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Menahem Macina

Réponse à un "citoyen du monde" qui nous traite de "manipulateurs de la pire espèce", M. Macina
07/12/2008

Rachel Corrie était une activiste marxiste américaine, militante inconditionnelle de la cause palestinienne. L’essentiel de son activité, soutenue et financée par l’ISM - une ONG violemment hostile à Israël [**] - consistait principalement à perturber, parfois de manière agressive, les opérations de maintien de l’ordre des forces israéliennes de police. Elle perdit tragiquement la vie, le 16 mars 2003, écrasée par un bulldozer de Tsahal, dont le conducteur ne l’avait évidemment pas vue. S’ensuivit une violente campagne de calomnies, accusant, sans preuves, le soldat israélien d’avoir « assassiné » volontairement la jeune femme. L’internaute qui nous écrit réagit à notre mise en ligne d’un article, qui remonte à février et n’est pas de notre cru [*]. Notre réponse est à la mesure de ses insultes, enveloppées du manteau hypocrite de l’indignation vertueuse. Je soumets l’une et les autres à votre appréciation éclairée. (Menahem Macina).

[*] Voir : "Rachel Corrie n’est pas morte en protégeant une maison palestinienne de la destruction".
[**] Voir la note 3, en fin d’article.

 

Ci-après, le texte du mail de l’internaute, dont nous avons préservé l’anonymat en remplaçant son nom par des XXX et en ne mentionnant pas son adresse e-mail, l’une et l’autre informations étant conservées dans nos archives. Mes réponses, en ma qualité de responsable du site et donc de la mise en ligne du texte contre lequel s’insurge notre vertueux internaute, se limiteront à commenter brièvement les passages que j’ai mis en grasses, ci-dessous.


1. Le mail du ci-devant « citoyen du monde » indigné 


De : XXX
Envoyé : mercredi 3 décembre 2008 11:45
À : contact@upjf.org
Objet : Rachel Corrie

Bonjour.

Je viens de prendre connaissance de votre rubrique « Propagande/Désinformation », sur le cas tragique de la mort de Rachel Corrie.

Je suis un pacifiste dans l’âme et prône la non-violence. J’ai la chance de compter dans mes amis, entre autres, des juifs et des arabes. Je me suis également beaucoup documenté sur la fin tragique de Rachel Corrie. J’ai lu et visionné beaucoup de choses, à « charge » et à « décharge ». Et je me suis forgé ma propre opinion. Aujourd’hui, à la lecture de votre rubrique, mon cœur saigne. En fait de propagande et de désinformation, je constate que ceci se retourne tristement contre vous. Les photos que vous mentionnez sont totalement inutilisables. De nombreux témoignages en atteste [sic], mais vous nier [sic] ce fait. Par fanatisme ?

Je combats depuis toujours les négationnistes, les hommes à l’esprit trop étroit pour reconnaître les faits marquants qui font l’Histoire, ceux-là même[s] qui remettent en cause l’existence de l’Holocauste, l’extermination du peuple juif. Vous le voyez, je ne suis pas un ennemi de votre peuple. Mais aujourd’hui, à la lecture de votre rubrique que je qualifie d’infâme et qui manque du plus élémentaire respect vis-à-vis de la famille de Rachel Corrie et de ses proches, je me dis que l’homme ne sera et ne restera jamais qu’un homme, avec ses qualités et ses faiblesses. Aujourd’hui, je vous qualifie à mon tour de manipulateurs de la pire espèce. Vos pratiques ne vous honorent en rien et desservent plus que jamais la cause que vous prétendez défendre.

Puisse le dieu en lequel vous croyez vous pardonnez [sic] vos agissements. Moi je vous pardonne. Mais je n’oublie pas.

XXX

Citoyen du monde.


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2. Ma réponse, au nom des « manipulateurs de la pire espèce », que sont les Juifs responsables de notre association et de son site.

 

 

  • Je suis un pacifiste dans l’âme et prône la non-violence…

La non-violence physique, peut-être, mais la plus dangereuse violence est celle du cœur et de l’esprit, et là, à en juger par les propos mêmes de notre ’vertueux’ contradicteur, le compte ne tombe pas juste.

  • mes amis… juifs…

Le refrain est usé. Nous l’entendons depuis des siècles et, dans la majorité des cas, il a pour but de nier par avance l’accusation d’antisémitisme, dans le style : « Je ne peux pas être antisémite, la preuve : j’ai des amis juifs ». Les cas d’antisémites notoires protestant d’avoir, ou d’avoir eu des « amis juifs », sont légion. Cela n’a pas empêché nombre d’entre eux de livrer les nôtres à leurs persécuteurs, quand sévirent les pogromes, d’abord, puis l’extermination systématique de notre peuple.

  • je me suis forgé ma propre opinion

C’est son droit. Mais le chevalier blanc n’explique pas pourquoi l’opinion à laquelle il est parvenu l’autorise à considérer celle d’autrui comme nulle et non avenue et surtout à la diaboliser.

  • …mon cœur saigne

Je voudrais bien y croire et cela honorerait notre insulteur. Malheureusement, au vu de la diabolisation subséquente de ses propos, j’estime qu’il eût été plus honnête d’écrire : « ma rage bouillonne ».

  • Vous niez… par fanatisme ?

Pour la clarté du propos, je précise que notre détracteur nous reproche d’utiliser des photographies du drame, qu’il affirme (à nouveau, sans preuve) être inutilisables. Ce que, selon lui, nous nions, par fanatisme. Qu’on ne s’y trompe pas : le point d’interrogation qui suit l’insulte est purement cosmétique. C’est un cache-sexe qui ne dissimule rien de l’impudeur du propos. Pour lui, c’est clair : nous sommes des fanatiques. Lui, par contre, tente de nous faire accroire qu’il est « vêtu de probité candide et de lin blanc » (1).

  • Je combats depuis toujours les négationnistes… qui remettent en cause l’existence de l’Holocauste…

Que voilà une noble attitude ! Pour un peu, on en aurait la larme à l’œil et on lui donnerait, comme à Tartuffe, du « Ah ! le brave homme » (2). D’autant que ce label autodécerné est suivi de l’affirmation rassurante : « je ne suis pas un ennemi de votre peuple ». Mais ce serait aller trop vite en besogne, comme le prouve la suite.

  • …votre rubrique [= article] que je qualifie d’infâmemanque du plus élémentaire respect vis-à-vis de la famille de Rachel Corrie et de ses proches

J’ignore sur quel passage de ce texte notre apôtre se fonde pour le qualifier d’ « infâme », et y voir ce qu’il appelle un « manque du plus élémentaire respect vis-à-vis de la famille de Rachel Corrie et de ses proches ». J’ai beau lire et relire l’article, je n’y vois rien de tel.

  • je vous qualifie à mon tour de manipulateurs de la pire espèce

Ainsi, il ne suffit pas à notre « pacifiste dans l’âme » de nous accuser d’être des « manipulateurs », il faut qu’il soit évident pour tous que nous appartenons à « la pire espèce » de ces escrocs de la pensée. Je suppose qu’aux yeux de cet adepte autoproclamé de la « non-violence », l’ONG dévoyée, qui a nom ISM, est un ashram de la vertu (3), et qu’elle n’est en rien responsable d’avoir causé la mort de la malheureuse Rachel Corrie, après avoir dûment intoxiqué son esprit et son âme - incontestablement généreuse -, et détourné son idéal pour en faire une arme de guerre, en lui donnant le sentiment illusoire de participer à une juste croisade contre l’occupant israélien, barbare et oppresseur d’un peuple spolié.

 

  • Puisse le dieu en lequel vous croyez, vous pardonne[r] vos agissements.

Et voici le moderne Tartuffe dans toute sa splendeur, appelant à la rescousse le « dieu » des Juifs, non sans l’avoir châtré, au passage, de sa majuscule. Normal : il s’agit du "dieu des Juifs", vu par un chrétien inconsciemment dualiste, qui projette sur les Juifs d’aujourd’hui l’image que se faisait de leur Dieu l’hérétique Marcion, au début du IIe siècle : coléreux, vindicatif et destructeur. Tandis que, par contraste, il assimile sa posture de chevalier blanc de la cause palestinienne, à celle du « dieu bon » de Marcion: Jésus, crucifié (par les Juifs !), priant pour ses bourreaux : "Père, pardonne-leur : ils ne savant pas ce qu’ils font." (Lc 23, 34).

 

  • Moi je vous pardonne. Mais je n’oublie pas.

Outre la posture christique avantageuse adoptée par cet apologète du "martyre" de Rachel Corrie, on aura noté l’allusion, probablement perverse, à une devise que l’opinion courante considère largement (4) comme étant l’apanage du peuple juif victime de la Shoah. Quelle que soit l’intention réelle de l’auteur, il semble clair que cette utilisation - qui clôt, avec emphase, le discours moralisateur et gravement accusateur de ce donneur de leçons - poursuit un double but :

    1. afficher, de manière ostentatoire, la générosité de son auteur ;
    2. avertir les Juifs « fanatiques » que nous sommes, de ce que nous n’avons pas intérêt à tenter de disculper, à bon compte, nos congénères israéliens d’un crime aussi patent que le fut le déicide de jadis, farouchement nié jusqu’à ce jour par notre peuple "arrogant, sûr de lui et dominateur".

 

3. Conclusion en forme de parabole biblique... 


Quand un Tartuffe, qui se prend pour un redresseur de torts et un justicier, se drape dans sa toge de « citoyen du monde » pour donner des leçons d’éthique et de déontologie de l’information à l’association juive qui est propriétaire du site sur lequel  a été mis en ligne un texte qui lui déplaît, que croyez-vous que ressente son responsable ?

  • De la colère ? - Point.
  • Du mépris ? – Pas davantage.

Alors quoi donc ?

A l’instar de Jonas, qui s’attendait à la destruction de Ninive, la ville pécheresse à laquelle Dieu l’avait envoyé prêcher la pénitence, j’ai d’abord été déçu qu’Il ne punisse pas les païens et les chrétiens qui se sont tenus à l’écart à l’heure de la déréliction de notre peuple. Puis, j’ai été carrément contrarié qu’Il ne s’en prenne pas davantage aux descendants de cette génération passive, qui, de nos jours, se dressent contre les survivants et les fils et filles de ces survivants venus vivre sur la portion congrue qu’on leur a laissée de ce qui fut la patrie de leurs ancêtres, et dont on ne cesse de leur contester la souveraineté au profit d’un peuple ’né d’hier’, qui s’en est emparé il y a 14 siècles. Et j’ai souhaité que ces amis de nos ennemis aient le sort de Ninive, car j’ai le zèle des prophètes – sans en être un et sans avoir quoi que ce soit de commun avec eux, si ce n’est la colère…

Mais je me suis souvenu que notre Dieu - déroutant comme chacun sait - avait répondu à Jonas - qui croyait pourtant avoir de bonnes raisons d’être "fâché à mort" (cf. Jon 4, 9, 10):

" [Se pourrait-il que] je n’aie pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille êtres humains qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche, ainsi qu’une foule d’animaux ! "

Alors, j’ai renoncé à appeler sur le détracteur de mon peuple la malédiction divine.

Et, en échange, mon Seigneur, miséricordieux comme Il sait l’être, m’a permis de me défouler publiquement dans ce long billet d’humeur.

 

Menahem Macina

 

© upjf.org


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(1) Zeugme célèbre, dû à Victor Hugo. Sur cette figure de style, voir l’article Zeugma, sur le site de Wikipedia. 

(2) L’expression fait allusion à l’exclamation que répète Orgon, à plusieurs reprises, pour exprimer l’admiration naïve et aveugle qu’il voue à Tartuffe, l’hypocrite qui l’a circonvenu en se donnant des airs de dévot, et qui tente de séduire sa femme.

(3) « L’International Solidarity Movement (ISM) est une organisation palestinienne, non gouvernementale et non violente, fondée, en 2001, par l’activiste palestinien, Ghassan Andoni et l’activiste israélienne, Neta Golan. La palestino-américaine Huwaida Arraf, et Adam Shapiro, un Juif américain, ont rejoint le mouvement en 2002. L’organisation regroupe également des pacifistes palestiniens et internationaux qui travaillent ensemble pour promouvoir la lutte [en faveur de] la liberté en Palestine et pour la fin de l’occupation israélienne de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. L’organisation travaille en coordination avec des associations palestiniennes, israéliennes et internationales. » D’après Wikipedia en français. Notice beaucoup plus détaillée dans Wikipedia en anglais ; voir aussi la charte de l’IMS par l’organisation elle-même.

(4) A tort d’ailleurs. Par exemple, Nelson Mandela a appliqué cette maxime à la réconciliation entre Noirs et Blancs, dans un article intitulé précisément "Pardonne, mais n’oublie pas" (Jacques Lecomte, "Une mémoire tournée vers l’avenir. Etude appliquée au cas de l’Afrique du Sud". Mais, sans doute en raison de l’énormité du crime de la Shoah, l’expression a surtout servi à caractériser la posture des Juifs survivants ou descendants de survivants de la Shoah (mais aussi celle que de nombreux non-Juifs attendent d’eux); et c’est sans doute pour cette raison que notre détracteur l’emploie dans sa correspondance.

 

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Mis en ligne le 7 décembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org