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Israël (Société - mentalités)
Israël (diabolisation d')

L’hystérie anti-israélienne, Pilar Rahola
11/01/2009

06/01/09

 

Version anglaise : "The anti-Israel hysteria".

 

Traduction de l’anglais [*] : Jean Szlamowicz

 

* L’original est en espagnol, sur le site espagnol de La Vanguardia.

 

 

« Je comprends bien que vous voulez nous rayer de la carte, seulement ne vous attendez pas à ce que nous vous aidions à atteindre ce but. »

Cette réplique sarcastique de Golda Meir aux dirigeants palestiniens de l’époque traduit un sentiment, dont l’actualité brûlante donne une idée de la tragédie que vit la Terre Sainte depuis tant de décennies.

De fait, c’est cette même idée — le besoin d’efforts sans cesse renouvelés pour éviter la destruction d’Israël que certains planifient — qui fonde la terrible décision d’une intervention militaire, qu’a prise le gouvernement israélien et qui a déclenché tant de colère de par le monde.

Comme le professeur Joan B. Culla l’a noté récemment, il peut y avoir différentes réactions à l’incursion militaire de Tsahal dans la Bande de Gaza et certaines sont justement critiques. Mais, face à l’abondance de réactions hystériques, sans le moindre semblant de réflexion posée, et construites uniquement sur un manichéisme saturé de préjugés, certaines questions doivent être posées.

Ari Shavit écrivait récemment dans Haaretz (« Une guerre juste mais tragique », 1er janvier) que l’opération Coulée de Plomb est une « campagne militaire juste », mais aussi une « campagne militaire tragique ».

Je ne suis pas d’accord avec le terme « juste », parce que, comme le disait également Golda Meir, « Nous ne voulons pas des guerres, même si nous les gagnons ». Une incursion militaire qui cause des dizaines de morts ne pourra jamais être considérée comme juste, même si son objectif est la destruction de la machine militaire du Hamas. Mais peut-être peut-on la considérer comme inévitable.

Certains intellectuels, dont Amos Oz, ont déjà annoncé que l’intervention à Gaza amènerait une nouvelle vague du sentiment anti-israélien et d’une ampleur non négligeable. Mais même la gauche israélienne, malgré sa tiédeur, a pris parti pour l’intervention. La décision d’attaquer le Hamas a été prise par une société israélienne épuisée, fatiguée de ne pas trouver de solution ni de raison d’espérer. Et fatiguée aussi de savoir que le camp d’en face n’a de cesse de vouloir la détruire.

Voici donc les questions qui s’adressent particulièrement à ceux qui portent sur eux les pancartes de la haine d’Israël dans les rues de nos villes. Ce sont toujours les mêmes, depuis l’extrême gauche, toujours prête à brandir le poing pour menacer Israël, jusqu’aux diverses factions islamistes. C’est d’ailleurs une alliance obscène qui ne laisse pas de nous interroger.

Ceux qui vont défiler dans les rues disent le faire au nom de la liberté de la Palestine. Où étaient-ils donc au cours de toutes ces années durant lesquelles le fondamentalisme oppresseur des Palestiniens ne cessait de monter en puissance ? En quoi le Hamas a-t-il quoi que ce soit à voir avec la liberté ? N’aurait-il pas à voir avec un islamisme aux tendances fascistes ? La liberté se défend-elle en entraînant les enfants à commettre des attentats-suicide et en mettant les femmes en esclavage ? Est-ce la liberté que défend l’Iran en soutenant financièrement le Hamas ? La liberté est-elle l’apanage des terroristes du Hezbollah?

Ceux qui protestent dans les rues disent le faire par solidarité. Solidarité avec qui ? Avec Mahmoud Abbas, le président palestinien qui a été moins critique concernant cette intervention que tous ces Européens portant leurs pancartes ? Avec les Palestiniens qui ne sont pas d’accord quand ils voient l’aide financière qu’on envoie à leur peuple être utilisée pour armer des soldats et préparer des attentats à la bombe ? Se demandent-ils ce que deviennent tous ces fonds ? La solidarité avec les Palestiniens implique-t-elle de défendre le terrorisme et d’excuser les agressions perpétrées par le Hamas ? Défend-on la paix quand on soutient des dirigeants palestiniens qui n’y croient pas ?

Il est vrai que la gauche intolérante vit bien de ses positions anti-israéliennes. Il est également vrai que, face à une réalité complexe, les masses vociférantes préfèrent le simplisme d’une opposition entre « bons » et « méchants ». Mais au-delà des préjugés, les faits sont têtus. Israël s’est retiré de Gaza en laissant intactes les infrastructures économiques qu’il avait créées. Le Hamas les a toutes détruites et a saisi l’occasion du retrait pour mettre en place une armée de destruction. Et quelques centaines de missiles plus tard, le Hamas poursuit ces préparatifs.

Le silence de la gauche, qui retentit si puissamment aujourd’hui, a un sens très lourd. Ce qui se passe à Gaza est tragique, mais cela n’a pas commencé avec l’intervention israélienne. Considérer que tous les torts sont du côté d’Israël est certes d’un simplisme rassurant, mais cela reste stérile. Car l’ennemi principal du peuple palestinien vient de l’intérieur.

 

Pilar Rahola *

 

© Haaretz

 

* Pilar Rahola est une journaliste espagnole catalane. Elle a une rubrique régulière dans le journal de Barcelone, La Vanguardia, où cet article est paru en espagnol.

 

Mis en ligne le 11 janvier 2009, par M. Macina, sur le site upjf.org