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Daniel dans la fosse septique, G.W. Goldnadel
20/01/2009

19/01/09 


La lecture, avec des pincettes, du Nouvel Obs du 8 janvier, est riche d’enseignements.

Fasciné, on le sait, par tout ce qui touche à la Seconde Guerre mondiale, l’hebdomadaire consacre de nombreuses pages à l’itinéraire vertigineux de Ramon Fernandez, père du très talentueux Dominique, et qui, de la gauche extrême a terminé dans la collaboration la plus dépravée avec les nazis.

L’un des articles est titré ainsi :

« Comment un esprit si fin a-t-il pu se tromper si fort ? ».

A dire le vrai, la même question pourrait se poser concernant l’éditorial de Jean Daniel consacré, dans le même numéro, à Gaza, même si la finesse du précité ne s’est jamais imposée durement à mon esprit.

Pour condamner l’opération israélienne, Daniel ne craint pas d’écrire :

« On sait avec quelle sévérité rétrospective on a jugé le grand Churchill pour avoir réclamé que l’on rase Dresde et une vingtaine d’autres villes allemandes pendant la guerre contre les nazis ».

Il est des énormités qui sont autant d’insanités :

  • Le bombardement, militairement inutile, par l’aviation britannique de la ville de Dresde, remplie de chefs-d’œuvre historiques, a fait près de 110 000 morts. La guerre était gagnée. Il n’existait aucune cible stratégique.
  • Au rebours, l’armée israélienne n’a ciblé que les milices terroristes en tentant d’épargner, autant que faire se peut, les populations civiles, au demeurant autant pour des préoccupations éthiques que politiques : le contresens est donc total, qualitativement et quantitativement.
  • Les bombardements alliés, en dépit de leur caractère massif, n’ont été soumis à aucune critique véritable de fond, y compris ceux plus récents sur la Yougoslavie et l’Afghanistan. On voudra bien comparer avec l’hystérie anti israélienne de ces derniers jours.

Dans ce cadre, d’une rare pertinence, j’aurais pu deviner la conclusion de notre « grande conscience » :

« J’ai besoin de dire que la part juive qui est en moi, dont je n’ai pas coutume de faire état (NDGWG : ah bon ?) et qui reste fidèle à la mémoire des victimes de l’extermination, est bouleversée d’indignation et de révolte devant une telle régression. »

Au-delà de la comparaison assez sordide avec l’incomparable, j’ai voulu voir comment la part, juive ou non, de Jean Daniel s’était exprimée, par exemple, à l’égard de la famille juive  massacrée à Bombay, il y a quelques semaines, par des islamistes, après avoir été torturée : pas une ligne, pas un mot…

Cette semaine, Jean-Daniel poursuit sa «réflexion» : il va jusqu’à écrire que s’il était musulman, à la vue des images de Gaza, il irait frapper sur tout ce qui bouge.

Vous imaginez le sort juridique ou médiatique d’un intellectuel de droite qui écrirait qu’il comprend les exactions de Juifs qui voudraient aveuglément venger sur des Arabes les victimes des attentats kamikazes ?

J’ai consacré, il y a quelques mois, un article à Arthur Sulzberger, le patron juif du New York Times, qui, même durant la tuerie [de l’Holocauste], militait activement contre la création d’un État juif, pendant qu’il faisait tout pour minimiser la relation de la Shoah dans les colonnes de son journal, de peur d’être taxé de communautariste.

Et dire que je le croyais mort. 

Mais revenons à l’étonnement de l’hebdomadaire de gauche sur l’itinéraire de Ramon Fernandez.

Je renvoie les ignorants à l’ouvrage de Simon Epstein, qui décrit comment une grande partie des pacifistes des années 30 ont terminé dans la Collaboration.

Rien de nouveau sous le soleil noir de l’extrémisme.

Et ce n’est pas le facteur principal de l’instrumentalisation de la colère musulmane, défilant dans les rues de Paris sous les oriflammes du Hamas et du Hezbollah, qui devrait déroger à cette lourde tradition historique.

J’ai usé beaucoup de mon énergie à expliquer aux dirigeants de la communauté juive organisée la responsabilité qui fut la leur de réserver leur ostracisme à la seule extrême droite.

Il serait désormais criminel de ne pas l’étendre, en tous points, à une extrême gauche au discours identique, mais à la dangerosité sans commune mesure.

Au risque de courroucer Jean et d’indigner Daniel.

 

© Gilles William Goldnadel

 

Mis en ligne le 19 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org