Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
Droits humains, racisme, antisémitisme, etc.
Antisémitisme

La prévention de l’antisémitisme avant la conférence de Durban II - Alfred H. Moses
30/11/2008

Le texte qui suit est rédigé dans un français très fautif. J’ai dû le remanier profondément. Il semble qu’il s’agisse d’une traduction adaptée d’une conférence en anglais, prononcée par l’auteur, le 27 mai 2008, à Genève, devant la Jewish International Leadership Conference, sur le thème "Que faire concernant Durban II ?", dont le texte a été publié en juin 2008 par l’Institute for Global Jewish Affairs [*], et que j’ai moi-même traduit en août [**]. (Menahem Macina).

[*] Voir : "From Durban I to Durban II: Preventing Poisonous Anti-Semitism". 

[**] Voir : "De Durban I à Durban II : Empêcher l’antisémitisme venimeux, Alfred H. Moses". 

 

23/11/2008 
 

Traduction parue sur Le Cape, site en français du JCPA

Manifestation antisioniste en Afrique du Sud


La conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, réunie à Durban en 2001, s’est rapidement transformée en une nouvelle forme de "jeu passionnel", en présentant le peuple palestinien comme victime et l’Etat juif comme bourreau. La propagation de la haine s’est déroulée lors d’un rassemblement organisé par des ONG et qui a duré six jours consécutifs. Ce grand forum s’est tenu dans un énorme stade de jeu de cricket, avec la participation de quelque six mille représentants des différentes ONG. Cette assemblée a été antisémite et anti-israélienne du début jusqu’à la fin.

En un sens, la conférence de Durban a joui « d’un temps de récupération » africain. La majorité des intervenants représentaient "la voix de l’Afrique", et les débats étaient orchestrés et dirigés par la République Sud-Africaine. Tous les maux de l’Afrique ont été évoqués depuis la fin du colonialisme. Ses répercussions sont toujours omniprésentes sur la population, comme en témoignent les émeutes violentes qui ont pris pour cibles des immigrants réfugiés à Johannesburg, au printemps 2008, sept ans après la réunion de Durban.

En avril prochain, une deuxième conférence internationale est prévue à Genève, celle de Durban II. Nous devons éviter à tout prix qu’elle se transforme en une répétition de la première. L’antisémitisme affiché à Durban doit cesser une fois pour toutes. Ce message doit être clair et transmis avec force, non seulement en Europe, mais également et surtout aux organisateurs de la conférence en Afrique; ils sont concernés au premier chef et responsables du résultat du processus de Durban. Le même message doit être transmis au monde musulman, car il ne peut y avoir de lien entre le conflit israélo-palestinien et le racisme.

De retour aux Etats-Unis, juste après la conférence de Durban, Tom Lantos, membre de la délégation américaine, a déclaré lors d’une réunion avec les dirigeants du Comité juif : « Moi qui ai subi l’expérience des horreurs de la Shoah, j’affirme que Durban a été la manifestation la plus haineuse et la plus discriminatoire contre les Juifs depuis la période nazie. »

La haine a été propagée durant six jours par le forum des ONG, représentant deux mille ONG. Les Juifs ont été rendus responsables de la globalisation et de l’accroissement de la précarité des pays sous-développés. Selon les accusateurs, cette politique a contribué au retour à l’esclavage et au colonialisme primaire au profit des pays riches et développés. Elle est réputée avoir laissé dans son sillage une pauvreté inhumaine absolue, une économie marginale, une exclusion sociale et un sous-développement désastreux.

Dès le premier jour de la conférence, le ton a été donné. Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a présidé une table ronde avec la participation de 14 chefs d’Etat et de gouvernement. Dix d’entre eux étaient originaires d’Afrique, deux, de petits pays de l’ex-Union Soviétique, et les deux derniers étaient Fidel Castro et Yasser Arafat.
Malgré les avertissements du Secrétaire Général des Nations Unies affirmant que « les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence », et que « l’objectif doit être d’améliorer le sort des victimes », la conférence a fait tout le contraire. Au quatrième jour, les Etats-Unis et Israël ont quitté la conférence avec fracas.

Intitulé "Rapport de la conférence contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, Durban, 31 août - 8 septembre 2001", le texte final exprime l’inquiétude à propos de « la situation critique du peuple palestinien sous occupation étrangère ». Le reste du paragraphe poursuit : « Nous reconnaissons le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un Etat indépendant et le droit à la sécurité pour tous les Etats de la région, y compris Israël, et demandons à tous les Etats d’appuyer le processus de paix et de l’amener à une conclusion rapide. »

Bien que l’on puisse affirmer que ce langage n’est pas, a priori, répréhensible, les représentants européens à la conférence ont fait remarquer, à juste titre, qu’une conférence sur le racisme et l’intolérance n’est pas le lieu adéquat pour des débats politiques sur la question palestinienne. Dans la même veine, le rapport final a reconnu « le droit des réfugiés à retourner volontairement dans leurs foyers et leurs propriétés dans la dignité et la sécurité » et a « invité instamment tous les Etats à faciliter ce retour ». Le représentant iranien a souligné clairement « le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur patrie ». On peut s’interroger sur la manière dont cette préoccupation pour le sort des réfugiés est appliquée au Soudan, au Kenya, au Rwanda au Zimbabwe, à la Tchétchénie, au Tibet et à d’autres régions du monde où des centaines de milliers de personnes ont été déplacées. On a dû constater l’absence d’un minimum d’honnêteté et de franchise intellectuelle, à Durban.

Avant la clôture de la conférence, le représentant canadien a déclaré fermement :
« Le Canada est resté parce que nous voulions faire entendre notre voix afin de dénoncer les tentatives faites par la conférence, de délégitimer l’Etat d’Israël en se référant à l’appel au retour des réfugiés et en bafouant et en déshonorant l’histoire et la souffrance du peuple juif. Nous croyons - et nous l’avons dit en termes les plus clairs possible -, que le débat sur le conflit israélo-palestinien était totalement inapproprié dans le cadre de ce forum. »

Il serait inexact de résumer la conférence de Durban en la qualifiant uniquement d’«antisémite» ou d’«anti-israélienne». Cette conférence a été beaucoup plus vaste et a critiqué violemment l’injustice économique politique et sociale dont souffrent les pauvres et les défavorisés d’Afrique.

La conférence a condamné l’esclavage et la « traite transatlantique des esclaves » et les Etats-Unis ont été cités pour avoir commis ce crime odieux alors que le commerce arabe d’esclaves n’a pas été mentionné. Il en va de même pour le colonialisme, qui a été présenté comme l’une des principales causes du racisme et de la discrimination raciale contre les Africains et les personnes d’origine africaine. L’apartheid, le génocide, et toute une liste d’autres maux de la planète, telles l’épidémie du sida, et la violation des droits des populations autochtones, ont été également condamnés.

La question fondamentale est de savoir comment on a pu, dans une conférence de cette nature, passer outre aux atrocités infligées aux Juifs dans les camps de concentration nazis, les massacres d’enfants du seul fait qu’ils étaient juifs, ainsi que la spoliation et l’expropriation des biens des Juifs. Ceci s’est passé en Europe, il y a moins de 70 ans, alors que la traite des esclaves avait pris fin depuis plus de sept générations. Les personnes vivant en Afrique aujourd’hui et ceux qui ont pris la parole lors de la conférence, ne sont pas des descendants d’esclaves, mais sont originaires d’une population qui est restée en Afrique ; les esclaves qu’on y trouve le sont en vertu de la domination de leurs concitoyens africains.

Sur certains points importants, Durban a été une occasion manquée de lutter contre le racisme. Le message du Secrétaire Général, Kofi Annan, n’a malheureusement pas été entendu. Comme c’est souvent le cas dans les réunions des Nations Unies, à Durban, les 56 pays islamiques ont, par leur comportement, réussi à raviver l’infâme résolution « Sionisme égale Racisme », adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1975, et abrogée en 1991 [1]. Grâce à l’intervention de certains pays et notamment ceux de l’Europe, une résolution anti-israélienne et extrémiste exigée par l’Iran et les Etats arabes n’a pu être adoptée. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a été réaffirmée avec force, et tous les Etats ont été appelés à lutter contre l’antisémitisme et à ne jamais oublier la Shoah.

Ce n’est qu’en prenant des positions raisonnables en termes de compromis que la conférence pouvait porter des fruits. Les pays africains modérés ont réussi à formuler une déclaration mondiale condamnant le racisme, mais ont-ils obtenu satisfaction en mettant fin au racisme ? La réponse est clairement non.

Les pays occidentaux vont-ils participer à la nouvelle conférence de Genève, celle de Durban II ? Le Canada et Israël ont déjà dit non. Les Etats-Unis s’orientent dans la même direction, mais cela pourrait changer avec la nouvelle administration américaine.
Fidèle à son passé, l’Union européenne reste indécise. Les vives critiques émises par la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, n’ont pas permis d’aboutir à une décision unanime de l’Union européenne. Le Président Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa ferme position lors d’un discours audacieux devant le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), en février 2008. Suite à la première conférence préparatoire, l’Union européenne est susceptible d’attendre encore, espérant convaincre les organisateurs de ne pas céder aux revendications islamiques exigeant que soient censurés les médias européens qui ont publié des caricatures du prophète Mohammed, et d’autres faits qu’elles entendent voir condamner, alors que l’Union européenne considère, à juste titre, ces exigences comme des entraves à la liberté d’expression.

Trois aspects doivent être examinés pour que la nouvelle conférence réussisse : l’antisémitisme, les tentatives visant à délégitimer Israël et la manière de répondre aux revendications légitimes, de manière à ne pas mettre les Juifs et Israël sur la défensive, ou, en d’autres termes, du mauvais côté de l’histoire, y compris celle qui reste encore à écrire.

Deux générations après la Shoah et soixante ans après la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que l’on doit à René Cassin, l’antisémitisme semble ressurgir. Les "Protocoles des Sages de Sion" sont devenus une lecture populaire au sein de la famille royale saoudienne et ont inspiré un feuilleton, qui a été diffusé par la télévision égyptienne durant le Ramadan.

Dans l’intérêt de l’exactitude historique, nous devons reconnaître que l’antisémitisme n’a pas débuté au XIXème siècle en Europe ; il est en grande partie un phénomène chrétien, et n’est pas inconnu dans le monde musulman. Il est souvent attisé par les dirigeants politiques et religieux pour promouvoir leurs objectifs. Depuis la chute de l’Empire romain, les Juifs ont été les boucs émissaires réputés responsables de tous les maux de la terre. Plusieurs siècles plus tard, Hitler transformera cette haine féroce en génocide systématique.

La Shoah n’est pas la conséquence d’une contestation territoriale, ni de dissensions religieuses, mais de la haine raciale. Six millions de juifs ont été massacrés. Les Nazis ont tenté de déshumaniser les Juifs et les ont dépeints comme "des animaux prédateurs, des reptiles ou des insectes venimeux".

Aujourd’hui, après plus de soixante ans, la bête immonde relève la tête. Le Président Sarkozy a affirmé, devant un large public juif réuni à Washington en novembre 2007, que « l’antisémitisme ne peut pas être expliqué ». Il est inexplicable, a-t-il dit, et, par définition, l’inexplicable ne peut pas être expliqué. Je suis en désaccord avec lui, non pas avec la logique de ses propos mais avec leur contenu. Expliquer n’est pas tolérer. L’antisémitisme ne peut jamais être toléré. Par exemple, dans les années 30, alors que j’étais un jeune garçon vivant à New York, j’appris que le Comité juif américain avait exhorté les Juifs à ne pas lire les journaux en yiddish dans le métro afin de ne pas trop attirer l’attention. Si j’avais été plus adulte, j’aurais dit exactement le contraire ; les Juifs devraient déployer des journaux en yiddish dans le métro, même s’ils ne peuvent pas les lire faute de connaître le yiddish. Cacher nos différences, c’est nier notre judéité. C’est un effacement et non une acceptation. Le fait même d’être différent pourrait s’avérer un attribut positif dont dépend notre survie en tant que peuple.

Cette lutte pour maintenir notre caractère distinctif est nécessaire, mais, en même temps, nous devons être aussi fermes dans la lutte contre l’antisémitisme sous toutes ses formes et le tuer dans l’œuf. Le scénario de Durban I et de son antisémitisme ne doit pas se répéter. Il n’a pas sa place dans les débats d’une conférence internationale, et certainement pas dans une conférence réunie dans le but précis de lutter contre le racisme et l’intolérance. Ce message doit être exprimé avec force, en particulier au sein du monde musulman. Durban a lié l’antisémitisme à l’islamophobie. Durban a attiré l’attention sur « l’émergence d’actes et de mouvements racistes et violents, fondés sur la race et des conceptions discriminatoires envers des communautés juives, musulmanes et arabes ». Rappelons que l’intolérance engendre l’intolérance.

Les Palestiniens devraient élire un dirigeant responsable et comprendre ce message, dans l’intérêt de leur propre avenir. Qu’en est-il de l’avenir d’Israël ? La question est-elle liée uniquement au retrait des territoires ? Israël a-t-il le droit d’exister en tant qu’Etat juif démocratique? La montée de l’extrémisme islamique s’est-elle transformée en une guerre de religion avec un impératif moral qui ne permet pas de compromis, et encore moins un compromis territorial ?

En adoptant la solution de "deux Etats", le gouvernement d’Israël a déjà proposé de faire des compromis. Il y a une vingtaine d’années, Yitzhak Rabin m’a dit qu’il y avait trois conditions que le gouvernement israélien n’accepterait jamais [2]:

  • Reconnaître l’OLP.
  • La création d’un Etat palestinien indépendant en Judée Samarie.
  • La présence militaire arabe dans les territoires.

Ces trois conditions ont été offertes par quatre Premiers ministres israéliens, de Yitzhak Rabin à Ehoud Olmert. La balle est donc dans le camp palestinien, il est de son devoir d’élire un dirigeant responsable et intègre capable de créer les institutions nécessaires et de gérer convenablement la vie quotidienne des Palestiniens. Tant que leurs projecteurs seront braqués en permanence sur Tel-Aviv et non sur Ramallah, Jénine et Naplouse, la paix n’aura aucune chance.

Le processus de paix sous tous ses aspects est un problème fondamentalement israélo-palestinien. Il ne peut y avoir de compromis sur la question vitale de la légitimité d’Israël, ni, en fin de compte, sur sa sécurité.

Durban était une tentative évidente de délégitimer Israël et, à terme, de compromettre sa sécurité. A ce sujet, nous devons être parfaitement clairs. Israël est le seul pays au monde à avoir tendu la main à la réconciliation avec l’Afrique. Israël a réussi à fournir un refuge à une centaine de milliers d’Africains d’Ethiopie, en détresse. Ce petit pays a énormément investi pour aider ces immigrants à s’intégrer.

Le conflit israélo-palestinien n’a rien à voir avec la race. Les Juifs sont sémites, comme les ennemis d’Israël l’ont revendiqué à Durban.

La justice sociale a toujours fait partie de la tradition juive. Les Juifs ont toujours eu une oreille attentive aux opprimés et à l’injustice ; et donc un abandon aux pays islamiques serait une tragédie considérable au regard historique.

En conclusion, nous ne pouvons nous permettre de laisser ceux qui voudraient détruire Israël devenir les champions de la cause de la lutte contre le racisme dans le monde. Nous devons rappeler que des Juifs d’Afrique du Sud ont eu le courage de lutter pour la libération de Nelson Mandela et lui ont rendu visite en prison. Nous devons rappeler au monde entier que nous avons vêtu les pauvres et nourri les affamés, et ce non au titre d’actes de miséricorde, mais en tant qu’actes de justice. Tout comme notre amour pour Israël est inébranlable, nous sommes convaincus que la noblesse est d’aider les autres.

Enfin, rappelons que l’immigrant africain qui est chassé d’Europe ne la quitte pas à cause du conflit israélo-palestinien, et que la femme africaine de Kinshasa n’est pas morte du sida à cause du conflit israélo-palestinien, lequel n’est pas non plus la cause de la famine des enfants du Tchad. 

 

Alfred H. Moses *

 

© JCPA – Le Cape

 

 

* L’Ambassadeur Alfred H. Moses est président de UN Watch, Genève (Suisse). De 1991 à 1994, il a été président de l’American Jewish Committee. Il a occupé la fonction de Conseiller Spécial et de Conseiller Spécial du Président des Etats-Unis, sous Jimmy Carter. En 1994, le Président Clinton l’a nommé Ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, poste qu’il a occupé durant trois ans. En 1999, le Président Clinton l’a nommé Représentant Présidentiel Spécial pour le conflit chypriote. Il est resté en poste jusqu’à la fin de l’administration Clinton. Durant plus de cinquante ans, il a fait partie du cabinet juridique Covington & Burling LLP, de Washington, DC. Il est aujourd’hui co-fondateur et Directeur des Opérations du Groupe Promontory Financial, de Washington, DC.

 

-----------------

 

Note de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Il s’agit de la résolution (non contraignante) 3379, votée par l’Assemblée Générale des Nations Unies le 10 novembre 1975. Voir, sur le site de l’Upjf.

 

[2] Voir "Prime Minister Yitzhak Rabin: Ratification of the Israel-Palestinian Interim Agreement", discours de Rabin à la Knesset le 5 octobre 2005.

 

-----------------

 

[Texte aimablement signalé par l’Institut Canadien de Recherche sur le Judaïsme (ICRJ).]

 


Mis en ligne le 29 novembre 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org