-t-il par vos assertions précédentes) d’avoir bien voulu sauver des Juifs, mais seulement en vue de les baptiser !!! Alors que les documents sûrs dont l’historien dispose attestent du contraire. Aberrant. Toute cette « affaire Pie XII » est aberrante du début jusqu’à la fin : depuis la pièce d’Hochhuth jusqu’à l’article de Melloni, en passant par le film « Amen ». Rien d’historique, rien de sérieux, rien de fondé, mais un battage médiatique répété qui finit par ‘faire passer le message’ au point qu’on finit par avaler des couleuvres. Ce ne sont que des leurres qui ne peuvent résister à une enquête historique sérieuse.

Etant sauve la question de savoir si Pie XII est ‘béatifiable’ ou non. C’est une autre question. Qui n’a rien à voir avec les débats en cours, le plus souvent infondés.

Cordialement. Emmanuelle Main

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Questions de chronologie 5 novembre 00:12, par Nicolas Baguelin

Chère Emmanuelle,

Merci pour ces compléments d’information sur la note de la nonciature. C’est en effet passionnant, mais je ne suis pas sûr que l’on puisse conclure de façon définitive sur cette question [comme vous] semblez nous y inviter.

D’abord, si la note dont nous parlons est effectivement la plus "problématique", elle n’est pas non plus isolée. Si j’en crois l’article de Catherine Poujol, d’autres positions officielles du Saint-Siège sont problématiques. Et même si Pie XII n’est pas intervenu de manière personnelle dans leur rédaction, elles ont certainement été rédigée dans un esprit qui a recueilli son approbation.

Je veux parler de :

A) La lettre du Saint-Office du 23 janvier 1953 directement à propos de l’affaire Finaly,

1/ De droit divin, ces enfants ont pu choisir et ont choisi la religion qui assure le salut de leur âme.

2/ Le droit canonique reconnaît aux enfants qui ont atteint l’âge de raison le droit de décider de leur avenir religieux.

3/ L’Église a le devoir imprescriptible de défendre le libre choix de ces enfants qui, par le baptême, lui appartiennent.

B) Deuxième lettre du Saint-Office du 27 février 1953

« Au sujet du cas Finaly, la Nonciature a été instamment priée de communiquer à Votre Éminence Révérendissime les normes suivantes de la Sainte Congrégation du Saint Office.

1/ Dans l’état actuel des choses, il semble opportun de chercher un compromis sur les bases suivantes.

2/ Le retour en France des enfants en acceptant de les placer dans un établissement d’éducation neutre, de telle sorte que la pratique de la religion catholique de la part des enfants ne soit pas empêchée et que les précautions soient prises, pour qu’ils ne soient pas poussés à devenir israélites.

3/ La garantie que Mlle Brun, la supérieure de Notre-Dame de Sion et autres inculpés soient libérés sans conséquences pénales. Entre temps, la Supérieure générale de Sion pourra rendre public que la Supérieure de Grenoble a agi de sa propre initiative, ceci afin de dégager la Sainte Congrégation de toute responsabilité. En effet, il est bon que le Saint Office n’apparaisse pas. »

Commentaire : c’est effectivement moins violent et moins strict que la note de la nonciature que nous évoquions plus haut, mais c’est de la même veine. J’ai mis en gras les phrases qui me choquent.

Pour information, les frères Finaly sont aujourd’hui bien vivants, en Israël. Robert Mickaël Finaly, 64 ans est chirurgien à l’hôpital Soroka de Beer sheva.

Pour revenir sur les faits problématiques, il faut aussi évoquer le témoignage du grand rabbin de Palestine, Isaac Herzog qui a clairement rapporté que Pie XII n’a pas souhaiter l’aider pour "retrouver" les enfants juifs cachés dans les institutions chrétiennes, notamment en donnant un ordre aux institutions chrétiennes de rendre les enfants juifs à leur peuple.

On ne retient d’Herzog que ses louanges envers Pie XII pour le sauvetage de nombreux juifs. Elles sont bien réelles et effectivement justifiées. Cependant, il ne faut pas non plus oublier le refus de Pie XII de rendre les enfants. Herzog quitta le Vatican et alla se purifier en allant s’immerger dans un mikvé : cela en dit long sur l’esprit de soutien de Pie XII à un peuple qui vient de perdre plus de la moitié des siens dans les chambres à gaz et sous les balles des Einzatsgruppen.

Vous dites :

"Et voilà Pie XII, accusé (semble-t-il par vos assertions précédentes) d’avoir bien voulu sauver des Juifs mais seulement en vue de les baptiser !!! Alors que les documents sûrs dont l’historien dispose attestent du contraire."

Attention !! J’ai horreur que l’on déforme mes propos. Si je me donne la peine d’écrire avec tant de nuances, ce n’est pas pour rien !

En l’occurrence, je n’ai jamais prétendu que Pie XII avait ordonné de sauver des juifs pour les faire baptiser. J’ai seulement posé une question : "les a-t-il sauvés parce qu’ils étaient des hommes, et même potentiellement de futurs chrétiens ?" et plus loin, j’ai moi-même répondu à ma question : "on peut se demander à juste titre si Pie XII voulait sauver des juifs puisqu’au bout du compte, il ne voulut pas rendre ceux que [dont les] institutions catholiques avai[en]t fait des chrétiens".

Pour ma part, les documents dont l’historien dispose à l’heure actuelle permettent d’affirmer les choses suivantes :

·         Pie XII a combattu le système raciste nazi.

·         Il s’est impliqué personnellement pour tenter d’enrayer les massacres d’êtres humains en général, sans toutefois dénoncer le génocide des juifs, qui a pourtant sa spécificité, à la fois dans l’intention des nazis et dans le nombre de victimes.

·         Il n’a pas souhaité décréter de manière claire et officielle que les institutions chrétiennes rendent à leur peuple les enfants juifs cachés en leur sein.

·         Il s’est opposé à ce que des enfants juifs baptisés soient rendus à leur famille ou à leur peuple pour la simple raison qu’ils étaient baptisés.

 

J’attire l’attention sur ce dernier point, qui est à mes yeux très important : dans la vision du baptême qu’offrent les écrits du "Saint Office" et l’attitude de Pie XII face à Herzog, l’aspect "surnaturel" (je dirais presque "magique") prime sur le vécu humain et le bon sens.

On pourra me rétorquer que Pie XII ne faisait qu’appliquer la doctrine de son temps. Et effectivement, il était dans son temps.

Pourtant, à l’inverse de Pie XII, des saints ont su aller contre les idées de leur temps et être de réels prophètes - étymologiquement, celui qui parle pour Dieu. Que l’on pense à Sainte Catherine de Sienne, qui ramena le pape d’Avignon à Rome, ou encore à la Petite Thérèse qui, dans ses écrits, démolit en quelques lignes la théologie des limbes. Voilà des prophètes pour leur temps ! Voilà des saints !

Mais Pie XII ? Un prophète pour son époque ? Un saint ? Les documents historiques en notre possession sont loin de le montrer et je doute que les archives qui seront bientôt mises à la disposition des chercheurs puissent aller "contre" les preuves existantes de la médiocrité de Pie XII.

Bien cordialement

Nicolas Baguelin

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 24 octobre 19:34, par Un frère cadet et ami des Juifs

Un grand merci à Pierre Fricot de rétablir la vérité grâce au Rabbin David Dalin, dont je propose la béatification au Vatican ! :)

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 25 octobre 02:53, par J B

Ce débat peut-il faire avancer quelque chose ? Il semble que tous les arguments aient été entendus de part et d’autre.

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L’Eglise attaquée ? 25 octobre 23:11, par Nicolas Baguelin

Il faut faire la part des choses.

Il y a effectivement ceux qui veulent déshonorer l’Eglise, comme vous le dites à travers cette citation. Leur objectif n’est pas de faire la lumière sur l’histoire, mais d’enfoncer l’Eglise catholique actuelle. Vouloir dénommer Pie XII “pape d’Hitler” et par ricoché mettre une croix gammée sur Benoît XVI relève tout simplement de la bêtise et de la diffamation gratuite.

Pour autant, je ne crois pas que l’Eglise doive se sentir “attaquée” par cette bêtise et se laisser aller répondre à n’importe quoi sur un ton magistral en usant d’arguments d’autorité en lieu et place d’une considération objective basée sur des faits historiques.

La citation que vous faites est à mon avis très révélatrice d’un état d’esprit où la vérité historique n’est pas assumée, mais où on lui préfère une auto-persuasion et une auto-argumentation fermée sur elle-même.

Pierre, et son successeur, est bien le Roc sur lequel l’Eglise est fondée, et sa Primauté entre toutes les Eglises consiste effectivement, selon le mot de Jésus lui-même, à “raffermir ses frères”. Pour autant, il s’agit bien d’une mission assignée par Jésus-Christ et non d’un miracle automatique qui se produirait quel que soit le comportement humain du Vicaire du Christ. Le Pape est certes assisté de grâces toutes particulières de la part du Saint-Esprit pour exercer sa mission de pasteur universel, mais, comme dit Paul, “l’Esprit des prophètes est soumis aux prophètes”. Ainsi, je ne peux me résoudre à un Pape qui soit la marionnette du Saint-Esprit, et qui fasse “automatiquement” et “miraculeusement” sa volonté. A cet égard, Pie XII n’échappe pas à son humanité et n’est d’ailleurs pas le pire des papes de l’histoire. Il a été relativement fidèle à sa mission, mais pourtant, médiocre, voire défaillant sur certains points.

A l’opposé d’un attitude d’auto-persuasion, qui cherche à se “cacher les problèmes” et à faire de Pie XII la légende qu’il n’est pas, il me semble que ce serait tout à l’honneur de l’Eglise, du simple fidèle jusqu’au Pape, de faire la lumière sur ce personnage, sans parti pris, sans a priori, sans animosité et sans esprit de revanche ni de sensationnalisme médiatique.

Nous avons, nous aussi, la responsabilité de bien étudier les candidats à la canonisation, car nous les proposons comme modèles non seulement à l’Eglise romaine et latine, mais en vertu de notre prétention “catholique” - universelle -, au monde entier. Dans cet esprit, nous devons aussi tenir compte de la manière dont Pie XII est perçu par les non-chrétiens. Est-ce que Mère Theresa ou Soeur Emmanuelle font l’objet de polémiques, y compris chez les non-catholiques ? Non, pour une fois, la vox populi inclut même le populus non-catholique. Pour Pie XII, la situation est assez différente : il y a des réticences légitimes au sein même des catholiques, et pas seulement de la part du simple peuple, mais aussi de la part de théologiens et historiens.

Alors pourquoi cet acharnement, au sein même de l’Eglise, à vouloir absolument justifier un personnage aussi controversé ? Est-ce la peur de voir ébranlée la confiance dans l’Eglise comme institution surnaturelle ? La peur de voir la “Papauté” “désacralisée” ?

S’il s’agit d’une telle peur qui motive ces réactions d’autodéfense, alors, nous devons reprendre confiance et nous calmer.

“Lorque je suis faible, c’est alors que je suis fort” disait Paul. Un aveu de faiblesse, en l’occurence celle de Pie XII face à la Shoah, n’est-il pas la plus grande preuve que pourrait nous offrir l’Eglise de son caractère surnaturel, conféré par son fondateur, Jésus-Christ ? Car n’est-ce pas plutôt cela, un saint : non pas celui qui ne tombe jamais, mais celui qui se relève toujours ?

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 25 octobre 00:11, par tej

Pour ceux que cela intéresse, le livre de Giovanni Miccoli "Les Dilemmes et les silences de Pie XII", publié en 2005, aux éditions Complexe, donne un très bon état de la question du Saint-Siège, du Vatican et de la Seconde Guerre, du point de vue d’un historien sérieux. Une abondante bibliographie et des notes fouillées en font un outil solide. Par ailleurs, quel que soit le degré de vertu de Pie XII, le simple fait que ce sujet soit si douloureux, qu’il affecte la laborieuse construction des relations entre juifs et chrétiens alors qu’il ne relève pas de sujets fondamentaux pour l’identité chrétienne, me parait être un argument suffisant pour au moins différer ce processus. Du reste, avons-nous vraiment besoin de cette béatification pour l’Eglise d’aujourd’hui ? Il y a d’autres causes, à mon avis, dans le sens large du terme, plus urgentes pour lesquelles il vaut la peine de dépenser nos énergies au service de l’humanité.

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 25 octobre 09:48, par JB

"Avons-nous vraiment besoin de cette béatification pour l’Eglise d’aujourd’hui ? " Je serais porté à dire que non, mais le problème est que si Benoît XVI renonce finalement à signer le décret, on dira qu’il a pris cette décision sous la pression des juifs. Ce qui sera une aubaine pour les journalistes, mais qui aura un effet désastreux sur les relations judéo-chrétiennes. Il serait urgent de calmer le jeu. Dans l’état actuel du débat, les arguments des uns ne font que renforcer la position des autres, et inversement.

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 25 octobre 10:25

C’est étonnant de voir, dans cette affaire, que l’historien qui donne les arguments qui sont les nôtres soit toujours le plus "sérieux" et donc le plus fiable. Quels sont nos critères pour dire d’un historien qu’il est plus sérieux qu’un autre ? Et surtout dans le fil de la discussion de ce forum, pourquoi le livre de Giovanni Miccoli, serait-il plus informé que le rabbin David Dalin ? Et que faire, dans l’analyse historique, des différents témoignages de gratitude à l’égard de Pie XII, venus du monde juif : « (Je rends grâce) au souverain Pontife, aux religieux et aux religieuses qui n’ont vu dans les persécutés que des frères, selon les indications du Saint-Père, et qui ont offert avec élan et abnégation leur action intelligente et efficace pour nous secourir, insouciants des énormes dangers auxquels ils s’exposaient. » (Giuseppe Nathan, commissaire de l’Union des communautés israéliennes, le 7 septembre 1945). Le 21 septembre 1945, Pie XII reçoit le docteur Léo Kubowitski, secrétaire du Congrès Mondial hébraïque, qui lui présente ses remerciements les plus sincères pour l’œuvre effectuée par l’Eglise catholique dans toute l’Europe en défense du peuple juif. En octobre 1945, le Congrès juif mondial offre 20 000 dollars au Vatican en reconnaissance des efforts de la Sainte Eglise catholique romaine dans le sauvetage des Juifs persécutés par le nazisme et le fascisme. Le 29 novembre 1945, le pape reçoit 80 délégués des réfugiés juifs, provenant de camps de concentration allemands, « très honorés de pouvoir remercier personnellement le Saint-Père, pour la générosité qu’il leur a démontrée pendant la terrible période nazie ».

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Miccoli versus Dalin 31 octobre 11:45, par Nicolas Baguelin

Lisez les revues du livre de Miccoli, comme celle-ci http://revue.objections.free.fr/005/005.027.htm. Vous comprendrez qu’il y a une différence d’approche avec celle de Dalin : Miccoli se base sur de nombreuses sources référencées, alors que Dalin semble faire de la seconde main...

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 25 octobre 14:42, par Un frère cadet et amis des Juifs

Cher TEJ, votre position s’appelle du relativisme. N’oubliez pas la phrase de Jésus : "La vérité vous rendra libres" ! Si le procès en béatification, car il y a un procès (dans le cadre duquel Benoît XVI n’a rien à dire, ne peut rien dire), avec un "avocat du diable", décrète qu’il mérite d’être béatifié, alors il doit l’être.

Les béatifications ou canonisations ne sont pas des actes diplomatiques, mais des constatations d’une réalité qui existe au Ciel.

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 26 octobre 04:18, par Anselme

J’admire ceux qui, sans posséder sur le bout du doigt l’ensemble du dossier historique, s’estiment capables de faire avancer la question.

On a entendu les plaidoiries des deux parties. Quelle autorité impartiale doit trancher ?

Je suis gêné de voir qu’on réduit le pontificat de Pie XII à ses premières années, alors qu’il a été pape pendant plus de 19 ans. Jusqu’en 1958, il n’a plus rien fait pour l’Église ? N’est-ce pas lui, par exemple, qui a encouragé le renouveau liturgique que le concile Vatican II a confirmé ? etc. etc.

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Pie XII et les juifs : silence et béatification 28 octobre 17:10, par tej

Cher Monsieur, Mon propos n’est pas du relativisme, du moins ce n’est pas dans cet esprit que je le construis ; il part simplement du constat que :

  • ce n’est pas le donné de la foi chrétienne qui est visé quand on choisit de béatifier quelqu’un ou non ; ainsi la question de la relativisation de la foi chrétienne ne se pose pas ici à mon avis.
  • Ma position ne se veut un avis tout simple de délicatesse à l’égard du peuple juif et le sujet encore si brûlantde la shoah, et aussi je constate que lorsqu’on on commence à vouloir trop défendre "une cause" on risque toujours de blesser la charité.

Vous me citez la phrase de Jésus sur la vérité qui nous rend libres. Je pense que nous n’offensons pas la vérité en patientant pour ce processus, mais nous sommes alors précisément libres de faire ce choix, parce que nous n’avons rien à défendre ou à gagner dans cette histoire. En effet, vous dites à raison que la béatification n’est pas un acte diplomatique, mais il est d’une autre nature. Elle n’est donc pas non plus un acte historique de réhabilitation de la réputation d’une personne. Ainsi, insister à tout prix pour faire avancer cette cause de béatification sous prétexte qu’il faut faire la vérité, risque de nous faire tomber dans l’apologétique. Nous avons de fait un devoir de vérité à l’encontre [lire : à l’égard] de la personne de Pie XII, où l’historien a sa place, à condition qu’il soit honnête, mais ce n’est pas ce devoir de vérité qui engendre la béatification. Celle-ci est un autre processus et celui-ci est trop "pollué" à mon sens aujourd’hui pour pouvoir être mené sereinement. En ce qui concerne le "sérieux" du livre de Miccoli, mes critères pour le dire sont que :

 

  • C’est un ouvrage récent, ayant donc eu accès à des archives plus récentes également.
  • Il cite beaucoup de documents ;
  • Il a une bibliographie très abondante, ainsi que des notes très complètes.
  • Il montre l’extrême complexité de la question.

Ce sont des critères académiques de sérieux ; mais cela ne signifie pas qu’il soit l’unique source, pour autant, puisque le même critère académique réclame en général de comparer plusieurs ouvrages. J’ai seulement voulu signaler ce livre, pour qui a le courage de traverer [lire : parcourir] les 400 pages qu’il offre !

 

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© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 16 novembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org