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Obama gagne, les musulmans sont divisés, Daniel Pipes
01/12/2008


Daniel
 Pipes

Liste de diffusion de Daniel Pipes
30 novembre 2008

 
  

Obama gagne, les musulmans sont divisés

par Daniel Pipes
Philadelphia Bulletin
12 novembre 2008
http://fr.danielpipes.org/article/6024

Version originale anglaise: Obama Wins, Muslims Divided

Ali ibn Abi-Talib, la figure centrale du septième siècle pour l’islam chiite, aurait prédit quand le monde prendra fin, rappelle le chroniqueur Amir Taheri : un «grand homme noir», commandant «la plus forte armée sur la terre», va prendre le pouvoir «à l’ouest». Il portera «un signe clair» du troisième imam Hussein et Ali dit, du grand homme noir: «les chiites ne devraient avoir aucun doute [sur le fait qu’]il est avec nous».

Un Iranien à Téhéran, porte un badge de sport de Barack Obama. ( Hasan Sarbakhshian)

Barack Hussein en arabe signifie "la bénédiction de Hussein." En persan, Obama signifie "Il [est] avec nous". Ainsi, le nom du président américain élu, lorsqu’il est combiné avec ses attributs physiques et la géographie, donne à penser que la fin des temps est proche - précisément ce que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a prédit.

Mais revenons sur terre; la réaction musulmane à la victoire de Obama est plus mitigée que l’on pourrait s’y attendre.

Les islamistes américains sont ravis, un groupe de protection, l’American Muslim Taskforce pour les droits civils et les élections, a estimé que, avec l’élection de Obama, «notre nation s’est élevée… jusqu’à de nouveaux sommets majestueux». Siraj Wahhaj, Al-Hajj Talib Abdur Rashid, le Council on American Islamic Relations, le conseil musulman des affaires publiques, la Société islamique d’Amérique du Nord, le Cercle islamique d’Amérique du Nord et l’Alliance musulmane en Amérique du Nord ont réagi avec la même exubérance.

Le Hamas, et les mouvements islamistes en Egypte, en Jordanie, en Iraq, Inde, Indonésie et les Philippines sont ravis de l’élection de Obama. Robert Spencer, de Jihad Watch, généralise et dit que les djihadistes dans le monde islamique ont manifesté «une joie sans mélange». Le New York Times estime la réaction du public, au Moyen-Orient surtout, "euphorique". John Esposito de l’Université de Georgetown met l’accent sur le monde musulman souhaitant la bienvenue à Obama en tant que «président internationaliste».

Mais beaucoup d’autres musulmans ont des points de vue différents. Ecrivant dans Canada’s Edmonton Sun, Salim Mansur estimait que John McCain était le «candidat le plus digne». Le Cheikh Youssef al-Qaradawi, le cheikh d’Al-Jazira, a approuvé McCain pour des raisons opposées: «C’est parce que je préfère l’ennemi évident qui n’a pas hypocritement [dissimulé] son hostilité envers vous... à l’ennemi qui porte un masque [de la convivialité]». Al-Qaradawi a également fait valoir que deux fois plus d’Irakiens sont morts au cours du mandat de Bill Clinton que durant les deux administrations de George W. Bush.

Pour des raisons tactiques, l’influent sunnite cheikh Youssef al-Qaradawi voulait que John McCain gagne.

La ligne dure d’Iran était favorable à une victoire de McCain (selon l’ancien Vice Président Mohammad Ali Abtahi), «car ils bénéficient de plus d"inimitié avec les États-Unis, ce qui leur permet de rallier le monde islamique derrière leurs politiques et en même temps de réprimer la dissidence chez eux». Les Taliban ont pris note de la promesse électorale d’Obama d’augmenter les troupes américaines en Afghanistan, en avertissant que, s’il devait obéir à ce plan, «le djihad et la résistance se poursuivraient».

Les Irakiens sont largement divisés sur le plan d’ Obama consistant à retirer rapidement les troupes américaines de leur pays. Ce plan, ainsi que les promesses de mettre fin à la dépendance à l’égard des Etats-Unis envers le pétrole du Moyen-Orient et de négocier avec les dirigeants iraniens, ont secoué les dirigeants de l’Arabie saoudite et d’autres gouvernements du golfe Persique.

Certains commentateurs font valoir qu’ Obama ne peut pas faire une réelle différence; un journal iranien déclare qu’il n’est pas en mesure de modifier un système «mis en place par des capitalistes, des sionistes et des racistes». Comme on pouvait s’y attendre, la nomination de Rahm Emanuel en tant que chef d’état-major du staff d’Obama a confirmé la perception palestinienne d’un Israël tout-puissant lobby. Un commentateur dans les Émirats arabes unis est allé plus loin, avec la prévision d’Obama réplique de la trajectoire de Jimmy Carter, trajectoire de l’émergence flamboyante, l’échec au Moyen-Orient, et la défaite électorale.

Dans l’ensemble, ces réactions mitigées de la part des musulmans suggèrent leur perplexité à l’idée d’un président des Etats-Unis d’origine islamique qui promet le "changement", mais dont la politique étrangère est sous les contraintes de son bureau. En d’autres termes, les musulmans ont la même interrogation que tout le monde, à propos d’Obama.

Jamais auparavant les Américains n’avaient voté à la Maison Blanche pour une personne inconnue et énigmatique. Sortant d’un milieu de gauche dure, il s’est présenté, en particulier pour les élections générales, surtout comme un candidat de centre-gauche. Laquelle de ces positions va-t-il adopter en tant que président ? Plus précisément, où sur l’éventail politique, allant de la gauche dure au centre gauche, se situera-t-il ?

Si l’on examine le conflit israélo-arabe, par exemple, la politique d’Obama s’inspirera-t-elle de Rashid Khalidi, l’ex-OLP, avec qui il se lie d’amitié dans les années 1990, ou de Dennis Ross, conseiller dans sa récente campagne et membre du conseil d’administration de mes éditeurs ? Nul ne peut encore le dire.

Néanmoins, on peut prévoir que si Obama retourne à ses racines de gauche, les musulmans continueront à être euphoriques. S’il cherche à faire de sa présidence un succès en se déplaçant au centre-gauche, de nombreux musulmans - mais pas tous - auront de graves désillusions.

 

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© Philadelphia Bulletin

 

Mis en ligne le 30 novembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org